Patriarches et Prophètes

Chapitre 14

La destruction de Sodome

Située au milieu d’une plaine dont la fertilité et la beauté rappelaient « le jardin de l’Éternel » (Genèse 13:10), Sodome était le joyau de la vallée du Jourdain. Dans ce pays du palmier, de l’olivier et de la vigne, on voyait prospérer la végétation luxuriante des tropiques. Les fleurs y exhalaient leurs parfums du commencement à la fin de l’année. De riches moissons doraient ses campagnes, tandis que des troupeaux de gros et de menu bétail peuplaient les collines environnantes. L’art et l’industrie contribuaient à embellir cette ville orgueilleuse. Les trésors de l’Orient ornaient ses palais et ses marchés étaient approvisionnés de leurs précieux produits. Avec un minimun de soins et de travail, tous les besoins de la vie étaient satisfaits et l’année entière ressemblait à une fête continuelle.

Dans cette ville où le désœuvrement et la richesse avaient endurci des cœurs étrangers à la souffrance, la profusion générale avait fait naître le luxe et l’orgueil; ses habitants, encouragés par l’opulence et les loisirs, se vautraient dans la volupté.

« Voici, en effet », écrivait plus tard un prophète, « quel a été le crime de Sodome, ta sœur: elle vivait dans l’orgueil, l’abondance et une molle oisiveté. Voilà comment elle vivait, ainsi que ses filles; elle ne tendait pas la main à l’affligé et à l’indigent. Elles sont devenues hautaines et elles ont commis des abominations devant moi; aussi les ai-je exterminées, dès que j’ai vu tout cela. » (Ézéchiel 16:49, 50)

La richesse et les loisirs tant convoités par les hommes les poussent, par un chemin facile, dans les pièges de l’ennemi, là où fleurissent le vice et le crime. A ce régime, l’esprit s’étiole, la raison s’égare, l’âme se pervertit. Satan ne réussit jamais aussi bien que lorsqu’il se présente aux humains à leurs heures d’inaction. Placé en embuscade, il est tout prêt à s’emparer de ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, ceux qui, devant quelque séduisant appât, lui donnent libre accès dans leur vie.

Sodome était pleine de rires et de divertissements, de banquets et d’ivrognerie. L’exemple du monde antédiluvien détruit par la colère de Dieu n’arrêtait pas son impiété. Sa population outrageait ouvertement le Créateur et sa loi. Les passions les plus viles et les plus brutales s’y donnaient libre cours.

A l’époque où Lot avait élu domicile à Sodome, la corruption n’était pas encore universelle. Dans sa miséricorde, Dieu avait fait pénétrer quelques rayons de lumière dans ses ténèbres morales. Abraham n’y était pas inconnu, mais on se moquait de sa fidélité au vrai Dieu. Plus tard, la délivrance opérée par lui en faveur des captifs de Sodome tombés entre les mains du roi d’Élam, malgré les forces bien supérieures de celui-ci, et la magnanimité du patriarche au sujet des dépouilles et des prisonniers avaient suscité l’étonnement et l’admiration. Plusieurs avaient loué son talent et sa bravoure et étaient convaincus qu’il devait sa victoire à l’intervention d’un pouvoir divin. Comment douter de la supériorité de sa religion devant un geste si noble, si désintéressé et surtout si contraire à l’âpreté sordide des Sodomites?

En bénissant Abraham, Melchisédek avait également rendu hommage à l’Éternel comme étant la source des succès du patriarche et l’auteur de sa victoire. Il avait dit: « Béni soit Abraham par le Dieu Très-Haut, créateur des cieux et de la terre, et béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! » (Genèse 14:19, 20) Par ces événements, la voix de Dieu leur avait encore parlé. Mais ces derniers rayons de lumière, comme les précédents, avaient été repoussés.

Et maintenant, la dernière nuit de Sodome est venue. A l’insu de ses habitants, les nuages de la vengeance projettent leur ombre sur la cité coupable. Tandis que les anges s’approchent pour détruire, les hommes ne rêvent que liesse et prospérité. Leur dernier jour s’éteint sur une scène de sécurité et de splendeur. Les rayons mourants du soleil baignent un paysage d’une beauté idéale. La fraîcheur du soir fait sortir les habitants de leurs demeures et une foule désœuvrée circule en tous sens en quête de plaisirs nouveaux.

A l’heure crépusculaire, on voit deux étrangers s’approcher de la porte de la ville. Ce sont apparemment des voyageurs qui viennent y passer la nuit. Dans ces humbles personnages, nul ne discerne les puissants hérauts des jugements divins et la multitude insouciante ne se doute guère que la réception qu’elle va faire aux messagers célestes fera déborder la coupe de sa culpabilité.

Mais un homme se trouva là pour accueillir avec bonté ces étrangers et les inviter à se retirer sous son toit. Lot ne les connaissait pas, mais il avait appris d’Abraham à pratiquer la politesse et l’hospitalité, et ces vertus, qui faisaient partie de sa religion, lui étaient devenues coutumières. Sans cet esprit de courtoisie qu’il s’efforçait de cultiver, il aurait péri avec les habitants de Sodome. Que de foyers, en refusant d’accueillir un étranger, repoussent un messager divin qui leur apporte, avec sa bénédiction, l’espérance et la paix!

Toute action, petite ou grande, porte son fruit pour le bien ou pour le mal. De l’accomplissement ou de la négligence de devoirs apparemment très insignifiants peuvent dépendre les plus grands bienfaits ou les pires calamités. Ce sont les petites choses qui révèlent le caractère. Ce qui, dans notre vie, récolte l’approbation divine, ce sont les actes ignorés de l’abnégation quotidienne accomplis avec empressement et bonté. Nous ne devons pas vivre pour nous-mêmes, mais pour autrui. Les menues attentions, les petits actes de courtoisie comptent pour beaucoup dans la composition du bonheur. C’est par la pratique de ces vertus que la vie devient une joie et une bénédiction. Les négliger, c’est aller au-devant de bien des amertumes.

Pour soustraire aux outrages auxquels étaient exposés ces étrangers qui arrivaient à Sodome, Lot se fera un devoir de leur offrir immédiatement l’hospitalité. Quand, de la porte de la ville où il est assis, il les voit approcher, il s’empresse d’aller à leur rencontre et, s’inclinant profondément, il leur dit: « Entrez, mes seigneurs, je vous prie, dans la maison de votre serviteur, pour y passer la nuit. » (Voir Genèse 19) Paraissant décliner l’invitation, ils répondent: « Non, nous passerons la nuit sur cette place. » Cette réponse avait pour but, premièrement, de mettre à l’épreuve la sincérité de Lot et, deuxièmement, de paraître ignorer les mœurs de Sodome, en jugeant pouvoir sans aucun danger passer la nuit dans la rue. Cette réponse décide Lot à ne pas laisser ces hommes à la merci de la populace. « Il insista tellement qu’ils allèrent chez lui et entrèrent dans sa maison. »

En conduisant ses invités par un chemin détourné, il avait espéré cacher son intention aux oisifs qui erraient près de la porte de la ville. Mais son insistance et l’hésitation des voyageurs les avaient fait remarquer. Aussi, avant qu’ils se fussent retirés pour la nuit, une foule désordonnée entourait la maison. Cette multitude était composée de jeunes gens et de vieillards, tous également enflammés par les plus viles passions. Les deux étrangers venaient de s’informer auprès de Lot au sujet des mœurs de cette ville et celui-ci achevait de les avertir de ne pas s’aventurer hors de la maison, quand on entendit les huées et les ricanements de la populace demandant à Lot de les lui livrer.

Sachant que si ces forcenés sont poussés à bout, ils pénétreront dans sa maison, Lot sort dans la rue pour essayer de les persuader. Dans l’espoir de les calmer et de leur faire honte de leur abominable intention, il leur dit, employant l’appellation de « frères » dans le sens de voisins: « Je vous en prie, mes frères, ne leur faites point de mal. » Mais ces paroles ont l’effet de l’huile sur le feu. La rage des assaillants devient semblable au rugissement de la tempête. Menaçant de traiter Lot pis que ses hôtes, ils se mettent à le narguer et à lui demander s’il est là « pour faire le juge ». Se précipitant sur lui, ils l’eussent écharpé, sans l’intervention des deux anges. « Les deux visiteurs étendirent la main; ils firent rentrer Lot avec eux dans la maison, et ils fermèrent la porte. »

Ce qui suit nous fait connaître qui étaient les personnages qu’il avait pris sous son toit. « Ils frappèrent d’éblouissement les gens qui étaient à l’entrée de la maison, depuis le plus petit jusqu’au plus grand; aussi ces derniers s’efforcèrent-ils en vain de trouver la porte d’entrée. » Sans ce double aveuglement, cette infâme populace eût déjà connu les coups de la justice de Dieu. Cette scène n’était pas nouvelle, mais l’iniquité était arrivée à son comble, et les habitants de Sodome venaient de franchir la frontière mystérieuse où la patience de Dieu arrive à son terme. Dans la vallée de Siddim, les feux de sa colère étaient près de s’allumer.

Les anges révèlent alors à Lot l’objet de leur mission: « Nous allons, lui disent-ils, détruire cette contrée, parce qu’un grand cri s’est élevé contre ses habitants devant l’Éternel, et l’Éternel nous a envoyés pour la détruire. » Ces étrangers que Lot avait voulu protéger, ce sont eux maintenant qui lui offrent de le sauver, lui et tous les membres de sa famille qui voudront fuir cette cité corrompue. La foule, lassée, s’étant dispersée, Lot sortit pour avertir ses enfants. Il leur répéta les paroles des anges: « Levez-vous, sortez d’ici; car l’Éternel va détruire la ville. Mais ses gendres crurent qu’il se moquait » et se mirent à plaisanter sur ce qu’ils appelaient ses craintes superstitieuses. Influencées par leurs maris, les filles de Lot, ne voyant aucun signe de danger, se croyaient en sécurité. Entourées de bien-être, elles ne jugeaient pas possible que la belle ville de Sodome fût détruite.

Accablé de tristesse, Lot rentre chez lui et raconte son insuccès. Alors les anges lui donnent, à lui, à sa femme et aux deux filles qui vivent avec lui, l’ordre de sortir de leur demeure et de quitter la ville. Mais Lot hésite. Bien que navré, chaque jour, des actes de violence dont il est témoin, il ne se rend pas compte de la gravité des péchés qui se commettent autour de lui, ni de la nécessité absolue d’y mettre fin. D’autre part, quelques-uns de ses enfants ont décidé de rester à Sodome et sa femme refuse de partir sans eux. La pensée de quitter ce qui lui est le plus cher sur la terre lui paraît insupportable. Il lui semble dur d’abandonner une demeure luxueuse et tous les biens accumulés durant une vie entière, pour s’en aller, dénué de tout, mener une vie de pèlerin.

Perplexe, morne, effaré, Lot s’attarde, au risque de périr avec les siens dans la tempête qui s’avance. Alors les messagers célestes les prennent par la main, lui, sa femme et ses filles, et les conduisent hors de la ville; puis ils rentrent à Sodome pour y accomplir leur œuvre de destruction.

Dans toutes les villes de la plaine, il ne s’est donc pas trouvé dix justes. Seul, en réponse à la supplication d’Abraham, un homme craignant Dieu va être arraché au cataclysme. Un troisième personnage alors s’approche. C’est celui auprès duquel Abraham a intercédé en faveur de Lot. Avec une véhémence qui le fait tressaillir, il lui crie: « Enfuis-toi pour sauver ta vie! Ne regarde pas derrière toi, et ne t’arrête nulle part dans la plaine; fuis vers la montagne, de peur que tu ne périsses! » A ce moment-là, tout délai, toute hésitation peut être fatale. Un regard jeté en arrière sur la ville condamnée; un instant de retard passé à regretter leur confortable demeure peut leur coûter la vie. L’ouragan de la colère divine n’attend que le délai nécessaire pour donner à ces pauvres fugitifs la possibilité d’échapper.

Terrifié, hagard, Lot objecte maintenant qu’il ne peut faire ce qu’on lui demande; il a peur de perdre la vie en chemin. Le contact de l’iniquité et de l’impiété de Sodome a terni sa foi. Le Prince du ciel est à son côté, et il doute de sa protection et de sa sollicitude! Au lieu de s’en remettre entièrement au divin Messager et de lui confier, sans restriction ni crainte, sa volonté et sa vie, il a recours, comme c’est souvent le cas, à ses propres expédients: « Voici une ville qui est assez proche pour m’y abriter », supplie-t-il; « elle est petite, permets-moi de m’y réfugier — puisqu’elle est peu importante — et j’aurai ainsi la vie sauve. » La ville en question était Béla, plus tard appelée Tsoar, distante de Sodome de quelques kilomètres seulement; elle était, comme celle-ci, vouée à la destruction. Mais Lot ayant plaidé qu’elle était petite, sa requête lui est accordée. « Oui, lui est-il répondu, je t’accorde encore cette grâce de ne pas détruire la ville dont tu parles. » Preuve étonnante de la mansuétude de Dieu à l’égard de ses faibles créatures!

Comme l’orage de feu ne peut plus tarder, l’ordre de se hâter retentit à nouveau. A ce moment-là, la femme de Lot s’aventure à jeter un regard en arrière sur la cité en perdition: à l’instant même, elle devient un monument de la justice de Dieu. Si Lot n’avait manifesté aucune hésitation; s’il avait obéi à l’avertissement sans plainte ni murmure et s’était courageusement dirigé vers la montagne désignée, son exemple eût sauvé sa femme du péché qui la perdit; elle aurait eu la vie sauve. Mais les tergiversations de son mari avaient atténué dans son esprit l’importance de l’appel divin et son cœur, resté à Sodome, se rebella contre les jugements de Dieu qui la privaient de son bien-être et de ses enfants. Oubliant la miséricorde divine qui épargnait sa vie, elle murmurait contre la sentence qui livrait à la destruction une richesse patiemment accumulée. Au lieu d’accepter sa délivrance avec gratitude, elle osait réclamer la vie de ceux qui avaient rejeté l’appel de Dieu. Son ingratitude pour la vie qui lui était conservée prouvait qu’elle en était indigne.

Prenons garde de traiter à la légère les moyens de salut que Dieu met à notre disposition! Il est des chrétiens qui disent: « Je ne tiens pas à être sauvé, si mon épouse (ou mon époux) et mes enfants ne le sont pas. » Ces personnes — qui pensent que le ciel ne sera pas pour elles un lieu de bonheur parfait sans la présence d’êtres qui leur sont si chers — comprennent-elles bien ce qu’elles doivent à Dieu pour sa grande bonté? Ont-elles oublié qu’elles sont liées au service de leur Créateur et Rédempteur par des liens ineffables d’amour, d’honneur et de loyauté? Parce que nos proches rejettent l’amour d’un Sauveur qui leur tend les bras, comme à tous, osons-nous lui tourner le dos, nous aussi? Un être qui apprécie à sa valeur le prix infini offert par le Sauveur pour racheter son âme — et par conséquent le prix de cette âme — ne peut mépriser la miséricorde divine parce que d’autres êtres jugent à propos de n’en faire aucun cas. Le fait même que des gens font fi des justes droits de Dieu devrait susciter en nous un désir d’autant plus grand de les honorer et d’entraîner vers le bonheur éternel tous ceux que nous pouvons influencer.

« Le soleil se levait sur la terre, lorsque Lot entra dans Tsoar. » Ses gais rayons semblaient n’éclairer dans les cités de la plaine qu’une scène de paix et de prospérité. Le mouvement renaissait dans les rues. Chacun se rendait, qui à ses affaires, qui aux plaisirs de la journée. Les gendres de Lot riaient encore des avertissements et des craintes du vieillard, quand, soudain, comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages, la tempête éclate sur les villes de la plaine fertile. Du ciel s’abat sur la terre une pluie de feu et de soufre. Les palais et les temples, les luxueuses demeures, les jardins et les vignes, aussi bien que la gaie et folle multitude qui, la veille, avait insulté aux messagers célestes: tout est enveloppé de flammes. Et la fumée de la conflagration qui monte vers le ciel comme celle d’une grande fournaise annonce que la belle vallée de Siddim est devenue un lieu désert qui ne devra plus être ni habité ni rebâti, une désolation proclamant à toutes les générations futures la certitude des jugements de Dieu.

Les flammes qui consumèrent Sodome et Gomorrhe étendent jusqu’à nous leur sinistre lueur. Elles nous enseignent cette chose terrible que si la miséricorde divine supporte longtemps les prévaricateurs, il y a dans le mal une limite que les hommes ne sauraient impunément franchir. Quand cette limite est atteinte, le rôle de la miséricorde s’arrête et celui du châtiment commence.

Jésus a fait entendre qu’il y a des péchés plus graves que ceux de Sodome et de Gomorrhe. Ceux qui entendent la bonne nouvelle de la grâce les invitant à la conversion et qui n’en tiennent pas compte, a dit le Sauveur, sont plus coupables que les habitants de la vallée de Siddim. Un mal plus irréparable est commis par les gens qui professent connaître Dieu et observer ses commandements, alors qu’ils les renient par leur caractère et leur vie quotidienne. L’allusion de Jésus au sort de Sodome renferme un avertissement solennel destiné, non seulement à ceux qui commettent des péchés scandaleux, mais à tous les hommes qui se jouent des appels de Dieu.

Le message du Témoin fidèle à l’Église d’Éphèse renferme ces paroles: « Ce que j’ai contre toi, c’est que tu as laissé ton premier amour. Souviens-toi donc d’où tu es déchu et te convertis, et pratique tes premières œuvres. Sinon, je viens à toi promptement, et j’ôterai ton candélabre de sa place, à moins que tu ne te convertisses. » (Apocalypse 2:4, 5) Ému d’une compassion plus profonde que celle d’un père ou d’une mère à l’égard d’un fils perdu et malheureux, le Sauveur attend la réponse à son offre d’amour et de pardon. D’une voix suppliante, il adresse à l’enfant prodigue cette invitation: « Reviens à moi, et je reviendrai à toi. » (Malachie 3:7) Mais si la brebis perdue persiste à fermer l’oreille à la voix tendre et plaintive du berger, elle finira par s’égarer dans les ténèbres. A la longue, le cœur qui repousse la grâce divine s’endurcit dans le péché et finit par n’être plus sensible aux intimations du ciel. Un sort terrible est réservé à celui dont le bon Berger, jusque-là compatissant, dira: « Il s’est attaché aux idoles; laisse-le faire. » (Osée 4:17) Au jour du jugement, il y aura moins de rigueur pour les villes de la plaine que pour ceux qui ont connu l’amour de Jésus et qui lui auront préféré les plaisirs d’un monde de péché.

Vous qui tournez le dos aux offres de la miséricorde divine, ne voulez-vous pas réfléchir à tout ce qui s’inscrit contre vous dans les livres du ciel? Sachez qu’on y enregistre fidèlement l’impiété des nations, des familles et des individus. Aussi longtemps que le compte est ouvert, Dieu vous offre le pardon; il vous invite à la conversion. Il patiente, et cette patience peut être longue. Mais un jour viendra où le compte sera clos, où votre décision, volontairement prise, sera enregistrée et votre destinée fixée. Et alors sera donné le signal pour l’exécution de la sentence.

Il existe un motif d’alarme dans la condition actuelle du monde religieux. On s’est joué d’un Dieu de miséricorde. On foule aux pieds sa loi « en enseignant des préceptes qui sont des commandements d’hommes » (Matthieu 15:9). L’incrédulité règne dans bien des Églises; non pas l’incrédulité au sens ordinaire de ce terme, celle qui rejette l’Écriture purement et simplement, mais une incrédulité enveloppée d’un manteau de christianisme et qui sape la foi en la Bible comme révélation divine. La piété fervente a fait place au formalisme. Il en résulte que l’apostasie et la sensualité sont à l’ordre du jour. Jésus-Christ a déclaré que, comme il en était « du temps de Lot, ... il en sera de même au jour où le Fils de l’homme paraîtra » (Luc 17:28, 30). Les événements quotidiens attestent l’accomplissement de cette parole. Le monde marche rapidement vers le jour où il sera mûr pour sa destruction. Bientôt les jugements de Dieu consumeront le péché et les pécheurs.

Or, voici l’avertissement du Sauveur: « Soyez sur vos gardes, de peur que vos cœurs ne soient appesantis par les excès de la bonne chère, par l’ivresse et par les inquiétudes de cette vie, et que ce jour-là ne vienne subitement sur vous, comme un filet; car il surprendra tous ceux qui habitent la surface de la terre entière », tous ceux dont le cœur est attaché aux choses d’ici-bas. « Veillez donc en tout temps et priez, afin que vous puissiez échapper à tous ces maux qui doivent arriver et subsister devant le Fils de l’homme. » (Luc 21:34-36)

Avant la destruction de Sodome, cet ordre avait été donné à Lot: « Enfuis-toi pour sauver ta vie! Ne regarde pas derrière toi, et ne t’arrête nulle part dans la plaine; fuis vers la montagne, de peur que tu ne périsses! » Par la même voix, ce conseil suprême fut donné aux disciples avant la destruction de Jérusalem: « Or, quand vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez à ce momentlà que sa ruine approche. Que ceux qui seront alors dans la Judée s’enfuient dans les montagnes. » (Genèse 19:17; Luc 21:20, 21) Selon cette intimation, les disciples ne devaient pas s’attarder à emporter un objet quelconque, mais tirer tout le parti possible des instants qui leur étaient laissés pour s’enfuir. Pour Lot et les siens, il s’agissait de rompre radicalement avec les méchants, de sauver leur vie par la fuite. Il en avait été ainsi aux jours de Noé; il en fut de même pour Lot, comme il en sera encore ainsi aux derniers jours. Alors la voix de Dieu se fera entendre à nouveau, sommant son peuple de se séparer de l’iniquité universelle.

Le tableau de la corruption et de l’apostasie qui existeront dans le monde religieux aux derniers jours nous est donné dans la vision de l’Apocalypse sur le jugement de Babylone, « la grande ville qui règne sur les rois de la terre » (Apocalypse 17:18). Voici l’appel qui retentit du haut du ciel avant sa destruction: « Sortez de Babylone, ô mon peuple, de peur qu’en participant à ses péchés, vous n’ayez aussi part à ses plaies. » (Apocalypse 17:18) Comme aux jours de Noé et de Lot, la séparation d’avec le péché et les pécheurs devra être radicale. Pas de compromis entre Dieu et le monde, ni de retour en arrière pour acquérir des richesses terrestres: « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » (Matthieu 6:24)

Semblable aux habitants de la vallée de Siddim, le monde rêve d’un avenir de prospérité et de paix. « Enfuis-toi pour sauver ta vie! » nous crie l’ange de Dieu. Mais d’autres voix clament: « Pas d’excitation; il n’y a pas de quoi s’alarmer. » Les multitudes répètent: « Paix et sûreté! » alors que le ciel annonce qu’une « ruine soudaine surprendra » les pécheurs. La nuit qui précéda leur destruction, les villes de la plaine, vautrées dans le tourbillon du plaisir, se moquaient des avertissements du messager divin. Mais la même nuit, la porte de la miséricorde se ferma pour toujours sur les habitants de ces cités indolentes et dépravées. On ne se joue pas toujours de Dieu impunément, et on ne le fait pas longtemps. « Oui, le jour de l’Éternel arrive, jour cruel, jour de fureur et d’ardente colère, qui réduira la terre en désert et en exterminera les pécheurs. » (Ésaïe 13:9) La grande majorité du monde rejettera la miséricorde divine et sera emportée par une ruine soudaine et irrémédiable. Mais ceux qui tiendront compte de l’avertissement « habiteront dans la retraite du Très-Haut » et « reposeront à l’ombre du Tout-Puissant ». « Sa fidélité sera leur bouclier protecteur. » C’est pour le juste qu’est la promesse: « Je le rassasierai de longs jours, et je lui ferai contempler mon salut. » (Psaumes 91:1, 4, 16)

Lot ne demeura à Tsoar que peu de temps. Les mœurs de Sodome y prévalaient. Craignant que cette ville ne subisse le même sort, il s’en éloigna. En effet, peu après, Dieu la détruisit, comme il en avait eu le dessein. S’étant retiré dans les montagnes, Lot trouva un gîte dans une caverne où il vécut, dépouillé de tout le confort pour lequel il n’avait pas craint d’exposer sa famille à l’atmosphère empoisonnée d’une ville corrompue. Il en subit les conséquences jusque dans sa retraite. On voit, par la conduite de ses filles, qu’elles étaient aveuglées par l’immoralité de Sodome au point de ne plus distinguer le bien du mal. Les descendants de Lot donnèrent naissance à deux peuples dégradés et idolâtres, les Moabites et les Ammonites, dont le mépris des commandements de Dieu et l’hostilité acharnée envers son peuple durèrent jusqu’au jour où, la coupe débordant, ils disparurent sous les coups de la justice divine.

Quel contraste entre la vie d’Abraham et celle de Lot! Autrefois, ils avaient partagé la même vie nomade; ensemble ils avaient adoré Dieu au pied du même autel et vécu côte à côte sous leurs tentes. Et maintenant!... C’est que Lot avait choisi de vivre à Sodome pour jouir de ses fêtes et de ses avantages matériels. Quittant Abraham et le sacrifice quotidien offert au Dieu vivant, il avait laissé ses enfants grandir au milieu d’une population pervertie et idolâtre. Il est vrai qu’il conserva la crainte de Dieu dans son cœur. L’Écriture nous apprend que « le juste Lot était outré de la conduite déréglée de ces pervers » et que « ce juste, qui demeurait parmi eux, sentait son âme juste tourmentée, chaque jour, de ce qu’il voyait et entendait de leurs œuvres criminelles » (2 Pierre 2:7, 8), impuissant à y mettre un frein. Sauvé lui-même comme « un tison retiré du feu » (Zacharie 3:2), il fut néanmoins dépossédé de tous ses biens et privé de sa femme et de ses enfants. Telles sont les terribles conséquences d’un faux pas! Couvert d’infamie en sa vieillesse, il se vit obligé de vivre dans des cavernes comme les bêtes sauvages!

« Ne te fatigue pas à acquérir des richesses », dit Salomon; « n’y applique pas ton esprit ». « Celui qui est âpre au gain trouble sa maison; mais celui qui hait les présents vivra. » A quoi l’apôtre Paul ajoute: « Ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation, dans le piège, et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. » (Proverbes 23:4; 15:27; 1 Timothée 6:9)

Quand Lot se fixa à Sodome, il s’était fermement promis de protéger sa famille des mœurs existantes. Ce en quoi il échoua complètement. Il ne sut pas même se préserver personnellement des influences corruptrices qui l’entouraient. En outre, les relations de ses enfants avec les habitants de Sodome l’entraînèrent, malgré lui, à sympathiser avec eux. On en connaît les résultats.

Beaucoup de gens commettent une erreur semblable. En choisissant un domicile, ils considèrent les avantages matériels plutôt que l’influence morale et sociale dont ils seront entourés, eux et leur famille. Ils jettent leur dévolu sur une contrée belle et fertile ou sur une ville florissante qui leur promet la prospérité matérielle, mais où leurs enfants seront exposés à diverses tentations et où, trop souvent, ceux-ci formeront des relations contraires à la piété et à la croissance d’un caractère chrétien. L’atmosphère de moralité douteuse, d’incrédulité ou d’indifférence aux choses religieuses qui les y enveloppe neutralise l’influence pieuse d’une famille qui a constamment devant elle des exemples de révolte contre l’autorité des parents ou celle de Dieu. Beaucoup contractent des liens avec les incrédules et prennent parti pour les ennemis de la foi.

Dieu attend de ses enfants, lorsqu’ils ont à décider de l’endroit où ils iront résider, qu’ils considèrent à quelles influences morales et religieuses ils seront soumis, eux et les leurs. Il est vrai qu’on ne peut pas toujours choisir son entourage et qu’il peut nous arriver d’être très perplexes à ce sujet. Dans ces cas, souvenons-nous que partout où le devoir nous appelle, si nous veillons et prions et si nous plaçons notre confiance en la grâce du Seigneur, il nous préservera de la contamination. Mais nous ne devons pas nous exposer inutilement à des influences défavorables à la vie chrétienne. Quand nous nous fixons volontairement dans un milieu imprégné de mondanité et d’incrédulité, nous encourons le déplaisir de Dieu et éloignons de notre foyer les messagers du ciel.

Ceux qui, au détriment de leurs intérêts éternels, recherchent pour leurs enfants les avantages de la richesse et des honneurs, découvriront qu’ils ont fait un calcul désastreux. Plusieurs, comme Lot, verront la perte de leurs enfants et se sauveront difficilement eux-mêmes. Le travail de leur vie sera perdu; leur existence aboutira à une débâcle. Guidés par la vraie sagesse, leurs enfants auraient peut-être acquis moins de prospérité mondaine, mais obtenu un gage sûr à l’héritage éternel.

La récompense que Dieu a promise à son peuple n’est pas dans ce monde. Abraham ne posséda ici-bas aucune propriété, « pas même un pouce de terre » (Acts 7:5). Très riche, cependant, il employait ses biens à la gloire de Dieu et au bien-être de ses semblables. Mais il ne considérait pas cette terre comme sa patrie. Dieu l’avait appelé à quitter ses compatriotes idolâtres en lui promettant la terre de Canaan comme possession éternelle. Néanmoins, ni lui, ni son fils, ni le fils de son fils ne virent la réalisation de cette promesse. Quand il voulut inhumer sa femme, il dut acheter une sépulture aux Cananéens. Son seul bien-fonds dans le pays promis fut cette tombe dans la caverne de Macpéla.

Cela ne signifie pas que la promesse de Dieu ait failli. Même si elle n’eut pas son accomplissement final lors de l’occupation de Canaan par le peuple juif, elle n’en reste pas moins certaine. La réalisation de la promesse peut sembler longtemps différée, mais « au temps fixé, elle ne tardera pas à arriver à son terme » (Habakuk 2:3). N’oublions pas qu’ « un jour devant le Seigneur est comme mille ans, et mille ans comme un jour » (2 Pierre 3:8). « Les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance. » (Galates 3:16) Le patriarche fait donc luimême partie des candidats à l’héritage. Mais cette donation promise au patriarche et à ses descendants ne comprend pas seulement la possession de la Palestine, mais celle du monde entier.

L’apôtre écrit que « la promesse d’avoir le monde pour héritage fut faite à Abraham et à sa postérité, non pas en vertu de la loi, mais en vertu de la justice de la foi » (Romains 4:13). La Bible enseigne clairement que les promesses faites à Abraham doivent s’accomplir par Jésus-Christ. Tous ceux qui sont à Jésus-Christ sont « la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse », bénéficiaires d’un « héritage qui ne peut être ni corrompu, ni souillé, ni flétri » (Galates 3:29; 1 Pierre 1:4), à savoir, notre terre délivrée de la malédiction du péché. En effet, « le règne, la domination et la souveraineté des royaumes qui sont sous tous les cieux seront accordés au peuple des saints du Très-Haut. Son règne est un règne éternel, et toutes les puissances le serviront et lui obéiront. » « Mais les humbles posséderont la terre, et ils jouiront d’une grande prospérité. » (Daniel 7:27; Psaumes 37:11)

Admis à contempler cet immense patrimoine, Abraham se contenta de cette espérance. « C’est par la foi qu’il séjourna dans la terre qui lui avait été promise comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers avec lui de la même promesse. Car il attendait la cité qui a de solides fondements, dont Dieu est l’architecte et le fondateur. » « Tous ceux-là sont morts dans la foi sans avoir obtenu ce qui leur avait été promis; ils l’ont seulement vu et salué de loin, ayant fait profession d’être étrangers et voyageurs sur la terre. » (Hébreux 11:9, 10, 13, 16)

Si nous voulons obtenir « une patrie meilleure », c’est-à-dire « une patrie céleste », nous devons, nous aussi, vivre ici-bas comme étrangers et voyageurs.