La tragédie des siècles

Chapitre 35

Les visées de la papauté

L'attitude des protestants envers l'Église de Rome est infiniment plus favorable aujourd'hui qu'autrefois. Dans les pays où le catholicisme est en minorité, et où il se fait conciliant pour étendre son influence, l'indifférence est de plus en plus grande à l'égard des doctrines qui le séparent des églises réformées. On en vient même à penser qu'en définitive les divergences sur les questions vitales ne sont pas aussi considérables qu'on l'avait supposé, et que certaines concessions de la part du protestantisme permettraient une entente avec la hiérarchie. Il fut un temps où les protestants attachaient une grande valeur à la liberté de conscience acquise à grand prix. Ils inculquaient à leurs enfants l'idée que la recherche d'un accord avec Rome équivalait à une infidélité à l'égard de Dieu. Combien les choses ont changé!

Les défenseurs de Rome prétendent que leur Église a été calomniée, et le monde protestant est enclin à les croire. Plusieurs déclarent qu'il est injuste de tenir l'Église d aujourd'hui responsable des abominations et des absurdités qui ont souillé son règne pendant les siècles d'ignorance et de ténèbres. Ils attribuent sa cruauté à la barbarie des temps, et affirment que sous l'influence de la civilisation moderne elle a changé de sentiments.

On oublie la prétention à l'infaillibilité maintenue par la hiérarchie au cours de huit siècles, prétention qui, loin d'être abandonnée, a été proclamée au dix-neuvième siècle avec plus d'éclat que jamais. Comment la curie romaine pourrait-elle renoncer aux principes qui l'ont régie au cours des siècles passés puisque, à l'en croire, l'Eglise n'a « jamais erré » et que, selon les Écritures, elle « n'errera jamais »? (Moshein, Eccl. Hist, liv. III, 2e p., ch II, par. 9, note 1.)

Jamais l'Église n'abandonnera sa prétention à l'infaillibilité. Tout ce qu'elle a fait contre ceux qui refusaient d'accepter ses dogmes, elle le considère comme légitime. N'agirait-elle pas de même si l'occasion s'en présentait? Que viennent à tomber les restrictions qui lui sont actuellement imposées par les gouvernements; que Rome vienne à recouvrer son ancienne puissance, et l'on ne tardera pas à voir se réveiller son esprit tyrannique et ses persécutions.

Un auteur connu s'exprime comme suit touchant l'attitude de la hiérarchie papale à l'égard de la liberté de conscience et des dangers que fait courir le succès de sa politique en particulier aux États-Unis :

« Il ne manque pas de gens enclins à attribuer au fanatisme ou à l'enfantillage les craintes qu'inspirent les progrès frappants du catholicisme aux États-Unis. Ces personnes ne voient rien dans le caractère et l'attitude du romanisme qui soit contraire à nos libres institutions, et elles n'aperçoivent rien de bien menaçant dans ses progrès. Comparons donc quelques-uns des principes fondamentaux de notre gouvernement avec ceux de l'Église catholique.

« La Constitution des États-Unis garantit la liberté de conscience. Rien n'est plus précieux ni plus fondamental. Le pape Pie IX, dans son encyclique du 15 août 1854, dit ceci : « Les doctrines absurdes, erronées ou extravagantes favorables à la liberté de conscience sont une erreur pestilentielle, une peste des plus redoutables pour un État. » Le même pape, dans son encyclique du 8 décembre 1864, « anathématise ceux qui réclament la liberté de conscience et de culte », ainsi que « ceux qui dénient à l'Église le droit de se servir de la force ».

« Le ton pacifique de Rome aux États-Unis n'implique pas nécessairement un changement de convictions. Elle est tolérante là où elle est impuissante. L'évêque O'Connor a dit : « La liberté religieuse n'est tolérée que jusqu'au moment où l'on pourra faire le contraire sans péril pour le monde catholique. » L'archevêque de Saint-Louis dit, d'autre part : « L'hérésie et l'incrédulité sont des crimes; aussi, dans des pays chrétiens, comme l'Italie et l'Espagne, par exemple, où chacun est catholique, et où la religion catholique fait essentiellement partie des lois, elles sont punies à l'égal des autres crimes. »

« Tout cardinal, archevêque et évêque de l'Église catholique prête au pape un serment de fidélité, serment dans lequel se trouvent les paroles suivantes : « Je persécuterai et poursuivrai de toutes mes forces les hérétiques, les schismatiques, et tous les rebelles à notre dit seigneur [le pape] ou à ses successeurs. » (Dr Josiah Strobg, Our Country, ch. V.)

Il est vrai qu'il y a dans la confession catholique des chrétiens authentiques. Des milliers de membres de cette église servent Dieu au plus près de leur conscience et de leurs lumières. Comme on ne leur permet pas de lire l'Écriture, ils ne peuvent connaître la vérité. Ils n'ont jamais vu le contraste existant entre un culte spontané et l'accomplissement d'une série de cérémonies. Dieu entoure d'une tendre compassion ces âmes instruites, malgré elles, dans une foi erronée et trompeuse. Il veillera à ce que des rayons de lumière dissipent les ténèbres qui les enveloppent; il leur révélera la vérité telle qu'elle est en Jésus, et elles se rangeront un jour en grand nombre parmi son peuple.

Mais le catholicisme, en tant que système, n'est pas plus près de l'Évangile maintenant qu'à aucune autre période de son histoire. Si les églises protestantes n'étaient pas plongées dans de profondes ténèbres, elles discerneraient les signes des temps. L'Église romaine poursuit de vastes projets. Elle use de tous les moyens pour élargir le cercle de son influence et accroître sa puissance en prévision d'un combat acharné pour reprendre le sceptre du monde, rétablir la persécution et renverser tout ce que le protestantisme a établi. Le catholicisme gagne du terrain de tous côtés. Voyez le nombre croissant de ses églises et de ses chapelles dans les pays protestants. Considérez la popularité dont jouissent, en Amérique, ses collèges et ses séminaires que fréquente nombreuse jeunesse protestante. Considérez le développement du ritualisme en Angleterre et le grand nombre de transfuges qui passent dans les rangs du catholicisme. Ces faits devraient inquiéter tous ceux qui apprécient les purs principes de l'Évangile.

Les protestants ont fraternisé avec le papisme; ils lui ont fait des concessions dont les catholiques sont eux-mêmes surpris, et qu'ils ne comprennent pas. Ils ferment les yeux sur la vraie nature du romanisme ainsi que sur les dangers qu'entraînerait sa suprématie. Les gens doivent être réveillés en vue d'enrayer les progrès de ce redoutable ennemi de nos libertés civiles et religieuses.

Beaucoup de protestants s'imaginent que la religion catholique n'est pas attrayante et que son culte ne se compose que d'une série de cérémonies fastidieuses. C'est une erreur. Bien qu'elle repose sur une base fausse, ce n'est pas une imposture grossière. Le cérémonial de l'église romaine est des plus impressionnants. Sa pompe et ses rites solennels fascinent les sens et imposent le silence à la raison et à la conscience. Ses églises magnifiques, ses processions grandioses, ses autels dorés, ses riches reliquaires, ses oeuvres d'art et ses sculptures exquises charment les yeux et ravissent les amateurs du beau. L'oreille est captivée par une musique sans égale. Les puissants accords des orgues accompagnés de choeurs de voix d'hommes, et dont les sonorités sont répercutées par les voûtes des grandes cathédrales, tout cela berce les âmes dans l'adoration et le recueillement. Mais cette pompe et cette splendeur extérieure, qui trompent les aspirations des âmes meurtries par le péché, trahissent une corruption intérieure. La religion du Christ n'a pas besoin de tant de mise en scène pour la recommander. À la lumière de la croix, le vrai christianisme paraît si pur et si attrayant qu'il n'a pas besoin d'appâts extérieurs pour en rehausser la valeur. La beauté de la sainteté, l'esprit doux et paisible qui a du prix devant Dieu lui suffisent.

L'éclat du style n'est pas nécessairement l'indice de pensées pures et nobles. Des hommes égoïstes et sensuels peuvent avoir un goût exquis et de hautes conceptions artistiques. Aussi Satan s'en sert-il pour faire oublier aux humains les besoins de leur âme, pour leur faire perdre de vue la vie future, les détourner de leur puissant Protecteur et les engager à ne vivre que pour ce monde.

Une religion tout extérieure est attrayante pour le coeur naturel. Le faste et les cérémonies du culte catholique ont une puissance de séduction et de fascination qui pousse une foule de personnes sentimentales à considérer l'Église de Rome comme la porte même du ciel. Seuls ceux qui ont posé le pied sur le Rocher de la vérité et dont le coeur est régénéré par l'Esprit de Dieu sont à l'abri de son influence. Des milliers d'âmes, ne connaissant pas le Sauveur par une expérience vivante, accepteront les formes d'une piété dépourvue de force morale. C'est là, du reste, la religion qui plaît à la multitude.

La prétention de l'Église au droit de pardonner est pour beaucoup d'âmes un encouragement au péché. La confession, sans laquelle elle n'accorde pas son pardon, tend également à autoriser le mal. Celui qui fléchit les genoux devant un homme pécheur et lui révèle les pensées et les secrètes fantaisies de son coeur dégrade sa virilité et avilit les instincts les plus nobles de son âme. En dévoilant les péchés de sa vie à un prêtre, c'est-à-dire à un mortel sujet à l'erreur -- quand il n'est pas adonné au vin et à l'impureté -- l'homme échange sa noblesse morale, contre une flétrissure. Et comme le prêtre est pour lui le représentant de la divinité, son idée de Dieu est ravalée au niveau de l'humanité. Cette confession dégradante d'homme à homme est la source cachée d'une bonne partie des maux qui affligent le monde et le mûrissent pour sa destruction finale. Néanmoins, pour celui qui aime ses vices, il est plus agréable de se confesser à un mortel comme lui que d'ouvrir son coeur à Dieu. La nature humaine préfère subir une pénitence plutôt que d'abandonner le péché; il est plus facile de mortifier sa chair par le cilice et les chardons que de crucifier ses passions. Le coeur naturel préférera bien des jougs blessants à celui de Jésus-Christ.

Il y a une ressemblance frappante entre l'Église de Rome et le judaïsme des jours de Jésus. Bien que foulant secrètement aux pieds tous les principes de la loi divine, les Juifs en observaient rigoureusement les préceptes extérieurs qu'ils surchargeaient de pratiques et de traditions d'une observance pénible et tracassière. De même que les Juifs se disaient respectueux de la loi, de même les romanistes prétendent l'être de la croix. Ils glorifient le symbole des souffrances de Jésus-Christ tout en reniant par leur vie celui qui est représenté par ce symbole.

Les catholiques placent des croix sur leurs églises, sur leurs autels et sur leurs vêtements. Partout la croix du Sauveur est visiblement honorée et révérée, tandis que ses enseignements sont ensevelis sous une masse de traditions puériles, de fausses interprétations et de rites fastidieux. Les paroles du Sauveur concernant les Juifs fanatiques s'appliquent avec plus de force encore aux chefs de l'Église catholique romaine : « Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes; mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. » (Matthieu 23.4) Les âmes consciencieuses tremblent jour et nuit à la pensée d'avoir offensé Dieu, tandis qu'un bon nombre des dignitaires de l'Église vivent dans le luxe et les plaisirs sensuels.

Le culte des images et des reliques, l'invocation des saints et les honneurs rendus au pape sont des pièges de Satan dirigeant les esprits loin de Dieu et de Son Fils. En vue de consommer la ruine des âmes, l'adversaire détourne leur attention du seul Être capable d'assurer leur salut et donne des substituts à Celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » (Matthieu 11.28 )

L'effort constant de l'ennemi tend à fausser le caractère de Dieu, la nature du péché et l'enjeu véritable du plan du salut. Par ses sophismes, il atténue les exigences de la loi divine et encourage le péché. Il donne de Dieu une conception qui le fait craindre et haïr plutôt qu'aimer. Attribuant à Dieu la cruauté de son propre caractère, il incorpore la haine à des systèmes religieux et à diverses formes de culte. Des esprits ainsi aveuglés, Satan fait ses instruments dans sa guerre contre Dieu. Par cette perversion des attributs de la divinité, les nations païennes en sont venues, pour apaiser la divinité, à pratiquer des sacrifices humains et d'autres atrocités tout aussi horribles.

L'Église romaine, qui a réuni les cérémonies du paganisme à celles du christianisme, et qui, comme le paganisme, a dénaturé le caractère de Dieu, a eu recours à des pratiques non moins cruelles et révoltantes. Au temps de sa suprématie Rome recourait à la torture pour contraindre les gens à souscrire à ses doctrines. Aux réfractaires, elle réservait le bûcher. Elle organisa des massacres sur une échelle dont l'étendue ne sera connue qu'au jour du jugement. Sous la direction de Satan, leur maître, les dignitaires de l'Église étudiaient les moyens de garder leurs victimes en vie aussi longtemps que possible tout en leur infligeant des souffrances extrêmes. Dans bien des cas, le procédé était répété jusqu'à la dernière limite de l'endurance humaine, au point que, la nature finissant par céder, la victime accueillait la mort comme une douce délivrance.

Tel était le sort de quiconque osait, résister à Rome. Pour ses adhérents, elle avait la discipline du fouet, de la faim et de toutes les austérités corporelles concevables. Pour s'assurer les faveurs du ciel, les pénitents violaient les lois de Dieu régissant la nature. On les engageait à rompre des liens que Dieu avait formés pour embellir le séjour de l'homme sur la terre. Les cimetières contiennent des millions de victimes qui ont passé leur vie en vains efforts pour étouffer en eux les affections naturelles et réprimer, comme coupables aux yeux de Dieu, toute pensée et tout sentiment de sympathie envers leurs semblables.

Celui qui désire prendre sur le vif la cruauté de Satan manifestée des siècles durant, non pas chez ceux qui n'ont jamais entendu parler de Dieu, mais au centre même de la chrétienté, n'a qu'à lire l'histoire du romanisme. C'est par ce système colossal de séduction que le prince des ténèbres a réalisé son dessein de déshonorer Dieu et de plonger les hommes dans le malheur. En voyant comme il a réussi à se déguiser et à atteindre son but par les chefs de la hiérarchie romaine, on comprend mieux son antipathie pour les Écritures. En effet, la Bible révèle à ceux qui la lisent la miséricorde et l'amour de Dieu; elle les amène à comprendre que le Père céleste n'impose à l'homme aucune de ces souffrances, mais qu'il lui demande seulement un coeur humilié et contrit, un esprit humble et obéissant.

La vie de Jésus ne montre pas que, pour se préparer à aller au ciel, il soit utile de s'enfermer dans un monastère. Le Christ n'a jamais demandé à ses disciples d'étouffer les sentiments d'affection et de sympathie. Son coeur débordait d'amour. Plus on approche de la perfection morale, plus on devient sensible, plus on a le sentiment de son péché, plus grande est la sympathie qu'on éprouve pour les affligés. Le pape se dit le vicaire de Jésus-Christ; mais en quoi son caractère se rapproche-t-il de celui du Sauveur? Le Christ a-t-il jamais fait emprisonner ou torturer des gens pour ne l'avoir pas reconnu comme Roi du ciel? A-t-il jamais condamné à mort ceux qui ne le recevaient pas? Lorsqu'un jour un village samaritain refusa l'hospitalité à Jésus, l'apôtre Jean, rempli d'indignation, s'écria : « Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume? » Jésus, jetant sur son disciple égaré un regard de compassion, lui répondit : « Le Fils de l'homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver. » (Luc 9.54, 56) Combien différents sont les sentiments de son soi-disant vicaire!

L'Église romaine se présente aujourd'hui devant le monde sous un air de candide innocence et couvre d'apologies le récit de ses cruautés. Mais sous sa livrée chrétienne, elle est inchangée. Tous les principes professés autrefois par la papauté sont encore les siens. Elle conserve des doctrines inventées dans les siècles les plus enténébrés. Que personne ne s'y trompe. La papauté à laquelle le monde protestant est aujourd'hui si enclin à rendre hommage est encore celle qui dominait sur le monde aux jours de la Réformation, alors que des hommes de Dieu dénoncèrent ses iniquités au péril de leur vie. Elle maintient toujours les prétentions orgueilleuses qui la poussèrent à s'élever au-dessus des rois et des princes, comme à se réclamer des prérogatives de la divinité. Elle n'est ni moins cruelle ni moins despotique qu'aux jours où elle supprimait la liberté humaine et livrait à la mort les saints du Très-Haut.

La papauté est exactement ce que la prophétie a dit d'elle: l'apostasie des derniers jours (voir 2 Thessaloniciens 2.3, 4 ). Sa tactique consiste à se présenter sous le déguisement qui convient le mieux à ses desseins; mais sous les dehors variés du caméléon, elle conserve toujours le venin du serpent. « On n'est pas tenu de garder la foi jurée à des hérétiques ou à des suspects d'hérésie » (Lenfant, History of Council of Constance, vol. I, p, 516 - éd. de 1728), dit-elle. Son histoire millénaire, est écrite avec le sang des saints : comment la reconnaître comme un membre de la famille chrétienne?

Ce n'est pas sans raison que l'on a affirmé dans les pays protestants que le catholicisme diffère moins du protestantisme que par le passé. Il y a eu un changement, mais ce n'est pas le fait de la papauté. Le catholicisme ressemble, en effet, beaucoup au protestantisme actuel; mais c'est parce que celui-ci s'est écarté de ses origines.

Dans la mesure où les églises protestantes ont recherché la faveur du monde, elles ont été aveuglées par une fausse charité. Pourquoi, disent-elles, le bien ne sortirait-il pas du mal? Finalement, elles en viennent à attendre du mal de tout ce qui est bien. Au lieu de se lever pour la défense de la vérité « transmise aux saints une fois pour toutes », elles s'excusent auprès de Rome de l'opinion défavorable qu'elles ont eue d'elle, et lui demandent pardon de leur bigoterie.

Beaucoup, même parmi ceux qui n'ont pas de Rome une opinion favorable, redoutent peu sa puissance et son influence. Plusieurs affirment que les ténèbres intellectuelles et morales du Moyen Age favorisaient ses dogmes, ses superstitions et son oppression, mais que les lumières supérieures des Temps Modernes, telles la diffusion générale des connaissances et la largeur de nos vues en matière religieuse, bannissent le danger d'un réveil de l'intolérance et de la tyrannie. On se rit de l'idée que le retour d'un tel état de choses soit possible. Il est vrai que notre génération est favorisée de grandes lumières intellectuelles, morales et religieuses. Des pages ouvertes du Livre de Dieu, un flot de vérité a jailli sur le monde. Mais il ne faut pas oublier que plus grande est la lumière, plus profondes sont les ténèbres de ceux qui la rejettent ou la pervertissent.

Une étude de la Parole de Dieu faite avec prière montrerait aux protestants la vraie nature de la papauté et les pousserait à l'éviter avec soin; mais beaucoup sont tellement sages à leurs propres yeux qu'ils ne voient pas la nécessité de demander humblement à Dieu de les conduire dans la vérité. Bien qu'ils soient fiers de leurs lumières, ils ne connaissent ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. Désireux de tranquilliser leur conscience de quelque façon, ils cherchent à cet effet les moyens les moins spirituels et les moins humiliants. Ils désirent trouver une méthode leur donnant la possibilité d'oublier Dieu tout en paraissant l'honorer. Le catholicisme répond exactement à leurs besoins. Il est, en effet, conforme aux aspirations de deux classes de gens entre lesquelles se répartit à peu près toute l'humanité : ceux qui veulent se sauver par leurs mérites, et ceux qui veulent se sauver dans leurs péchés. C'est là le secret de sa puissance.

L'histoire prouve qu'un temps d'ignorance et de ténèbres a été favorable à la papauté. L'avenir montrera qu'un siècle de grandes lumières intellectuelles lui est également propice. Dans les siècles passés, alors que le monde n'avait pas accès à la Parole de Dieu, des milliers tombaient dans les pièges de Rome, faute de voir les filets tendus sous leurs pas. De nos jours, beaucoup de gens, éblouis par les théories d'une « fausse science », ne discernent pas le piège et y tombent aussi aisément que s'ils étaient aveugles. Dieu veut que nous considérions nos facultés intellectuelles comme un don de notre Créateur et que nous les mettions au service de la vérité et de la justice. Mais lorsqu'on se livre à l'orgueil et à l'ambition et que l'on met ses théories au-dessus de la Parole de Dieu, l'intelligence peut faire plus de mal encore que l'ignorance. Ainsi, la fausse science de nos jours, qui sape la foi aux Écritures, contribuera tout autant à préparer le chemin aux succès futurs de la papauté, avec ses cérémonies pompeuses, que les ténèbres du Moyen Age.

Dans le mouvement qui se dessine aux États-Unis pour assurer l'appui de l'État aux institutions et aux usages de l'Église, les protestants emboîtent le pas derrière les romanistes. Il y a plus : ils ouvrent à la papauté la porte qui lui permettra de retrouver en Amérique la suprématie qu'elle a perdue en Europe. Et ce qui rend ce mouvement plus significatif, c'est le fait que son but principal consiste à imposer l'observation du dimanche, institution qui émane de Rome, et qu'elle considère comme le signe de son autorité. Le désir de se conformer aux coutumes du monde et de vénérer des traditions humaines au lieu des commandements de Dieu pénètre dans les églises protestantes et les pousse à faire en faveur du dimanche ce que la papauté a fait avant elles. Ce désir correspond à l'esprit de Rome.

Si le lecteur veut se rendre compte des moyens qui seront mis en oeuvre dans le conflit qui se prépare, il n'a qu'à lire l'histoire des mesures employées par Rome à cet effet au cours des siècles passés. S'il désire savoir comment papistes et protestants traiteront ceux qui méconnaîtront leurs dogmes, qu'il s'instruise sur la manière dont Rome a traité le sabbat de l'Éternel et ses défenseurs.

Des édits royaux, des décisions de conciles généraux, des ordonnances de l'Église appuyées par le pouvoir séculier, tels sont les moyens qui furent employés pour donner à une fête païenne une place d'honneur dans le monde chrétien. La première disposition légale en faveur du dimanche fut l'édit de Constantin. (En 321 de notre ère. Voir Appendice a50) Aux termes de cet édit, les habitants des villes devaient se reposer « au jour vénérable du soleil », tandis que les gens de la campagne pouvaient vaquer à leurs occupations ordinaires. Bien que cet édit fût virtuellement païen, il fut promulgué par Constantin après son adhésion au christianisme.

Estimant sans doute que le décret impérial n'était pas suffisant pour suppléer à l'absence de tout ordre divin, l'évêque opportuniste de Césarée, grand ami et flatteur de l'empereur, prétendit que Jésus avait transféré le repos du sabbat au dimanche. Eusèbe reconnaît involontairement être incapable de produire un seul témoignage scripturaire en faveur de la nouvelle institution et signale les auteurs réels du changement, en ajoutant : « Tout ce qui devait se faire le jour du sabbat, nous l'avons transféré sur le jour du Seigneur. » (Eusèbe de Césarée, Commentaire sur le Psaume 92 - Patralogie Migne, tome XXIII, col. 1172. Petit Montrouge, Paris 1887.) L'argument en faveur du dimanche, quelque faible qu'il fût, servit néanmoins à enhardir les hommes à fouler aux pieds le sabbat de l'Éternel. Tous ceux qui désiraient pactiser avec le monde acceptèrent la fête populaire.

L'affermissement de la papauté et l'exaltation du dimanche progressent parallèlement. Pendant quelque temps, les gens de la campagne continuèrent à s'occuper de leurs travaux en dehors des heures du culte, et le septième jour fut encore considéré comme le jour du repos. Mais, graduellement, un changement se produisit. On défendit aux magistrats le dimanche, de prononcer aucun jugement sur des causes civiles. Bientôt les gens de toute catégorie reçurent l'ordre de s'abstenir de toute oeuvre servile, sous peine d'amende pour les hommes libres, et de la flagellation pour les serviteurs. Plus tard, les dispositions de la loi exigèrent que les riches coupables abandonnassent la moitié de leurs biens et que, s'ils s'obstinaient à transgresser le dimanche, ils fussent réduits en servitude. Les gens des classes inférieures étaient punis d'un exil perpétuel.

On eut aussi recours aux miracles. On rapporte, entre autres, qu'un fermier, qui se disposait un dimanche à aller labourer et qui nettoyait sa charrue avec un outil de fer, vit cet outil s'attacher à sa main et y rester pendant deux ans, à sa grande douleur et à sa grande honte. (Francis West, Historical and Practical Discourse on the Lord's Day, p. 147.)

Plus tard, le pape ordonna aux curés de paroisse de réprimander les transgresseurs du dimanche et de les inviter à aller faire leurs prières à l'église sous peine des pires calamités pour eux et leurs voisins. Un synode ecclésiastique avança l'argument, si souvent employé depuis, même par des protestants, d'après lequel des gens travaillant le dimanche avaient été frappés par la foudre, ce qui prouvait que ce jour devait être le jour du repos. « Cela montre avec évidence, disaient les prélats, que grande doit être la colère de Dieu contre ceux qui profanent ce jour. » Un appel, fut ensuite adressé aux prêtres, aux rois, aux princes et aux fidèles, les invitant à « faire tous leurs efforts pour que ce jour fût honoré comme il convenait et que pour le bien de la chrétienté, il fût plus religieusement observé à l'avenir. » (Thomas Morer, Discourse in six Dialogues on the Name, Notion and Observation of the Lord's Day, p. 271 - éd. de 1701.)

Les décrets des conciles ne suffisant pas, on sollicita des autorités civiles un édit propre à jeter la terreur dans les coeurs, et à contraindre tout le monde à suspendre ses occupations le dimanche. Dans un synode tenu à Rome, toutes les dispositions précédentes furent réitérées avec plus de force et de solennité, puis incorporées aux lois ecclésiastiques, et imposées par l'autorité civile dans presque toute l'étendue de la chrétienté. (Voir Heylyn, History of the Sabbath, IIe partie, chap. V, sect. 7.)

Néanmoins, l'absence de toute autorité scripturaire en faveur de ce jour constituait une lacune embarrassante. Les fidèles contestaient à leurs conducteurs le droit de rejeter, pour honorer le jour du soleil, cette déclaration positive de Jéhovah : « Le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu. » D'autres expédients étaient nécessaires. Vers la fin du douzième siècle, un zélé propagateur du dimanche, visitant les églises d'Angleterre, rencontra de fidèles témoins de la vérité qui lui résistèrent. Il eut si peu de succès dans la défense de sa thèse qu'il quitta le pays en quête de meilleurs arguments. Ayant trouvé ce qu'il cherchait, il revint à la charge, et fut plus heureux. Il apportait avec lui un rouleau qu'il prétendait être descendu directement du ciel, qui contenait le commandement ordonnant l'observation du dimanche, accompagné de menaces terrifiantes à l'adresse des récalcitrants. Ce précieux document -- aussi faux que l'institution qu'il était destiné à établir -- était, disait-on, tombé du ciel à Jérusalem, sur l'autel de Saint-Siméon à Golgotha. En réalité, il provenait des officines pontificales, à Rome, où la fraude et les faux ayant pour but la prospérité de l'Église ont toujours été considérés comme légitimes.

Ledit rouleau interdisait tout travail depuis la neuvième heure (trois heures de l'après-midi), le samedi, jusqu'au lundi au lever du soleil. Son autorité était, disait-on, attestée par plusieurs miracles. On racontait que des personnes travaillant après les heures prescrites avaient été frappées de paralysie. Un meunier qui faisait moudre son grain avait vu sortir, au lieu de farine, un torrent de sang, et la roue du moulin s'était arrêtée malgré la formidable pression de l'eau. Une femme qui avait mis sa pâte au four la ressortit sans qu'elle fût cuite, bien que le four fût très chaud. Une autre femme, qui était sur le point d'enfourner son pain le samedi à la neuvième heure et qui avait décidé d'attendre jusqu'au lundi, le trouva, le lendemain, cuit à point par la puissance divine. Un homme qui avait fait cuire du pain après la neuvième heure le samedi, eut la surprise, quand il le coupa le matin suivant, d'en voir sortir un flot de sang. C'est par des inventions et des absurdités de ce genre que les partisans du dimanche s'évertuaient à lui attribuer un caractère sacré. (Voir Roger de Hoveden, Annals, vol.II, p. 528-530 - éd. Bohn.)

En Écosse et en Angleterre, on finit par obtenir une grande vénération pour le dimanche en lui adjoignant une partie de l'ancien sabbat. Mais la durée du temps à sanctifier variait. Un édit du roi d'Écosse déclarait qu'il fallait considérer comme saint le samedi depuis midi, et que, « dès cette heure jusqu'au lundi matin, personne ne devait s'occuper d'affaires séculières. » ( Morer, Dialogues on the Lord's Day, p. 290, 291.)

En dépit de tous les efforts faits en vue d'établir la sainteté du dimanche, des papistes eux-mêmes reconnaissaient publiquement la divine autorité du sabbat et l'origine humaine de l'institution qui l'avait supplanté. Une décision papale du seizième siècle déclare expressément : « Tous les chrétiens doivent se souvenir que le septième jour, consacré par Dieu, fut reconnu et observé non seulement par les Juifs, mais aussi par tous les autres prétendus adorateurs de Dieu. Quant à nous, chrétiens, nous avons changé leur sabbat et lui avons substitué le jour du Seigneur. » (Id.,p. 281, 282.) Ceux qui frelataient ainsi la loi de Dieu et se mettaient délibérément au-dessus de Son Auteur, n'ignoraient pas la gravité de leur acte.

On trouve un exemple frappant de la tactique de Rome à l'égard des insoumis dans la longue et sanglante persécution dirigée contre les Vaudois, dont quelques-uns étaient observateurs du sabbat. D'autres endurèrent également des souffrances pour leur fidélité au quatrième commandement. L'histoire des églises d'Éthiopie est caractéristique. Au sein des ténèbres du Moyen Age, perdus de vue par le monde, ces chrétiens de l'Afrique centrale avaient joui, des siècles durant, de la liberté de servir Dieu selon leur foi. Mais Rome finit par les découvrir, et l'empereur d'Abyssinie, circonvenu, ne tarda pas à reconnaître le pape comme vicaire de Jésus-Christ. D'autres concessions suivirent.

Les chrétiens d'Éthiopie furent contraints, par un édit, d'abandonner le sabbat sous les peines les plus sévères. (Voir Church History of Ethiopia, p. 311, 312.) Mais la domination papale devint bientôt si insupportable que les Abyssins résolurent de la secouer. Après une lutte acharnée, les romanistes furent bannis de l'empire, et l'ancienne foi fut rétablie. Dès qu'elles eurent retrouvé leur indépendance, les églises africaines retournèrent à l'observation du sabbat du quatrième commandement. (Voir Appendice a51) Heureuses d'avoir recouvré leur liberté, elles n'oublièrent jamais l'expérience qu'elles avaient faite de la fraude, du fanatisme et du despotisme de la puissance romaine. Elles ne demandaient pas mieux, dans leur royaume solitaire, que de rester ignorées du reste de la chrétienté.

Ces récits du passé révèlent clairement l'inimitié de Rome à l'égard du vrai sabbat et de ses défenseurs, et les moyens qu'elle emploie pour honorer l'institution qu'elle a créée. La Parole de Dieu nous enseigne que ces scènes se répéteront lorsque catholiques romains et protestants s'allieront pour exalter le dimanche.

La prophétie du treizième chapitre de l'Apocalypse déclare que l'autorité représentée par la bête aux cornes d'agneau obligera « la terre et ses habitants » à adorer la puissance du pape, symbolisée ici par la bête « semblable à un léopard ». La bête à deux cornes doit aussi ordonner « aux habitants de la terre de faire une image à la [première] bête ». Elle ira même jusqu'à entraîner tous les hommes, « petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves », à prendre « la marque de la bête » (Apocalypse 13.11-16). On a vu que la bête aux cornes d'agneau symbolise les États-Unis, et que cette prophétie sera accomplie quand ce pays imposera l'observation du dimanche, réclamée par Rome comme la marque de sa suprématie. Mais les États-Unis ne seront pas seuls à rendre cet hommage à la papauté. L'influence de cette dernière est loin d'avoir entièrement disparu des pays ou elle exerçait autrefois son autorité. Et la prophétie annonce la restauration de son pouvoir. « Je vis l'une de ses têtes comme blessée à mort; mais sa blessure mortelle fut guérie. Et toute la terre était dans l'admiration derrière la bête. » (Apocalypse 13.3 ) La blessure mortelle désigne la chute du pouvoir papal en 1798. Mais, dit le prophète, « sa blessure mortelle fut guérie. Et toute la terre était dans l'admiration derrière la bête. » Paul dit positivement que l'homme de péché subsistera jusqu'au retour du Seigneur (2 Thessaloniciens 2.8). Il persistera dans son oeuvre de séduction jusqu'à la fin des temps. Le voyant ajoute, en effet : « Tous les habitants de la terre l'adoreront, ceux dont le nom n'a pas été écrit... dans le livre de vie. (Apocalypse 13.8 ) Dans l'Ancien comme dans le Nouveau Monde, l'observation du dimanche, qui repose uniquement sur l'autorité de l'Église romaine, constituera un hommage rendu au pape.

Depuis plus d'un demi-siècle, ceux qui, aux États-Unis, s'adonnent à l'étude de la prophétie, présentent au monde ce témoignage. Les événements qui se déroulent sous nos yeux accomplissent rapidement cette prophétie. Dans les pays protestants, les conducteurs religieux affirment la divine origine du dimanche sans plus de preuves que les chefs de la hiérarchie romaine quand ils imaginaient de prétendus miracles pour remplacer le commandement de Dieu. On entendra répéter -- on commence déjà à le faire -- que les jugements de Dieu frappent les hommes qui violent le dimanche. Le mouvement qui vise à imposer l'observation du dimanche par la loi s'étend rapidement.

L'habileté et la subtilité de l'Église de Rome tiennent du prodige. Elle a le don de lire l'avenir. En voyant les églises protestantes lui rendre hommage en acceptant son jour de repos et se préparer à l'imposer par les moyens dont elle a usé elle-même il y a des siècles, elle peut tranquillement attendre son heure. On verra des gens qui rejettent la lumière de la vérité s'adresser à cette puissance soi-disant infaillible pour soutenir une institution qu'elle a elle-même établie. Il est facile de concevoir l'empressement avec lequel, à cet égard, elle donnera son concours aux protestants. Qui, mieux que les chefs de la hiérarchie, sait comment traiter ceux qui sont rebelles aux décrets de l'Église?

Avec ses ramifications enveloppant toute la terre, l'Église catholique romaine forme une vaste organisation destinée à servir les intérêts du siège pontifical qui en a la direction suprême. Dans tous les pays du globe, ses millions de communiants reçoivent l'ordre de se considérer comme devant obéissance au pape. Quels que soient leur nationalité ou le gouvernement dont ils relèvent, l'autorité du pape doit, pour eux, primer toutes les autres. Ils peuvent prêter serment de fidélité à l'État, mais en cas de conflit, leur serment à l'égard de Rome les dispense de tout engagement.

L'histoire raconte avec quelle persévérance la papauté a cherché à s'ingérer dans les affaires des nations, et comment, une fois dans la place, elle s'y est occupée de ses intérêts, sans se laisser arrêter par la ruine des princes et des peuples. En l'an 1204, le pape Innocent III obtint de Pierre II, roi d'Aragon, le serment extraordinaire que voici : « Moi, Pierre, roi d'Aragon, je promets d'être toujours fidèle et obéissant à mon seigneur, le pape Innocent, à ses successeurs catholiques et à l'Église romaine, ainsi que de veiller à ce que mon royaume lui demeure soumis. Je soutiendrai la foi catholique et persécuterai la peste de l'hérésie. » ( J. Dowling, History of Romanism, liv. V, chap. VI, sect. 55.) Cet engagement est conforme aux prétentions du pontife romain, notamment en ce qui concerne le droit de « déposer les empereurs » et de « délier les sujets de leur serment de fidélité envers des souverains injustes. » (Mosheim, Ecclesiastical History, liv. III, XIe siécle, 2e par., chap. II, sect. 9, note 8. Voir aussi Appendice a52)

Il est bon de se souvenir que Rome se glorifie de ne jamais changer. Les principes de Grégoire VII et d'Innocent III sont encore aujourd'hui ceux de l'Église. Si elle en avait le pouvoir, elle les appliquerait avec autant de rigueur que dans les siècles passés. Les protestants ne se doutent pas de ce qu'ils font quand ils acceptent le concours de Rome pour assurer l'observation du dimanche. Pendant que ces derniers ne songent qu'à atteindre leur but, Rome, elle, ne vise à rien de moins qu'à reconquérir sa suprématie perdue. Si les États-Unis adoptent le principe en vertu duquel l'Église peut disposer du pouvoir de l'État, faire inscrire des observances religieuses dans la loi civile, en un mot, donner à l'Église et à l'État le droit de dominer les consciences, alors le triomphe de Rome en ce pays sera assuré.

La Parole de Dieu nous met en garde contre l'imminence de ce danger. Si le monde protestant fait la sourde oreille à cet avertissement, il ne tardera pas à savoir quelles sont les visées de la papauté; mais alors il sera trop tard, hélas! pour échapper au piège. L'Église romaine monte silencieusement vers le pouvoir. Ses doctrines font leur chemin dans les chambres législatives, dans les églises et dans les coeurs. Elle érige les constructions massives et altières de ses édifices, dont les caveaux souterrains verront renaître le cours de ses persécutions. Sournoisement, mystérieusement, elle prépare ses armes pour frapper quand le moment sera venu. Tout ce qu'elle désire, ce sont des occasions favorables, et déjà on lui en offre. Nous verrons et nous sentirons bientôt quelles sont les fins de la curie romaine. Quiconque croira et obéira à la Parole de Dieu encourra de ce chef l'opprobre et la persécution.