Patriarches et Prophètes

Chapitre 26

De la mer Rouge au Sinaï

Des bords de la mer Rouge, où gisaient les cadavres de leurs ennemis, les cohortes d’Israël se remirent en route, sous la conduite de la colonne de nuée, à travers une contrée morne et solitaire où alternaient des plaines stériles et des montagnes arides et désolées. Néanmoins, le sentiment de leur liberté les remplissait de joie et bannissait tout esprit de mécontentement.

Au bout de trois jours de marche, ses provisions d’eau étant épuisées, la multitude se traînait péniblement, en proie à une soif ardente, à travers des plaines brûlées par le soleil. Seul Moïse, qui connaissait les lieux, savait qu’à la prochaine station, à Mara, où l’on trouverait des sources, l’eau n’était pas potable, et ses regards suivaient avec une extrême inquiétude la direction de la colonne de nuée. Le cœur lui manqua lorsqu’il entendit le cri joyeux: « De l’eau! de l’eau! » et qu’il vit hommes, femmes et enfants se précipiter vers la source, pour pousser bientôt un cri d’horreur: l’eau était amère! Dans son désespoir, la foule oublia et la colonne de nuée, symbole de la présence divine, et le fait que Moïse, aussi bien qu’eux, l’avait docilement suivie: elle se mit à invectiver ce dernier de l’avoir dirigée sur cette route. Ému de leur détresse, Moïse fit ce qu’ils avaient oublié de faire: il cria à Dieu de leur venir en aide. « Et l’Éternel lui indiqua un bois qu’il jeta dans les eaux; et les eaux devinrent douces. » (Exode 15:25)

C’est là que cette promesse fut faite à Israël: « Si tu écoutes la voix de l’Éternel, ton Dieu; si tu fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l’oreille à ses commandements et si tu observes toutes ses lois, je ne t’infligerai aucun des maux dont j’ai accablé l’Égypte; car je suis l’Éternel qui te guérit! » (Exode 15:26)

Partant de Mara, le peuple arriva à un endroit où il y avait douze sources et soixante-dix palmiers. Ils y campèrent plusieurs jours avant de pénétrer dans le désert de Sin, un mois après le départ d’Égypte. Les provisions commençaient à manquer, l’herbe se faisait rare, et les troupeaux diminuaient. Comment allait-on donner à manger à cette vaste multitude? A nouveau, le doute surgit dans les cœurs et les murmures recommencèrent. Les commissaires et les anciens eux-mêmes joignirent leurs plaintes à celles du peuple contre les chefs que Dieu leur avait donnés: « Ah! disait-on, que ne sommes-nous morts de la main de l’Éternel, dans le pays d’Égypte, quand nous étions assis devant les potées de viande et que nous mangions du pain à satiété! Vous nous avez amenés dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude. » (Exode 16:3)

Ils n’avaient pas encore souffert de la faim; il y avait de quoi suffire aux besoins du moment présent; mais ils craignaient pour l’avenir. Ne comprenant pas comment cette foule immense allait pouvoir subsister durant son voyage à travers le désert, ils voyaient déjà, en imagination, leurs enfants mourant d’inanition. Ils ne comprenaient pas que Dieu permettait l’épuisement de leurs provisions pour leur donner l’occasion de s’attendre à celui qui les avait délivrés jusque-là, et qui était prêt à leur donner, s’ils s’adressaient à lui, des preuves nouvelles de son amour et de sa sollicitude. Ne leur avait-il pas promis que s’ils gardaient ses commandements aucune maladie ne les atteindrait? Aussi était-ce, de leur part, le fait d’une incrédulité coupable de supposer qu’eux ou leurs enfants pussent être victimes de la faim.

L’Éternel leur avait promis d’être leur Dieu et de les conduire dans un pays spacieux et fertile. Il les avait arrachés à la servitude et à la dégradation d’une façon miraculeuse, afin de les éduquer et de les élever à une grandeur morale qui fît d’eux une merveille parmi les nations. Il allait aussi leur confier un mandat précieux. Mais à chaque obstacle qu’ils rencontraient sur leur route, ils semblaient perdre courage. S’ils avaient eu foi en Dieu, en se souvenant de tout ce qu’il avait fait pour eux, c’est avec joie qu’ils auraient enduré des ennuis, des privations et même de réelles souffrances. Mais ne se confiant en Dieu qu’autant qu’ils avaient sous les yeux les signes visibles de sa puissance, ils oubliaient la longue suite de miracles éclatants auxquels ils avaient assisté, pour ne voir et ne sentir que les désagréments de l’heure présente. Au lieu de se dire: « Dieu a fait de grandes choses pour nous: nous étions des esclaves et nous voici devenus un grand peuple libre », ils ne parlaient que des fatigues de la route, et se demandaient quand ce voyage allait prendre fin.

L’histoire des vicissitudes d’Israël à travers le désert a été conservé à l’intention de l’Israël de Dieu jusqu’aux derniers temps. Le récit des marches et contremarches de ce peuple nomade et des miracles accomplis pour le soulager de la faim, de la soif et de la fatigue est rempli d’instructions et d’avertissements pour nous. Le peuple hébreu suivait une école préparatoire en vue de la possession de la terre promise. A nous, de même, de nous remémorer d’un cœur humble et docile, en vue de notre préparation pour la Canaan céleste, les épreuves de l’ancien Israël.

Bien des personnes s’étonnent de l’incrédulité et des murmures d’Israël, et se disent qu’à sa place elles n’auraient pas été aussi ingrates. Mais, dès qu’elles rencontrent quelque contrariété, elles ne manifestent ni plus de foi ni plus de patience qu’Israël. Si elles passent par des moments pénibles, elles parlent mal des gens ou des choses dont Dieu s’est servi pour les purifier. D’autres, dont tous les besoins actuels sont satisfaits, ne savent pas se confier en Dieu pour l’avenir et sont dans une agitation continuelle à la pensée que l’indigence pourrait les atteindre, ainsi que leurs enfants. D’autres encore, constamment préoccupés de maux possibles, ou grossissant des tracas réels, ne voient plus les nombreux bienfaits de la Providence dont ils devraient être reconnaissants. Les vexations qu’elles rencontrent, et qui devraient les rapprocher de Dieu, seule source de secours, ne font que les en éloigner, parce qu’elles n’éveillent dans leurs cœurs qu’inquiétude et ressentiment. Il est triste d’avoir si peu de foi en Dieu. Ne devrions-nous pas nous interdire cette anxiété qui contriste le Saint-Esprit, sans nous aider à supporter nos mécomptes? Ne serait-il pas sage de bannir de nos cœurs ce souci perpétuel de nos besoins futurs? Il est vrai que le Seigneur n’a pas promis d’écarter tout danger de notre route. Il ne se propose pas de retirer les siens hors de ce monde de méchanceté. Mais il nous montre un sûr refuge. Tout le ciel s’intéresse à nous, et Jésus est notre ami. A ceux qui sont las et accablés, il adresse cette parole: « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai. » Déposez le joug de vos inquiétudes et de vos préoccupations, « et recevez mon enseignement; car je suis doux et humble de cœur. Et vous trouverez le repos de vos âmes. » (Matthieu 11:28, 29) Le repos et la paix en Dieu sont à notre portée: il suffit de nous « décharger sur lui de tous nos soucis, parce qu’il a soin de nous » (1 Pierre 5:7).

L’apôtre Paul nous dit: « Prenez garde que quelqu’un de vous n’ait un cœur mauvais et incrédule, et ne se sépare du Dieu vivant. » (Hébreux 3:12) En vue de ce que Dieu a fait pour nous, notre foi devrait être robuste, active, constante. Au lieu de se répandre en murmures et en plaintes, le langage de nos cœurs devrait être:

Mon âme, bénis l’Éternel,
Et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom!
Mon âme, bénis l’Éternel,
Et n’oublie aucun de ses bienfaits!
(Psaumes 103:1, 2)
Loin d’ignorer les besoins de son peuple, Dieu dit à Moïse: « Je vais faire pleuvoir pour vous du pain, du haut des cieux. » En conséquence, ordre fut donné dans le camp d’en recueillir une provision chaque jour, et une provision double au sixième jour, de façon à respecter l’observance du jour sacré.

Voici en quels termes Moïse assura le peuple qu’il allait être pourvu à l’alimentation de la congrégation: « L’Éternel vous donnera ce soir de la viande à manger, et demain matin du pain à satiété. » Il ajouta: « Que sommes-nous, en effet, nous-mêmes? Vos murmures ne sont pas contre nous, mais contre l’Éternel. » Puis par Aaron, il fit faire cette proclamation: « Présentez-vous devant l’Éternel; car il a entendu vos murmures. » Tandis qu’Aaron parlait, tous « les enfants d’Israël se tournèrent du côté du désert, et voici que la gloire de l’Éternel apparut dans la nuée » (Exode 16:4-10). Cette splendeur toute nouvelle pour eux avait pour but de leur démontrer que ce n’était pas Moïse, mais le Très-Haut, qui était leur conducteur, et à qui ils devaient obéir.

A la tombée de la nuit, le camp fut assailli d’une nuée de cailles, en nombre suffisant pour nourrir toute la multitude. Le lendemain matin, « on vit qu’il y avait à la surface du désert quelque chose de menu, rond comme des grains, semblable au givre tombé sur le sol. ... Elle ressemblait à de la graine de coriandre; elle était blanche. » Le peuple l’appela « manne ». Moïse leur dit: « C’est là le pain que l’Éternel vous a donné pour nourriture. » (Exode 16:14, 15, 31) On se mit à recueillir cette manne, et l’on trouva qu’il y en avait abondamment pour chacun. On « la broyait avec les meules, on la pilait dans un mortier, la faisait cuire dans un pot, et on en faisait des gâteaux »; « elle avait le goût d’un gâteau de miel » (Nombres 11:8; Exode 16:31). Il fut recommandé au peuple d’en recueillir chaque jour un omer, et de ne pas en laisser de reste jusqu’au matin. Quelques-uns, ayant voulu en conserver, trouvèrent, le lendemain, qu’elle était impropre à la consommation. La provision pour la journée devait être faite le matin. Tout ce qui restait sur le sol fondait au soleil.

Le peuple en ramassa « les uns plus, les autres moins; ... celui qui en avait recueilli beaucoup n’en avait pas trop, et celui qui en avait recueilli peu n’en manquait pas » (Exode 16:18). L’apôtre Paul tire de ce fait un enseignement pratique: « Je ne vous demande pas, pour soulager les autres, écrit-il, de vous mettre vous-mêmes dans la gêne, mais je voudrais qu’il y eût de l’égalité entre vous. Dans les circonstances présentes, votre abondance suppléera à leur indigence, afin que leur abondance supplée aussi à votre indigence et qu’ainsi il y ait égalité, comme il est écrit: Celui qui avait beaucoup recueilli n’avait pas trop, et celui qui avait peu recueilli ne manquait de rien. » (2 Corinthiens 8:13-15)

Au sixième jour, le peuple recueillit deux omers pour chaque personne. Les principaux s’empressèrent d’en informer Moïse. Sa réponse fut: « C’est ce que l’Éternel a dit: demain est un jour de repos, le sabbat consacré à l’Éternel. Faites cuire ce que vous avez à cuire, et faites bouillir ce que vous avez à faire bouillir, et gardez le surplus en réserve jusqu’au matin. » Ainsi fut fait, et l’on constata que la manne ne s’était pas gâtée. « Mangez cette nourriture aujourd’hui, leur dit Moïse; car c’est le jour du sabbat de l’Éternel. Vous n’en trouverez pas aujourd’hui dans les champs. Vous en recueillerez pendant six jours, mais le septième jour, qui est le sabbat, il n’y en aura point. » (Exode 16:23-26)

Dieu nous demande d’observer son saint jour aussi scrupuleusement qu’au temps d’Israël. Chaque chrétien devrait considérer l’ordre donné aux Hébreux comme le concernant personnellement. Le jour qui précède celui du repos est un jour de préparation. Nos affaires ne doivent en aucun cas empiéter sur les heures sacrées. Mais les soins donnés aux malades sont une œuvre de miséricorde qui ne constitue pas une violation du jour de repos et ne doit pas être négligée. En revanche, il faut éviter tout travail non indispensable. Bien des personnes renvoient jusqu’au commencement du jour de repos de petits devoirs qui devraient être accomplis le jour de la préparation. C’est une erreur. Que ces travaux inachevés restent tels quels jusqu’à la fin du jour de repos. Ce sera un bon moyen de rafraîchir la mémoire de mainte personne oublieuse.

Pendant toute la durée de leur séjour au désert, les Israélites furent chaque semaine témoins d’un triple miracle destiné à leur inculquer la sainteté du jour de repos. Au sixième jour, la manne tombait en quantité double; au septième, il n’en tombait pas; et ce jour-là, celle qu’on avait recueillie le jour précédent se conservait, alors que les autres jours elle se gâtait.

Tous ces faits prouvent clairement que le jour de repos n’a pas été, comme beaucoup le pensent, institué lors de la promulgation de la loi au Sinaï. Les Israélites ont compris le devoir de l’observer avant d’y arriver. Obligés de recueillir chaque vendredi une double portion de manne pour le jour de repos où elle ne tombait pas, ils avaient sans cesse en vue le caractère sacré de ce jour. De là l’observation sévère à l’adresse des Israélites qui étaient sortis pour en recueillir le matin du sabbat: « Jusques à quand refuserez-vous d’observer mes commandements et mes lois? » (Exode 16:28, 35)

« Les enfants d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu’à leur arrivée aux frontières du pays de Canaan. » (Exode 16:28, 35) Durant tout ce laps de temps, ce miraculeux approvisionnement leur rappela les soins fidèles et affectueux d’un Dieu d’amour. Pour parler avec le Psalmiste, Dieu leur « donna le froment des cieux » (Psaumes 78:24). Ils apprenaient ainsi journellement que les promesses divines les mettaient tout aussi bien à l’abri du besoin que ne l’eussent fait les plaines fertiles de Canaan.

La manne qui descendait du ciel pour alimenter Israël était une figure du pain céleste que Dieu devait envoyer au monde. Jésus le dira plus tard: « Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. C’est ici le pain qui est descendu du ciel. ... Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai pour la vie du monde, c’est ma chair. » (Jean 6:48-51) « A celui qui vaincra, je donnerai de la manne cachée. » (Apocalypse 2:17)

Après qu’ils eurent quitté le désert de Sin, les Israélites campèrent à Réphidim. N’y trouvant pas d’eau, ils se mirent à douter de la protection divine. Dans leur aveugle impertinence, ils vinrent dire à Moïse: « Donnez-nous de l’eau à boire. » La patience de l’homme de Dieu tint bon: « Pourquoi me cherchez-vous querelle? leur demanda-t-il. Pourquoi tentez-vous l’Éternel? » Ils répliquèrent avec colère: « Pourquoi nous as-tu fait sortir de l’Égypte pour nous faire mourir de soif, nous, nos enfants et nos troupeaux? » (Exode 17:1-7) La colonne de nuée qui les couvrait leur paraissait cacher quelque affreux mystère. Et Moïse, qui est-il et quel peut avoir été son but en nous faisant sortir d’Égypte? se demandaient-ils. Méfiants et soupçonneux, ils l’accusaient de chercher à les faire périr par les privations et la souffrance, eux et leurs enfants, dans l’intention de s’emparer de leurs biens. Leur fureur allait jusqu’à proposer de le lapider.

Dans sa détresse, Moïse cria à l’Éternel: « Que ferai-je pour ce peuple? » Dieu lui dit d’assembler les anciens d’Israël et de passer, le bâton miraculeux à la main, devant le peuple. Il ajouta: « Je vais me tenir devant toi, là-bas, sur le rocher, au mont Horeb; tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira. » Moïse obéit: des eaux abondantes jaillirent du rocher, et tout le camp put se désaltérer. Au lieu d’ordonner à Moïse de lever son bâton pour appeler quelque terrible fléau sur les auteurs de ces coupables murmures, Dieu faisait de ce même bâton un instrument de délivrance.

Il fendit des rochers dans le désert,
Et il en fit couler des torrents
Pour désaltérer son peuple.
De la pierre, il fit jaillir des ruisseaux;
Il en fit sortir des eaux
Abondantes comme des fleuves.
(Psaumes 78:15, 16)
Moïse avait frappé le rocher. Mais c’était le Fils de Dieu qui, près de lui, bien que voilé par la colonne de nuée, en avait fait jaillir des eaux vivifiantes. Moïse et les anciens, ainsi que toute la congrégation qui se tenait à distance, contemplèrent la gloire de Dieu sans se douter que, si la nuée s’était retirée, l’éclat foudroyant de celui qu’elle enveloppait les eût frappés à mort.

Sous l’aiguillon de la soif, le peuple avait « tenté l’Éternel, en disant: L’Éternel est-il au milieu de nous, ou n’y est-il pas? » Cette incrédulité était criminelle; aussi Moïse avait-il craint de voir les jugements de Dieu s’abattre sur le peuple. En souvenir de ce péché, il appela ce lieu Massa, « tentation », et Mériba, « contestation ».

Un nouveau danger menaçait Israël. En raison de ses murmures, Dieu permit qu’il fût attaqué par des ennemis. La tribu sauvage et guerrière des Amalécites habitant cette région se jeta sur les gens faibles et fatigués qui étaient restés à l’arrière. Comme l’ensemble du peuple n’était pas à même de prendre les armes, Moïse chargea Josué de former un corps d’armée composé d’hommes choisis de toutes les tribus, et de les conduire dès le lendemain contre l’ennemi. Lui-même, le bâton de Dieu à la main, allait se tenir sur une éminence d’où l’on pouvait dominer le champ de bataille. Pendant le combat, Moïse, accompagné d’Aaron et d’Hur, priait pour le succès de son peuple, les bras étendus vers le ciel. On remarqua que lorsque les mains du prophète étaient levées, Israël triomphait, tandis que si, par lassitude, il les laissait retomber, c’était l’ennemi qui gagnait du terrain. En conséquence, Aaron et Hur lui soutinrent les mains jusqu’au coucher du soleil et l’ennemi fut mis en fuite.

En servant ainsi d’appui à Moïse, Aaron et Hur donnaient au peuple une leçon. Ils montraient aux Hébreux qu’ils devaient, eux aussi, soutenir leur chef dans sa tâche. L’attitude de Moïse était également symbolique. Quand Israël se confiait en Dieu, l’Éternel combattait pour lui et mettait ses ennemis en déroute. En revanche, lorsqu’il comptait sur ses propres forces, il était vaincu.

Ainsi, aujourd’hui, l’Israël de Dieu n’est victorieux que lorsque, par la foi, il se cramponne à son glorieux Libérateur. Il est vrai que la puissance divine s’associe et se combine avec l’effort humain. Moïse ne croyait pas qu’Israël pût battre l’ennemi en restant les bras croisés. De même, Josué, avec ses braves guerriers, avait jeté dans la bataille toute son énergie et toute sa bravoure.

Après la défaite des Amalécites, Dieu dit à Moïse: « Écris ces événements en souvenir dans le Livre, et déclare à Josué que j’effacerai entièrement la mémoire d’Amalek de dessous les cieux. » (Exode 17:14) Peu avant sa mort, le prophète fit encore à son peuple cette recommandation: « Souviens-toi de ce que te fit Amalek, pendant le voyage, lors de votre sortie d’Égypte; comment il vint t’attaquer sur la route, et tomber sur toi par derrière, en se jetant sur tous les traînards alors que vous étiez fatigués et à bout de forces; et il n’avait aucune crainte de Dieu....Tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous le ciel. Ne l’oublie pas! » (Deutéronome 25:17-19) La sentence prononcée contre ce peuple impie était ainsi résumée: « Amalek ayant levé la main contre le trône de l’Éternel, l’Éternel sera en guerre contre lui de génération en génération. » (Exode 17:16)

Les Amalécites n’ignoraient pas le caractère et la souveraineté de Dieu; mais au lieu de l’honorer, jetant un défi à sa puissance, ils tournaient en dérision les miracles accomplis par Moïse au pays d’Égypte, et ils raillaient les craintes des nations qui les entouraient. Ils avaient juré par leurs dieux qu’ils détruiraient les Hébreux jusqu’au dernier, et ils défiaient le Dieu d’Israël de leur résister. Mais, n’ayant ni offense ni menace à reprocher à Israël, leur attaque était injustifiée. Ils cherchaient à détruire son peuple parce qu’ils haïssaient le Seigneur. Depuis longtemps, leur insolence et leurs crimes appelaient la vengeance de celui dont la miséricorde ne cessait de les appeler à la conversion. En se jetant sur les Israélites à bout de forces et sans défense, Amalek avait signé son arrêt de mort. Dieu prend soin des plus faibles de ses enfants. Aucun acte d’oppression ou de cruauté dirigé contre eux ne passe inaperçu. Sa main s’étend comme un bouclier sur tous ceux qui l’honorent et qui l’aiment. Malheur à celui qui frappe cette main: elle brandit l’épée de la justice.

Non loin de l’endroit où Israël campait à ce moment-là, se trouvait la demeure de Jéthro, beau-père de Moïse. Il apprit la nouvelle de la délivrance des Hébreux et se mit en route pour ramener à son gendre sa femme et ses deux enfants. Informé de leur approche, Moïse, qui avait dû se séparer de sa famille au moment d’affronter sa périlleuse tâche, s’était rendu avec joie à leur rencontre. Les premières salutations échangées, heureux de revoir les siens et de jouir de leur présence, il les conduisit sous sa tente. Après avoir entendu les merveilleuses délivrances accordées à Israël, Jéthro, plein de joie, bénit le Seigneur, puis il s’unit à Moïse et aux anciens pour célébrer, par une fête solennelle, sa miséricorde et ses bontés.

Pendant son séjour au camp, Jéthro eut bientôt l’occasion de s’apercevoir de la lourde charge qui pesait sur les épaules de son gendre. Maintenir l’ordre et la discipline au milieu de cette multitude fruste et ignorante était une tâche surhumaine. Comme Moïse était reconnu chef et juge de la nation israélite, c’était à lui que l’on soumettait non seulement les questions d’intérêt général, mais aussi les différends qui surgissaient entre particuliers. Il avait accepté cette charge parce qu’elle lui donnait l’occasion d’instruire le peuple. « Je leur fais entendre, dit-il à son beau-père, les ordres de Dieu et ses lois. » Jéthro protesta: « Le fardeau est trop pesant pour toi, lui dit-il; tu ne peux le porter tout seul. ... Tu succomberas certainement. »

Il lui conseilla de choisir des hommes compétents, dont il ferait des chefs de milliers, de centaines et de dizaines, « des hommes capables, craignant Dieu, des hommes intègres, haïssant le gain déshonnête » (Exode 18:13-26). Ces hommes devaient être chargés de juger des affaires de moindre importance, tandis que les cas graves et difficiles seraient, comme précédemment, soumis à Moïse. « Pour toi, lui dit Jéthro, sois le représentant du peuple auprès de Dieu, et porte les affaires devant Dieu. Fais connaître aux Israélites ses ordres et ses lois; montre-leur la voie dans laquelle ils doivent marcher, et comment ils doivent se conduire. » Moïse écouta le sage conseil de son beau-père et fut ainsi soulagé d’une charge écrasante. Cette innovation eut pour résultat l’établissement d’un ordre plus parfait. Dieu avait hautement honoré Moïse et accompli de grands prodiges par son moyen, mais celui-ci ne méprisait pas pour autant les bons conseils. Conducteur d’Israël, il écouta avec reconnaissance le pieux Madianite et mit à exécution la mesure de prudence qu’il venait de lui suggérer.

De Réphidim, reprenant son voyage, le peuple suivit la marche de la colonne de nuée. Jusque-là, sa route avait tour à tour traversé des plaines arides, escaladé des pentes escarpées ou suivi d’étroits défilés entre les roches. Maintes fois, en traversant une lande sablonneuse, il avait vu se dresser au loin des hauteurs abruptes qui semblaient barrer le passage. Ce n’était qu’en approchant de ces murailles inaccessibles qu’on apercevait un col d’où l’on découvrait une autre plaine à traverser.

C’est par une de ces gorges profondes que le peuple passait en ce moment. La scène était saisissante. Aussi loin que s’étendait le regard, la multitude israélite — vraie marée humaine accompagnée de troupeaux de gros et de menu bétail — longeait des parois rocheuses s’élevant à des centaines de mètres. Devant cet innombrable cortège se dressaient, majestueux et formidables, les flancs massifs du Sinaï, au sommet duquel s’était arrêtée la colonne de nuée. C’est dans la plaine qui s’étendait à ses pieds qu’Israël dressa ses tentes. Il y séjourna près d’un an. La nuit, la colonne de feu, présence divine, protégeait le camp, tandis que descendait sans bruit le pain du ciel destiné aux repas.

A l’aube, une frange d’or profilant le sommet des monts, puis les éclatants rayons du soleil passant par les échancrures des rochers apportaient à la multitude lassée le gracieux sourire de la nature. De tous côtés, les hauteurs hérissées de pics vertigineux semblaient, dans leur solitaire grandeur, proclamer la majesté éternelle et la fidélité inébranlable de Dieu. En présence de celui « qui pèse au crochet les montagnes, et les collines à la balance » (Ésaïe 40:12), l’homme sentait sa faiblesse et son ignorance. C’est dans ce cadre grandiose qu’Israël va recevoir les révélations les plus étonnantes que Dieu ait jamais confiées aux hommes. C’est là qu’il lui fera connaître, au cours d’une scène inoubliable, le caractère sacré de sa loi. L’influence abrutissante de la servitude et un long voisinage de l’idolâtrie ont laissé des traces profondes sur le caractère et les habitudes des Hébreux. Des réformes radicales devront avoir lieu. En se révélant à eux, Dieu va les faire monter à un niveau moral plus élevé.