Patriarches et Prophètes

Chapitre 70

Le règne de David

À peine monté sur le trône, David se mit à la recherche d’un site plus convenable pour en faire la capitale du royaume. Son choix se fixa sur une localité située à trente-trois kilomètres au nord d’Hébron. Avant l’occupation du pays par Josué, ce lieu s’appelait Salem. C’est près de là qu’Abraham avait manifesté envers son Dieu toute la profondeur de son obéissance et de sa foi. Huit siècles avant le couronnement de David, « Melchisédec, sacrificateur du Dieu Très-Haut », y avait habité. Ce site, entouré de collines, occupait dans le pays une position élevée et centrale. Placé sur la limite des tribus de Benjamin et de Juda, à peu de distance de celle d’Éphraïm, il était d’un accès facile aux autres tribus.

Pour s’emparer de cet emplacement, les Hébreux devaient en déposséder un reste de Cananéens qui s’étaient fortifiés sur les collines de Sion et de Morija. Cette place forte s’appelait du nom païen de Jébus, et ses habitants les Jébusiens. Durant des siècles, on l’avait considérée comme imprenable. Elle fut assiégée et prise par Joab, qui, en récompense, fut nommé commandant en chef des armées d’Israël. Jébus devint alors la capitale de Canaan sous le nom de Jérusalem.

Hiram, roi de l’opulente ville de Tyr, sollicita l’alliance du roi d’Israël et lui offrit ses bons offices pour l’érection d’un palais à Jérusalem. A cet effet, il lui envoya de Tyr des ambassadeurs accompagnés d’architectes, d’ouvriers, ainsi que d’une caravane de chariots chargés de bois précieux, notamment des cèdres, et d’autres matériaux de grande valeur.

L’affermissement rapide du royaume de David réuni sous un seul sceptre, la prise de la forteresse de Jébus et l’alliance avec Hiram provoquèrent de nouvelles hostilités de la part des Philistins. Ils envahirent le pays d’Israël avec une forte armée et s’établirent dans la vallée des Géants. En attendant les ordres de Dieu, David et ses hommes se retirèrent dans le fort de Sion. « David consulta l’Éternel et lui demanda: Monterai-je à la rencontre des Philistins? Les livreras-tu entre mes mains? L’Éternel répondit à David: Monte; car certainement, je livrerai les Philistins entre tes mains. » (2 Samuel 5:17-25) David engagea alors immédiatement la lutte contre ses ennemis et les mit en déroute, emportant les idoles qu’ils avaient amenées avec eux pour s’assurer la victoire.

Humiliés et exaspérés de cette défaite, les Philistins réunirent une armée plus considérable, et, une seconde fois, « ils se répandirent dans la vallée des Géants. David consulta l’Éternel, qui lui répondit: Tu ne monteras pas; tu les tourneras par derrière, et tu les atteindras du côté des mûriers. Et quand tu entendras un bruit de pas dans les cimes des mûriers, alors hâte-toi; car à ce moment même l’Éternel marchera devant toi pour attaquer le camp des Philistins depuis Guéba jusqu’à l’entrée de Guéser. » « La renommée de David se répandit dans tous les pays, et l’Éternel le rendit redoutable à toutes les nations. » (1 Chroniques 14:16, 17)

Solidement assis sur son trône, délivré des invasions, David put s’occuper d’un dessein longtemps caressé: amener à Jérusalem l’arche de Dieu qui, depuis bien des années, était restée à Kirjath-Jéarim, ou Baalé de Juda, à quinze kilomètres de Jérusalem. Il était convenable que la capitale fût honorée par le symbole de la présence de Dieu.

Voulant que cette circonstance fût l’occasion d’une solennité imposante et de grandes réjouissances, « David rassembla tous les hommes d’élite d’Israël, qui, au nombre de trente mille », répondirent joyeusement à son appel. Le grand prêtre, ses frères dans le ministère, les princes et les principaux des tribus s’assemblèrent à Baalé de Juda. On sortit l’arche de la maison d’Abinadab et on la plaça sur un chariot neuf traîné par des bœufs.

La multitude suivait en jouant de la musique et en poussant des cris de triomphe. Par monts et par vaux, l’imposante procession poursuivit sa marche vers la sainte cité. « David et tout Israël dansaient devant Dieu avec une grande ferveur, en chantant et en s’accompagnant de harpes, de lyres, de tambourins, de cymbales et de trompettes. » (Voir 2 Samuel 6) Il y avait longtemps qu’on n’avait vu une telle allégresse en Israël.

« Quand ils furent arrivés à l’aire de Kidon, Uzza étendit la main pour retenir l’arche, parce que les bœufs allaient tomber. Le courroux de l’Éternel s’enflamma contre Uzza, et il le frappa, parce qu’il avait porté la main sur l’arche; et Uzza mourut là devant Dieu. » Une soudaine terreur se répandit parmi la foule en fête. David, étonné et alarmé, s’en prit, dans son cœur, à la justice de Dieu. N’avait-il pas voulu l’honorer ainsi que son arche, symbole de sa présence? Pourquoi donc ce terrible châtiment venait-il transformer une scène de joie en un jour de deuil et de tristesse? Craignant d’amener l’arche près de sa demeure, David décida de la laisser là où elle était. On lui trouva un emplacement non loin de là dans la maison d’Obed-Edom, le Guittien.

Uzza avait été frappé à mort pour avoir violé un ordre très explicite donné par Dieu à Moïse au sujet du transport de l’arche. Nul, sauf les prêtres descendants d’Aaron, n’avait le droit de la toucher ou même de la contempler à découvert. Il était écrit: « Ils couvriront l’arche du témoignage. ... Alors les enfants de Kéhath viendront pour l’emporter; et ils ne toucheront point les choses saintes, de peur qu’ils ne meurent. » (Nombres 4:5, 15) Une fois l’arche recouverte par les prêtres, les Kéhathites devaient la soulever par des barres passées dans les boucles fixées à ses côtés. Les Guerçonites et les Mérarites, qui avaient la charge des draperies, des parois et des colonnes du tabernacle, avaient reçu de Moïse des chariots et des bœufs pour transporter ces objets. « Mais il n’en donna point aux enfants de Kéhath, parce que, étant chargés du service des objets sacrés, ils les portaient sur leurs épaules. » (Nombres 7:9) Le transfert de l’arche hors de Baalé de Juda avait donc été effectué en violation flagrante et inexcusable des prescriptions divines.

Cette tâche sacrée s’était accomplie, tant par David que par le peuple, avec ferveur et dans la joie. Mais Dieu n’avait pu accepter cet hommage, étant donné qu’il n’avait pas été rendu selon ses ordres précis. Les Philistins, qui ignoraient les préceptes divins, avaient renvoyé l’arche à Israël sur un chariot neuf, et Dieu avait eu égard à leur bonne volonté. Mais les Israélites, qui possédaient des instructions détaillées à ce sujet, déshonorèrent Dieu en négligeant de s’y conformer.

En outre, Uzza était coupable d’un péché plus grave. La conscience chargée de péchés non confessés, il avait en partie perdu le sentiment de la sainteté de la loi divine et ne craignit pas de porter la main sur le signe de la présence divine. Le Seigneur n’agrée pas qu’on obéisse partiellement à ses commandements ni qu’on les prenne à la légère. Par le châtiment d’Uzza, il voulut faire sentir à tout Israël l’importance d’une stricte conformité à ses ordonnances. La mort d’un homme, en ramenant le peuple au respect de sa loi, pouvait prévenir le châtiment de milliers de personnes.

Par la mort d’Uzza, David, conscient de n’être pas entièrement en règle avec Dieu, avait conçu une grande frayeur de l’arche et craint de s’attirer quelque châtiment du ciel. Mais Obed-Edom, quoique en tremblant, accueillit avec joie et empressement ce symbole sacré comme un gage de la faveur divine assurée à tous les cœurs obéissants. Aussi toute la maison d’Israël tourna dès lors les yeux vers le Guittien, et l’on constata que Dieu avait « béni Obed-Edom et toute sa famille ».

Le châtiment divin accomplit son œuvre dans le cœur de David. Il comprit mieux la sainteté de la loi de Dieu et la nécessité de la suivre strictement. La prospérité dont la maison d’Obed-Edom était l’objet lui fit espérer que la présence de l’arche pourrait être en bénédiction à lui et à son peuple.

Au bout de trois mois, il fit une seconde tentative pour transférer l’arche à Jérusalem. Mais il eut soin, cette fois, de se conformer ponctuellement aux instructions du Seigneur. De nouveau, on rassembla les principaux du peuple. Une grande foule se réunit autour de la demeure du Guittien. Avec un soin respectueux, l’arche fut placée sur les épaules des hommes désignés pour cette tâche, et l’immense procession, non sans ressentir un saint effroi, se mit en route. Après qu’on eut fait six pas, la trompette sonna une halte et, sur l’ordre de David, « on sacrifia un taureau et une bête grasse ». La frayeur fit alors place à la joie. Ayant déposé ses vêtements royaux, le roi avait endossé un simple éphod de lin comme en portaient les prêtres. En agissant ainsi, David n’usurpait pas les fonctions sacerdotales car d’autres que les prêtres pouvaient revêtir l’éphod. En ce jour où Dieu seul devait être adoré, le roi voulait se présenter devant le Seigneur de la même manière que ses sujets.

Bientôt, le vaste cortège se remit en route au son d’une fanfare composée de divers instruments accompagnés de milliers de voix humaines. Animé d’un saint transport, David marquait le rythme de la musique, il « sautait et dansait devant l’Éternel ». On a cité cet exemple pour justifier la coutume moderne, si populaire, de la danse. Mais l’acte du roi David n’a pas le moindre rapport avec les danses nocturnes et sensuelles de notre époque, divertissement où l’on sacrifie au plaisir sa santé et sa moralité.

Les habitués du bal et des salles de danse ne songent pas à adorer Dieu. La prière et les cantiques y seraient déplacés. Ce fait à lui seul prouve le contraste entre les deux genres de danses. Les chrétiens ne peuvent participer à des amusements qui ont pour tendance de diminuer leur amour des choses saintes et leur joie dans le service de Dieu. La musique et les danses offertes à Dieu en tribut de louanges, à l’occasion du transfert de l’arche, n’avaient aucune ressemblance avec la dissipation qui caractérise la danse moderne. D’un côté, on s’attachait à glorifier Dieu; de l’autre, on adopte une invention de Satan ayant pour but de porter les hommes à l’oublier et à le déshonorer.

La procession triomphante qui suivait le symbole sacré du Roi invisible d’Israël arriva en vue de la capitale. A ce moment, un hymne retentit. Il avertissait les sentinelles postées sur les murailles d’ouvrir les portes de la ville. Il disait:

Portes, élevez vos voûtes!
Ouvrez-vous toutes grandes, portes éternelles,
Et le roi de gloire entrera.
Un chœur accompagné d’instruments demanda alors:
Qui est-il ce Roi de gloire?
Un autre chœur répondit:
C’est l’Éternel, le fort, le puissant,
L’Éternel, puissant dans les batailles.
Des centaines de voix s’unirent ensuite pour chanter le refrain triomphal:
Portes, élevez vos voûtes!
Élevez-les, portes éternelles!
Et le Roi de gloire entrera.
À nouveau se fit l’interrogation joyeuse:
Qui est-il, ce Roi de gloire?
Et la voix de la multitude, s’élevant comme le mugissement de la mer, répondit avec enthousiasme:
C’est l’Éternel des armées;
C’est lui, le Roi de gloire.
(Psaumes 24:7-10)
Les portes de la ville s’ouvrirent alors toutes grandes. Le cortège y pénétra, et l’arche fut déposée avec respect sous la tente érigée pour la recevoir. Dans l’enceinte sacrée, on éleva des autels pour les sacrifices. La fumée des offrandes de prospérité et des holocaustes, comme les nuées d’encens qui accompagnaient les prières et les actions de grâces d’Israël, montèrent vers le ciel. Le service terminé, le roi prononça lui-même une bénédiction sur tout le peuple. Puis, avec une munificence toute royale, il fit distribuer des rafraîchissements à la multitude. Toutes les tribus d’Israël avaient été représentées dans la célébration de cette journée, qui fut la plus solennelle du règne de David.

Les derniers rayons du soleil baignaient le tabernacle d’une douce lumière quand David, plein de reconnaissance envers Dieu à la pensée de voir le symbole de sa présence reposer tout près du trône d’Israël, dirigea ses pas vers son palais « pour bénir sa maison ». Mais un membre de son foyer avait été témoin de ces réjouissances et avait éprouvé des sentiments tout différents. « Comme l’arche de l’Éternel faisait son entrée dans la cité de David, Mical, fille de Saül, regarda par la fenêtre; elle vit David qui sautait et dansait devant l’Éternel, et elle en ressentit pour lui du dédain. » Dans son amertume, elle ne put attendre que David fût rentré au palais. Elle alla à sa rencontre et répondit à son aimable salutation par des paroles d’une mordante ironie: « Comme le roi d’Israël s’est fait honneur aujourd’hui en se donnant en spectacle aux servantes de ses serviteurs, ainsi que le ferait un homme de rien! »

Convaincu que sa femme avait déshonoré le service de Dieu, David lui répondit sévèrement: « C’est en présence de l’Éternel, qui m’a choisi de préférence à ton père et à toute sa maison, en m’instituant chef d’Israël, le peuple de l’Éternel, que j’ai dansé! Je m’abaisserai davantage encore, je m’humilierai à mes propres yeux; et pourtant je n’en serai pas moins honoré par les servantes dont tu parles. » La censure de David fut confirmée par Dieu. Comme punition de son orgueil et de son dédain, « Mical n’eut point d’enfants jusqu’au jour de sa mort ».

Les cérémonies solennelles du transfert de l’arche firent sur le peuple une impression profonde et durable. Elles éveillèrent un nouvel intérêt pour les services du tabernacle et firent naître un nouveau zèle pour le Seigneur. Ces impressions, David s’efforça par tous les moyens de les approfondir. Le chant faisant désormais partie du service divin, le roi composa des psaumes destinés à être chantés non seulement par les Lévites dans les solennités du sanctuaire, mais aussi par le peuple lors de ses trajets vers l’autel national, à l’occasion des fêtes annuelles. Ces cantiques eurent pour résultat de délivrer la nation hébraïque de l’idolâtrie.

Sauf l’arche sainte, le tabernacle construit par Moïse, avec tout ce qui appartenait au service du sanctuaire, était encore à Guibéa. David, qui avait formé le dessein de faire de Jérusalem le centre religieux de la nation et qui s’y était fait construire un palais, jugea qu’il n’était pas convenable que l’arche demeurât sous une tente. Il décida de lui construire un temple dont la magnificence exprimerait la reconnaissance d’Israël envers Dieu qui les honorait de sa présence constante. Il communiqua son projet à Nathan, le prophète. Celui-ci lui donna cette réponse encourageante: « Va, fais tout ce que tu as à cœur de faire, car l’Éternel est avec toi. » (Voir 2 Samuel 7)

Cette même nuit, Nathan recevait un message l’informant que le privilège de construire une maison à l’Éternel était réservé à un autre que David, mais sans que celui-ci dût cesser, pour cela, d’être l’objet de la faveur divine. Voici quel était ce message: « Ainsi a dit l’Éternel des armées: Je t’ai pris au milieu des pâturages où tu gardais les brebis, pour faire de toi le conducteur de mon peuple d’Israël. J’ai été avec toi dans toutes tes entreprises. J’ai exterminé devant toi tous tes ennemis, je t’ai fait un nom aussi grand que les plus grands noms de la terre. J’ai préparé une place pour mon peuple d’Israël; je l’y ai enraciné, et il y habite chez lui. Il ne sera plus inquiété, et les fils d’iniquité ne l’opprimeront plus comme autrefois. »

Parce que David avait désiré construire une maison à l’Éternel, Dieu lui fit cette promesse: “J’établirai à ta place ton fils, celui qui doit naître de toi, et j’affermirai son règne. C’est lui qui élèvera un temple à mon nom, et j’affermirai pour toujours son trône et sa royauté.” Puis Dieu lui donnait la raison pour laquelle l’honneur de construire ce temple lui était refusé: “Tu as répandu beaucoup de sang, et tu as fait de grandes guerres; tu ne bâtiras point de temple à la gloire de mon nom. ... Mais il te naîtra un fils; il sera un homme de paix, et j’assurerai sa prospérité en le protégeant contre tous ses ennemis d’alentour, car Salomon (le pacifique) sera son nom; et je donnerai la paix et la tranquillité à Israël pendant sa vie. C’est lui qui élèvera un temple à la gloire de mon nom.” (Chroniques 22:8-10)

Bien que son vœu le plus cher lui fût refusé, David reçut le message de Dieu avec reconnaissance. Il s’écria: “Qui suis-je, Seigneur Éternel, qu’est ma famille pour que tu m’aies fait parvenir où je suis? Encore cela t’a paru peu de chose, Seigneur Éternel; tu as même parlé de la maison de ton serviteur pour les temps à venir.” David accepta humblement la volonté de Dieu et renouvela son engagement de fidélité envers lui.

La soumission dont il donne ici l’exemple est rare, même parmi les chrétiens. Il est fréquent, au contraire, de voir des hommes sur le déclin désireux d’accomplir une grande œuvre qui est au-dessus de leur force. Dieu peut leur faire comprendre, comme à David, que cette œuvre ne leur est pas destinée, mais que leur tâche consiste plutôt à préparer la voie de celui qui la réalisera. Au lieu de s’incliner devant la volonté divine, ils se sentent blessés et se retirent de toute vie active. Que de gens se cramponnent avec une énergie désespérée à des charges qu’ils ne sont plus capables d’assumer, alors qu’un travail à leur portée est négligé et que la grande œuvre qu’ils voulaient entreprendre est retardée ou abandonnée.

David avait promis à Jonathan que lorsqu’il serait débarrassé de ses ennemis, il prendrait soin de la famille de Saül. Lorsque la prospérité commença à lui sourire, il se souvint de sa promesse et demanda à son entourage: “Existe-t-il encore quelque survivant de la maison de Saül? Je voudrais lui faire du bien pour l’amour de Jonathan.” (Voir 2 Samuel 9) On lui parla d’un fils de Jonathan, nommé Méphiboseth, qui était boiteux. Lors de la défaite de Saül à Jizréel, la nourrice de cet enfant, voulant s’enfuir avec lui, l’avait laissé tomber et il était resté perclus pour la vie. Il fit venir le jeune homme auprès de lui et le reçut avec bienveillance. Il lui fit restituer, pour l’entretien de sa famille, les propriétés particulières de Saül. Quant à Méphiboseth lui-même, il eut jusqu’à sa mort sa place à la table du roi. Circonvenu par les ennemis de David, Méphiboseth avait entretenu des sentiments hostiles envers lui. Mais la générosité et la courtoisie du monarque gagnèrent le cœur du jeune homme qui s’attacha à lui et lia, comme avait fait son père, ses intérêts à ceux de l’élu de Dieu.

L’accession de David au trône d’Israël fut suivie d’un long intervalle de tranquillité. Devant la puissance et l’unité de son royaume, les nations environnantes jugèrent bien vite qu’il était prudent de laisser Israël en paix. De son côté, David, occupé de l’organisation de ses Etats, s’abstint de guerres d’agression. Il attaqua cependant, plus tard, les anciens ennemis de son peuple, les Philistins et les Moabites, qu’il soumit et dont il reçut un tribut.

Mais il se forma contre Israël une vaste coalition qui donna lieu non seulement à de très grandes hostilités mais aussi aux victoires les plus éclatantes du règne de David, comme aux acquisitions territoriales les plus étendues. Cette coalition n’avait eu d’autre cause que la jalousie engendrée par le spectacle de sa puissance grandissante.

Un jour, arriva à Jérusalem la nouvelle de la mort de Nahas, roi des Ammonites, qui avait manifesté de la bonté à David lorsqu’il s’enfuyait devant Saül. Pour lui exprimer son appréciation des faveurs dont il avait été l’objet, David envoya un message de sympathie à Hanun, fils et successeur de Nahas. “David avait dit: Je veux avoir avec Hanun les relations amicales que Nahas a entretenues avec moi.” (Voir 2 Samuel 10)

Cet acte de courtoisie fut mal interprété. Les Ammonites haïssaient le vrai Dieu et se montraient ennemis acharnés d’Israël. L’apparente bonté de Nahas avait eu pour mobile l’hostilité du roi ammonite contre Saül. Les conseillers de Hanun, se méprenant sur les sentiments de David, lui dirent: “Penses-tu que ce soit pour honorer ton père que David t’envoie des consolateurs? N’est-ce pas plutôt pour examiner la ville, pour l’explorer, afin de la détruire, que David a envoyé ses serviteurs auprès de toi?”

C’était déjà sur l’avis de ses conseillers que, cinquante ans plus tôt, assiégeant les habitants de Jabès en Galaad, Nahas n’avait voulu accepter leur soumission qu’à la condition de leur crever à tous l’œil droit. Et les Ammonites se rappelaient encore très bien comment Saül avait déjoué leur cruel dessein et épargné cette mutilation et cette servitude aux malheureux habitants de Jabès. La même haine pour les Israélites les animait encore et les rendait incapables d’apprécier le geste de David. L’envie et les soupçons qui dénaturent les meilleures intentions sont toujours inspirés par Satan. Prêtant l’oreille à son entourage, Hanun prit les envoyés du roi comme des espions et les accabla de mépris. Pour empêcher Israël de contracter alliance avec cette nation idolâtre, Dieu permettait qu’elle manifestât ses mauvais sentiments et son vrai caractère.

Dans les temps anciens, et de nos jours encore, la personne d’un ambassadeur était sacrée. En vertu d’une loi universellement reconnue, cette dignité garantissait celui qui en était revêtu contre toute insulte personnelle. Toute marque de mépris dont il devenait l’objet donnait lieu à des représailles immédiates. Certains que l’outrage infligé à Israël serait sûrement vengé, les Ammonites se préparèrent à la guerre. “Les Ammonites virent qu’ils s’étaient attiré le ressentiment de David. Hanun et les Ammonites envoyèrent donc mille talents d’argent pour enrôler à leur solde des chars et des cavaliers chez les Syriens de Mésopotamie et chez les Syriens de Maaca et de Tsoba. Ils prirent à leur solde trente-deux mille chars, ainsi que le roi Maaca avec son peuple, lesquels vinrent camper devant Médéva, pendant que les Ammonites accouraient ensemble de leurs villes et marchaient ensemble au combat.” (1 Chroniques 19:6, 7, 13)

C’était là, en vérité, une alliance formidable. Les habitants de la région située entre l’Euphrate et la mer Méditerranée s’étaient ligués avec les Ammonites pour écraser le peuple d’Israël. Le nord et l’est de Canaan étaient enveloppés d’ennemis.

Les Hébreux n’attendirent pas que leur pays fût envahi. Leurs forces, réunies sous le commandement de Joab, traversèrent le Jourdain et s’avancèrent vers la capitale des Ammonites. En menant son armée au combat, le général israélite lui avait tenu ce propos: “Tiens ferme, et combattons vaillamment pour notre peuple et pour les villes de notre Dieu; et que l’Éternel fasse ce qui lui semblera bon.” (1 Chroniques 19:6, 7, 13) Dans un premier engagement, les forces réunies des alliés furent défaites; mais ne voulant pas se tenir pour battues, elles recommencèrent la guerre l’année suivante. Le roi de Syrie était à la tête d’une immense armée. Voyant l’enjeu de cette lutte, David prit lui-même le commandement de ses troupes, et, grâce à la bénédiction de Dieu, il infligea aux alliés une défaite si désastreuse que les Syriens non seulement furent vaincus, mais devinrent tributaires d’Israël. Poussant ensuite la guerre contre les Ammonites avec vigueur, David captura leurs forteresses, et toute la région passa sous la domination d’Israël.

Les dangers mêmes qui avaient menacé la nation d’une complète destruction devinrent ainsi, entre les mains de Dieu, le moyen de l’élever à une grandeur sans précédent. Commémorant ces délivrances extraordinaires, David chanta:

L’Éternel est vivant! Béni soit mon rocher!
Que Dieu, mon libérateur, soit exalté!
Ce Dieu m’assure la vengeance;
Il m’assujettit les peuples...
Tu me délivres de mes ennemis;
Tu m’élèves au-dessus de mes adversaires;
Tu me sauves de l’homme violent.

C’est pourquoi je te louerai, ô Éternel, parmi les nations,
Et je psalmodierai à la gloire de ton nom.
L’Éternel accorde au roi, son élu, de grandes victoires;
Il exerce sa miséricorde en faveur de son oint,
De David et de sa postérité, à perpétuité.
(Psaumes 18:46-51)
Dans tous ses cantiques, David souligne le fait que c’est l’Éternel qui est sa force et son libérateur:
Ce n’est pas au nombre de ses soldats
Que le roi doit sa victoire;
Ce n’est pas à sa grande force que le guerrier doit son salut.
En vain, pour triompher, on compterait sur le cheval:
Toute sa vigueur n’assure pas la délivrance.

C’est toi qui nous as délivrés de nos oppresseurs,
Et qui as couvert de honte nos ennemis.
Les uns se glorifient de leurs chars, d’autres de leurs chevaux;
Mais nous, c’est du nom de l’Éternel, notre Dieu.
(Psaumes 33:16, 17; 44:5-8; 20:8)
Le royaume d’Israël avait alors atteint les limites promises à Abraham et répétées plus tard à Moïse: “Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve de l’Euphrate.” (Genèse 15:18; Deutéronome 11:22-25) Israël était devenu une nation puissante, respectée et redoutée des peuples qui l’environnaient. Dans l’intérieur de ses Etats, l’autorité de David était incontestée. Il jouissait, comme peu de souverains, de l’affection et de la fidélité de son peuple. Il avait honoré Dieu: Dieu l’honorait en retour.

Au sein de cette prospérité, cependant, un grand danger le guettait. Ce fut au temps de son plus grand triomphe extérieur que David courut le péril le plus sérieux et qu’il subit sa plus humiliante défaite morale.