Premiers Écrits

Prologue historique

Early Writings, représentant les premiers écrits d'Ellen G. White, intéresse d'une manière toute particulière les Adventistes du Septième Jour. Tandis que ses messages toucheront et réchaufferont son cœur, le lecteur appréciera d'autant plus les vérités qui y sont présentées s'il se souvient des circonstances dans lesquelles se déroulèrent les événements à l'époque où furent écrits ces trois livres. Il y trouvera çà et là des expressions qui, pour être bien comprises, doivent être placées dans le cadre des activités des adventistes observant le sabbat de 1840 à 1850. Par exemple, quand il est parlé des "adventistes qui ne le sont que de nom", le lecteur pourrait penser qu'il s'agit de la tiédeur des Adventistes du Septième Jour, alors qu'en réalité il est question de ceux qui faisaient partie du grand mouvement de réveil de 1831-1844, qui n'acceptèrent pas la vérité du sabbat et faisaient par conséquent partie du groupe que nous nommerions aujourd'hui "Adventistes du premier jour".

Vers la fin de cet ouvrage, trois chapitres portent ces titres: "Le message du premier ange", "le message du second ange", et "le message du troisième ange". En les lisant, on pourrait s'attendre à trouver une explication du caractère de ces messages (d'Apocalypse 14); mais il y est plutôt question des expériences de ceux qui participèrent à la proclamation des deux premiers messages et commencèrent à annoncer le troisième. Ellen G. White passa elle-même par ces expériences, et montre par conséquent sa familiarité avec le début, le développement du réveil adventiste et le Mouvement des Adventistes du Septième Jour qui commença après 1844.

Aujourd'hui, nous sommes à plus d'un siècle de ces temps héroïques, et les Adventistes du Septième Jour devraient VIIImieux connaître ces expériences. Le lecteur de ce précieux petit volume Premiers Ecrits aurait avantage à les avoir clairement à l'esprit. Il serait ainsi mieux à même de faire une application correcte des enseignements et du message qui y sont contenus.

Soulignons donc quelques-uns des points principaux de l'expérience des adventistes qui observaient le sabbat pendant la décennie qui précéda la première publication des matières constituant notre livre.

Dans les premiers alinéas de cet ouvrage, Mme White fait une brève allusion à sa conversion et à sa première expérience chrétienne. Elle dit aussi qu'elle suivit des réunions sur la doctrine biblique du retour personnel du Christ, que l'on croyait proche, à la porte. Le grand réveil adventiste est présenté succinctement comme un mouvement mondial dans son étendue. Il fut le résultat d'une étude consciencieuse des prophéties de l'Ecriture, et accepté par un grand nombre de croyants à travers le monde.

Mais ce fut aux Etats-Unis que le message prit le plus d'extension. A mesure que les prophéties bibliques concernant le retour de Jésus étaient acceptées par des hommes et des femmes capables, le groupe de croyants adventistes grossissait. Il faut noter cependant qu'aucun corps religieux séparé ne fut organisé. L'espérance adventiste suscita un profond réveil dont bénéficièrent toutes les Eglises protestantes, et amena de nombreux sceptiques et incrédules à confesser publiquement leur foi en Dieu et dans la Bible.

À mesure que le mouvement approchait de son point culminant, pendant les années 1840 et suivantes, plusieurs centaines de pasteurs s'unissaient dans la proclamation du message. A leur tête était William Miller. Celui-ci habitait à l'extrémité de la partie nord-est de l'Etat de New York. C'était un homme influent dans son Eglise et qui travaillait comme fermier pour gagner sa vie. Malgré ses connaissances religieuses, il était tombé dans le scepticisme depuis sa IXjeunesse. Il avait perdu la foi dans la Parole de Dieu et adopté des idées déistes. Mais un dimanche matin, alors qu'il lisait un sermon à l'Eglise baptiste, le Saint-Esprit toucha son cœur, et il accepta Jésus-Christ comme son Sauveur. Miller se mit alors à l'étude de la Bible, bien déterminé à y trouver une réponse satisfaisante à toutes les questions qui se posaient à son esprit, et à apprendre pour lui-même les vérités contenues dans ses pages.

Pendant deux ans, il passa une grande partie de son temps à cette étude, examinant verset après verset. Il décida de ne passer à un autre verset que lorsqu'il serait parvenu à une explication satisfaisante de celui qu'il étudiait. Il ne se servait pour cela que de sa Bible et d'une concordance. C'est ainsi qu'il arriva à l'étude des prophéties concernant le retour littéral et personnel du Christ. Il s'attaqua aussi aux grandes prophéties, particulièrement aux 2300 jours de (Daniel 8 et 9), qu'il rapprocha de la prophétie (d'Apocalypse 14), où se trouve le message de l'ange proclamant l'heure du jugement. Apocalypse 14:6, 7. A la page 229 de Premiers Ecrits, Mme White déclare que Dieu envoya son ange pour toucher le cœur de Miller, afin de l'amener à étudier les prophéties.

Dans son enfance, Mme White assista à deux séries de conférences données par William Miller dans la ville de Portland, Maine. Elles firent sur son cœur une impression profonde et durable. Mais laissons-la parler elle-même des prophéties, telles que William Miller les présentait alors à son auditoire. Pour cela lisons ce qu'elle dit dans son livre La Tragédie des Siècles:

"La prophétie qui lui parut révéler le plus nettement le temps de la venue du Seigneur était celle du prophète Daniel (chapter 8, verset 14): "Deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié." Prenant, suivant sa règle, les Ecritures comme leur propre interprète, Miller apprit que, dans la prophétie symbolique, un jour représente Xune année, et qu'ainsi la période des deux mille trois cents jours prophétiques s'étendait bien au-delà de la fin de la dispensation judaïque, et ne pouvait s'appliquer au sanctuaire de cette dispensation. Adoptant l'idée généralement reçue, à savoir que notre terre était le sanctuaire de la dispensation chrétienne, Miller en conclut que la purification du sanctuaire prédite par Daniel n'était autre que l'embrasement de notre globe à l'apparition du Seigneur. Ensuite, il réfléchit que s'il lui était possible de déterminer le point de départ de la période des deux mille trois cents jours, rien ne serait plus aisé que de trouver la date du retour du Seigneur. Ainsi serait révélée l'heure du grand dénouement, celle où la société actuelle, "avec son orgueil et sa puissance, sa pompe et sa vanité, sa méchanceté et son oppression, prendra fin", l'heure où la terre sera enfin affranchie "de la malédiction sous le poids de laquelle elle gémit; où la mort sera détruite; où les serviteurs de Dieu recevront leur récompense, aussi bien que les prophètes et les saints et ceux qui craignent le nom de Dieu, et où seront détruits ceux qui détruisent la terre".

"Poursuivant l'étude de cette prophétie, avec un redoublement de ferveur, y consacrant non seulement ses journées, mais encore des nuits entières, il constata d'abord que le point de départ des deux mille trois cents soirs et matins ne se trouvait pas dans le huitième chapitre de Daniel. Bien que l'ange Gabriel eût reçu ordre d'expliquer la vision à Daniel, il ne s'était que partiellement acquitté de sa mission; devant le tableau des terribles persécutions qui attendaient l'Eglise, le prophète avait senti ses forces le trahir et n'avait pu en supporter davantage; l'ange l'avait donc quitté pour un temps. "Je fus plusieurs jours languissant et malade, raconte Daniel. J'étais étonné de la vision, et personne n'en eut connaissance."

"Cependant, l'ordre de Dieu à son messager subsistant: "Explique-lui la vision", l'ange, pour s'en acquitter, était XIretourné auprès de Daniel et l'avait abordé ainsi: "Je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence... Sois attentif à la parole, et comprends la vision!" Et tout en reprenant son exposé, Gabriel avait spécialement insisté sur le point de la vision resté inexpliqué, soit la chronologie de la période des 2300 jours en ces termes:

""Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte... Sache donc, et comprends: Depuis la sortie d'une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu'à un Oint, un Chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines; elle sera rétablie, places et enceintes, dans la détresse des temps. Et après soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et personne pour lui... Il [ce chef] fera une alliance ferme avec un grand nombre pendant une semaine; et, au milieu de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l'oblation."

"L'ange avait été dépêché auprès de Daniel dans le but exprès de lui faire comprendre la portion de la vision restée inintelligible au prophète: celle relative à la période prophétique (chapter 8:14): "Deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié." Aussi, après avoir dit à Daniel: "Sois attentif à la parole, et comprends la vision", les premiers mots de l'ange furent: "Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte." Le verbe traduit ici par "déterminées" signifie littéralement "retranchées". Or, soixante et dix semaines représentent 490 années. L'ange déclare donc que cette période a été "retranchée" et mise à part pour le peuple juif.

"Mais "retranchée" de quoi? La période des 2300 soirs et matins étant seule mentionnée dans la vision, les soixante-dix semaines ne peuvent être "retranchées" que de celle-là. Il s'ensuit que cette période de soixante-dix semaines fait partie des 2300 jours, et que les deux périodes ont le même point de départ. Or, l'ange annonce que les soixante-dix semaines commenceront avec "la parole ordonnant de XIIrétablir et de rebâtir Jérusalem". Un seul point restait obscur. S'il était possible de déterminer la date de ce décret, se disait Miller, nous aurions donc trouvé le point de départ des 2300 soirs et matins.

"Or, ce décret et cette date se lisent au septième chapitre d'Esdras, versets 12 à 26. Le décret fut promulgué par Artaxerxès, roi de Perse, en 457 avant notre ère. On lit également dans le même livre (6:14) que la maison de l'Eternel se construisit "d'après l'ordre du Dieu d'Israel, et d'après l'ordre de Cyrus, de Darius et d'Artaxerxès". En rédigeant, en confirmant et en complétant le décret, ces trois rois l'amenèrent à la perfection requise par la prophétie pour lui permettre de marquer le commencement des 2300 ans. En prenant l'année 457 comme date de la promulgation du décret en question, on constata que tout ce qui devait marquer les soixante-dix semaines s'était réalisé. Le texte disait:

""Depuis la sortie d'une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu'à un Oint, un Chef, il y a sept semaines et soixante-deux semaines", soit soixante-neuf semaines, ou quatre cent quatre-vingt-trois ans. C'est en l'automne de l'année 457 que le décret d'Artaxerxès entra en vigueur. En ajoutant à cette date quatre cent quatre-vingt-trois ans, on arrive à l'automne de l'année 27 de notre ère, où la prophétie fut accomplie. C'est en effet en l'automne de cette année 27 que Jésus reçut le baptême des mains de Jean-Baptiste, et fut oint du Saint-Esprit. L'apôtre Pierre y fait allusion en disant: "Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth." Et Jésus de même: "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres." Après son baptême, Jésus se rendit en Galilée, "prêchant l'Evangile de Dieu" et disant: "Le temps est accompli."

"Le texte de Daniel continue: "Il fera une alliance ferme avec un grand nombre pendant une semaine." La "semaine" ici mentionnée est la dernière des soixante-dix; elle constitue les sept dernières années de la période accordée aux Juifs. XIIIPendant ce temps, soit de l'an 27 à l'an 34 de notre ère, Jésus, personnellement, puis par ses disciples, adressa tout spécialement aux Juifs l'invitation de prendre part au festin évangélique. Lorsqu'il envoya ses disciples porter l'Evangile, il leur donna cette recommandation: "N'allez pas vers les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains; allez plutôt vers les brebis de la maison d'Israël."

""Et au milieu de la semaine, dit encore la prophétie, il fera cesser le sacrifice et l'oblation." En l'an 31, trois années et demie après son baptême, Jésus fut crucifié. La tragédie du Calvaire mettait fin au système des sacrifices qui, durant quatre mille ans, avaient attiré l'attention sur l'Agneau de Dieu. Le type avait trouvé son prototype. A partir de ce moment, tous les sacrifices et toutes les oblations du système mosaïque devaient cesser.

"Les soixante-dix semaines, ou 490 ans, assignés aux Juifs ayant expiré en l'an 34 de notre ère, on constata qu'à ce moment précis, par la décision du sanhédrin, par le martyre d'Etienne et la persécution des chrétiens, la nation juive avait officiellement rejeté l'Evangile. Dès lors, le message du salut avait cessé d'être confiné aux limites de la nation israélite, et il fut porté aux nations. Chassés par la persécution, les disciples "allaient de lieu en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la Parole". Philippe étant descendu à Samarie, "y prêcha le Christ". Par direction divine, Pierre présente l'Evangile au centenier de Césarée, le pieux Corneille; et l'ardent Paul, gagné à la foi chrétienne, est appelé à porter la Bonne Nouvelle "au loin vers les nations".

"Jusqu'ici, tous les détails de la prophétie s'étaient remarquablement accomplis, fixant d'une façon incontestable le commencement des soixante-dix semaines sur l'année 457 avant J.-C., et son expiration sur l'année 34 de notre ère. Désormais, rien de plus aisé que de trouver la date de l'expiration des 2300 jours. Les 70 semaines, les 490 jours, étant retranchés des 2300, il restait 1810 jours à courir. Or, en les XIVfaisant partir de l'année 34, ces 1810 années aboutissaient en 1844. Il s'ensuivait que les 2300 jours d'années de (Daniel 8:14) se terminaient en 1844. Et c'était à l'expiration de cette grande période prophétique que, selon le témoignage de l'ange, "le sanctuaire devait être purifié". Ainsi, l'année de la purification du sanctuaire-que l'on confondait presque universellement avec le retour du Seigneur-était définitivement établie.

"Miller et ses collaborateurs crurent d'abord que les 2300 jours se termineraient au printemps de l'année 1844, alors que la prophétie indiquait l'automne de la même année. L'erreur commise sur ce point jeta dans le désappointement et la perplexité ceux qui avaient compté sur le retour du Seigneur à la première date. Mais cela laissait intact l'argument établissant que les 2300 soirs et matins se terminaient en 1844, et que le grand événement représenté par la purification du sanctuaire devait avoir lieu en cette année-là.

"En entreprenant, comme il l'avait fait, l'étude des Ecritures pour établir qu'elles étaient une révélation divine, Miller n'avait pas eu la moindre idée que ses études aboutiraient à de pareilles conclusions. Il eut même de la peine à croire au résultat de ses recherches. Mais le témoignage des Ecritures était trop clair et trop évident pour être traité à la légère.

"Il y avait deux ans qu'il se consacrait à l'étude de la Bible, quand il arriva, en 1818, à la conclusion solennelle que, dans vingt-cinq ans, le Christ reviendrait pour la rédemption de son peuple." La tragédie des siècles, 362-368.

C'était dans une attente fébrile que les croyants adventistes voyaient s'approcher le moment du retour de leur Seigneur. Ils croyaient que la fin de l'année 1844 verrait le jour dont avait parlé la prophétie de Daniel. Mais ils devaient être amèrement désappointés. De même que les disciples du Christ ne comprirent pas le véritable caractère des XVévénements qui devaient accomplir la prophétie concernant la première venue du Sauveur, de même les adventistes en 1844 furent désappointés au sujet du développement de la prophétie concernant la seconde venue du Christ. Ellen White en parle dans Early Writings en ces termes:

"Jésus ne revint pas ici-bas pour purifier le sanctuaire en purifiant la terre par le feu, comme l'attendait le joyeux groupe de croyants. J'ai vu que l'explication que donnaient ces croyants était correcte en ce qui concernait les périodes prophétiques. Le temps fixé se terminait en 1844, et Jésus est entré dans le lieu très saint pour purifier le sanctuaire à la fin des jours. Leur erreur provenait du fait qu'ils n'avaient pas compris ce qu'était le sanctuaire ni la nature de sa purification." Premier écrits, 243.

Presque immédiatement après le désappointement du 22 octobre, de nombreux croyants et pasteurs qui avaient embrassé le message adventiste se retirèrent. Quelques-uns d'entre eux s étaient joints au mouvement guidés en grande partie par la crainte. Une fois le moment passé, ils abandonnèrent leur espérance et disparurent. D'autres tombèrent dans le fanatisme. Environ la moitié du groupe adventiste conserva sa confiance que le Christ apparaîtrait bientôt sur les nuées des cieux. Ces croyants voyaient dans le fait qu'ils étaient tournés en ridicule par le monde, la preuve que le jour de grâce était terminé. Ils croyaient fermement que le retour du Seigneur était très proche. Mais les jours et les semaines s'écoulant sans que le Seigneur apparaisse, différentes opinions se firent jour, et ce groupe se divisa. Une partie, grande numériquement, crut que la prophétie ne s'était pas accomplie en 1844, et qu'il y avait eu une erreur dans l'explication des périodes prophétiques. Ils se mirent à fixer à nouveau des dates pour la venue du Christ. D'autres, en petit nombre, les précurseurs des Adventistes du Septième Jour, qui étaient certains que l'Esprit de Dieu avait été à l'œuvre dans le grand Mouvement adventiste affirmaient que nier que ce XVIMouvement fût l'œuvre de Dieu serait nier l'action de l'Esprit de la grâce. Cela, ils ne pouvaient pas le faire.

L'expérience de ces croyants et l'œuvre qu'il leur restait à accomplir ils les trouvaient dans les derniers versets d'Apocalypse 10. L'attente des adventistes devait être révisée. Dieu les avait conduits et les conduisait encore. Ils avaient parmi eux une jeune fille, Ellen Harmon, qui, en décembre 1844, à peine deux mois après le désappointement, reçut de Dieu une révélation prophétique. Le Seigneur lui montra dans une vision le peuple adventiste en route pour la sainte cité. Si cette vision n'expliquait pas le désappointement, ce qui ne pouvait se faire que par l'étude de la Bible, elle donnait l'assurance que Dieu conduisait les adventistes et continuerait à les conduire comme il l'avait fait lors de leur voyage vers la cité céleste.

Au bout du sentier symbolique, révélé à la jeune Ellen, il y avait une lumière étincelante, identifiée par l'ange comme étant le cri de minuit. Cette expression s'appliquait au point culminant de la prédication du retour du Christ à l'approche de l'automne de 1844. Dans cette vision, Ellen vit le Christ conduisant son peuple vers la cité de Dieu. La conversation de ces croyants indiquait que le voyage durait plus longtemps qu'ils ne l'avaient prévu. Quelques-uns perdirent Jésus de vue et tombèrent en chemin, mais ceux dont les regards étaient fixés sur le Sauveur et sur la sainte cité arrivèrent sains et saufs à destination. C'est de cela qu'il est parlé dans "Ma première vision", aux pages 13-20.

Un très petit nombre de croyants pouvaient être identifiés avec ceux qui marchaient de l'avant dans la lumière. En 1846, ils n'étaient guère qu'une cinquantaine. Les autres, qui avaient perdu confiance dans l'accomplissement de la prophétie en 1844, étaient peut-être 30 000. Ils eurent une conférence en 1845, à Albany (New York), du 29 avril au 1er mai, où ils révisèrent leur position. Ils prirent là la résolution de se séparer de ceux qui prétendaient avoir "une XVIIillumination spéciale", de ceux qui enseignaient des "fables judaïques", ou établissaient de "nouvelles preuves". (Advent Herald, 14 mai 1845.) Voir Messenger to the Remnant, 31, col. 2.

C'est ainsi qu'ils fermèrent la porte à la lumière sur le sabbat et l'Esprit de prophétie. Ils étaient persuadés que la prophétie ne s'était pas accomplie en 1844, et ils remettaient la fin des 2300 jours à une époque ultérieure. Ils fixèrent plusieurs dates, qui toutes se révélèrent fausses. Ils ne se maintenaient ensemble que par l'espérance adventiste. Mais ils ne tardèrent pas à se diviser en de multiples petits groupes aux idées très diverses, et dont la plupart disparurent bientôt. Celui qui leur survécut pendant quelques décennies devint l'Eglise chrétienne adventiste. Souvent, dans nos premiers écrits, il est appelé "les Adventistes du premier jour", ou "les Adventistes de nom".

Mais celui qui nous intéresse tout particulièrement, c'est le petit groupe qui ne cessa d'affirmer que la prophétie s'était accomplie le 22 octobre 1844. Les croyants qui le composaient reçurent la lumière sur le sabbat et le sanctuaire comme venant du ciel pour éclairer leur sentier. Ils n'habitaient pas tous au même endroit, mais ils étaient dispersés çà et là ou formaient de petits groupes à travers la partie nord-est des Etats-Unis.

Hiram Edson, un des croyants qui appartenaient à ce groupe, vivait dans l'Etat de New York, à Port Gibson. C'est lui qui dirigeait les adventistes de cet endroit. Ils s'étaient réunis chez lui le 22 octobre 1844 pour attendre la venue du Seigneur. Calmement et patiemment ils attendirent le grand événement. Mais lorsque l'heure de minuit sonna, le jour fixé était passé, et Jésus n'était pas venu comme ils l'avaient pensé. Ce fut pour eux un amer désappointement. Tôt le matin, Hiram Edson et quelques frères allèrent dans la grange pour prier, et alors qu'ils priaient, ils furent persuadés que la lumière viendrait.

Un peu plus tard, alors qu'Edson et un de ses amis traversaient un champ de maïs pour aller rendre visite à d'autres adventistes, il lui sembla qu'une main avait touché son épaule. Il leva les yeux-comme s'il avait une vision-et il vit les cieux ouverts, et le Christ dans le sanctuaire céleste entrant dans le lieu très saint, pour commencer son ministère en faveur de son peuple. Jésus ne sortait donc pas du lieu très saint pour venir purifier la terre par le feu, comme les adventistes l'avaient pensé. Une étude sérieuse de la Bible par Hiram Edson, le docteur F. B. Hahn, et O. R. L. Crozier, un instituteur, révéla bientôt que le sanctuaire qui devait être purifié à la fin des 2300 ans n'était pas la terre mais le tabernacle qui est dans le ciel où le Christ officie en notre faveur dans le lieu très saint. Cette œuvre médiatrice du Sauveur répondait à "l'heure du jugement" dont parle le message du premier ange. (Apocalypse 14:6, 7.) L'instituteur, O. R. L. Crozier, coucha par écrit l'étude de ces frères et on l'imprima sur une feuille volante; puis dans le journal adventiste le Day-Star, publié à Cincinnati (Ohio). Un numéro spécial, daté du 7 février 1846, fut entièrement consacré à l'étude de la Bible sur la question du sanctuaire.

Alors que cette étude se poursuivait, et que le groupe et son œuvre n'étaient pas connus d'Ellen White, à Portland, dans l'Etat du Maine, une vision était donnée à cette dernière où il lui fut montré que le Christ avait quitté le lieu saint pour entrer dans le lieu très saint du sanctuaire céleste à la fin des 2300 jours. Cette vision est relatée dans les Premier écrits, 54, 55.

Dans une autre vision qu'elle eut peu de temps après celle-ci, et dont elle parle dans une déclaration qu'elle fit au mois d'avril 1847, voici ce qui lui fut révélé: "Le Seigneur m'a montré dans une vision, il y a plus d'une année, que frère Crozier avait la vraie lumière sur la purification du sanctuaire, etc., et que c'était la volonté de Dieu que frère Crozier expose ses vues à ce sujet dans le numéro spécial du XIXDay-Star, du 7 février 1846. Je me sens pleinement autorisée par le Seigneur à recommander ce numéro spécial à chaque croyant." E. G. White, A Word to the Little Flock, 12. Ainsi les visions de la messagère du Seigneur confirmaient la découverte de ceux qui avaient étudié la Bible.

Dans les années qui suivirent, Ellen White écrivit beaucoup sur la vérité du sanctuaire et sa signification. On trouve de nombreuses pages sur ce sujet dans les Premiers Ecrits. A noter surtout le chapitre sur le sanctuaire (page 250). La compréhension du ministère du Christ dans le sanctuaire céleste fut la clé qui dévoila le mystère du grand désappointement. Il fut parfaitement clair que la prophétie annonçant l'heure du jugement avait trouvé son accomplissement dans les événements qui eurent lieu en 1844, mais qu'une œuvre devait être faite dans le lieu très saint du sanctuaire céleste avant que Jésus revienne ici-bas.

Les messages du premier et du second ange avaient retenti à la proclamation du message adventiste, et maintenant le message du troisième ange commençait à être annoncé. C'est alors que l'on comprit la vérité au sujet du sabbat ou septième jour de la semaine.

En relatant l'histoire du début de l'observation du sabbat chez les premiers adventistes, nous pensons à une petite église de Washington, au cœur de l'Etat de New Hampshire. Les membres de cette église étaient des croyants sincères. Une baptiste du septième jour, Rachel Oaks, s'y rendit pour distribuer des traités sur le quatrième commandement. Cette vérité avait été très bien comprise par quelques-uns; et déjà en 1844 William Farnsworth se leva à un culte du dimanche matin pour exprimer son intention de garder le sabbat du quatrième commandement. Une douzaine d'autres croyants se joignirent à lui, très décidés à observer tous les commandements de Dieu. Ce furent les premiers Adventistes du Septième Jour.

Le pasteur de cette petite église, Frederick Wheeler, XXaccepta bientôt le sabbat, et fut le premier pasteur adventiste à se décider. Un autre prédicateur, T. M. Preble, qui habitait le même Etat, accepta aussi cette vérité et publia un article dans le journal adventiste The Hope of Israel, de février 1845, pour établir l'obligation d'observer le quatrième commandement. Joseph Bates, un pasteur adventiste influent, résidant à Fairhaven (Massachusetts), lut cet article et fut convaincu. Peu de temps après, Bates se rendit à Washington (New Hampshire), pour étudier avec les adventistes cette vérité nouvellement découverte. De retour chez lui, plus convaincu que jamais, il décida de publier une brochure pour expliquer l'obligation d'observer ce commandement. Sa brochure de 64 pages sortit de presse au mois d'août 1846. Un exemplaire tomba entre les mains de James et Ellen White vers l'époque de leur mariage, à la fin du mois d'août 1846. Convaincus par les preuves scripturaires présentées dans ce traité, James et Ellen White acceptèrent la vérité du sabbat et commencèrent à l'observer. Voici ce que dit Ellen White à ce sujet: "En 1846, en automne, nous commençâmes à garder le sabbat de la Bible, à l'enseigner et à le défendre." Testimonies for the Church 1:75.

James et Ellen White furent gagnés uniquement par les preuves tirées de l'Ecriture sur lesquelles leur esprit avait été dirigé par le traité de Bates. Le premier sabbat d'avril 1847, sept mois après avoir commencé à observer le sabbat et à l'enseigner, Mme White eut une vision à Topsham (Maine), où l'importance du jour du repos lui fut montrée. Elle vit les tables de la loi dans l'arche du sanctuaire céleste, et une auréole entourait le quatrième commandement. Voir (Premier écrits, 32-35), où cette vision est relatée. La vision confirmait la position prise après avoir étudié la Parole de Dieu; elle élargissait aussi la conception des croyants concernant l'observation du sabbat. Mme White fut transportée dans une vision prophétique à la fin des temps. Elle vit que le sabbat serait la grande vérité que les hommes devront XXIaccepter ou rejeter à ce moment-là. Il s'agira pour eux de servir Dieu ou une puissance apostate. Parlant de son expérience personnelle en 1874, elle écrit:

"J'ai cru à la vérité du sabbat avant qu'il m'en ait été parlé en vision. Ce ne fut qu'après des mois que j'eus commencé à observer le septième jour qu'il me fut montré son importance et la place qu'il doit occuper dans le message du troisième ange." (E. G. White, Lettre 2, 1874.)

Grâce à la providence divine, les pasteurs qui furent les premiers à prêcher ces vérités se rencontrèrent en 1848 pour cinq conférences. En jeûnant et en priant, ils étudièrent ensemble la Parole de Dieu. Le pasteur Bates, l'apôtre du sabbat, parla de l'obligation d'observer ce saint jour. Hiram Edson et ses collaborateurs, qui assistèrent à quelques-unes de ces conférences, parlèrent du sanctuaire. James White, qui passait beaucoup de temps à l'étude des prophéties, attira l'attention sur les événements qui devaient se produire avant le retour de Jésus. A ces réunions, les doctrines fondamentales des Adventistes du Septième Jour furent mises en évidence.

Ellen White écrivit à ce sujet:

"Il en est beaucoup parmi nous qui ne se rendent pas compte de la solidité de la base sur laquelle repose notre foi. Mon mari, frère Bates, le Père Pierce*Il s'agit ici de nos pionniers. Le "Père Pierce", c'était Etienne Pierce, pasteur et administrateur au début de notre œuvre., frère Hiram Edson et d'autres frères sincères, nobles et vrais, furent de ceux qui, après le passage de la date en 1844, sondèrent la Parole pour y trouver la vérité. Je me rencontrais avec eux, et nous étudiions et priions ensemble avec ferveur. Souvent nous ne nous quittions que tard dans la nuit. Maintes et maintes fois ces frères se réunissaient pour étudier la Bible, afin de mieux la comprendre et se préparer ainsi à la prêcher avec puissance. Arrivés au moment où ils étaient obligés d'avouer qu'ils ne pouvaient rien faire de plus, l'Esprit du Seigneur XXIIvenait sur moi, j'étais ravie en vision, et une explication satisfaisante des passages que nous avions étudiés m'était donnée, ainsi que la manière de les présenter avec efficacité. C'est ainsi que nous arrivâmes à comprendre les Ecritures au sujet du Christ, de sa mission et de sa sacrificature. La vérité se rapportant à l'époque où nous entrerons dans la cité de Dieu me fut aussi expliquée, et j'en fis part à mes frères.

"Pendant tout ce temps-là, je ne pouvais comprendre le raisonnement des frères. Mon esprit était fermé, et je ne pouvais saisir la signification des passages que nous étudiions. C'était l'une des grandes tristesses de ma vie. Je restai dans cette condition jusqu'à ce que tous les points principaux de notre foi aient été rendus clairs à mon esprit, en harmonie avec la Parole de Dieu. Les frères savaient qu'en dehors de mes visions j'étais incapable de comprendre ces sujets, et ils acceptaient comme venant directement du ciel les lumières qui m'étaient révélées." Selected Messages 1:206, 207.

C'est ainsi que furent posées les doctrines fondamentales de l'Eglise adventiste, par une étude sérieuse de la Parole de Dieu. Lorsque nos frères avaient épuisé toutes leurs ressources, Ellen White recevait la lumière qui leur permettait d'expliquer les difficultés et leur ouvrait la voie pour aborder d'autres études. Les visions confirmaient aussi la véracité de leurs conclusions. Le don prophétique corrigeait donc les erreurs et confirmait la vérité.

Ce fut peu de temps après la cinquième des conférences qui eurent lieu en 1848 qu'une autre réunion se tint dans la maison de Otis Nichols, à Dorchester, près de Boston (Massachusetts). Les frères étudièrent et prièrent ensemble au sujet des responsabilités qui leur incombaient en tant que messagers des lumières que le Seigneur avait fait luire sur leur sentier. A ce moment-là, Ellen White fut ravie en vision. Dans la révélation qui lui fut donnée, il lui fut montré que les frères devaient publier les vérités qui leur avaient été confiées. Voici ce qu'elle dit dans (Life Sketches of Ellen G. White, 125):

"La vision terminée, je dis à mon mari: "J'ai un message pour toi. Tu dois commencer à imprimer un petit journal et le répandre parmi le peuple. Qu'il soit petit d'abord; à mesure que les gens le liront, ils enverront de l'argent pour l'imprimer, et il aura du succès dès le début. Il m'a été montré que de ce petit commencement des flots de lumière inonderaient le monde.""

C'était un appel à l'action. Mais que pouvait faire James White? Il était dénué des biens de ce monde. Toutefois la vision était positive, et il avait le sentiment qu'il devait marcher par la foi. Il se mit donc à l'œuvre avec les petits moyens dont il disposait. Il prépara des articles sur le sabbat et d'autres sujets pour être imprimés dans un petit journal. Tout cela prit du temps, mais il arriva à faire le nécessaire, et le tout fut porté à un imprimeur de Middletown, dans le Connecticut, qui voulut bien se charger de ce travail. Puis frère White alla chercher ces imprimés pour les porter chez la famille Belden, où lui et Ellen avaient trouvé un refuge temporaire. Le journal mesurait 15 centimètres sur 22, et avait 16 pages. Il portait comme titre The Present Truth (La vérité présente), et comme date juillet 1849. Le petit paquet fut déposé sur le parquet. Alors les frères et sœurs présents se mirent à genoux autour de ces journaux, et les larmes aux yeux, ils demandèrent au Seigneur de les bénir pour qu'ils accomplissent leur œuvre. Puis James White reprit le paquet et le porta à la poste, distante d'une douzaine de kilomètres. Et c'est ainsi que débuta l'œuvre des publications adventistes.

Quatre numéros de The Present Truth furent ainsi envoyés, et une réunion de prière eut lieu chaque fois à leur sujet avant de les porter à la poste. Bientôt des lettres commencèrent à arriver disant que par suite de leur lecture des croyants avaient commencé à observer le sabbat. Quelques-unes de ces lettres contenaient de l'argent, et James White, au mois de septembre, put payer à l'imprimeur de Middletown la somme de 64 dollars 50 pour les quatre numéros.

Frère et sœur White, se déplaçant constamment, firent des arrangements pour publier un certain nombre de numéros de ce journal. Le onzième et dernier numéro fut publié à Paris (Maine), au mois de novembre 1850. Ce même mois une conférence était tenue dans cette ville, et les frères décidèrent de développer l'œuvre des publications. Le journal devait continuer à paraître, on lui donnerait un plus grand format, et il serait intitulé The Second Advent Review and Sabbath Herald (la Revue adventiste et le Messager du sabbat). Ce fut, dès ce moment-là, l'organe officiel de la Dénomination.

Mme White avait écrit plusieurs articles pour The Present Truth, dont la plupart se trouvent dans la première partie des Premier écrits, 36-54.

Le premier numéro de Review and Herald parut au mois de novembre 1850, à Paris (Maine), ainsi que plusieurs autres numéros; puis ensuite à Saratoga (New York). C'est pendant qu'il habitait là que frère White fit le nécessaire, au mois d'août 1851, pour l'impression du premier livre de Mme White. Ce livre n'avait que 64 pages, autant dire qu'il s'agissait d'une brochure; il portait comme titre A Sketch of the Christian Experience and Views of Ellen G. White, et forme la première partie de l'ouvrage Premier écrits, 11-83.

Au printemps de 1852, frère et sœur White déménagèrent à Rochester (New York). Ils louèrent là un local où ils créèrent leur propre imprimerie. Les collectes faites dans ce but s'élevèrent à la somme de six cents dollars. Quelle joie pour nos premiers croyants de pouvoir imprimer sur une presse adventiste leurs livres et leurs journaux! Pendant un peu plus de trois ans, frère et sœur White habitèrent à Rochester (New York). A part la Review and Herald et le Youth's Instructor (l'Instructeur de la jeunesse) lancé par le pasteur White en 1852, on publiait aussi des brochures de temps en temps. C'est alors que les White habitaient à XXVRochester qu'une seconde brochure d'Ellen White fut publiée. C'était en 1854; elle était intitulée Supplement to the Christian Experience and Views of Ellen G. White. Elle se trouve aujourd'hui dans Premier écrits, 85-127.

Au mois d'octobre 1855, frère et sœur White et leurs collaborateurs allèrent se fixer à Battle-Creek (Michigan). On installa la presse et tout le matériel d'imprimerie dans un bâtiment érigé par plusieurs observateurs du sabbat, les mêmes qui avaient fourni les fonds pour créer notre propre maison d'édition. L'église adventiste de Battle-Creek se développant, cette petite ville devint le siège du Mouvement Adventiste du Septième Jour.

Mais ce ne fut pas sans peine que le pasteur White arriva à développer notre œuvre des publications. A ce moment-là les adventistes n'avaient pas d'organisation. En fait, les premiers croyants ne voulaient pas en entendre parler. Beaucoup d'entre eux avaient été membres des Eglises protestantes qui avaient rejeté le message du premier ange, et ils avaient quitté ces Eglises lors de la proclamation du message du second ange. Ils ne tenaient pas du tout à organiser une nouvelle Eglise. Ils craignaient de devenir formalistes et de perdre la faveur divine. Par conséquent, pendant une quinzaine d'années, les adventistes n'étaient unis les uns aux autres que par des liens fraternels. Joseph Bates, James White et quelques autres frères en étaient les dirigeants.

Lorsqu'on examine les origines des Premiers Ecrits, il ne faut pas oublier que les premiers adventistes voulaient surtout réunir ceux qui avaient participé au grand réveil, c'est-à-dire ceux qui avaient accepté le premier et le second message. Ils désiraient leur faire part du message du troisième ange. Pendant environ sept ans après 1844, les adventistes qui observaient le sabbat passèrent une grande partie de leur temps à gagner ceux qui n'avaient pas encore pris position sur cette vérité, ce qui paraissait tout naturel.

Dans les efforts particuliers qui furent faits pour XXVIproclamer le message adventiste pendant l'automne de 1844, on s'était appuyé sur la parabole des dix vierges, rapportée dans Matthieu 25. Il est question là d'un retard, puis on entend crier: "Voici l'époux; allez à sa rencontre!" On appela cela le "cri de minuit". Dans sa première vision, Mme White aperçut comme une lumière éclatante derrière les adventistes, au commencement du sentier. C'était le cri de minuit. Dans la parabole, il est dit que ceux qui étaient prêts entrèrent avec l'époux dans la salle des noces, et ensuite la porte fut fermée. Voir Matthieu 25:10. Les adventistes en conclurent que le 22 octobre 1844 la porte de la grâce fut fermée pour ceux qui n'avaient pas accepté le message proclamé avec tant de force. Ellen White parle de cela dans La Tragédie des Siècles:

"Une fois la grande date passée, dit-elle, croyant être arrivés au moment critique où l'œuvre de Jésus comme intercesseur devant le Père avait pris fin, ils continuèrent de croire que la venue du Seigneur était proche. Il leur semblait voir dans les Ecritures que le temps de grâce devait se terminer quelque temps avant le retour du Seigneur sur les nuées du ciel. Cela leur paraissait prouvé par les passages qui décrivent le temps où l'on cherchera, où l'on frappera, où l'on pleurera, mais en vain, devant la porte de la miséricorde. Et ils étaient à se demander si ce temps n'était pas venu. Ayant averti le monde de l'approche du jugement, ils crurent avoir achevé leur œuvre, et se désintéressèrent du salut des pécheurs. Les moqueries blasphématoires des impies étaient pour eux une preuve de plus que l'Esprit de Dieu avait abandonné les contempteurs de sa miséricorde. Tout cela les confirmait dans la conviction que le temps de grâce avait pris fin; ou, pour nous servir de leur expression, que la "porte de la miséricorde était fermée"." La tragédie des siècles, 472, 473.

Puis Mme White continue à montrer comment la lumière se fit jour sur cette question:

"L'étude de la question du sanctuaire leur apporta des lumières nouvelles. Elle leur apprit qu'ils avaient eu raison de penser qu'un fait important devait se produire à la fin des 2300 jours, donc en 1844. Mais s'il était vrai que s'était fermée la porte de la miséricorde par laquelle l'humanité avait eu accès auprès de Dieu pendant dix-huit siècles, une autre porte s'était ouverte, et le salut était offert aux hommes par l'intercession du Sauveur dans le lieu très saint. Une partie de sa tâche n'avait pris fin que pour faire place à l'autre. Il restait une "porte ouverte" dans le sanctuaire céleste où Jésus intercédait en faveur des pécheurs.

"On comprit alors ces paroles de Jésus à son Eglise: "Voici ce que dit le Saint, le Véritable, Celui qui a la clef de David, Celui qui ouvre, et personne ne fermera, Celui qui ferme et personne n'ouvrira: Je connais tes œuvres... J'ai mis devant toi une porte ouverte que personne ne peut fermer."

"Ce sont ceux qui, par la foi, suivent le Sauveur dans son œuvre d'expiation et de médiation en leur faveur qui en seront les bénéficiaires." La tragédie des siècles, 473.

Mme White parle alors de la manière dont les deux groupes se conduisirent:

"L'échéance de 1844 fut suivie d'une période de crise. Quelques-uns perdirent confiance dans leur ancienne computation des périodes prophétiques et attribuèrent à des influences humaines ou sataniques la puissance qui avait accompagné le Mouvement adventiste. Ceux qui persistèrent dans leur foi trouvèrent un immense soulagement en recevant la lumière touchant le sanctuaire céleste. Conservant l'assurance que le Seigneur les avait dirigés, ils attendirent les directions divines et découvrirent que leur Souverain Sacrificateur était entré dans une nouvelle phase de son ministère; en l'y suivant par la foi, ils comprirent également la mission finale de l'Eglise. Eclairés sur le premier et le second message, ils furent ainsi préparés à recevoir et à communiquer au monde XXVIIIle message du troisième ange renfermé au quatorzième chapitre de l'Apocalypse." La tragédie des siècles, 475.

On trouvera dans les (Premier écrits, 42-45), certaines références à la "porte ouverte" et à la "porte fermée". On ne peut bien comprendre cette question qu'en se reportant à l'expérience des premiers croyants.

Peu de temps après le désappointement, on comprit que tandis que d'aucuns, en rejetant définitivement la lumière, s'étaient fermé la porte du salut, il y en avait beaucoup d'autres qui n'avaient pas entendu proclamer le message, et par conséquent ne l'avaient pas rejeté; ils pouvaient donc être les bénéficiaires de l'œuvre expiatoire du Christ. A partir de l'année 1850, ces points furent clairement établis. C'est alors aussi que la proclamation des messages des trois anges commença à faire son chemin. Les préjugés disparaissaient. Ellen White, parlant de ce qui se produisit après le désappointement, écrivit:

"C'était alors presque impossible d'avoir accès auprès des croyants. Le désappointement de 1844 avait jeté le trouble dans les esprits d'un grand nombre, et ils ne voulaient plus rien entendre." The Review and Herald, 20 novembre 1883. Messenger to the Remnant, 51.

Mais en 1851, le pasteur White pouvait écrire: "La porte est maintenant ouverte presque partout pour présenter la vérité, et beaucoup de gens sont prêts à lire les imprimés qui auparavant ne les intéressaient pas." The Review and Herald, 19 août 1851, Messenger to the Remnant, 51.

Toutefois, avec ces nouvelles occasions de proclamer le message et ce grand nombre de personnes disposées à l'accepter, des éléments discordants commencèrent à se manifester. Si on ne les avait pas combattus avec énergie, l'œuvre en aurait grandement souffert. Mais là encore la providence divine guida les croyants, car le 24 décembre 1850, Ellen White eut une vision. Voici ce qu'elle en dit:

"Je vis combien Dieu est grand et saint. L'ange me dit: XXIX"Marchez fidèlement devant lui, car son trône est très élevé, et les pans de sa robe remplissent le temple." J'ai vu que tout dans le ciel est dans un ordre parfait. L'ange ajouta: "Regarde! Le Christ est la tête, et tout se déplace avec ordre, chaque chose a une signification. Tu vois combien tout est parfait, tout est beau et en ordre dans le ciel; il faut suivre cet ordre."" (E. G. White, Manuscript 11, 1850.)

Mais il fallut du temps pour arriver à faire comprendre aux croyants le besoin et la valeur de l'ordre évangélique. Leurs expériences dans les Eglises protestantes dont ils s'étaient séparés les avaient amenés à être très prudents. Sauf dans les cas où l'ordre était indispensable, la crainte du formalisme les empêchait d'adhérer à l'organisation d'une Eglise. Une décennie dut se passer après la vision de 1850 pour que l'idée d'une telle organisation pût être retenue. Un facteur de première importance pour en arriver là fut un article intitulé "L'ordre évangélique", publié dans A Supplement to the Christian Experience and Views of Ellen G. White. On le trouve aujourd'hui dans les Premier écrits, 97-104.

En 1860, en rapport avec l'organisation de l'œuvre des publications, un nom fut choisi. D'aucuns pensèrent que "Eglise de Dieu" conviendrait, mais la suggestion qui eut le plus de succès fut celle qui voulait un nom déterminant ce que sont nos doctrines, et "Adventistes du Septième Jour" fut adopté. L'année suivante une Fédération était organisée, puis plus tard plusieurs autres. Enfin, au mois de mai 1863, ce fut le tour de la Conférence Générale des Adventistes du Septième Jour d'être organisée, cinq ans après la publication de l'article dont nous avons parlé.

On a parlé du transfert de l'imprimerie de Rochester (New York), à Battle-Creek (Michigan), au mois d'octobre 1855. Frère et sœur White se fixèrent dans cette dernière ville. Puis, quand l'œuvre y fut bien établie, ils purent continuer à voyager dans le champ. Ce fut lors d'une visite dans XXXl'Etat de l'Ohio, aux mois de février et de mars 1858, que Mme White eut sa grande vision sur La Tragédie des Siècles. Au mois de septembre de la même année, Spiritual Gifts, vol. I (la grande controverse entre le Christ et ses anges et Satan et ses anges) fut publié. Ce petit livre constitue la troisième et dernière partie des Premiers Ecrits. On trouvera dans l'introduction des détails supplémentaires concernant cette vision. (Voir pages 129-132.)

Les petits ouvrages des quinze premières années de l'œuvre littéraire de Mme White devaient être suivis de nombreux grands livres sur des sujets d'importance vitale pour ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui ont la foi de Jésus.

Le Comité de publication des Écrits de Mme E. G. White