Patriarches et Prophètes

Chapitre 64

David fugitif

À certains moments, Saül s’apercevait de son inaptitude à gouverner Israël. Il en conclut que s’il avait auprès de lui un homme animé de l’Esprit d’en haut, le royaume serait plus en sûreté et lui-même, en cas de guerre, assuré de la protection divine. Comme la droiture et la sagesse de David prouvaient que Dieu était avec lui, le roi, qui s’en rendait compte, refusa désormais de le laisser retourner auprès de son père, et le retint à la cour. C’est alors que Jonathan, fils de Saül, et David se lièrent d’une profonde amitié. « L’âme de Jonathan s’attacha à l’âme de David, de sorte que Jonathan l’aima comme lui-même. » (Voir 1 Samuel 18 à 22) Les deux jeunes gens s’étant engagés à rester unis comme des frères, Jonathan « se dépouilla du manteau qu’il portait et le donna à David, avec son équipement et jusqu’à son épée, son arc et sa ceinture ».

Introduit à la cour par la volonté de Dieu, David était au courant des affaires et se préparait ainsi en vue de sa carrière future. Bien que chargé de missions importantes, il conservait sa modestie et gagnait l’affection et la confiance du peuple, comme il avait gagné celles de la famille royale. « Partout où Saül l’envoyait, il réussissait; et Saül le mit à la tête des gens de guerre. »

Mais cette faveur du roi ne dura pas longtemps. « Au retour de l’armée, alors que David revenait de la défaite du Philistin, les femmes de toutes les villes d’Israël sortirent à la rencontre de Saül, chantant et dansant, battant des tambourins et des triangles. Celles qui dansaient se répondaient les unes aux autres et disaient:

Saül a frappé ses mille
Et David ses dix mille.
Lorsque Saül vit que David passait avant lui dans l’estimation des femmes d’Israël, le démon de la jalousie s’empara de son cœur. Loin de réprimer ce sentiment, il dévoila la faiblesse de son caractère en s’écriant: « On en donne dix mille à David et à moi mille; il ne lui manque plus que la royauté! » Le chant des femmes le convainquit qu’il gagnait le cœur du peuple et qu’il régnerait à sa place.

L’amour de la louange était l’un des grands défauts de Saül. Ce penchant dominait sa pensée et ses actes. Au lieu de chercher l’approbation de Dieu, il briguait la faveur des hommes. Mais c’est un chemin dangereux que de vouloir occuper la première place dans l’opinion de ceux-ci. Chez Saül, tout était subordonné au désir d’être loué et admiré. Sa règle du bien et du mal se mesurait au niveau des applaudissements populaires.

La présence de David à la cour était pour le bien du monarque, et les douces mélodies du jeune chantre avaient pour but d’amener Saül à se laisser toucher par l’Esprit de Dieu. Mais Satan s’acharnait à exciter la jalousie d’un roi qui, tout en gouvernant Israël, ne savait pas se gouverner lui-même. Sacrifiant son jugement à ses impulsions, il se livrait à des accès de colère aveugle, véritables paroxysmes de rage au cours desquels il était prêt à tuer le premier qui eût osé le contrarier. De ces accès de frénésie, il tombait dans un état d’abattement, de remords, de dégoût de lui-même. Alors il demandait à David de lui jouer de la harpe, et le mauvais esprit semblait conjuré pour quelque temps.

Mais ces accalmies duraient peu. Un jour que David chantait devant lui un hymne à la louange de Dieu en s’accompagnant de sa harpe, le roi, saisi soudain d’un transport de fureur, jeta sa lance contre lui. David, divinement protégé, s’enfuit sain et sauf.

Pour se débarrasser de son rival, Saül l’avait « éloigné de sa personne et établi chef de mille hommes ». Mais David « réussissait dans toutes ses entreprises, et l’Éternel était avec lui ». Saül, le voyant si bien réussir, « avait peur de lui ». Le contraste désavantageux où le plaçait la vie irréprochable de son jeune capitaine l’irritait et le rendait malheureux, car « tous en Israël et en Juda aimaient David ». On constatait qu’entre les mains de ce jeune homme capable, les affaires étaient menées avec sagesse et dextérité. Ses conseils étaient sages, alors que les avis du roi étaient parfois très sujets à caution.

Bien que Saül fît l’impossible pour trouver l’occasion favorable de mettre fin aux jours de l’oint de l’Éternel, ses ruses échouaient toujours. De son côté, David, se confiant en celui qui est « admirable en ses desseins et merveilleux dans les moyens qu’il emploie » (Ésaïe 28:29), lui demandait constamment de le diriger. Les tribulations auxquelles l’exposait la jalousie du roi le rapprochaient de Dieu, son unique défenseur. En outre, l’affection de Jonathan contribuait à protéger sa vie. Dieu poursuivait ses desseins envers son serviteur et envers son peuple.

Le mal que fait l’envie dans le monde est incalculable. Elle y engendre l’inimitié cruelle qui avait soulevé Caïn contre son frère Abel. « Les œuvres d’Abel étaient justes, est-il écrit, tandis que celles de Caïn étaient mauvaises. » C’est pour cette raison que Dieu n’avait pu le bénir. L’envie est fille de l’orgueil. Elle engendre la haine, puis la violence et le meurtre. En incitant la fureur de Saül contre un homme qui ne lui avait fait que du bien, Satan révélait son propre caractère.

Saül jugeait qu’il ne pourrait être heureux que lorsqu’il aurait supprimé le fils d’Isaï. Il le surveillait attentivement dans l’espoir de le trouver en faute. Mais il fallait qu’en le mettant à mort, il pût se justifier devant le peuple de ce noir attentat. Aussi, pour lui tendre un piège, l’engagea-t-il à pousser la guerre avec plus de vigueur, en lui promettant comme récompense la main de sa fille aînée. A cette proposition, David fit cette modeste réponse: « Qui suis-je? Que vaut mon entourage? Et qu’est-ce que la famille de mon père en Israël, pour que je devienne le gendre du roi? » Le monarque montra sa mauvaise foi en donnant sa fille à un autre.

Mical, la plus jeune fille de Saül, avait une vive inclination pour David. Le roi y vit une nouvelle occasion d’ourdir la perte de son rival. La main de Mical lui fut offerte à condition qu’il fournisse les trophées établissant la mise à mort d’un certain nombre de Philistins. Le but de Saül était de le faire « tomber sous la main des Philistins ». Revenu victorieux, David devint gendre du roi, qui, furieux, voyait tous ses plans aboutir à l’élévation de celui qu’il voulait abattre. Plus assuré que jamais que David était l’homme dont Dieu avait dit qu’il était « meilleur que lui » et occuperait le trône à sa place, Saül donna à Jonathan et aux officiers de la cour l’ordre de le mettre à mort.

Jonathan révéla à David l’intention de son père et lui conseilla de se cacher tandis qu’il supplierait le roi d’épargner sa vie. Il rappela à son père ce que David avait fait pour l’honneur et l’existence même de la nation, et lui représenta l’effrayante responsabilité qui reposerait sur le meurtrier d’un homme que Dieu avait employé pour châtier les ennemis d’Israël. La conscience du roi fut touchée et son cœur fut remué. Il fit ce serment: « Aussi vrai que l’Éternel est vivant, David ne mourra pas! » Le gendre du roi fut donc ramené à la cour.

La guerre éclata de nouveau entre les Israélites et les Philistins. David, qui dirigeait l’armée, remporta une grande victoire. Sa sagesse et son héroïsme lui valurent les louanges de tout le royaume. Mais la vieille amertume de Saül se réveilla. Alors que David jouait devant lui et remplissait tout le palais de douces harmonies, le roi, pris d’un accès de fureur, lança contre lui sa hallebarde, pensant le clouer à la paroi. Mais un ange détourna l’arme meurtrière, et David s’éloigna précipitamment du palais. Saül donna alors ordre à ses gens de se saisir de lui dès le lendemain et de le faire périr.

Mical informa son mari du dessein de son père, et, le pressant de s’enfuir, le fit descendre par la fenêtre. David se rendit à Rama auprès de Samuel qui, sans craindre le déplaisir du roi, recueillit le fugitif dans sa maison. La demeure du prophète était une paisible retraite environnée de collines où le serviteur de Dieu continuait son œuvre. Il était entouré d’un groupe de voyants qui, sous sa direction, étudiaient les voies et les volontés du Seigneur. David, assuré que Saül n’aurait pas le courage de faire profaner ce sanctuaire par ses troupes, put y entendre les précieuses instructions du vénérable docteur. Mais aucun endroit n’était sacré pour le roi dément. Saül ne put supporter que David restât longtemps auprès du voyant, de crainte que le prophète, révéré par tout Israël, n’employât son crédit en faveur de son rival. Quand il apprit le lieu de sa retraite, il y envoya ses hommes avec ordre de le lui amener à Guibéa, où il se proposait d’exécuter son dessein meurtrier.

En s’y rendant, les messagers du roi se trouvèrent enrôlés par un Être plus grand que Saül. Comme Balaam, lorsqu’il partit pour maudire Israël, ils furent rejoints par des messagers invisibles et prononcèrent des paroles prophétiques. C’est ainsi que Dieu, devant le courroux de l’homme, entourait son serviteur d’une muraille d’anges.

La nouvelle en parvint à Saül, qui attendait impatiemment d’avoir David en son pouvoir. Au lieu de se sentir repris dans sa conscience, exaspéré, il envoya d’autres émissaires. Ceux-ci, également saisis par l’Esprit de Dieu, se joignirent aux premiers et se mirent aussi à prophétiser. Un troisième contingent fut à peine arrivé que l’Esprit prophétique le saisit. La fureur de Saül ne connut plus de bornes et il se décida à se rendre lui-même sur les lieux, impatient d’exécuter son ennemi en l’égorgeant de sa propre main. C’est alors qu’un ange de Dieu le rencontra et prit possession de son être. Subjugué par l’Esprit, le roi continua son chemin en adressant à Dieu des prières mélangées de prédictions et de mélodies sacrées.

Arrivé à Rama, à la maison du prophète, il enleva le vêtement extérieur qui trahissait son rang et passa tout le jour et toute la nuit sous l’influence de l’Esprit de Dieu avec Samuel et ses disciples. Le bruit de cette scène se répandit au loin, et les gens s’attroupèrent pour la contempler. Une fois encore, et à la fin de son règne, on put répéter ce proverbe en Israël: « Saül est aussi du nombre des prophètes! » Le roi assura David qu’il n’avait rien contre lui. Mais celui-ci se défiait des paroles du roi et de sa conversion. Il n’attendit pas que son humeur changeât: il s’échappa.

Il réussit à revoir son ami Jonathan et il eut une entrevue avec lui. Conscient de son innocence, il lui adressa cette touchante lamentation: « Qu’ai-je fait, quel est mon crime? De quoi me suis-je rendu coupable envers ton père, pour qu’il en veuille à ma vie? » Persuadé que les sentiments de son père avaient changé, Jonathan répondit: « A Dieu ne plaise! tu ne mourras point. Mon père ne forme aucun projet, important ou non, sans m’en informer. Pourquoi donc mon père me cacherait-il celui-ci? Cela n’est pas possible. » Après la récente manifestation de la puissance de Dieu, Jonathan ne pouvait croire que le roi pût faire du mal à David. Mais peu convaincu, celui-ci répondit à son ami: « Aussi vrai que l’Éternel est vivant et que ton âme est vivante, il n’y a qu’un pas entre moi et la mort. »

Au temps de la nouvelle lune, on célébrait une fête solennelle qui devait tomber le lendemain de l’entrevue. Il était de rigueur, à cette occasion, de voir les deux jeunes gens à la table du roi. Comme David craignait d’y aller, il fut convenu qu’il rendrait visite à ses frères à Bethléhem, ce qui représentait une absence de trois jours. A son retour, il devait se cacher dans un bosquet non loin de la salle du festin, et Jonathan devait observer l’effet de cette absence sur l’humeur du roi. Aux questions qui lui seront posées, il devra répondre que David s’est rendu chez ses parents pour assister à un sacrifice. Si Saül ne manifeste aucun mécontentement, et dit: « C’est bien », on conclura que David pourra rentrer sans crainte à la cour. Mais si le roi s’emporte, la fuite de David deviendra inévitable.

Le premier jour de la fête, le roi ne fit aucune remarque sur l’absence de David. Mais le second jour, il demanda: « Pourquoi le fils d’Isaï n’est-il point venu au repas, ni hier, ni aujourd’hui? Jonathan répondit: David m’a demandé avec instance d’aller jusqu’à Bethléhem. Il a dit: Laisse-moi partir, je te prie; car nous avons un sacrifice de famille dans la ville, et mon frère m’a recommandé de m’y rendre. Maintenant donc, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, permets-moi de m’y rendre en hâte pour aller voir mes frères. C’est pour cela qu’il n’est pas venu à la table du roi. »

À ces mots, Saül entre dans une violente colère. Il déclare qu’aussi longtemps que David vivra, Jonathan ne montera jamais sur le trône. Puis il ordonne que David soit immédiatement amené et mis à mort. Jonathan essaye de plaider pour son ami: « Pourquoi le faire mourir? Qu’a-t-il fait? » Cet appel aux sentiments d’humanité du roi ne fait que redoubler sa fureur aveugle, et il lance contre son fils la hallebarde qu’il destinait à son gendre.

Frémissant de douleur et d’indignation, le jeune prince se lève de table et ne paraît plus à la fête. A l’heure indiquée, il se rend, navré, au rendez-vous, pour avertir David des sentiments de son père à son égard. Les deux jeunes gens se jettent au cou l’un de l’autre et pleurent amèrement. La sombre passion du roi jette sur leur existence un voile de tristesse indicible. Lorsqu’ils se séparent pour suivre chacun sa destinée, David dit à Jonathan: « Va en paix, maintenant que nous avons prêté l’un et l’autre ce serment au nom de l’Éternel: l’Éternel sera entre moi et toi, entre ma postérité et ta postérité à jamais. »

Le fils du roi retourne à Guibéa, tandis que David se rend à Nob, ville de la tribu de Benjamin, distante de quelques kilomètres. Ne sachant où se réfugier, il vient y chercher un asile chez le prêtre Achimélec. Celui-ci, très inquiet de le voir arriver seul, à la hâte et le visage bouleversé, lui demande ce qui l’amène. Dans la crainte d’être découvert, le fugitif recourt à la dissimulation. Il répond au saint homme que le roi lui a confié une mission secrète exigeant une grande célérité. Ce manque de véracité et de foi en Dieu devait coûter la vie au prêtre. L’enfant de Dieu doit être véridique au risque des pires conséquences. Le grand prêtre n’avait que des pains sacrés. David parvient à dissiper ses scrupules et à se faire remettre les pains pour apaiser sa faim.

Mais un nouveau danger se présente. Doëg, un Édomite, principal berger de Saül, qui professait la foi des Hébreux, faisait en ce moment ses dévotions devant le sanctuaire. A la vue de cet homme, David se décide d’aller chercher un refuge ailleurs et de se procurer des armes. Il demande une épée au sacrificateur. Celui-ci lui répond qu’il n’en a pas d’autre que celle de Goliath, qui figure au tabernacle comme relique. « Elle n’a pas sa pareille, lui dit David, donne-la moi. » En prenant l’épée avec laquelle il a exécuté le héros des Philistins, le courage lui revient, et il va se réfugier auprès d’Akis, le roi de Gath, ennemi de son peuple, où il pense avoir moins à craindre que sur les terres de Saül. Mais on vient rapporter à Akis que David est l’homme qui, quelques années auparavant, a tué le géant des Philistins. Le chef de l’armée de Saül en fuite se retrouve ainsi dans un grand péril, dont il n’échappe qu’en feignant d’être fou.

Le manque de confiance en Dieu dont David avait fait preuve à Nob avait été une première erreur. Sa ruse devant Akis en était une seconde. Il avait naguère montré de la noblesse de caractère, et sa valeur morale lui avait gagné la faveur du peuple. Dans une grave circonstance, se confiant en Dieu, il avait terrassé le colosse de Gath. Plein de cette confiance, il avait marché en son nom contre l’adversaire. Maintenant, il faiblit devant l’épreuve et laisse paraître la faiblesse humaine. Dans chaque homme, il voit un espion ou un traître. Poursuivi et persécuté, la détresse et les difficultés ont presque voilé à ses yeux la face de son tendre Père céleste.

Ces circonstances, néanmoins, vont lui enseigner une importante leçon. Il fera connaissance avec sa faiblesse et verra la nécessité de recourir sans cesse à Dieu, débordant de pitié envers ceux qui s’égarent, prêt à fortifier les faibles, à leur manifester sa patience et sa commisération dans l’adversité et à encourager, par son Esprit, les cœurs abattus.

Tout échec subi par un enfant de Dieu a pour cause un manque de foi. Quand les ténèbres enveloppent notre âme, quand nous avons besoin de conseils, regardons en haut. La lumière brille audelà des ombres de la nuit. David n’aurait pas dû douter de Dieu un seul instant. Il pouvait avoir confiance, puisqu’il était l’oint de l’Éternel, et qu’en diverses occasions il avait été protégé par les anges et rendu capable d’opérer des prodiges. Si, au lieu d’arrêter ses regards sur le péril, il avait songé à la puissance et à la majesté de Dieu, il aurait conservé sa paix en présence de la mort et pu s’approprier la promesse de l’Éternel: « Quand les montagnes s’effondreraient, quand les collines s’ébranleraient, ma bonté pour toi ne faiblira point, et mon alliance de paix ne sera pas ébranlée, dit l’Éternel, qui a compassion de toi. » (Ésaïe 54:10)

David chercha un refuge loin de Saül. Il se rendit dans les montagnes de Juda, où il se retira dans la caverne d’Adullam, qui pouvait être défendue par une petite troupe contre une forte armée. « Ses frères et toute la maison de son père l’ayant appris, y descendirent auprès de lui. » Effrayée à l’idée qu’à tout moment les cruels soupçons de Saül pouvaient se diriger contre elle, la famille de David ne se sentait plus en sécurité. Elle avait appris — et la conviction s’en répandait par tout Israël — que Dieu avait choisi David pour être le futur conducteur de son peuple. Aussi pensait-elle être plus en sûreté auprès d’un fugitif logé dans une caverne solitaire qu’exposée aux aveugles emportements d’un roi jaloux.

Dans la caverne d’Adullam, la sympathie et l’affection mutuelles au sein de sa famille étaient parfaites, et le fils d’Isaï qui avait souffert de la défiance de ses propres frères pouvait, de tout son cœur, chanter, accompagné de sa harpe:

Oh! qu’il est bon, qu’il est doux
Pour des frères de se trouver réunis!
(Psaumes 133:1)
C’est là qu’il composa le psaume cinquante-sept.

Bientôt la troupe de David s’augmenta encore de beaucoup de gens qui désiraient échapper à l’arbitraire du roi, ou qui, voyant qu’il n’était plus guidé par l’Esprit de Dieu, avaient perdu confiance en lui. « Tous ceux qui étaient dans la détresse, tous ceux qui avaient des dettes, tous les mécontents s’assemblèrent aussi auprès de lui. Il y eut ainsi autour de lui environ quatre cents hommes. » David possédait là un petit royaume où régnaient un ordre et une discipline irréprochables. Mais, comme il savait pertinemment que le roi n’avait pas abandonné ses projets meurtriers, et qu’il n’était pas en parfaite sécurité dans cette retraite montagneuse, il trouva pour ses parents un refuge auprès du roi de Moab. Quant à lui, averti par un prophète, il échangea son abri contre celui que lui offrait la forêt d’Héreth. Les vicissitudes qu’il traversait ne devaient pas être stériles. Il apprenait l’art d’être un général sage aussi bien qu’un roi juste et compatissant. Le commandement d’une bande de fugitifs était un noviciat qui le préparait à reprendre plus tard l’œuvre à laquelle le roi d’Israël était impropre.

Saül, qui se proposait d’envelopper et de capturer David dans la caverne d’Adullam, fut hors de lui en apprenant qu’il avait quitté cet abri. Il ne pouvait s’expliquer cette fuite mystérieuse qu’en imaginant la présence, dans son entourage, de traîtres qui informaient le fils d’Isaï de ses projets. Il déclara à ses conseillers qu’une conspiration devait avoir été ourdie contre lui, et les engagea, en leur offrant de riches récompenses et des honneurs, à lui révéler qui, parmi ses gens, avait favorisé David.

Doëg, l’Iduméen, poussé par l’ambition et la haine du prêtre qui avait dévoilé ses péchés, se fit délateur. Il rapporta à Saül la visite de David chez Achimélec en termes qui étaient de nature à intensifier la colère du roi contre l’homme de Dieu. Les paroles perfides de cette « langue enflammée du feu de la géhenne » provoquèrent une crise de barbarie chez Saül. Dans son inhumaine fureur, il déclara que toute la famille du prêtre périrait. L’atroce décret fut exécuté. Sur l’ordre du roi et par la main de Doëg, non seulement Achimélec, mais les membres de la famille de son père, « quatre-vingt-cinq hommes portant l’éphod de lin », furent égorgés. « Saül fit encore passer au fil de l’épée Nob, ville des prêtres: hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et ânes, menu bétail, tout fut passé au fil de l’épée. » Voilà ce que fit le roi d’Israël sous l’ascendant de Lucifer. Quand Dieu avait déclaré que l’iniquité des Amalécites était parvenue à son comble, le roi s’était cru trop humain pour exécuter la sentence qui les condamnait à la mort, et il avait épargné ce que Dieu avait voué à l’anathème. Ici, sans ordre de l’Éternel, il égorgeait tous les prêtres et exterminait tous les habitants de Nob! Telle est la perversité du cœur humain qui a refusé d’être guidé par Dieu.

Cet abominable forfait accompli par le roi qu’il avait choisi frappa d’horreur tout Israël. L’arche sainte était entourée de respect, mais on massacrait les prêtres qui consultaient l’Éternel. A quoi donc ne pouvait-on pas s’attendre?