Patriarches et Prophètes

Chapitre 54

Samson

Enveloppés de tous côtés par le spectacle de l’apostasie, les fidèles adorateurs du Très-Haut ne cessaient de lui demander de venir à leur secours. Mais leurs prières semblaient rester sans réponse, et le joug de l’oppresseur s’appesantir d’année en année plus lourdement sur le pays. Dans sa providence, Dieu leur préparait un libérateur. Dès les débuts de la domination philistine, était né un enfant que Dieu destinait à humilier la superbe de ces puissants ennemis de son peuple.

Sur les confins de la contrée montagneuse qui bornait la plaine habitée par les Philistins, dans la petite ville de Tsoréa, habitait Manoah, un des rares Israélites qui fussent restés fidèles au Dieu du ciel. Sa femme, qui était stérile, reçut la visite d’un ange lui annonçant la naissance d’un fils qui délivrerait son peuple. Il lui donna en même temps les directives à suivre pour l’événement attendu: « Prends bien garde dès maintenant, lui dit-il, de ne boire ni vin ni boisson, et de ne manger rien d’impur (Juges 13:4, 7, 14), traduction littérale. — Le mot naziréen signifie le consacré. » Le même régime devait être celui de l’enfant dès sa naissance, et ses cheveux ne devaient jamais être coupés, car il serait consacré à Dieu comme naziréen (Juges 13:4, 7, 14), traduction littérale. — Le mot naziréen signifie le consacré.

La femme décrivit l’ange à son mari et lui communiqua son message. Craignant de commettre quelque erreur dans la manière de s’acquitter de la tâche qui leur serait confiée, Manoah adressa à Dieu cette prière: « Ah! Seigneur, je te prie, que l’homme de Dieu que tu as envoyé vienne encore auprès de nous et qu’il nous enseigne ce que nous devons faire pour l’enfant qui doit naître. »

L’ange reparut, et à la question de Manoah: « Quelle règle de conduite devra suivre l’enfant, et que fera-t-il? » il lui répéta les instructions données: « La femme s’abstiendra de tout ce que je lui ai dit. Elle ne mangera rien du produit de la vigne, elle ne boira ni vin, ni boisson, et elle ne mangera rien d’impur; elle observera tout ce que je lui ai prescrit. »

Dieu réservait au fils promis une mission importante. Aussi, pour qu’il ait les aptitudes indispensables à son accomplissement, fallait-il que les habitudes de sa mère et les siennes fassent l’objet d’une rigide surveillance. Le régime alimentaire d’une future mère ayant une influence sur son enfant soit en bien, soit en mal, elle devait se conformer aux principes de la tempérance la plus stricte. Des conseillères mal avisées prétendent qu’une mère doit satisfaire tous ses désirs et caprices: suggestion aussi erronée que funeste, et que l’ordre solennel donné à la femme de Manoah suffit pour réduire à néant.

La même responsabilité incombe également aux pères de famille. Aussi bien que leurs épouses, ils transmettent leur nature physique et mentale, leur tempérament et leurs penchants à leur postérité. Que d’enfants sont privés, par l’intempérance de leurs parents, de vigueur physique, mentale et morale! Les buveurs, les fumeurs, les hommes dissolus s’exposent à transmettre et transmettent réellement à leur progéniture leur soif inextinguible, des nerfs irrités, un sang enflammé, des passions et des maladies repoussantes! Les enfants ayant moins de force de résistance aux tentations que leurs parents, il en résulte que chaque génération successive descend d’un degré sur l’échelle de la santé. Les parents sont donc pour une bonne part responsables, non seulement des passions violentes et des désirs déréglés de leurs petits, mais aussi de l’existence de milliers d’enfants qui naissent sourds, aveugles, rachitiques ou idiots. Chaque père et mère devrait s’inspirer de la question de Manoah: « Quelle règle devra suivre l’enfant? » Si tous ceux qui font peu de cas des influences prénatales voulaient relire les instructions solennelles données et réitérées au couple hébreu, ils verraient comment le Créateur envisage cette question.

Mais il ne suffisait pas que le fils attendu reçût de ses parents une bonne constitution; il fallait encore que ces mesures prénatales fussent suivies de la formation de bonnes habitudes. Dès son enfance, le futur juge et libérateur d’Israël devait être astreint aux règles sévères d’une tempérance rigoureuse. Naziréen dès sa naissance, il allait s’abstenir strictement de vin et de toutes boissons similaires. De même, il faut inculquer à tous les enfants dès l’âge le plus tendre la tempérance, le renoncement et la maîtrise de soi.

La prohibition de l’ange s’appliquait à tout aliment « impur ». La distinction entre les animaux purs et impurs, loin d’être un règlement cérémoniel et arbitraire, est fondée sur des principes sanitaires. C’est surtout à l’observance de ces règles qu’il faut attribuer la vitalité merveilleuse qui distingue le peuple juif depuis des milliers d’années. Les principes de la tempérance ne s’appliquent pas seulement à l’usage des boissons fermentées. Il vont bien plus loin. Une nourriture stimulante et indigeste fait souvent à la santé un tort aussi considérable que ces boissons, et communique dans bien des cas les germes de l’intempérance. La vraie tempérance consiste à s’abstenir de tout ce qui est nuisible à la santé et à user avec modération de ce qui lui est favorable. Peu de personnes se rendent bien compte des rapports intimes qui existent entre leur régime alimentaire et leur santé, leur caractère, leur utilité dans ce monde et leur destinée éternelle. Le corps étant le serviteur de l’esprit et non le contraire, nos penchants doivent rester sous la domination de nos facultés intellectuelles et morales.

La promesse faite à Manoah se réalisa par la naissance d’un fils auquel il donna le nom de Samson (le batailleur). On ne tarda pas à remarquer que le jeune garçon possédait une force physique phénoménale, qui ne résidait pas, comme Samson et ses parents le savaient fort bien, dans la puissance de ses muscles, mais dans sa qualité de naziréen, dont sa chevelure était le symbole. Si Samson avait obéi aux commandements de Dieu aussi fidèlement que ses parents, sa carrière eût été plus noble et plus heureuse. Mais ses relations avec les idolâtres le pervertirent. La ville de Tsoréa n’étant pas éloignée du pays des Philistins, Samson y faisait de fréquentes visites. Il y contracta des liaisons qui assombrirent toute sa vie. Une jeune Philistine de la ville de Timna gagna son cœur, et il résolut de l’épouser. A ses parents pieux qui cherchaient à l’en dissuader, il n’eut que cette réponse: « Elle plaît à mes yeux. » (Voir Juges 14 à 16) Arrivé à l’âge viril, alors qu’il allait entrer dans sa divine mission et qu’il aurait dû être particulièrement fidèle au Seigneur, Samson se lia aux ennemis d’Israël! Il ne se demanda pas si, en épousant la personne de son choix, il allait glorifier Dieu ou si, au contraire, il ne rendait pas impossible la réalisation de sa vocation. Dieu a promis la sagesse aux hommes qui mettent sa volonté au-dessus de tout, et non à ceux qui sont résolus à suivre leurs caprices.

Que de gens imitent la conduite de Samson! Que de chrétiens ne cherchent pas le conseil de Dieu, n’ont pas sa gloire en vue, et chez lesquels le choix d’un mari ou d’une femme ne dépend que de l’inclination! En conséquence, que de mariages entre croyants et non-croyants! Au lieu que la foi chrétienne exerce une influence prépondérante dans cette question, il arrive trop souvent que les mobiles auxquels on obéit y sont complètement étrangers. Pour étendre constamment son influence sur le peuple de Dieu, Satan met en jeu des passions non sanctifiées et s’efforce de le pousser à s’unir avec ses sujets. Or, le Seigneur a placé à cet égard dans sa Parole les avertissements les plus précis: « Quel accord existe-t-il entre Christ et Bélial [un des noms de Satan], dit l’apôtre Paul, ou quelle part le fidèle a-t-il avec l’infidèle? » (2 Corinthiens 6:15, 16)

Les noces de Samson le mirent en rapports amicaux avec des gens qui haïssaient le Dieu d’Israël. De même, ceux qui contractent volontairement des relations de ce genre jugent indispensable de se conformer à un bon nombre d’usages et de coutumes de la société qui les entoure. Un temps précieux est ainsi gaspillé en pensées et en paroles qui sapent les principes par la base et ébranlent les convictions.

Avant même la fin des noces, la femme pour laquelle Samson avait transgressé les ordres de Dieu faisait preuve de duplicité vis-à-vis de son mari. Indigné de cette perfidie, il la quitte pour s’en retourner seul à Tsoréa. Revenu de sa colère, il revient chercher sa femme et la trouve mariée à un autre! Pour se venger, il met le feu aux blés et aux oliviers des Philistins, qui, de leur côté, font mourir la malheureuse femme, sans se rappeler que c’étaient leurs menaces qui l’avaient poussée à la trahison. Mis en fureur à l’ouïe du traitement barbare infligé à sa femme, Samson — qui avait déjà donné des preuves de sa force extraordinaire en déchirant un jeune lion de ses mains et en tuant trente hommes d’Askalon — » bat complètement les Philistins, en leur infligeant une grande défaite ». Puis, pour échapper aux poursuites de ses ennemis, il se retire dans la caverne du rocher d’Étam, au pays de Juda.

Mais un fort détachement de Philistins pénètre dans la région, et les habitants de Juda, alarmés, consentent lâchement à lui livrer Samson. Trois mille hommes de Juda, auxquels il donne l’assurance qu’il ne leur fera pas de mal, viennent l’arrêter. Il consent à être lié et livré aux Philistins, à condition qu’ils ne le touchent pas, ce qui l’obligerait à les massacrer. Samson, lié de deux cordes neuves, est conduit dans le camp ennemi, où sa vue provoque de grandes démonstrations de joie. Mais tandis que leurs cris font retentir les échos des collines, « l’Esprit de l’Éternel le saisit, et les cordes qu’il avait aux bras deviennent comme du lin brûlé par le feu; les liens tombent de ses mains », puis, s’emparant de la première arme qui lui tombe sous la main, — une mâchoire d’âne, qui devient plus redoutable qu’une épée ou une lance, — il fait des Philistins un tel carnage qu’ils s’enfuient, fous de terreur, laissant mille morts derrière eux.

Si les Israélites avaient été disposés à se joindre à Samson pour compléter la victoire, ils auraient pu, à ce moment-là, secouer le joug de leurs oppresseurs. Mais, à force de négliger leur mission d’extirper les païens, ils devinrent timides et lâches. Ils s’étaient joints à eux dans leurs honteuses pratiques, toléraient leur cruauté et leur injustice tant qu’elle ne les touchait pas, quitte, si l’oppression fondait sur eux, à se soumettre abjectement. Il leur arrivait même, quand Dieu leur suscitait un libérateur, de l’abandonner et de se joindre à leurs ennemis.

Après sa victoire, Samson, établi juge par les Israélites, exerça cette fonction pendant vingt ans. Mais un acte coupable en prépare un autre. Comme il avait transgressé le commandement de Dieu en prenant une femme chez les Philistins, il retournait parfois chez ses ennemis mortels pour y satisfaire des passions coupables. Confiant en sa force extraordinaire, qui faisait l’effroi des Philistins, il se rendit un jour à Gaza pour y voir une prostituée. Quand ils apprirent son arrivée, les habitants de la ville se réjouirent à la pensée de la vengeance qu’ils allaient pouvoir satisfaire: leur adversaire ne s’était-il pas enfermé dans les murs d’une de leurs cités les mieux fortifiées? Sûrs de leur proie, ils attendirent le matin pour assurer leur triomphe.

À minuit, cependant, réveillé par la voix accusatrice de sa conscience, Samson revient à lui. Quoiqu’il ait violé son naziréat, Dieu ne l’abandonne pas, et sa force prodigieuse le sauvera, cette fois encore. Il se dirige vers la porte de la ville, « il en saisit les battants et les deux poteaux; il les arrache avec la barre, les charge sur ses épaules, et les porte au sommet de la montagne qui est en face d’Hébron ».

Mais le danger qu’il vient de courir ne l’arrête pas sur la pente du mal. Il ne retourne plus chez les Philistins, mais continue de rechercher les plaisirs sensuels qui l’entraînent à sa perte. Non loin du lieu de sa naissance, il « s’éprend d’une femme qui habitait dans la vallée de Sorek; elle s’appelait Dalila ». La vallée de Sorek était célèbre par ses vignes, et c’était là un attrait de plus pour le chancelant naziréen, qui avait déjà bu du vin, et brisé cet autre lien qui l’attachait à la vertu et à Dieu. Les Philistins, qui suivaient avec attention tous ses mouvements, apprirent bientôt le motif avilissant de sa visite, et résolurent de se servir de Dalila pour le perdre.

N’osant s’attaquer à Samson tant qu’il était en possession de sa grande force, ils résolurent d’en découvrir le secret. Ils envoyèrent donc à la vallée de Sorek une députation composée d’hommes influents des diverses provinces de la Philistie, qui soudoyèrent Dalila pour qu’elle leur révèle le grand mystère.

Accablé de questions par la perfide courtisane, Samson l’abuse en lui donnant diverses explications dont la fausseté est aussitôt dévoilée. Dalila accuse alors Samson de fourberie: « Comment peux-tu dire: Je t’aime, puisque ton cœur n’est pas avec moi! Tu t’es joué de moi trois fois, et tu ne m’as pas dit d’où vient ta grande vigueur. » Par trois fois, Samson a eu la preuve que les Philistins se sont ligués avec Dalila pour le perdre, et chaque fois, son but manqué, elle a tourné la chose en plaisanterie. Dans son aveuglement, Samson bannit toute crainte. Une puissance fascinatrice le retient auprès de cette femme, qui « le harcèle tous les jours de questions et le fatigue de ses instances au point que son âme est impatientée jusqu’à la mort. » Vaincu, Samson découvre finalement son secret: « Le rasoir, révèle-t-il, n’a jamais passé sur ma tête, car je suis naziréen, consacré à Dieu dès le sein de ma mère. Si j’étais rasé, ma force m’abandonnerait; je deviendrais faible, et je serais comme tout autre homme. »

Dalila envoie alors immédiatement un messager aux gouverneurs de la Philistie, les pressant de venir sans retard. Tandis que l’hercule israélite dort, elle fait tomber sous le ciseau les tresses de son épaisse chevelure. Alors, comme auparavant, elle lui crie: « Les Philistins sont sur toi, Samson! » Réveillé en sursaut, il se dit: « J’en sortirai comme les autres fois, et je me dégagerai de leurs mains. » Mais il constate « que l’Éternel s’est retiré de lui ». Avant d’oser s’approcher, les Philistins obligent Dalila à l’irriter pour se rendre bien compte qu’il a perdu sa force. Alors ils le « saisissent, lui crèvent les yeux, le font descendre à Gaza, le lient d’une double chaîne d’airain, et lui font tourner la meule dans la prison ».

Quelle déchéance pour le juge et champion d’Israël! Le voilà impuissant, aveugle, enchaîné et assujetti à d’abjectes et pénibles besognes. Petit à petit, il a violé les conditions de sa sainte vocation, et maintenant le voilà tombé au point de trahir son secret! Dieu l’a abandonné! A elle seule, sa longue chevelure n’avait aucune vertu; elle n’était que le signe de sa fidélité envers Dieu. Ce symbole sacrifié aux passions des sens, Samson perd en même temps les avantages dont il est le gage.

La souffrance, l’humiliation et les moqueries des Philistins lui en apprirent plus sur sa faiblesse qu’il n’en avait jamais su auparavant et l’amenèrent à la conversion. Ses cheveux ayant repoussé, sa force lui revint. Mais, enchaîné, il n’inspirait aucune crainte à ses ennemis, qui attribuaient leur victoire à leurs idoles, et insultaient le Dieu d’Israël.

Or, un jour, on annonça une grande fête en l’honneur de Dagon, le dieu-poisson, protecteur de la mer. Gens de la ville et de la campagne, peuple et seigneurs s’assemblèrent de toutes les parties de la plaine philistine. Le vaste temple, ainsi que les galeries, étaient bondés d’adorateurs. Une scène de liesse et de ripaille allait commencer. Après les pompes du sacrifice, viennent la musique et le reste. Pour finir, on amène Samson, comme suprême trophée de la puissance de Dagon. Son apparition est saluée par des cris de triomphe et des ricanements. Peuple et gouverneurs raillent l’impuissance du captif et louent le dieu qui a triomphé de leur adversaire.

À ce moment-là, Samson, se disant fatigué, demande la permission de s’appuyer contre les deux colonnes centrales qui soutiennent la toiture du temple. Puis il murmure silencieusement cette prière: « Seigneur Éternel, je te prie, souviens-toi de moi! O Dieu! donne-moi de la force, cette fois seulement, afin que je me venge des Philistins pour la perte de mes deux yeux! » Embrassant alors les deux colonnes de ses bras puissants, il jette ce cri terrible: « Que je meure avec les Philistins! » et, « d’un effort suprême », il se cambre en avant. ... « Les deux colonnes du milieu » qui soutiennent l’édifice oscillent, s’ébranlent, et le toit s’écroule avec fracas « sur les princes et sur tout le peuple qui s’y trouve ». « C’est ainsi qu’il fit périr beaucoup plus de gens dans sa mort qu’il n’en avait fait périr pendant sa vie. »

L’idole et ses adorateurs, prêtres et paysans, nobles et guerriers furent tous ensemble ensevelis sous les ruines du temple de Dagon. Parmi eux se trouvait celui que Dieu avait destiné à délivrer son peuple. La nouvelle de cette catastrophe étant parvenue en Israël, les compatriotes de Samson descendirent de leurs collines et, sans rencontrer d’opposition, ils retirèrent le corps de leur héros du milieu des décombres. « Ils remontèrent chez eux, et ils l’ensevelirent entre Tsoréa et Estaol, dans le tombeau de Manoah, son père. »

La promesse de Dieu annonçant que c’était par Samson qu’il « commencerait à délivrer Israël des Philistins » s’était accomplie. Mais combien tristes avaient été les péripéties de cette vie qui aurait pu servir à la louange de Dieu et à la gloire de son peuple! Demeuré fidèle à sa mission divine, Samson aurait vu les desseins de Dieu se réaliser pour lui dans la respectabilité et l’honneur. Par ses capitulations devant la tentation, ses infidélités à l’égard de sa vocation, sa carrière entachée de défaites s’était terminée par l’esclavage et une mort lamentable.

Physiquement, Samson fut l’homme le plus fort qui vécut ici-bas. Mais en fait de force morale, d’intégrité et de volonté, il se place parmi les plus faibles. On confond souvent de fortes passions avec un fort caractère. Mais, au contraire, l’homme dompté par ses passions est faible. La vraie grandeur se mesure à la puissance des sentiments qu’on subjugue et non à celle des passions par lesquelles on est subjugué.

Le fils de Manoah fut entouré de soins providentiels qui le préparèrent pour l’œuvre à laquelle il était destiné. Il avait grandi dans des conditions propres à développer la force physique, la vigueur intellectuelle et la pureté morale. Mais sous l’influence de mauvaises compagnies, il s’était peu à peu détourné de Dieu, sa seule sauvegarde, et il avait été emporté par le torrent du mal. Les hommes qui rencontrent des épreuves dans l’accomplissement de leur devoir peuvent être assurés de la protection divine. Mais ceux qui suivent volontairement le sentier de la tentation y tombent un jour ou l’autre.

Les hommes que Dieu se propose d’utiliser comme ses instruments en vue d’une œuvre spéciale sont précisément ceux que Satan poursuit de ses tentations avec le plus d’acharnement. Il s’attaque à leurs côtés faibles. Il cherche, par certains défauts de caractère, à s’emparer de tout leur être, sachant bien que ces défauts, caressés, lui livreront la place. Mais nul n’est fatalement voué à la défaite, ni réduit à surmonter la puissance du mal par ses propres forces. Le secours est à la portée de tous ceux qui le désirent réellement. Les anges qui montaient et descendaient l’échelle de Jacob seconderont tout homme sincère dans sa marche vers les plus hauts sommets.