Patriarches et Prophètes

Chapitre 30

Le sanctuaire et son rituel

Lorsque Moïse était sur la montagne, Dieu lui dit: « Les enfants d’Israël ... m’élèveront un sanctuaire, et j’habiterai au milieu d’eux. » (Exode 25:8) Cet ordre fut suivi d’instructions détaillées. Mais l’apostasie du Sinaï fit différer l’érection de ce tabernacle jusqu’à ce que le peuple eût recouvré la faveur divine.

Ce travail fut alors confié à des hommes spécialement choisis et qualifiés par Dieu, qui s’en acquittèrent avec sagesse et habileté, en suivant minutieusement les directives fournies par Moïse. Le plan de l’édifice sacré, ses dimensions exactes, sa forme, les matériaux à employer, les meubles et les divers ustensiles, tout était compris dans ces instructions. A cet effet, Dieu avait montré à Moïse le sanctuaire céleste, en lui recommandant de veiller à ce que tout fût conforme au modèle qu’il avait eu sous les yeux. Ce sanctuaire devait donc être « une image » du « vrai sanctuaire », c’est-à-dire du céleste (Voir Hébreux 9:23, 24), où le Fils de Dieu, notre grand prêtre, allait exercer son ministère, après avoir offert sa vie en sacrifice pour les pécheurs.

La construction du sanctuaire exigea des préparatifs considérables et coûteux. Il fallut une grande quantité de matériaux, dont certains des plus précieux et des plus rares; mais Dieu n’accepta que les offrandes volontaires. L’ordre divin, que Moïse répéta à la congrégation, était celui-ci: « Vous accepterez l’offrande de tout homme qui en fera le sacrifice de bon cœur. » (Exode 25:2) Les deux premières conditions de l’érection de la demeure du Très-Haut étaient donc le dévouement à son service et un esprit de sacrifice.

Chacun répondit à l’appel. « Tous ceux dont le cœur était bien disposé et qui étaient animés de sentiments généreux se présentèrent et apportèrent des offrandes à l’Éternel pour la construction de la tente d’assignation, pour tout ce qui concernait le service de cette tente, ainsi que pour les vêtements sacrés. Hommes et femmes accoururent; toutes les personnes de bonne volonté apportèrent boucles, bagues, anneaux, colliers, toute sorte d’objets en or. » (Exode 35:21, 22)

« Tous ceux qui avaient chez eux des étoffes teintes en bleu d’azur, en écarlate, en cramoisi, du fin lin, du poil de chèvre, des peaux de béliers teintes en rouge et des peaux de dauphins, les apportèrent aussi. Tous ceux qui voulaient présenter une offrande d’argent ou d’airain en firent hommage à l’Éternel. Tous ceux qui avaient chez eux du bois d’acacia, pour tous les ouvrages destinés au service, agirent de même.

»Les femmes les plus adroites de leurs mains filèrent elles-mêmes, et elles apportèrent ce qu’elles avaient filé de leurs mains, les étoffes teintes en bleu d’azur, en écarlate, en cramoisi, et le fin lin. Toutes celles qui étaient animées de bons sentiments, et qui avaient de l’habileté, filèrent du poil de chèvre.

»Les principaux du peuple apportèrent des pierres d’onyx et des pierres à enchâsser, pour l’éphod et le pectoral; des aromates et de l’huile pour le chandelier, pour l’huile d’onction et pour les parfums destinés aux encensements. » (Exode 35:23-28)

Les travaux commencèrent. Jeunes et vieux, hommes, femmes et enfants continuèrent cependant d’apporter leurs offrandes. Bientôt les commissaires du travail découvrirent qu’ils avaient assez de matériaux et même plus qu’il n’en fallait. Alors Moïse fit faire cette proclamation à travers le camp: « Personne, ni homme ni femme, ne doit plus préparer d’offrande pour le sanctuaire. On empêcha donc le peuple d’apporter de nouveaux dons. » (Exode 36:6) Si les murmures des Israélites et les châtiments qui les suivirent ont été enregistrés pour servir d’avertissement aux générations futures, leur dévouement, leur zèle et leurs libéralités sont pour nous des exemples à imiter. Tous ceux qui apprécient et aiment les bienfaits du culte public feront preuve du même esprit de sacrifice lorsqu’il s’agira de préparer un lieu où Dieu puisse manifester sa présence, et ils voudront lui offrir ce qu’ils ont de meilleur. La maison de Dieu ne doit jamais avoir de dettes: ce serait un opprobre pour elle. Aussi les fonds nécessaires à son érection doivent-ils affluer au point qu’on puisse dire, comme lors de la construction du tabernacle: « Ne préparez plus d’offrandes. »

Le tabernacle était démontable, de façon à pouvoir être transporté d’un lieu à l’autre au cours des déplacements du camp. Pour cette raison, il avait des proportions restreintes et ne mesurait que seize mètres de longueur sur six et demi de largeur et de hauteur. Il n’en avait pas moins une superbe structure. Le bois employé pour les parois et l’ameublement était l’acacia, le plus durable qu’on pût se procurer au Sinaï. Les parois étaient en planches placées debout, côte à côte, reposant sur des bases d’argent et solidement reliées entre elles par des colonnes et des barres transversales. Le tout, recouvert d’or, donnait l’illusion d’un édifice d’or massif. La toiture se composait de quatre tapis superposés. Le premier consistait en une « tenture de fin lin retors et d’étoffes teintes en bleu d’azur, en pourpre écarlate et en cramoisi, sur laquelle des chérubins étaient artistement tissés » (Exode 26:1). Les trois autres étaient respectivement de poil de chèvre, de peaux de béliers teintes en rouge et de peaux de dauphins. Elles étaient cousues ensemble de façon à recouvrir complètement l’édifice.

La construction était divisée en deux par une riche tenture suspendue à des colonnes plaquées d’or. Une tenture toute semblable fermait l’entrée de la première pièce. De même que celle du plafond, ces deux tentures étaient d’un tissu luxueux, où le bleu, le pourpre et l’écarlate se combinaient avec art, et sur lequel se détachaient des chérubins tissés en brocart d’or et d’argent représentant l’armée angélique qui exerce un ministère en faveur du peuple de Dieu.

La tente sacrée était entourée d’une cour à ciel ouvert, appelée le parvis, fermée par un rideau de fin lin suspendu à des colonnes d’airain. L’entrée de cette enceinte, qui regardait l’orient, se composait d’une draperie richement travaillée, mais inférieure à celles du sanctuaire. Les rideaux du parvis n’ayant que la moitié de la hauteur des parois du tabernacle, l’édifice se voyait facilement du dehors.

A l’intérieur du parvis, non loin de l’entrée, était placé l’autel des holocaustes, construit en airain. Tous les sacrifices étaient consumés sur cet autel et l’aspersion du sang expiatoire était faite sur ses cornes. Entre l’autel et le tabernacle se trouvait une cuve d’airain faite avec les miroirs offerts par les femmes d’Israël. Les prêtres s’y lavaient les mains et les pieds chaque fois qu’ils entraient dans les lieux saints ou qu’ils s’approchaient de l’autel pour y offrir un holocauste.

Dans la première pièce du tabernacle, appelée le lieu saint, se trouvaient la table des pains de proposition, le chandelier ou candélabre et l’autel des parfums. Située au nord, la table était entourée d’une garniture d’or et recouverte du même métal. Chaque sabbat, les prêtres y plaçaient douze gâteaux arrosés d’encens et disposés en deux piles. Les pains enlevés, considérés comme sacrés, étaient placés sur la table des prêtres. Au sud, il y avait le candélabre à sept lampes portées par sept branches ornées de fleurs de muguet artistement ciselées. Il était tiré d’un morceau d’or massif. Comme le tabernacle ne comportait aucune fenêtre, les lampes, qu’on ne devait jamais laisser éteindre toutes à la fois, l’éclairaient jour et nuit.

En face et tout près du voile qui séparait le lieu saint du lieu très saint et de la présence immédiate de Dieu, était placé l’autel d’or, appelé l’autel des parfums. Le prêtre y faisait brûler de l’encens matin et soir. Il en touchait les cornes avec le sang des sacrifices et l’aspergeait du sang de la victime au grand jour des expiations. Le feu de cet autel, allumé par Dieu lui-même, devait être religieusement entretenu. Jour et nuit, le parfum de l’encens sacré embaumait les lieux saints et se répandait au-dehors à une grande distance du tabernacle.

Le voile intérieur donnait accès au lieu très saint où se concentrait le service symbolique de l’expiation et de l’intercession, trait d’union entre le ciel et la terre. C’est dans cette pièce que se trouvait l’arche sainte: coffret d’acacia entièrement recouvert d’or, à l’intérieur comme à l’extérieur, et relevé à son bord supérieur par un couronnement d’or. Ce meuble était destiné aux deux tables de pierre sur lesquelles Dieu avait gravé lui-même les dix commandements. Cette loi étant la base de l’alliance contractée entre Dieu et Israël, on l’appelait l’arche de l’alliance ou du testament.

Le couvercle de l’arche, appelé le propitiatoire, était forgé d’un seul bloc d’or. A chaque extrémité, il était surmonté d’un chérubin en or faisant monter vers le ciel l’une de ses ailes, tandis qu’il repliait l’autre sur son corps (Voir Ézéchiel 1:11) en signe de vénération et d’humilité. Leurs visages tournés l’un vers l’autre et leurs yeux abaissés pieusement sur l’arche figuraient le respect de l’armée céleste pour la loi de Dieu et l’intérêt qu’elle porte au plan du salut.

Au-dessus du propitiatoire, entre les deux chérubins, une nuée lumineuse, appelée la Shékinah, voilait la présence divine. C’est là que la voix céleste sortant de la nuée révélait sa volonté au prêtre ou répondait à ses prières. Un rayon de lumière illuminant l’ange de la droite indiquait l’approbation ou l’acceptation, tandis qu’une ombre ou un nuage recouvrant l’ange de la gauche annonçait la désapprobation ou le refus.

Si la loi de Dieu renfermée dans l’arche constituait la grande règle de la justice et proclamait la mort du violateur, le propitiatoire qui la recouvrait et où Dieu révélait sa présence promettait le pardon au pécheur repentant qui acceptait le sacrifice expiatoire. C’est ainsi que la rédemption par le Fils de Dieu était révélée par le symbolisme du sanctuaire, où

La bonté et la vérité se sont rencontrées;
La justice et la paix se sont embrassées.
(Psaumes 85:11)
La gloire du sanctuaire vu de l’intérieur défiait toute description. Les parois d’or réfléchissant en tous sens les feux du candélabre; les vives couleurs des tentures brodées d’anges scintillants; les ors éclatants de la table et de l’autel de l’encens; et au-delà du second voile, l’arche sainte, ses mystiques chérubins séparés par la redoutable Shékinah, manifestation visible de la présence de l’Éternel: tout cela n’était qu’un faible reflet de la magnificence incomparable du temple céleste, qui est le grand centre de l’œuvre de la rédemption.

La construction du tabernacle dura environ six mois. Quand tout fut terminé, Moïse examina soigneusement le travail accompli, et le compara avec le modèle qui lui avait été montré sur la montagne et les directives qu’il avait reçues de Dieu. « Et il vit qu’ils l’avaient exécuté conformément aux ordres de l’Éternel. Alors Moïse les bénit. » (Exode 39:43) Impatients de curiosité, tous les Israélites s’assemblèrent pour contempler l’édifice. Tandis qu’on l’admirait, plein d’une sainte vénération, la colonne de nuée descendit, flotta au-dessus du sanctuaire et l’enveloppa tout entier. « Et la gloire de l’Éternel remplit le tabernacle » (Exode 40:34), au point que Moïse lui-même ne put y pénétrer. Profondément émus, les Israélites avaient la preuve que l’ouvrage de leurs mains était agréé. Mais bientôt, la joie qui gonflait tous les cœurs éclata en larmes de reconnaissance et en prières, où chacun demandait silencieusement à Dieu de demeurer avec son peuple.

Par ordre du Seigneur, la tribu de Lévi fut mise à part pour assurer les services du sanctuaire. Cette tribu remplaça ainsi le père de famille qui avait servi de prêtre dans les tout premiers temps, ainsi que le fils aîné qui lui avait été substitué depuis le temps d’Abraham. Dès ce moment, Dieu accorda cet honneur à la tribu de Lévi, en récompense de sa fidélité, comme aussi de son courage et de son zèle lors de l’affaire du veau d’or au Sinaï. Le sacerdoce fut réservé à la famille d’Aaron. Seuls celui-ci et ses fils furent autorisés à l’exercer. Les autres descendants de Lévi, chargés du tabernacle et de son ameublement, furent aussi appelés à seconder les prêtres dans leurs fonctions. Mais ils ne devaient offrir les sacrifices, faire brûler l’encens et regarder les objets sacrés qu’après les avoir recouverts.

Un costume spécial et conforme à leur charge fut prescrit aux prêtres. L’ordre donné à Moïse était le suivant: « Tu feras préparer pour Aaron, ton frère, des vêtements sacrés qui lui serviront d’insigne et de parure. » (Exode 28:2) La robe du simple prêtre était de fin lin blanc, tissée d’une seule pièce. Elle descendait presque jusqu’aux pieds et était fixée à la taille par une ceinture de lin blanc brodée de bleu, de pourpre et d’écarlate. Un turban ou une mitre blanche complétait le vêtement. De même que Moïse avait reçu l’ordre d’ôter ses souliers sur une terre sainte, les prêtres ne devaient pas garder leurs chaussures pour entrer dans le sanctuaire. La poussière qui s’était attachée à leurs sandales aurait pu souiller le saint lieu. Avant de commencer leur service, soit au tabernacle, soit à l’autel des sacrifices, ils devaient donc ôter leurs chaussures dans le parvis et se laver les mains et les pieds. Ces précautions avaient pour but d’inculquer à tous les spectateurs la nécessité de se présenter devant Dieu exempt de toute souillure.

En conformité avec ses hautes fonctions, les vêtements du grand prêtre étaient faits de tissus précieux richement travaillés. En plus de sa robe de fin lin, le prêtre ordinaire portait un vêtement bleu d’azur tissé également d’une seule pièce qui se terminait par une garniture de clochettes d’or alternant avec une imitation de grenades en bleu, pourpre et écarlate. Par-dessus venait l’éphod, un gilet or, bleu, pourpre, écarlate et de fin lin, attaché à la taille par une ceinture magnifiquement ouvragée aux mêmes couleurs. L’éphod, qui était exempt de manches, portait des épaulettes brodées d’or sur lesquelles étaient enchâssées deux pierres d’onyx où l’on avait gravé les noms des douze tribus d’Israël.

Par-dessus l’éphod, pour finir, se plaçait le pectoral, le plus sacré des ornements sacerdotaux. D’un empan en carré, suspendu par des cordons bleus attachés à des boucles d’or partant des épaules, il était bordé de pierres précieuses correspondant à celles qui constituent les fondements de la cité de Dieu et garni sur quatre rangées de douze pierres précieuses sur lesquelles étaient gravés, comme sur les gemmes des épaulettes, les noms des douze tribus.

L’ordre divin était le suivant: « Aaron portera sur son cœur les noms des enfants d’Israël, gravés sur le pectoral du jugement: ce sera un mémorial perpétuel devant l’Éternel. » (Exode 28:29) C’est ainsi que Jésus-Christ, notre grand prêtre, porte sur son cœur le nom de toute âme contrite et croyante en faveur de laquelle il présente son sang devant le Père; de sorte que nous pouvons dire avec le Psalmiste: « Moi, je suis pauvre et indigent; mais le Seigneur pense à moi. » (Psaumes 40:18)

De chaque côté du pectoral, deux grandes gemmes, d’un vif éclat, appelées l’Urim et le Thummim, avaient pour but de révéler au grand prêtre et au peuple la volonté de Dieu. Le Seigneur répondait aux questions posées soit par une auréole de lumière entourant la gemme de droite, en signe d’approbation ou de consentement, soit par une ombre enveloppant la gemme de gauche, en signe de désapprobation ou de refus.

La mitre du grand prêtre consistait en un turban blanc auquel était fixé, par un cordon bleu, le diadème sacré, une lame d’or pur portant cette inscription: « Sainteté à l’Éternel. » Tout ce qui se rapportait aux vêtements ou à l’attitude des prêtres devait éveiller chez les spectateurs le sentiment de la sainteté de Dieu, du caractère sacré de son culte et de la pureté qu’il exige de ceux qui se présentent devant lui.

Comme le sanctuaire lui-même, les rites qui s’y accomplissaient par le ministère des prêtres devaient être « l’image et l’ombre des choses célestes » (Hébreux 8:5). Ces rites revêtaient une grande importance. Dieu donna à leur égard les instructions les plus précises et les plus explicites. Les cérémonies du sanctuaire se divisaient en deux parties: le service quotidien et le service annuel. Le service quotidien s’accomplissait à l’autel des holocaustes, dans le parvis du tabernacle et dans le lieu saint, tandis que le service annuel se déroulait dans le lieu très saint.

A part le grand prêtre, aucun mortel ne pouvait pénétrer dans la pièce intérieure du tabernacle. Une fois par an, et cela après une préparation sévère et solennelle, ce haut dignitaire entrait en tremblant devant Dieu pour y procéder, devant le propitiatoire, à l’expiation des péchés d’Israël. Dieu apparaissait alors dans la nuée de gloire. Au-dehors, la foule attendait dans le silence et la prière. Lorsque le séjour du grand prêtre dans le lieu très saint se prolongeait au-delà du temps accoutumé, l’effroi s’emparait du peuple qui se demandait si, à cause de ses péchés ou de ceux du prêtre, celui-ci n’avait pas été terrassé par la gloire de Dieu.

Le service quotidien se composait de l’holocauste du matin et du soir, de l’offrande de l’encens sur l’autel d’or, ainsi que de sacrifices offerts par des particuliers pour des péchés personnels. Il y avait également un rituel pour les sabbats, les nouvelles lunes et les fêtes annuelles.

Chaque matin et chaque soir, on offrait sur l’autel un agneau d’un an et des gâteaux pour signifier la consécration quotidienne de la nation à l’Éternel, comme pour réclamer le bénéfice du sang expiatoire du Rédempteur promis. Dieu ayant expressément recommandé que chaque offrande fût « sans défaut » (Exode 12:5), toutes les bêtes des sacrifices devaient être examinées par les prêtres, qui refusaient celles qui avaient une tare quelconque. Seule une offrande « sans défaut » pouvait servir de symbole à la pureté parfaite de « l’Agneau sans défaut et sans tache » (1 Pierre 1:19) qui allait venir.

Les sacrifices étaient également une figure de la perfection morale à laquelle doivent aspirer et parvenir les enfants de Dieu. L’apôtre Paul y fait allusion dans cette parole: « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre culte raisonnable. » (Romains 12:1) De même, en nous consacrant au Seigneur, nous devons nous efforcer de rendre aussi parfaite que possible l’offrande que nous lui présentons. Dieu n’agrée rien de moins que ce que nous pouvons lui apporter de meilleur. Ceux qui l’aiment de tout leur cœur désireront lui offrir leurs plus belles forces, et cela en mettant toutes leurs facultés en harmonie avec les lois divines.

C’était lors de l’offrande quotidienne de l’encens que le prêtre s’approchait le plus près de Dieu. Comme le voile intérieur du sanctuaire ne montait pas jusqu’au plafond, la gloire de l’Éternel siégeant sur le propitiatoire éclairait en partie le lieu saint à la vue du prêtre qui offrait l’encens en face de l’autel. Au moment où le nuage d’encens s’élevait de l’autel d’or et où la gloire divine descendait sur le propitiatoire, il arrivait souvent qu’elle débordait du lieu très saint jusque dans le lieu saint, au point que l’officiant était obligé de se retirer vers le voile de sortie. De même que dans le rituel symbolique le prêtre dirigeait par la foi son regard vers le propitiatoire qu’il ne voyait pas, ainsi le peuple de Dieu doit maintenant adresser ses prières à Jésus-Christ qui, bien qu’invisible à l’œil de la chair, plaide en sa faveur dans le sanctuaire céleste.

L’encens qui montait avec les prières d’Israël représente les mérites et l’intercession du Sauveur, ainsi que sa parfaite justice imputée au pécheur par la foi, et qui seule peut faire agréer le culte qu’il offre à son Dieu. En outre, s’il y avait devant le voile du lieu très saint un autel de perpétuelle intercession, il y avait aussi, devant le voile du lieu saint, un autel de continuelle expiation. Enfin, comme c’était par les symboles du sang et de l’encens que l’on pouvait s’approcher de Dieu, c’est par l’intermédiaire de notre grand Médiateur que les pécheurs peuvent venir au Seigneur, seul Dispensateur de miséricorde et de salut aux âmes repentantes.

Chaque matin et chaque soir, quand les prêtres entraient dans le lieu saint, à l’heure de l’encens, l’un d’eux offrait sur l’autel du parvis le sacrifice quotidien. C’était toujours une scène émouvante pour les adorateurs assemblés près du tabernacle. En effet, avant d’entrer, par l’intermédiaire du prêtre, en la présence de Dieu, les Israélites devaient sonder leurs cœurs et confesser leurs péchés, puis, unis dans une prière silencieuse, tourner leurs visages vers le lieu saint. Ainsi, tandis que leurs requêtes montaient avec la fumée de l’encens, ils s’appropriaient par la foi les mérites du Sauveur promis, préfiguré par le service expiatoire. Aussi les heures fixées pour le sacrifice du matin et du soir étaient-elles considérées comme sacrées et finirent-elles par être observées par toute la nation israélite comme heures du culte de famille.

Quand, plus tard, les Juifs en exil adressaient leurs prières au Dieu d’Israël, ils tournaient à ce moment-là leurs visages vers Jérusalem. Les chrétiens doivent trouver là l’exemple du culte de famille du matin et du soir. Si une répétition machinale de dévotions exemptes de tout esprit d’adoration déplaît au Seigneur, il voit en revanche avec plaisir ceux qui l’aiment s’incliner matin et soir pour lui demander le pardon de leurs péchés et réclamer les bénédictions dont ils ont besoin.

Les pains de proposition placés en permanence devant Dieu constituaient une offrande perpétuelle et faisaient donc partie du service quotidien. On les appelait « pains de proposition » ou « pains de la face », parce qu’ils étaient constamment devant la face de l’Éternel (Exode 25:30). Ils avaient pour but de rappeler que l’homme dépend de Dieu pour sa nourriture temporelle et spirituelle, et qu’il n’obtient l’une et l’autre que par la médiation du Fils de Dieu. Dans le désert, le Seigneur avait nourri Israël du pain du ciel. Plus tard, c’est encore de la grâce divine que ce dernier attendait le pain du corps et celui de l’âme. La manne, comme les pains de proposition, était un symbole du Sauveur qui se tient sans cesse, pour nous, devant la face de Dieu. « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel » (Jean 6:51), a-t-il dit lui-même. Quand les pains étaient, chaque sabbat, remplacés par des pains frais, on ôtait les grains d’encens placés dessus pour les faire brûler devant Dieu.

Ce qu’il y avait de plus important dans les services quotidiens, c’étaient les sacrifices individuels. Le pécheur repentant amenait son offrande à la porte du tabernacle et, plaçant sa main sur la tête de la victime, il lui transmettait symboliquement ses péchés, qu’il confessait. Puis, de sa propre main, il égorgeait l’animal, dont le sang était porté par le prêtre dans le lieu saint et aspergé devant le voile derrière lequel se trouvait la loi violée par le pécheur. Par cette cérémonie, le péché était, par l’intermédiaire du sang, transféré au sanctuaire. Dans les cas où le sang n’était pas porté au lieu saint, les prêtres consommaient la chair de la victime, selon le commandement de Moïse: « C’est une chose très sainte,... afin que vous portiez l’iniquité de l’assemblée, et que vous fassiez pour elle l’expiation devant l’Éternel. » (Lévitique 10:17) Ces deux rites figuraient le transfert des péchés au sanctuaire.

Tel était le rituel, jour après jour, d’un bout de l’année à l’autre. Aussi le sanctuaire, souillé peu à peu par les péchés d’Israël qui s’y accumulaient, devait-il être purifié par des cérémonies spéciales. En conséquence, Dieu ordonna qu’il fût fait expiation pour les deux lieux saints, comme pour l’autel, afin de les purifier et les sanctifier, « à cause des souillures des enfants d’Israël » (Lévitique 16:19). Une fois l’an, au grand jour des expiations ou des propitiations, le grand prêtre entrait dans le lieu très saint pour procéder à la « purification du sanctuaire ». Les rites qui s’y accomplissaient achevaient le cycle annuel du cérémonial.

Ce jour-là, on amenait devant l’entrée du tabernacle deux boucs. Par le sort, l’un d’eux était désigné pour l’Éternel, l’autre pour Azazel. Le bouc sur lequel tombait le premier sort était égorgé et offert pour les péchés du peuple. Le prêtre en portait le sang à l’intérieur du voile et en faisait aspersion sur le propitiatoire. « Il fera, avait dit Moïse, l’expiation pour le sanctuaire, à cause des souillures des enfants d’Israël et de leurs transgressions, quels que soient leurs péchés. Il fera de même pour la tente d’assignation qui est établie parmi eux au milieu de leurs souillures. » (Lévitique 16:16) Les instructions données à Moïse disaient: « Lorsqu’il aura achevé de faire l’expiation pour le sanctuaire,... Aaron fera approcher le bouc vivant. Il posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant, et confessera sur lui toutes les iniquités des enfants d’Israël et toutes leurs transgressions, quels que soient leurs péchés; il les mettra sur la tête du bouc, et l’enverra au désert par un homme préposé à cet office. Le bouc ainsi chargé de toutes leurs iniquités les emportera dans une terre déserte; et l’homme lâchera le bouc dans le désert. » (Lévitique 16:20-22)

Tout travail était mis de côté. La congrégation d’Israël passait cette journée entière à s’humilier devant Dieu par un sérieux examen de conscience, par le jeûne et la prière. Ce n’était que lorsque le bouc avait été conduit au désert que le peuple se considérait comme délivré de ses péchés.

Cette cérémonie annuelle enseignait au peuple des vérités importantes relatives à l’expiation des péchés. Par leurs offrandes faites dans le cours de l’année, les pénitents indiquaient qu’ils acceptaient le substitut qui devait un jour prendre leur place. Mais le sang des victimes n’achevait pas l’expiation des péchés. Il servait simplement de véhicule pour transférer ces péchés au sanctuaire. En offrant un sacrifice sanglant, le pécheur reconnaissait l’autorité de la loi, confessait sa culpabilité et exprimait sa foi en celui qui devait venir « ôter le péché du monde ». Mais il n’était pas entièrement dégagé de la condamnation de la loi.

Au jour des expiations, le grand prêtre, après avoir immolé une victime pour l’assemblée, en portait le sang dans le lieu très saint et en faisait aspersion sur le propitiatoire, au-dessus des tables de la loi. La loi qui exigeait la vie du pécheur était ainsi satisfaite, et le prêtre, en tant que médiateur, se chargeait de tous les péchés d’Israël. En quittant le sanctuaire, il plaçait ses mains sur la tête du bouc émissaire, « confessait sur lui toutes les iniquités des enfants d’Israël » et les transférait « sur la tête du bouc ». Celui-ci, « chargé de toutes leurs iniquités, les emportait dans une terre déserte ». C’est alors que le peuple se considérait comme définitivement libéré de sa culpabilité. Telles étaient les cérémonies accomplies au jour des expiations pour servir « d’image et d’ombre des choses célestes » (Hébreux 8:5).

Comme on l’a vu, le sanctuaire terrestre fut construit par Moïse sur le modèle qui lui avait été montré sur la montagne. C’était un symbole pour le temps présent; « ses deux lieux saints étaient une image du sanctuaire céleste »; Jésus-Christ, notre « grand prêtre, est ministre du sanctuaire et du véritable tabernacle dressé par le Seigneur, et non par un homme » (Hébreux 9:23; 8:2).

Contemplant, en vision, le temple de Dieu qui est dans le ciel, l’apôtre Jean y voit « sept lampes ardentes brûlant devant le trône ». Il y voit aussi un personnage qui a « un encensoir d’or », auquel « on donne beaucoup de parfums pour les offrir, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le trône » (Apocalypse 8:3). Le prophète est ici admis à voir la première pièce du sanctuaire céleste. On y retrouve les sept lampes ardentes et l’autel d’or que le sanctuaire terrestre avait imités par le candélabre d’or et par l’autel des parfums. Une seconde fois, le prophète voit « le temple de Dieu s’ouvrir dans le ciel », et il y aperçoit « l’arche de l’alliance » (Apocalypse 11:19) figurée sur la terre par le coffret sacré construit par Moïse pour contenir la loi de Dieu.

En résumé, Moïse avait construit le sanctuaire terrestre « selon le modèle qu’il avait vu » (Acts 7:44). L’apôtre Paul déclare que « le tabernacle et tous les ustensiles du culte », lorsqu’ils furent terminés, représentaient le « sanctuaire céleste lui-même » (Hébreux 9:21-23). Et saint Jean, de son côté, nous dit qu’il vit l’original dans lequel Jésus exerce son ministère en notre faveur et dont le tabernacle construit par Moïse était une miniature.

C’est après son ascension que notre Sauveur inaugura son ministère de grand prêtre dans le sanctuaire céleste. Jésus-Christ, écrit l’apôtre Paul, « n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, imitation du vrai sanctuaire; mais il est entré dans le ciel même, afin de comparaître maintenant pour nous devant la face de Dieu » (Hébreux 9:24). Son ministère comprend deux grandes phases embrassant chacune une certaine période de temps, et se déroulant respectivement dans l’une ou l’autre des pièces du sanctuaire céleste. Tout s’y passe exactement comme dans le sanctuaire terrestre, c’est-à-dire en deux cycles successifs: le service quotidien et le service annuel, pour chacun desquels était réservée l’une des deux pièces du tabernacle.

A son ascension, Jésus regagna le ciel pour y plaider en présence de Dieu les mérites de son sang en faveur des croyants, tout comme l’avaient fait les prêtres au tabernacle mosaïque lorsque, dans le lieu saint, ils faisaient aspersion du sang des sacrifices en faveur des pécheurs.

Mais le sang du Sauveur, tout en libérant de la condamnation le pécheur repentant, n’anéantit pas le péché. Celui-ci demeure sur les registres du sanctuaire jusqu’à l’expiation finale. C’est ce que montrait la dispensation mosaïque où le sang des sacrifices justifiait le pécheur, tandis que le péché lui-même subsistait dans le sanctuaire jusqu’au jour des expiations.

Au grand jour des récompenses finales, les morts seront « jugés selon leurs œuvres, d’après ce qui était écrit dans ces livres » (Apocalypse 20:12). Cela fait, en vertu du sang expiatoire du Fils de Dieu, les péchés de tous les croyants seront effacés des dossiers du sanctuaire. Ce sera la purification de celui-ci par l’élimination des sombres annales du péché.

Sur la terre, cette liquidation solennelle: l’expiation définitive et l’effacement des péchés, était figurée par le cérémonial du grand jour des expiations ou de la purification du sanctuaire. Ce cérémonial consistait, en vertu du sang de la victime, à éliminer définitivement du sanctuaire tous les péchés qui s’y étaient accumulés et à les emporter au désert. Ainsi, au jour du jugement, les péchés de tous les vrais pénitents seront effacés des livres célestes pour ne plus revenir à la mémoire.

Satan est l’auteur du mal et l’instigateur de tous les péchés qui ont causé la mort du Fils de Dieu, et la justice exige qu’il subisse la peine capitale. L’œuvre du Sauveur en vue de la rédemption de l’homme ne sera donc complète que par la purification des impuretés qui souillent le sanctuaire céleste. Cela se produira lorsqu’ils seront placés sur la tête de Satan pour qu’il en subisse la pénalité finale, de même que cela se faisait dans le service rituel, où le cycle annuel se terminait par la purification du sanctuaire et la transmission des péchés sur la tête du bouc émissaire.

On voit par là que les cérémonies du tabernacle, comme celles du temple qui le remplaça, inculquaient jour après jour aux enfants d’Israël les grandes vérités se rattachant à la mort et au ministère de Jésus-Christ. Une fois l’an, tous les esprits se portaient sur le dénouement du grand conflit entre le Fils de Dieu et Lucifer: la purification totale et définitive de l’univers par la disparition éternelle du péché et des pécheurs.