Premiers Écrits

L’ordre évangélique

Le Seigneur m’a montré que l’ordre évangélique avait été beaucoup trop craint et négligé1. Le formalisme doit être évité, mais il ne faut pas pour cela oublier l’ordre. Il y a de l’ordre au ciel. Il y en avait dans l’Eglise lorsque le Christ était ici-bas; et après son ascension, l’ordre fut strictement observé par ses apôtres. Et maintenant que nous sommes dans les derniers jours, alors que Dieu amène ses enfants à l’unité de la foi, l’ordre est plus nécessaire que jamais. Car si le Seigneur unit ses enfants, Satan et ses anges font tous leurs efforts pour détruire cette unité. C’est ce qui explique que des hommes qui manquent de sagesse et de jugement soient entrés hâtivement dans le champ. Ils ne savent peut-être pas diriger leur propre maison et n’ont aucun ordre en ce qui les concerne. Pourtant ils se croient capables d’avoir la charge du troupeau du Seigneur. Ils commettent de nombreuses erreurs, et ceux qui ne connaissent pas notre foi jugent tous les messagers d’après ces hommes qui n’ont reçu de mandat de personne. Ainsi la cause de Dieu est dans l’opprobre et la vérité bafouée par de nombreux incroyants qui sans cela auraient la franchise de demander: “Les choses sont-elles ainsi?”

Ces hommes dont la vie ne dénote aucune sainteté et qui ne sont pas qualifiés pour enseigner la vérité présente, entrent dans le champ sans être reconnus par l’Eglise ou les frères en général. Le résultat, c’est la confusion, la désunion. Quelques-uns d’entre eux connaissent la théorie de la vérité et sont capables de présenter des arguments, mais ils manquent de spiritualité, de jugement et d’expérience. Ils ignorent bien des choses qui leur seraient nécessaires avant de pouvoir enseigner la vérité. D’autres ne peuvent donner d’arguments; mais parce que des frères les ont entendus faire de belles prières et de bonnes exhortations de temps en temps, on les presse d’entrer dans le champ, de s’engager dans une œuvre pour laquelle Dieu ne les a pas qualifiés, car ils n’ont pas suffisamment d’expérience et de jugement. Ils s’enorgueillissent alors spirituellement et, sans raisons valables, se croient des ouvriers du Seigneur. Ils ne se connaissent pas eux-mêmes. Ils manquent de jugement et de persévérance, se vantent et affirment beaucoup de choses qu’ils sont incapables de prouver par la Parole. Dieu sait tout cela; c’est pourquoi il n’appelle pas de tels hommes dans sa vigne en ces temps périlleux. Les frères doivent être très prudents et ne pas envoyer dans le champ ceux que le Seigneur n’a pas appelés.

Ces hommes que Dieu n’a pas choisis sont les plus assurés qu’ils sont appelés et que leurs travaux sont très importants. Ils vont dans le champ et n’y exercent généralement pas une bonne influence. Cependant en certains endroits, ils obtiennent quelque succès, ce qui les amène, ainsi que d’autres, à penser que Dieu les a sûrement désignés. Mais le succès n’est pas une preuve évidente qu’on est appelé de Dieu; car les anges travaillent dans les cœurs sincères; ils éclairent leur intelligence concernant la vérité présente, pour que celle-ci soit acceptée et vécue. Même si des hommes qui ne sont pas envoyés de Dieu se rendent là où il ne les place pas, prétendent enseigner, et que des âmes acceptent la vérité à la suite de leur prédication, cela ne prouve pas qu’ils aient été appelés de Dieu. Ceux qui acceptent la vérité par leur moyen reconnaissent plus tard que ces hommes ne se basaient pas sur le conseil de Dieu et subissent eux-mêmes la servitude et les épreuves. Même si des hommes pervers parlent de la vérité, d’aucuns peuvent l’accepter, mais ces hommes trompeurs n’en acquièrent pas pour cela les faveurs du ciel, s’ils restent méchants, et dans la mesure où ils ont trompé ceux qui sont aimés de Dieu, selon la confusion qu’ils apportent dans l’Eglise, ils recevront un jour leur châtiment. Leurs péchés ne resteront pas impunis, le jour de Dieu les fera connaître.

Ces messagers qui se sont envoyés eux-mêmes sont une malédiction pour la cause. Des âmes sincères mettent en eux leur confiance, en pensant qu’ils suivent le conseil de Dieu et vivent en parfaite union avec l’Eglise. C’est pourquoi ces croyants acceptent que ces hommes administrent les ordonnances du Seigneur, et ils se font même baptiser par eux. Mais lorsque ces âmes sincères y voient clair—et cela arrive un jour ou l’autre—elles s’aperçoivent que ces hommes ne sont pas ce qu’elles pensaient, c’est-à-dire des messagers choisis et appelés de Dieu, elles sont plongées dans l’épreuve et le doute au sujet de la vérité qu’elles ont reçue, et le besoin se fait sentir chez elles de se faire instruire à nouveau. Ces croyants sont troublés par l’ennemi et dans leur perplexité ils se demandent si c’est bien le Seigneur qui les a conduits et ne sont satisfaits que lorsqu’ils ont été rebaptisés. Il est beaucoup plus difficile aux messagers de Dieu d’aller travailler là où ces hommes ont exercé une mauvaise influence que d’entrer dans de nouveaux champs. Les serviteurs de Dieu doivent agir ouvertement, loyalement, et ne pas pactiser avec l’erreur. Ils se tiennent entre les vivants et les morts, et auront à rendre compte de la manière dont ils se sont acquittés de leur mission, ainsi que de l’influence qu’ils ont exercée sur le troupeau dont le Seigneur les a fait surveillants.

Ceux qui acceptent la vérité et subissent de telles épreuves l’auraient connue aussi bien s’ils n’avaient pas été en rapport avec ces hommes, et si ceux-ci avaient occupé l’humble place que le Seigneur leur avait désignée. L’œil de Dieu se pose sur ses joyaux, et il aurait dirigé vers eux ses messagers choisis—des hommes qui se seraient conduits intelligemment. La lumière de la vérité aurait luit pour ces âmes et leur aurait fait comprendre leur véritable position. Elles auraient accepté la vérité en connaissance de cause, et auraient été satisfaites de sa beauté et de sa clarté. En en ressentant les puissants effets, elles auraient été affermies et auraient exercé une sainte influence.

Le danger que présentent pour la cause ces personnes qui voyagent sans que le Seigneur ne les ait appelées m’a de nouveau été montré. Si elles obtiennent quelque succès, on se rendra compte des qualités qui leur manquent. Elles commettront des erreurs graves, et par leur manque de sagesse des âmes précieuses pourront être égarées à un tel point qu’il ne sera plus jamais possible de les atteindre. J’ai vu que l’Eglise devait sentir sa responsabilité, et agir judicieusement à l’égard de ceux qui veulent enseigner, c’est-à-dire examiner soigneusement leur vie, leurs aptitudes et leur conduite en général. S’ils ne donnent pas de preuve indubitable d’être appelés par le Seigneur et de sentir que s’ils ne répondent pas à cet appel ils porteront le poids du “malheur à moi si je n’annonce l’évangile”, c’est à l’église qu’il incombe le devoir d’agir et de faire savoir qu’elle ne reconnaît pas ces personnes comme des messagers de Dieu. Telle est la seule conduite que l’église puisse adopter à cet égard.

J’ai vu que cette porte où passe l’ennemi pour venir troubler le troupeau du Seigneur peut être fermée. Je demandai à l’ange comment cela pouvait se faire. Il me répondit: “L’Eglise doit avoir recours à la Parole de Dieu, et revenir à l’ordre évangélique, perdu de vue et négligé.” C’est une nécessité absolue si l’on veut faire régner dans l’Eglise l’unité de la foi. J’ai vu qu’aux jours des apôtres l’Eglise avait été en danger d’être séduite par les faux docteurs. C’est pourquoi les frères choisirent des hommes ayant donné la preuve qu’ils gouvernaient bien leur propre maison et maintenaient l’ordre chez eux. Ils pouvaient donc éclairer ceux qui étaient dans les ténèbres. On pria le Seigneur à leur sujet; et selon la décision de l’Eglise et du Saint-Esprit, ils furent mis à part par l’imposition des mains. Ayant reçu leur mission de Dieu et l’approbation de l’Eglise, ils partirent baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ils administraient les ordonnances du Seigneur, rendant souvent visite aux saints, rompant pour eux les symboles du corps brisé et du sang versé par le Sauveur crucifié, afin de rappeler à la mémoire des enfants de Dieu ses souffrances et sa mort.

J’ai vu que nous ne sommes pas plus en sécurité aujourd’hui en ce qui concerne les faux docteurs qu’aux jours des apôtres, et nous devrions au moins prendre des mesures aussi énergiques que les leurs pour assurer la paix, l’harmonie et l’unité du troupeau. Nous avons leur exemple, et il nous faut le suivre. Des frères d’expérience et de jugement sûr doivent se réunir, et selon la Parole de Dieu et la sanction du Saint-Esprit, après de ferventes prières, imposer les mains à ceux qui ont donné la preuve indubitable qu’ils ont reçu de Dieu leur mission, afin de les mettre à part pour qu’ils se consacrent entièrement à son œuvre. Cet acte montrera que l’Eglise sanctionne leur départ comme messagers du Seigneur pour proclamer le message le plus solennel qui ait jamais été confié aux hommes.

Le Seigneur ne confiera pas le soin de son précieux troupeau à des hommes dont l’esprit et le jugement ont été affaiblis par d’anciennes erreurs qu’ils ont cultivées, telles que le “perfectionnisme” et le spiritisme. (Voir Appendice.) Leur façon d’agir alors qu’ils enseignaient ces erreurs les a disqualifiés et a couvert d’opprobre la cause de la vérité. Bien qu’ils se croient aujourd’hui libérés de ces erreurs, et compétents pour enseigner le dernier message, Dieu ne les acceptera pas. Il ne confiera pas ses âmes précieuses à leurs soins; car leur jugement a été faussé alors qu’ils étaient dans l’erreur, et il n’est pas redevenu normal. Le grand Dieu, saint et jaloux, a besoin de saints hommes pour proclamer sa vérité. La sainte loi donnée du haut du Sinaï fait partie de Dieu lui-même, et les saints hommes qui en sont les stricts observateurs sont les seuls auxquels il confie l’honneur de l’enseigner aux autres.

Les serviteurs de Dieu qui enseignent la vérité doivent être des hommes de jugement, des hommes qui peuvent faire face à l’opposition sans s’exciter; car ceux qui combattent la vérité attaqueront ses défenseurs, et présenteront les pires objections qu’ils pourront avancer à cet effet. Les serviteurs de Dieu qui prêchent le message doivent être préparés à réfuter ces objections avec calme et douceur, par la lumière de la vérité. Il arrive fréquemment que les adversaires parlent aux ministres de Dieu d’une manière provocante dans l’espoir de leur arracher des réponses similaires, afin de pouvoir déclarer que les défenseurs des commandements sont vraiment, comme on le leur a dit, durs et acerbes. J’ai vu que nous devions être préparés à réfuter les objections avec patience, jugement et douceur, leur donnant le poids qu’elles méritent, sans les écarter par des affirmations trop positives qui terrassent l’adversaire, et font preuve de dureté à son égard. Reconnaissons la valeur des objections, puis faisons ressortir la lumière de la vérité, et laissons celle-ci l’emporter sur l’erreur. C’est ainsi que l’on produira une bonne impression, et que les adversaires sincères reconnaîtront qu’ils étaient séduits et que les observateurs des commandements ne sont pas ce qu’on leur en avait dit.

Ceux qui professent être des serviteurs du Dieu vivant doivent être disposés à être les serviteurs de tous plutôt que de s’exalter au-dessus des frères. Il faut aussi qu’ils soient bons et courtois. S’ils commettent des erreurs, qu’ils soient prêts à les confesser. L’honnêteté dans les intentions ne doit pas être une excuse pour ne pas confesser ses erreurs. La confession ne diminuera pas la confiance de l’Eglise à l’égard du messager, et celui-ci donnera un bon exemple; la pratique de la confession sera encouragée dans l’Eglise et il en résultera une douce communion. Ceux qui professent être des instructeurs seront des modèles de piété, de douceur, d’humilité, de bonté, afin de gagner des âmes à Jésus et à la vérité biblique. Un ministre du Christ sera pur dans ses conversations et dans ses actes. Il ne doit jamais oublier qu’il transmet les paroles inspirées par un Dieu saint. Qu’il n’oublie pas non plus qu’il a la garde du troupeau, qu’il doit présenter à Jésus le cas de tous ceux qui en font partie et plaider pour eux comme Jésus le fait pour nous devant son Père.

Je fus amenée à considérer les enfants d’Israël d’autrefois, et je vis combien pure et sainte devait être la vie des ministres du sanctuaire, parce qu’ils étaient amenés par la nature de leur œuvre à être en union intime avec Dieu. Il fallait que les ministres fûssent saints, purs, irréprochables, sinon Dieu les aurait détruits. Or Dieu n’a pas changé. Il est aujourd’hui aussi saint, aussi pur et aussi juste qu’il le fut jamais. Ceux qui professent être les ministres de Jésus doivent être des hommes qui ont de l’expérience et une piété profonde, et qui en tout temps et en tout lieu exercent une sainte influence.

J’ai vu que le temps est venu pour les messagers d’aller où s’ouvrent des portes; Dieu les précédera et disposera les cœurs de quelques-uns à les écouter. Il faut entrer dans de nouveaux champs, et il serait bon, si les choses s’y prêtent, d’aller deux à deux pour se soutenir l’un l’autre. Un plan me fut présenté: il conviendrait que deux frères partent ensemble, voyagent en compagnie dans des endroits où règnent les ténèbres, où il y a beaucoup d’opposition et où le travail abonde, et là, par des efforts conjugués et une foi solide, qu’ils se consacrent à étaler la vérité devant ceux qui sont dans les ténèbres. Puis si les deux frères peuvent faire davantage en visitant séparément différents endroits et en se retrouvant souvent pour s’encourager mutuellement, qu’ils adoptent ce plan. Qu’ils se consultent au sujet des champs ouverts devant eux et qu’ils décident lesquels de leurs talents sont les plus nécessaires et de quelle manière ils auront le plus de succès pour atteindre les cœurs. Ensuite au moment de se séparer de nouveau, leur courage et leur énergie seront renouvelés pour affronter l’opposition et les ténèbres, afin de travailler de bon cœur au salut des âmes qui se perdent.

J’ai vu que les serviteurs de Dieu ne devaient pas se cantonner dans le même champ de travail, mais se rendre dans de nouveaux endroits pour gagner des âmes. Ceux qui connaissent déjà la vérité ne doivent pas exiger autant de leur service; car ils devraient se conduire seuls et affermir les frères qui les entourent, alors que les messagers de Dieu iront où règnent les ténèbres, pour exposer la vérité présente à ceux qui ne la connaissent pas encore.