Patriarches et Prophètes

Chapitre 72

La révolte d’Absalom

« Il rendra quatre fois la valeur de la brebis », avait déclaré David après avoir entendu la parabole du prophète. Il prononça ainsi son propre châtiment. Son fils Amnon, coupable d’un crime honteux et contre nature que la loi punissait de mort, crime doublement grave en raison des circonstances, n’avait été ni poursuivi ni châtié par David. Le roi, au souvenir de son propre péché, n’avait pas osé punir Amnon. En conséquence, Absalom, le protecteur naturel de sa sœur indignement outragée, forma le projet de la venger. Pour frapper plus sûrement quand l’heure serait venue, il attendit deux ans. Puis, au cours d’un festin de famille qu’il donnait aux fils du roi, il fit assassiner Amnon.

La nouvelle de ce deuxième jugement qui frappait David lui fut rapportée en termes exagérés: « Le bruit parvint à David qu’Absalom avait tué tous les fils du roi et que pas un n’avait échappé. Le roi se leva, déchira ses vêtements et s’étendit sur la terre; tous ses serviteurs se tenaient près de lui, les vêtements déchirés. » (Voir 2 Samuel 13 à 19) Consternés, les fils du roi revinrent bientôt à Jérusalem et apprirent la vérité à leur père, à savoir qu’Amnon seul avait été tué. « Les fils du roi élevèrent la voix et pleurèrent. Le roi aussi et tous ses serviteurs versèrent des larmes abondantes. » Quant à Absalom, il s’enfuit chez Talmaï, roi de Guésur, père de sa mère.

Parce que les dispositions égoïstes d’Amnon et de plusieurs de ses frères ne furent jamais contrecarrées, celui-ci chercha toujours à satisfaire ses désirs sans se soucier de la volonté de Dieu. Après son grand péché, l’Éternel fit preuve de patience envers lui et lui accorda deux ans pour se repentir. Mais Amnon continua à vivre dans le péché. Il mourut chargé de son crime et ne pourra échapper au juste châtiment de Dieu lors du jugement.

Devant l’inertie de David, qui négligeait son devoir strict de punir le crime d’Amnon, et l’impénitence de celui-ci, Dieu avait permis aux événements de suivre leur cours et laissé agir Absalom. Quand les parents ou les gouvernements oublient de punir l’iniquité, il arrive que Dieu prenne les choses en main. Le frein qu’il oppose à la puissance du mal se relâche quelque peu, et la suite amène la punition du péché par le péché même.

Les résultats de la fatale indulgence de David envers Amnon n’en restèrent pas là. Le crime d’Absalom méritant une punition, le roi ne lui permit pas de revenir à Jérusalem. Cet exil allait augmenter, au lieu de diminuer, les maux inextricables dans lesquels le roi était enchevêtré. Exclu, par son exil, de la participation aux affaires du royaume, Absalom, homme énergique, ambitieux et sans principes, s’adonna bientôt à de dangereuses manigances.

Au bout de deux ans, Joab entreprit de réconcilier le père et le fils. Il se servit dans ce but d’une femme de Tékoa, réputée pour sa sagesse. Adoptant les suggestions de Joab, elle vint raconter au roi qu’elle était restée veuve avec deux fils pour toute fortune et toute consolation. Dans une querelle, l’un des deux avait tué l’autre. Et maintenant, toute sa parenté lui ordonnait de livrer le criminel au vengeur du sang. « Ils veulent donc, dit-elle, éteindre le tison qui me reste et ne laisser à mon mari ni nom ni postérité à la surface de la terre. » Cet appel toucha David, qui promit à cette femme la protection royale.

Après avoir arraché au monarque la promesse réitérée de sa faveur, la femme lui demanda, avec beaucoup de ménagements, s’il ne se reconnaissait pas coupable en ne faisant pas revenir celui qu’il avait banni. Elle poursuivit: « Car enfin, nous mourrons certainement, et nous ressemblons à l’eau qui s’écoule sur la terre et qu’on ne peut recueillir. Mais Dieu n’enlève pas la vie, et il sait trouver les moyens de ne pas repousser loin de lui l’exilé. » Ce touchant tableau de la miséricorde divine envers le pécheur — suggéré par Joab, l’homme de guerre — est une preuve frappante de la connaissance générale qu’on avait en Israël des grandes vérités de la rédemption. Le roi sentit son propre besoin de miséricorde. Il ne put résister à cet appel, et il dit à Joab: « Fais revenir le jeune Absalom. »

Absalom fut autorisé à rentrer à Jérusalem, mais non à reparaître à la cour. David commençait à souffrir des mauvais effets de son indulgence envers ses enfants. Aussi, quelque tendresse qu’il ressentît pour ce beau et intelligent jeune homme, il lui paraissait nécessaire, pour donner une leçon, tant à Absalom qu’à tout le peuple, de manifester l’horreur que lui inspirait le crime qu’il avait commis. Absalom vécut ainsi deux ans à Jérusalem sans pouvoir se présenter à la cour. Sa sœur, qui vivait auprès de lui et rappelait le tort irréparable qu’elle avait souffert, donnait au peuple l’impression que le jeune prince était plutôt un héros qu’un malfaiteur.

Absalom profita de cette disposition des esprits et s’efforça de gagner le cœur de ses concitoyens. Son apparence le favorisait beaucoup. « Il n’y avait pas dans tout Israël un homme aussi admiré pour sa beauté qu’Absalom; depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y avait en lui aucun défaut. » Or, le roi manquait de sagesse en permettant à cet homme ambitieux et remuant de demeurer à Jérusalem sans consentir à l’admettre en sa présence. C’était courir le risque de le voir gagner la sympathie du peuple.

Avec le souvenir de sa faute toujours devant les yeux, David paraissait moralement paralysé. Autant il avait été courageux et décidé, autant il était maintenant faible et irrésolu. Tout cela diminuait son autorité sur le peuple et favorisait les agissements de son fils.

Grâce à Joab, Absalom fut de nouveau admis à se présenter devant son père. Une réconciliation extérieure eut lieu, mais le jeune homme n’en continua pas moins ses menées ambitieuses. S’entourant d’un train de maison presque royal, il entretenait des chevaux et des chariots, et se faisait précéder d’une garde de corps de cinquante hommes. Ainsi, tandis que le roi tendait de plus en plus vers la solitude et la retraite, Absalom briguait assidûment la faveur populaire.

La faiblesse et l’irrésolution de David s’étendirent bientôt à ses subordonnés. L’administration de la justice souffrait de négligences et de délais, causes de mécontentement qu’Absalom tournait habilement à son avantage. Jour après jour, ce jeune homme d’aspect noble et imposant se présentait à la porte de la ville, où une foule de plaignants attendaient le moment de lui présenter leurs griefs. Absalom écoutait leurs doléances, leur exprimait sa sympathie et déplorait l’inertie du gouvernement. Après avoir entendu le récit de quelque Israélite en instance de procédure, il lui disait: « Certes, ta cause est bonne et juste; mais il n’y a chez le roi personne pour t’écouter. » Et il ajoutait: « Ah! que ne m’établit-on juge dans le pays! Tout homme qui aurait un procès ou une affaire à juger viendrait chez moi, et je lui ferais rendre justice. Si quelqu’un s’approchait de lui pour se prosterner devant lui, Absalom lui tendait la main, l’étreignait et l’embrassait. »

Le mécontentement fomenté par les menées insidieuses du jeune prince gagnait rapidement du terrain. Les louanges d’Absalom étaient sur toutes les lèvres, et on le considérait généralement comme l’héritier du trône. Fier d’un tel prétendant, le peuple le croyait digne de cet honneur. En un mot, « Absalom séduisait le cœur des Israélites », tandis que le roi, aveuglé par l’affection qu’il portait à ce fils, se figurait que le train magnifique mené par lui avait pour but d’honorer la cour et d’exprimer sa joie d’être réconcilié avec son père.

Quand les esprits lui parurent suffisamment préparés pour exécuter son coup d’État, Absalom envoya secrètement des hommes dans toutes les tribus pour y prendre des mesures en vue d’une révolte. Il emprunta ensuite le manteau de la dévotion pour masquer son jeu. Il dit au roi: « Permets-moi d’aller à Hébron, pour m’acquitter du vœu que j’ai fait à l’Éternel. Car lorsque ton serviteur demeurait à Guésur, en Syrie, il fit le vœu suivant: Si l’Éternel me ramène à Jérusalem, j’offrirai un sacrifice à l’Éternel. »

Le père aimant, réjoui de voir cette marque de piété chez son fils, le congédia avec sa bénédiction. La conspiration étant arrivée à maturité, cette insigne hypocrisie de la part d’Absalom avait pour but non seulement d’aveugler le roi, mais de gagner la confiance du peuple pour le pousser plus sûrement à se soulever contre le monarque divinement établi.

Absalom prit le chemin d’Hébron. Avec lui « partirent de Jérusalem deux cents hommes qu’il avait invités; ils y allaient en toute bonne foi, sans se douter de rien », sans se douter que l’affection qu’ils vouaient au fils les conduisait à se rebeller contre le père. Arrivé à Hébron, Absalom fit venir auprès de lui un des principaux conseillers de son père, Ahitophel, très réputé pour sa sagesse, et dont l’opinion avait la valeur d’un oracle. La présence d’Ahitophel au milieu des conspirateurs assura ceux-ci du succès de leur entreprise et attira sous leur étendard un grand nombre d’hommes influents venus de toutes les parties du pays. Enfin, la trompette de la révolte sonna. Les espions du prince répandirent partout la nouvelle qu’Absalom était roi et une foule de partisans se rallièrent à lui.

Cependant, l’alarme parvenait à Jérusalem, et David, se réveillant d’un long engourdissement, s’aperçut qu’une révolte avait éclaté à l’ombre du trône. Son propre fils, qu’il aimait et en qui il avait mis toute sa confiance, se disposait à lui enlever la couronne et sans doute la vie! Absalom fit la revue de ses troupes à Hébron. Les rebelles étaient donc aux portes de Jérusalem. Devant ce grand péril, David secoue la torpeur qui l’accable depuis si longtemps et s’apprête à faire face à l’orage avec toute la vigueur de ses jeunes années.

Du haut de son palais, il jette les regards sur sa capitale, « joie de toute la terre, cité du grand Roi » (Psaumes 48:3). Il frissonne à la pensée que Jérusalem puisse être inondée de sang, livrée au carnage et à la dévastation. Doit-il faire appel à ses sujets restés fidèles, et la défendre farouchement? Sa décision est prise: non, il ne permettra pas que les horreurs de la guerre profanent la ville sainte; il quittera Jérusalem; il mettra à l’épreuve la fidélité de son peuple et lui donnera l’occasion de venir se ranger sous son drapeau. De toutes façons, en cette grave circonstance, son devoir est de défendre l’autorité dont le ciel l’a investi. Quant à l’issue du conflit, il la remet entièrement entre les mains de Dieu.

Le cœur saignant, le roi quitte son palais et abandonne Jérusalem d’où le chasse un fils dénaturé. Suivi par une foule qui fait penser à un cortège funèbre, il est entouré de sa garde de corps formée de Kéréthiens et de Péléthiens, ainsi que de six cents Guitthiens, sous la conduite d’Ittaï. Avec son désintéressement habituel, il ne peut consentir que ces étrangers, venus se mettre sous sa protection, soient enveloppés dans son malheur. Étonné de les voir disposés à faire ce sacrifice pour lui, il dit à Ittaï: Pourquoi veux-tu venir, toi aussi, avec nous? Retourne sur tes pas, reste avec le (nouveau) roi, puisque tu es un étranger et que tu as quitté ton pays. Tu es arrivé d’hier, et dès aujourd’hui je te ferais partager notre vie errante! Quant à moi, je vais je ne sais où! Retourne donc et emmène tes frères avec toi. Que la miséricorde et la fidélité t’accompagnent! »

Ittaï lui répond: « Aussi vrai que l’Éternel est vivant, et que le roi, mon seigneur, est vivant lui-même, là où sera le roi, mon seigneur, soit pour mourir, soit pour vivre, là aussi sera ton serviteur. » David accepte avec gratitude le dévouement à sa cause chancelante de ces hommes qui venaient de se convertir du paganisme à Dieu; et, tous ensemble, ils passent le torrent de Cédron dans la direction du désert.

Une seconde fois, la caravane est arrêtée par un groupe d’hommes portant des vêtements sacrés. « Là se trouvait aussi Tsadok, avec tous les Lévites, qui portaient l’arche de l’alliance de Dieu. » (2 Samuel 15:24) Les gens de David considèrent ce renfort comme un heureux présage. La présence de ce symbole sacré est pour eux un gage de leur délivrance et de leur victoire finale. Il va donner au peuple un nouveau courage et le rallier autour du roi, tandis que l’absence de l’arche va porter la terreur chez les partisans d’Absalom.

Un instant, la vue de l’arche fait battre de joie et d’espérance le cœur de David. Mais d’autres pensées viennent bientôt l’assaillir. Comme monarque divinement choisi de l’héritage du Seigneur, il porte une responsabilité solennelle. Dans ses préoccupations, la gloire de Dieu et l’intérêt de son peuple doivent primer la sécurité de sa personne. Or, le Dieu « qui habite entre les chérubins, a dit de Jérusalem: « Cette ville est le lieu de mon repos. » (Psaumes 132:14) Sans autorisation divine, ni le grand prêtre ni le roi n’ont le droit de déplacer le symbole de sa présence. David sait, en outre, que s’il ne suit pas strictement les préceptes divins, l’arche sera plutôt une cause de désastre que de succès. Son grand péché, qui est toujours devant lui, lui rappelle que cette conspiration est un juste châtiment de Dieu. L’épée, qui ne doit plus s’éloigner de sa maison, vient d’intervenir à nouveau, et il ne sait quel sera le résultat de la lutte. Il ne lui appartient pas d’éloigner de la capitale les statuts sacrés qui sont la transcription de la volonté du Dieu souverain, la constitution de l’Etat et le gage de sa prospérité.

David dit donc à Tsadok: « Qu’on ramène l’arche de Dieu dans la ville. Si je trouve grâce aux yeux de l’Éternel, il me fera revenir et revoir l’arche et sa demeure. Mais s’il dit: Je ne prends point de plaisir en toi, eh bien, qu’il fasse de moi ce qui lui semblera bon! » Et il ajoute: « Écoute, retourne en paix à la ville, ainsi qu’Abiathar, avec Ahimaats et Jonathan, vos deux fils. Pour moi, je vais attendre dans les plaines du désert qu’on vienne m’apporter des nouvelles de votre part. » (2 Samuel 15:22-29) De la ville, en effet, les prêtres pouvaient lui rendre des services importants en lui apprenant, par l’intermédiaire de leurs deux fils, Ahimaats et Jonathan, les mouvements et les plans des rebelles.

Les prêtres reprirent donc le chemin de Jérusalem, laissant les fugitifs à leurs sombres pressentiments. Ceux-ci, avec leur roi, chassés de leurs demeures, abandonnés par l’arche de Dieu, voyaient devant eux l’avenir enveloppé de ténèbres. « David gravissait la montagne des Oliviers; il montait en pleurant, la tête couverte et les pieds nus. Tous ceux qui l’accompagnaient avaient aussi la tête couverte; et eux aussi montaient en pleurant. Alors on vint dire à David: Ahitophel est avec Absalom parmi les conjurés. » Ici encore, David reconnaissait une des conséquences de son péché. La défection d’Ahitophel, le plus habile et le plus astucieux des conseillers politiques d’Israël, n’était qu’une vengeance pour l’opprobre essuyé par sa famille en la personne de Bath-Séba, qui était sa petite-fille. Et « David dit: Je t’en prie, ô Éternel, réduis à néant les conseils d’Ahitophel! »

Arrivé en haut de la colline, le roi se prosterne et, dans une humble prière, déposant toute son angoisse devant Dieu, il le supplie de lui faire voir sa miséricorde. Cette prière est immédiatement exaucée:» Husaï, l’Arkite, vient à sa rencontre, la tunique déchirée et la tête couverte de poussière » en signe de grand deuil, et offre au roi détrôné et fugitif de partager son sort. Comme divinement illuminé, David voit en ce conseiller capable et sage, en cet ami fidèle, celui qui pourra le mieux servir ses intérêts. A sa requête, Husaï retourne à Jérusalem pour offrir ses services à Absalom et neutraliser les conseils de l’astucieux Ahitophel.

Ce rayon d’espérance au cœur, le roi et sa suite continuent à descendre le versant oriental du mont des Oliviers et s’engagent à travers une lande désolée, hérissée de ravins sauvages, conduisant, par des chemins raboteux, dans la direction du Jourdain. « Le roi David venait d’atteindre Bahurim, quand il en vit sortir un homme, uni par la parenté à la famille de Saül, et nommé Siméï, fils de Guéra. Il s’avançait en proférant des malédictions, et il jetait des pierres à David et à ses serviteurs: tout le peuple et l’élite des hommes de guerre entouraient le roi à droite et à gauche. Siméï maudissait David en ces termes: Va-t’en, va-t’en, homme de sang, homme pervers! L’Éternel fait retomber sur toi tout le sang de la maison de Saül, à la place duquel tu t’es fait roi. L’Éternel a livré le royaume entre les mains de ton fils Absalom, et te voilà toi-même dans le malheur, parce que tu es un homme de sang! »

Durant tout le temps de la prospérité de David, cet homme n’avait donné aucun signe de mécontentement à l’égard du roi. C’était au jour du malheur que ce Benjamite révélait son véritable caractère. Il avait honoré David sur le trône, il le maudissait maintenant dans l’humiliation. Égoïste et rampant, il jugeait les autres d’après lui-même. Triompher du malheur des autres, tel est bien l’esprit de Satan.

Les accusations de Siméï contre David étaient absolument gratuites et calomnieuses. Le roi n’était coupable d’aucun tort vis-à-vis de Saül ou de sa maison. Alors qu’il aurait pu le tuer plus d’une fois, il s’était contenté de couper le pan de son manteau, acte qu’il regretta par la suite comme un manque de respect pour l’oint du Seigneur.

Un autre exemple de cette magnanimité avait eu lieu un jour où David était caché dans la caverne d’Adullam. Sa pensée s’étant reportée aux jours de sa jeunesse, il s’était écrié: « Oh! que je voudrais boire de l’eau de la citerne de Bethléhem! » (2 Samuel 23:13-17) Bethléhem était en ce temps-là entre les mains des Philistins. Trois hommes d’élite de sa troupe ayant traversé la garnison ennemie apportèrent à leur chef l’eau si ardemment convoitée. Mais David ne voulut pas la boire. Il la répandit en l’honneur de Dieu en disant: « Loin de moi, ô Éternel! une telle pensée! Cette eau est comme le sang de ces hommes qui sont allés là-bas au péril de leur vie! » Bien que David fût un homme de guerre, et qu’il eût passé une bonne partie de sa vie au milieu de scènes de violence, il en était sorti moins endurci qu’on ne l’est en général.

Le neveu de David, Abisaï, l’un de ses plus braves capitaines, ne pouvant écouter davantage les propos insolents de Siméï, s’écria: « Pourquoi ce chien mort se permet-il d’insulter le roi, mon seigneur? Laisse-moi faire! J’irai lui couper la tête! » Le roi David le lui défendit: « Voyez, mon propre fils, dit-il à Abisaï et à ses serviteurs, celui qui est sorti de mes entrailles, en veut à ma vie; à plus forte raison ce Benjamite! Laisse-le faire, et qu’il me maudisse, car l’Éternel le lui a commandé. Peut-être l’Éternel aura-t-il égard à mon affliction, et me rendra-t-il le bonheur en échange des malédictions que je reçois aujourd’hui. »

La conscience de David lui faisait entendre des vérités amères et humiliantes. Le soudain revers de fortune qui étonnait ses sujets n’était pas un mystère pour lui. Il en avait souvent eu des présages et s’était étonné que Dieu supportât si longtemps ses péchés et que le châtiment mérité fût si long à venir. Mais à ce moment-là, les pieds nus et ses vêtements royaux échangés contre la bure grossière de l’affliction, dans cette fuite douloureuse et les lamentations de sa suite, répercutées par les échos des montagnes, il songeait à sa capitale bien-aimée et il avait l’impression que Dieu lui manifesterait encore sa bonté.

Durant des années, il s’était efforcé d’accomplir fidèlement son devoir. Sous son sceptre, son royaume était parvenu à un degré de puissance et de prospérité jamais atteint auparavant. Il avait en outre accumulé d’immenses matériaux en vue de la construction de la maison de Dieu. Fallait-il que le travail de toute sa vie fût anéanti? Le résultat de ces années de labeurs désintéressés, l’œuvre du génie, de la piété et d’une administration modèle allaient-ils passer entre les mains d’un fils insensible à l’honneur de Dieu et à la prospérité d’Israël? Combien il eût été naturel pour David, dans cette cuisante épreuve, de murmurer contre le Seigneur!

Mais au contraire, il voyait dans ses propres fautes la cause de tout son malheur. Ses sentiments sont bien exprimés par le prophète Michée: « Si je suis assis dans les ténèbres, l’Éternel sera ma lumière! Je supporterai le courroux de l’Éternel, puisque j’ai péché contre lui, jusqu’à ce qu’il défende ma cause, et me fasse droit. » (Michée 7:8, 9) Cet épisode de sa vie où David se montre humble, désintéressé, généreux sous l’insulte et l’ignominie est l’un des plus beaux de sa carrière. Jamais il n’avait paru plus grand aux yeux du ciel qu’à l’heure de sa plus profonde détresse.

Si Dieu avait laissé impuni le péché de David, s’il lui avait permis de jouir d’une paix et d’une prospérité ininterrompues, alors qu’il violait sa sainte loi, les sceptiques auraient eu quelque raison de prendre comme prétexte l’histoire du roi d’Israël pour démolir la religion de la Bible. Mais au contraire, cette histoire prouve surabondamment que Dieu, loin de tolérer ou d’excuser le péché, fait éclater son amour au sein même du châtiment. Si Dieu fait passer David sous la verge, il ne le supprime pas. La fournaise de l’épreuve a pour but de purifier et non de consumer. Il est écrit:

S’ils violent mes commandements,
Et s’ils n’observent pas mes préceptes,
Je châtierai leurs transgressions en les frappant avec des verges,
Et leurs iniquités en leur envoyant des fléaux.
Mais je ne leur retirerai pas ma faveur.
(Psaumes 89:32-34)
Peu après que David eut quitté Jérusalem, Absalom et son armée y faisaient leur entrée et s’en emparaient sans coup férir. Husaï fut parmi les premiers à présenter ses respects au nouveau roi, qui ne fut pas peu surpris de cette offre de services de la part du vieil ami et conseiller de son père. Jusque-là, ses plans avaient réussi. Assuré du succès final, il accueillit Husaï à sa cour.

Les troupes d’Absalom étaient considérables, mais composées d’hommes peu entraînés à la guerre. Ahitophel savait que la situation de David était loin d’être désespérée. Une grande partie de la nation lui restait fidèle. Il était entouré de guerriers éprouvés, commandés par des généraux capables et aguerris. Ahitophel savait également qu’après un premier et bref mouvement d’enthousiasme en faveur du nouveau roi, il se produirait une réaction, et que si la révolution échouait, et si Absalom se réconciliait avec son père, lui, son premier conseiller, serait considéré comme le plus grand coupable et subirait la plus lourde peine.

Pour empêcher Absalom de revenir en arrière, il lui conseilla un acte qui, pour la multitude, rendrait impossible toute réconciliation entre le père et le fils. Il suggéra au prince révolté d’ajouter l’inceste à la rébellion. Il s’agissait, selon la coutume orientale, pour prouver qu’il était devenu le successeur de son père, de s’attribuer publiquement ses concubines. Absalom adopta l’ignoble suggestion, et ainsi s’accomplit la prédiction du prophète à David: « Je vais faire surgir de ta propre maison les maux qui s’abattront sur toi; je prendrai tes femmes sous tes yeux pour les donner à l’un de tes proches, qui abusera d’elles à la vue de ce soleil! Car toi, tu as agi en secret; mais moi, j’agirai en présence de tout Israël et à la vue du soleil. » (2 Samuel 12:11, 12) Non pas que Dieu allait lui-même suggérer cette infamie, mais il ne l’empêcherait pas.

Ahitophel, hautement estimé pour sa sagesse, n’avait aucune piété. Il ne possédait pas « la crainte de l’Éternel qui est le commencement de la sagesse » (Proverbes 9:10). Autrement, il n’eût jamais conseillé un crime odieux pour assurer le succès d’une trahison. Les gens sans conscience agissent comme s’il n’existait aucune providence souveraine pour anéantir leurs desseins. Ils oublient que « celui qui habite dans les cieux ... se moquera d’eux » (Psaumes 2:4), et que le Seigneur a déclaré:

Ils n’ont pas pris plaisir à mes conseils,
Ils ont dédaigné toutes mes remontrances:
Ils savoureront les fruits de leur conduite
Et ils se rassasieront de leurs propres conseils!
Car l’égarement des sots les tue,
Et la sécurité des insensés les perd.
(Proverbes 1:30-32)
Ayant assuré sa propre sécurité, Ahitophel démontra à Absalom la nécessité d’agir sans perdre de temps. « Permets-moi de choisir douze mille hommes, lui dit-il. Je me mettrai en marche et je poursuivrai David cette nuit même. Je me jetterai sur lui pendant qu’il est fatigué et que son courage est abattu. Je l’épouvanterai; tout le peuple qui l’accompagne prendra la fuite, et le roi seul tombera sous mes coups. C’est ainsi que je ramènerai à toi tout le peuple. » Ce plan fut approuvé par les conseillers de l’usurpateur. S’il avait été exécuté, David aurait certainement péri. Mais les événements étaient dirigés par une sagesse plus haute que celle d’Ahitophel. « L’Éternel, en effet, avait résolu d’anéantir le sage conseil d’Ahitophel, afin d’attirer la ruine sur Absalom. »

Husaï n’avait pas été admis dans le conseil et il s’était gardé d’y pénétrer sans invitation pour ne pas être suspecté d’espionnage. Après qu’on se fut dispersé, Absalom, qui avait une haute idée de la sagesse du conseiller de son père, lui soumit le plan d’Ahitophel. Husaï, comprenant que l’exécution du plan proposé entraînerait la perte de David, « répondit à Absalom: Pour cette fois, le conseil donné par Ahitophel n’est pas bon. Il ajouta: Tu connais ton père et ses hommes; ce sont de vaillants guerriers et ils ont le cœur exaspéré, comme une ourse des champs à laquelle on a pris ses petits. De plus, ton père est homme de guerre; il ne passera pas la nuit avec la troupe. Il est sans doute caché, en ce moment même, dans quelque ravin ou dans quelque autre retraite. Si, dès le début, nous essuyons un échec, tous ceux qui l’apprendront diront: Les partisans d’Absalom sont en déroute. »

Puis il suggéra un autre plan bien conçu pour plaire à un homme vaniteux porté à faire parade de sa puissance: « Je conseille plutôt que tous les Israélites, depuis Dan jusqu’à Béer-Séba, se rassemblent autour de toi, nombreux comme les grains de sable sur le bord de la mer. Tu marcheras en personne au combat. Nous l’atteindrons, en quelque lieu qu’il se trouve; nous tomberons sur lui comme la rosée tombe sur la terre; et ni lui ni aucun de ceux qui l’accompagnent ne pourra s’échapper. S’il se réfugie dans quelque ville, tout Israël entourera de cordes cette ville-là, et nous la ferons crouler dans le lit du torrent, si bien qu’on n’en trouvera plus une seule pierre. »

« Alors Absalom et tous les hommes d’Israël dirent: Le conseil de Husaï, l’Arkite, vaut mieux que le conseil d’Ahitophel. » Il y eut cependant un homme qui ne fut pas dupe et qui vit clairement que ce dernier plan serait fatal à la cause d’Absalom. C’était Ahitophel. Il comprit également qu’indépendamment du sort futur de l’usurpateur, il ne restait aucun espoir à celui qui avait été l’instigateur de la révolte. Il avait encouragé Absalom à se rebeller; conseillé de déshonorer son père et suggéré comment faire mourir David. Et maintenant, Absalom lui-même préférait adopter les conseils d’un autre! Jaloux, irrité, désespéré, Ahitophel « partit pour se rendre dans sa ville et sans sa maison. Puis, après avoir mis ordre à ses affaires il s’étrangla et il mourut. » Tel fut le sort d’un homme brillamment doué qui n’avait pas pris Dieu pour conseiller et avait oublié que « le salaire du péché, c’est la mort » (Romains 6:23).

Husaï, qui n’était pas certain que son conseil fût suivi par l’inconstant fils du roi, avertit David de passer immédiatement de l’autre côté du Jourdain. A cet effet, il envoya ce message aux deux Lévites: « Ahitophel a donné tel et tel conseil à Absalom et aux anciens d’Israël. Maintenant donc, hâtez-vous d’avertir David, et dites-lui: Ne passe pas la nuit dans les plaines du désert; avance plus loin de peur que le roi et tous ceux qui l’accompagnent ne subissent un désastre. »

Les deux fils du prêtre, bien que poursuivis, réussirent à s’acquitter de leur périlleuse mission, et David, accablé de douleur et de fatigue après une première journée de marche, apprit qu’il devait, cette même nuit, fuir plus loin encore. Menacé par un fils choyé en qui il avait toute confiance et par des sujets qui lui avaient juré fidélité, le roi d’Israël chante néanmoins ce sublime cantique:

Éternel, que mes ennemis sont nombreux!
Que de gens s’élèvent contre moi!
Combien disent à mon sujet:
Point de salut pour lui auprès de Dieu!

Mais toi, ô Éternel, tu es mon bouclier;
Tu es ma gloire, celui qui me fait dresser la tête.
Ma voix invoque l’Éternel,
Et il me répond de sa montagne sainte.

Je me suis couché et je me suis endormi.
Je me suis réveillé, car l’Éternel me soutient.
Je ne crains point les milliers d’hommes
Qui m’assiègent de toutes parts.
Le salut vient de l’Éternel...
Que ta bénédiction soit sur tout ton peuple!
(Psaumes 3:2-9)
David et sa troupe — guerriers et hommes d’État, vieillards et jeunes gens, femmes et petits enfants — passèrent la nuit à traverser les eaux profondes et rapides du Jourdain. « Au point du jour, il n’en restait pas un qui n’eût traversé le fleuve. » De là, la multitude entière se réfugia à Mahanaïm, ville fortifiée qui avait été la capitale d’Isboseth, et qui était située dans une région montagneuse. Le pays était bien approvisionné, et ses habitants favorables à la cause de David. De riches propriétaires apportèrent au roi d’abondantes provisions et pourvurent à son confort.

Le conseil de Husaï avait atteint son but en ce qu’il avait donné à David l’occasion de se mettre à l’abri. Cependant, Absalom, irréfléchi et impétueux, ne pouvant se contenir plus longtemps, « passait le Jourdain, suivi de toute l’armée d’Israël », et se mettait à la poursuite de son père. Pour commander ses forces, il avait choisi Amasa, fils d’Abigal, la tante de Joab. Mais son armée, quoique considérable, manquait de discipline et était mal préparée à résister aux soldats aguerris du roi.

David, ayant divisé ses troupes en trois corps placés sous les ordres de Joab, d’Abisaï et d’Ittaï, Guittien, avait l’intention de prendre lui-même le commandement de toute l’armée. Mais ses officiers, ses conseillers et le peuple s’opposèrent avec véhémence à ce dessein. « Tu ne viendras pas, s’écria-t-on; car, si nous fuyons, on n’attachera point d’importance à notre fuite, et, même si la moitié d’entre nous périssait, on n’y ferait pas attention; mais toi, tu en vaux dix mille comme nous. Il est donc préférable que tu te tiennes dans la ville tout prêt à nous secourir. Le roi reprit: Je ferai ce qui vous paraît bon. »

Du haut des murailles de la ville, on vit approcher les colonnes de l’armée rebelle. En comparaison avec celle-ci, la troupe de David était insignifiante. Et pourtant, en contemplant ces forces ennemies, la pensée dominante dans le cœur du roi n’est pas le souci de sa couronne, de son royaume ni même de sa vie, dont le sort dépend cependant du résultat de la bataille qui va se livrer. Le cœur de ce père est rempli d’appréhension et de pitié pour son fils rebelle. Au moment où l’armée défile devant lui, debout, à la porte de la ville, il encourage ses soldats et les assure que le Dieu d’Israël leur donnera la victoire. Et tandis que Joab passe devant lui à la tête de son contingent, ce fier vainqueur de cent batailles entend, la tête inclinée, la dernière recommandation du roi qui leur dit d’une voix tremblante: « Ayez soin de ménager le jeune homme Absalom. » Abisaï et Ittaï reçoivent le même mandat: « Ayez soin de ménager le jeune homme Absalom. » La sollicitude de ce père, qui semblait ajouter plus de prix à la vie de ce malheureux qu’à son royaume et à ses fidèles sujets, ne fit qu’accroître l’indignation de ses guerriers contre le chef de l’insurrection, l’auteur de cette guerre fratricide.

La bataille eut lieu dans un bois situé près du Jourdain et il fut vite impossible de commander les troupes nombreuses et indisciplinées d’Absalom, au milieu des fourrés et des marécages. « L’armée d’Israël fut battue par les gens de David; ce fut une grande défaite, dans laquelle, ce jour-là, périrent vingt mille hommes. »

Absalom voit que sa cause est perdue. Il tourne bride et prend la fuite. Mais sa tête s’étant prise dans un arbre aux vastes branchages, sa mule s’enfuit de dessous lui, et le laisse suspendu, impuissant et exposé aux coups de ses ennemis. Un soldat l’ayant aperçu dans cet état l’épargne pour obéir au roi mais avertit Joab. Celui-ci, qui a vainement montré de l’amitié à Absalom en le réconciliant par deux fois avec son père, saisit avidement l’occasion de faire disparaître l’auteur de cette calamité. Sans se laisser arrêter par aucun scrupule, Joab « prit trois javelots, et les enfonça dans le cœur d’Absalom. ... On prit Absalom, on le jeta dans une grande fosse au milieu de la forêt, et on éleva au-dessus de lui un énorme monceau de pierres. »

Le chef de la révolte étant mort, Joab rappela ses troupes et envoya sans retard des messagers porter la nouvelle au roi. La sentinelle postée sur la muraille de la ville aperçut un homme qui, revenant du champ de bataille, approchait en courant, suivi d’un autre homme. Elle dit au roi qui se tenait près de la porte: « Il me semble, à voir courir le premier, que c’est l’allure d’Ahimaats, fils de Tsadok. Le roi répondit: C’est un homme de bien, il apporte de bonnes nouvelles. Alors Ahimaats cria au roi: Tout va bien! Et il se prosterna devant le roi, le visage contre terre, et dit: Béni soit l’Éternel, ton Dieu, qui t’a livré ceux qui avaient levé la main contre le roi, mon seigneur! » A la question inquiète du roi: « Le jeune Absalom est-il sain et sauf? » le messager fit une réponse évasive.

En arrivant, le deuxième messager cria: « Voici une bonne nouvelle pour le roi, mon seigneur: L’Éternel t’a fait justice aujourd’hui et t’a délivré de tous ceux qui s’élevaient contre toi. » Une seconde fois, le roi, les lèvres tremblantes, posa la question: « Le jeune Absalom est-il sain et sauf? » Incapable de cacher la triste nouvelle, l’envoyé répondit: « Puissent les ennemis du roi, mon seigneur, et tous ceux qui se sont révoltés contre toi pour te faire du mal, subir le sort de ce jeune homme! »

C’en était assez pour David. Sans en demander davantage, la tête inclinée, « tremblant d’émotion, il monta dans la chambre placée au-dessus de la porte, et il pleura. Il disait en marchant: Mon fils Absalom! Mon fils, mon fils Absalom! Que ne suis-je mort moi-même à ta place! Absalom, mon fils! mon fils!... »

L’armée victorieuse revient bientôt du champ de bataille, réveillant les échos des collines de ses cris de victoire. Mais quand elle arrive à la porte de la ville, ses cris s’éteignent, les bannières se penchent tristement, et les guerriers avancent tête baissée, ressemblant plutôt à une troupe de fuyards qu’à une armée victorieuse. Le roi n’est pas là pour leur souhaiter la bienvenue. En revanche, du haut de la tour, descend ce cri déchirant: « Mon fils Absalom! mon fils, mon fils Absalom! Que ne suis-je mort à ta place! »

« Ainsi la victoire fut, ce même jour, changée en deuil pour tout le peuple, parce que le peuple avait entendu dire que le roi était très affligé de la mort de son fils. Aussi le peuple, ce jour-là, rentra-t-il furtivement dans la ville, comme une armée honteuse d’avoir pris la fuite pendant la bataille. »

Celui qui est outré en ce moment, c’est Joab. Dieu donne au peuple le motif d’une immense joie: il vient de remporter contre une très dangereuse sédition une victoire éclatante, et celle-ci est transformée en un jour de deuil au sujet d’un homme dont l’orgueil et la trahison avaient coûté la vie à des milliers de braves gens! Le rude capitaine entre résolument chez le roi et lui dit sans ménagements: « Tu couvres aujourd’hui de confusion tous tes serviteurs, qui ont, en ce jour même, sauvé ta vie, celle de tes fils et de tes filles.... Tu aimes donc ceux qui te haïssent, et tu hais ceux qui t’aiment; car tu viens de montrer que tes capitaines et tes serviteurs ne sont rien pour toi. Je vois bien maintenant que, si Absalom vivait, et que nous fussions tous morts aujourd’hui, tu trouverais que tout est bien. Lève-toi plutôt, sors, et adresse à tes serviteurs des paroles d’encouragement; car je te déclare, au nom de l’Éternel, que, si tu ne te montres pas, il n’y aura pas un seul homme pour rester avec toi cette nuit; et ce malheur sera pire pour toi que tous ceux qui te sont arrivés depuis ta jeunesse jusqu’à présent. »

Si dure et cruelle que soit cette algarade pour son cœur meurtri, David ne montre aucun ressentiment. Son général a raison. Il descend et se tient à la porte de la ville pour accueillir par des paroles de félicitation et d’encouragement ses braves soldats de retour de la bataille.