Patriarches et Prophètes

Chapitre 1

L’origine du mal

« Dieu est amour. » Sa nature, ses lois, ses voies, tout en lui est amour. Tel il est, tel il a été, tel il sera. En celui « qui siège sur un trône éternel », qui « habite dans une demeure haute et sainte », « il n’y a aucune variation ni aucune ombre de changement » (1 Jean 4:8; Ésaïe 57:15; Jacques 1:17).

Chaque manifestation de sa puissance créatrice est l’expression d’un amour infini. A tous les êtres, la souveraineté de Dieu assure des bienfaits sans bornes. Le Psalmiste nous le dit en ces termes:

Ton bras est armé de puissance,...
Ta main droite exerce l’autorité suprême.
La justice et le droit sont la base de ton trône;
La bonté et la vérité marchent devant ta face.

Heureux le peuple qui connaît les chants de triomphe:
Il s’avance à la clarté de ta face, ô Éternel!
Il se réjouit en célébrant ton nom chaque jour,
Et il se glorifie de ta justice.
Car c’est toi qui es la splendeur de notre puissance,...
Oui, notre bouclier protecteur
Est dans les mains de l’Éternel:
Notre roi appartient au saint d’Israël!
(Psaumes 89:14-19)
L’histoire du grand conflit entre le bien et le mal, depuis le jour où il éclata dans le ciel jusqu’à la répression finale de la révolte et l’extinction totale du péché, n’est qu’une démonstration de l’inaltérable amour de Dieu.

Le Maître de l’univers n’est pas seul dans l’accomplissement de son grand œuvre. Il y est secondé par un Être capable d’apprécier ses desseins et de partager la joie qu’il trouve dans le bonheur de ses créatures. « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. » (Jean 1:1, 2) La Parole, c’est-à-dire le Fils unique de Dieu, n’est qu’un avec le Père éternel: un par sa nature, un par son caractère, un dans ses desseins. Il est le seul Être qui puisse entrer dans tous ses conseils et partager toutes ses pensées. « On l’appellera le Conseiller admirable, le Dieu fort, le Père d’éternité, le Prince de la Paix » (Ésaïe 9:5), « Celui dont l’origine remonte aux temps anciens, aux jours éternels » (Michée 5:1).

Il le déclare lui-même:

Moi, la Sagesse,...
L’Éternel m’avait auprès de lui quand il commença son œuvre,
Avant même ses créations les plus anciennes.
J’ai été formé dès l’éternité,
Dès le commencement, dès l’origine de la terre...
Quand il posait les fondements de la terre,
J’étais auprès de lui, son ouvrière.
J’étais ses délices tous les jours,
Et sans cesse je me réjouissais en sa présence.
(Proverbes 8:22-30)
C’est par son Fils que Dieu a créé tous les êtres célestes. « C’est en lui que tout a été créé, ... les trônes, les dominations, les autorités, les puissances: tout a été créé par lui et pour lui. » (Colossiens 1:16) Ministres de Dieu, les anges, tout resplendissants de la lumière de sa présence, s’élancent, d’un vol rapide, pour exécuter ses volontés. Mais celui qui, au-dessus d’eux tous, exerce le commandement suprême, c’est le Fils, c’est l’Oint de l’Éternel, « le rayonnement de sa gloire », « l’empreinte même de sa personne », celui qui soutient « tout de sa parole puissante ». C’est « un trône glorieux, exalté de tout temps », que le lieu de son sanctuaire (Hébreux 1:3, 8; Jérémie 17:12). « Le sceptre de sa royauté est un sceptre d’équité. » Il est environné de « splendeur et de majesté, de force et de magnificence ». « La bonté et la vérité marchent devant sa face. » (Psaumes 96:6; 89:15)

A la base du gouvernement de Dieu se trouve une loi juste, une loi d’amour, une loi sublime assurant le bonheur de tous les êtres responsables qui s’inclinent avec joie devant ses injonctions. De ses créatures, Dieu demande une soumission intelligente faite d’amour, de confiance et d’admiration. Ne pouvant accepter de leur part une obéissance forcée, il leur accorde une entière liberté, condition essentielle d’un service volontaire.

Aussi longtemps que régna, dans l’univers de Dieu, cette obéissance, la paix fut parfaite. L’armée céleste mettait ses délices à seconder les plans de son Créateur, à réfléchir sa gloire et à chanter ses louanges. L’amour envers Dieu était suprême; celui des êtres célestes les uns pour les autres était pur et plein d’abandon. Aucune note discordante ne troublait les harmonies célestes.

Mais cet heureux état de choses prit fin. Il y eut un être qui pervertit la liberté accordée par Dieu à ses créatures. Le péché naquit dans le cœur d’un ange auquel, après Jésus-Christ, le Père éternel avait conféré le plus d’honneur et de gloire.

Saint, immaculé, attaché à la personne ineffable du Créateur, Lucifer, le « fils de l’aurore », était à l’origine l’un des deux « chérubins protecteurs » et, comme tel, baigné par les rayons éternels de la gloire divine. « Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel: Tu étais le couronnement de l’édifice, plein de sagesse, parfait en beauté. Tu te trouvais dans l’Eden, le jardin de Dieu. Tu étais couvert de pierres précieuses de toutes sortes... Je t’avais oint pour être un chérubin protecteur. Je t’avais établi sur la sainte montagne de Dieu; tu marchais au milieu des pierres aux feux éclatants. Tu fus irréprochable dans ta conduite, depuis le jour où tu fus créé, jusqu’au temps où l’iniquité parvint à pénétrer chez toi. » (Ézéchiel 28:12-15, 17)

Imperceptiblement, Lucifer se laissa bercer par des pensées ambitieuses. « Ton cœur s’est enorgueilli de ta beauté; et ton opulence t’a fait perdre la sagesse. » (Ézéchiel 28:12-15, 17) « Tu disais en ton cœur: Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu; ... je serai semblable au Très-Haut. » (Ésaïe 14:13, 14) Cet ange puissant, dont toute la gloire venait de Dieu, en vint à la considérer comme lui appartenant en propre. Non content d’occuper une place qui l’élevait au-dessus de toute l’armée des anges, il osa convoiter des hommages qui n’étaient dus qu’au Créateur. Au lieu d’encourager tous les êtres célestes à faire de Dieu l’objet suprême de leur adoration et de leur obéissance, il se mit à attirer sur lui leur affection et leurs loyaux services, allant jusqu’à convoiter les honneurs dont l’Être infini avait investi son Fils comme sa prérogative exclusive.

La parfaite harmonie qui avait régné dans le ciel fut alors rompue. La disposition de Lucifer à servir ses intérêts plutôt que ceux de son Créateur fut notée avec appréhension par les êtres célestes pour qui la gloire de Dieu était suprême. Dans l’assemblée des anges, des voix suppliantes invitèrent leur chef à revenir sur ses pas. Le Fils de Dieu lui représenta la grandeur, la bonté et la justice du Créateur, ainsi que le caractère sacré et inviolable de sa loi. « C’est Dieu lui-même, lui dit-il, qui a établi l’ordre du ciel. En t’insurgeant contre cet ordre, Lucifer, tu déshonores l’auteur de tes jours, et tu vas au-devant de ta ruine. » Mais cet avertissement ne fit qu’exciter chez l’ange séditieux un esprit de résistance, et qu’envenimer sa jalousie à l’égard du personnage auguste qui lui parlait avec tant de bonté et de pitié.

Disputer la suprématie du Fils de Dieu, et blâmer ainsi la sagesse et l’amour du Créateur, telle fut dès lors la détermination de ce prince des armées célestes. En vue du succès de ce dessein, il résolut d’utiliser toute l’énergie d’une intelligence surhumaine. Mais celui qui garantit à toutes ses créatures une pleine liberté de volonté et d’action ne voulut pas qu’aucune d’elles restât ignorante des sophismes dont s’enveloppait le parti de la révolte. Avant le grand combat qui allait s’ouvrir, il fallait que tous comprissent clairement quelle était la volonté de celui à la sagesse et à la bonté duquel ils devaient leur félicité.

Le Roi de l’univers réunit les armées célestes pour leur faire connaître la dignité de son Fils et le caractère de ses relations avec tous les êtres créés. Sur un même trône étaient assis le Père et le Fils; une même auréole de gloire les enveloppait. Autour du trône se rassembla, par « myriades de myriades et milliers de milliers », la foule innombrable des anges (Voir Apocalypse 5:11) placés dans l’ordre de leur rang, à la fois ministres et sujets, mais tous nimbés par la gloire dont rayonne le trône de la Divinité.

Devant cette multitude, le Roi déclare que, seul, son Fils unique est admis à entrer pleinement dans ses conseils, et que c’est à lui qu’est confiée l’exécution des desseins de sa volonté. C’est lui, le Fils de Dieu, qui, de par la volonté du Père, a créé toutes les armées du ciel, et à qui, comme à Dieu, appartiennent leur allégeance et leurs hommages. Le Fils va d’ailleurs exercer encore la puissance divine en créant la terre et ses habitants, mais sans briguer jamais aucun pouvoir, aucune gloire personnelle contraire à la volonté de Dieu, étant uniquement préoccupé d’exalter le pouvoir de son Père et d’exécuter les plans de sa munificence.

A l’ouïe de ces paroles, les anges reconnaissent avec transports la suprématie du Fils. Ils se prosternent devant lui et lui offrent leur amour et leur adoration. Lucifer s’incline avec eux. Mais dans son cœur se livre, entre la vérité et la loyauté, l’envie et la jalousie, un effroyable combat. La vague d’enthousiasme soulevée par les anges semble d’abord l’entraîner avec eux. Les puissants et mélodieux accords des hymnes de louange, amplifiés par des milliers de voix, paraissent avoir étouffé en lui l’esprit du mal. Frémissant d’une émotion inexprimable, il se joint aux accents d’adoration qui, de la multitude angélique, montent vers le Père et le Fils. Mais il est bientôt envahi de nouveau par l’orgueil et l’obsession de sa propre gloire. Il s’abandonne de nouveau à la soif de suprématie et à l’envie vis-à-vis du Fils bien-aimé. Il oublie que les honneurs dont il est lui-même l’objet sont un pur don de la bonté divine et réclament sa gratitude. Infatué de son éclat et de sa prééminence, il aspire, malgré tout, à être égal à Dieu. N’est-il pas aimé et vénéré par l’armée céleste? Les anges ne sont-ils pas ravis d’exécuter ses ordres? Ne les surpasse-t-il pas tous en honneurs et en sagesse? Pourquoi le Fils de Dieu est-il plus élevé que lui? Pourquoi partage-t-il seul avec le Père la puissance et l’autorité suprêmes? Pourquoi est-ce au Fils qu’est dévolue la suprématie? Pourquoi est-il plus honoré que moi?

Lucifer quitte le poste qu’il occupe en la présence immédiate de Dieu, et s’en va propager son esprit de mécontentement parmi les anges. Il opère dans l’ombre, et voile pour un temps son véritable dessein sous une apparence de respect pour l’Être suprême. Il commence par insinuer des doutes au sujet des lois qui gouvernent les êtres célestes. Il suggère que si ces lois sont indispensables pour les habitants des mondes créés, elles ne le sont pas pour les anges qui, plus élevés, peuvent se gouverner par leur propre sagesse. L’honneur de Dieu ne peut souffrir de notre part aucun dommage, observe-t-il. Toutes nos pensées sont saintes. Pas plus que Dieu lui-même, nous ne pouvons tomber dans l’erreur. L’élévation du Fils à l’égal du Père est donc une injustice à l’égard de Lucifer qui a les mêmes droits à être révéré et honoré. Et si le premier des anges était admis à occuper la position élevée qui lui est due, ce serait à l’avantage de toute l’armée du ciel, à laquelle il se propose de procurer la liberté, tandis que la liberté dont nous avons joui jusqu’ici vient de prendre fin. Un Maître absolu vous a été donné, devant l’autorité duquel tous doivent s’incliner. Telles étaient les subtiles erreurs qui gagnaient rapidement du terrain dans les cours célestes.

En réalité, aucun changement ne s’était produit quant à la position et à l’autorité du Fils de Dieu. Ses prérogatives n’avaient jamais varié: elles avaient seulement dû être réaffirmées en raison des prétentions et des insinuations séditieuses de Lucifer, insinuations qui avaient réussi à aveugler un grand nombre d’anges.

A la faveur de la confiance affectueuse et loyale que lui accordaient les êtres saints placés sous ses ordres, Lucifer mettait tant d’astuce à injecter dans leur esprit ses doutes et son aigreur, qu’ils ne s’apercevaient pas de son jeu. Celui-ci consistait à placer les desseins de Dieu sous un faux jour, qui les dénaturait, de façon à engendrer le mécontentement et la dissidence. Habilement, il amenait ses auditeurs à exprimer leurs propres pensées; puis, au moment propice, il répétait leurs paroles pour prouver qu’ils n’étaient pas entièrement d’accord avec le gouvernement divin. Tout en professant lui-même une parfaite loyauté à l’égard de Dieu, il assurait que la stabilité de son gouvernement profiterait certainement de quelques changements dans l’organisation et dans les lois du ciel. Avec une habileté consommée, il prétendait n’avoir d’autre désir que de maintenir la loyauté, l’harmonie et la paix. Tout en travaillant à fomenter l’opposition à la loi de Dieu et à inoculer ses propres sentiments aux anges qui lui étaient confiés, il prétendait combattre la discorde et affermir l’ordre établi.

Ainsi allumé, l’esprit de révolte poursuivait son œuvre néfaste. Sans que l’on remarquât aucune rupture ouverte, un partage d’opinions s’opérait parmi les anges. Quelques-uns envisageaient avec faveur les insinuations de Lucifer contre le gouvernement divin. Jusque-là en parfaite harmonie avec l’état de choses existant, ils se sentaient maintenant malheureux de ne pouvoir s’ingérer dans les conseils impénétrables de Dieu et contrariés de l’exaltation de son Fils. Cette catégorie d’anges était prête à seconder Lucifer dans son ambitieuse révolte contre l’Être suprême. D’autre part, les anges fidèles soutenaient la sagesse et la justice de ses décrets, et intervenaient auprès du chef des séditieux pour s’efforcer de le réconcilier avec l’ordre établi.

Notre chef, disaient-ils, c’est le Fils de Dieu. Il était un avec le Créateur bien avant notre existence. Il a toujours occupé une place à la droite du Père. Sa suprématie, riche en bienfaits pour tous ceux qui en ont bénéficié, n’a jamais encore été mise en doute, ni l’harmonie du ciel interrompue. Pourquoi la discorde éclaterait-elle maintenant? Augurant que cette dissension n’engendrerait que d’affreuses conséquences, les anges loyaux conjuraient les mécontents de renoncer à leurs propos et de rester fidèles à Dieu et à son gouvernement.

Conformément à son caractère miséricordieux, le Créateur supporta longtemps la cabale de Lucifer. L’esprit de contradiction et de révolte n’avait jamais encore fait son apparition dans le ciel. C’était un élément nouveau, étrange, mystérieux, inexplicable. Lucifer lui-même ne s’était pas d’abord rendu compte du vrai caractère de ses sentiments. Au début, il avait même craint d’exprimer les mouvements et les divagations de son cœur. Ne les ayant pas repoussés, il était allé à la dérive. Pour le convaincre de son erreur, tous les moyens que la sagesse et l’amour infinis purent imaginer furent mis en œuvre. On lui prouva que son mécontentement était sans raison. On lui fit entrevoir quel serait le résultat de sa persistance dans sa mutinerie. Finalement, Lucifer comprit qu’il avait tort, et que « l’Éternel est juste dans tous ses actes, et miséricordieux dans toutes ses œuvres » (Psaumes 145:17). Il reconnut que les divins statuts sont droits, et consentit à le proclamer devant tous les habitants du ciel.

S’il avait donné suite à cette conviction, il aurait pu se sauver lui-même et avec lui un grand nombre d’anges. Jusqu’à ce moment-là, bien qu’il eût abandonné sa place de chérubin protecteur, il n’avait pas complètement secoué le joug. S’il avait voulu revenir en arrière et glorifier la sagesse du Créateur, satisfait de la place qui lui avait été assignée dans le plan divin, il eût été réintégré dans sa charge. L’heure avait sonné pour lui de prendre une décision finale: ou reconnaître la souveraineté divine, ou se révolter ouvertement. Il fut tout près de rebrousser chemin. Seul son orgueil l’en empêcha. Lui, si hautement honoré, confesser qu’il avait été dans l’erreur et que ses soupçons étaient faux; se courber sous une autorité qu’il avait combattue comme injuste! Ce sacrifice lui parut trop grand.

Dans sa compassion pour Lucifer et ses sympathisants, le Créateur s’efforçait encore de les arrêter sur le bord de l’abîme dans lequel ils étaient sur le point de sombrer. Mais, falsifiant cette miséricorde, Lucifer prétendit que la patience divine était un hommage rendu à sa supériorité, et que le Roi de l’univers accepterait finalement ses conditions. Si vous restez inébranlables, dit-il à ses partisans, vous aurez gain de cause. Persistant dans son attitude, il entra résolument en lutte avec son Créateur.

Voilà comment Lucifer, le « porte-lumière », celui qui avait été participant de la gloire de Dieu et même attaché au trône, prévariqua et devint Satan, « l’adversaire » de Dieu et des êtres saints, le destructeur de ceux qui avaient été confiés à sa garde et à sa direction.

Repoussant désormais avec dédain les arguments et les supplications des anges fidèles, il les qualifia d’esclaves et d’égarés. La préférence accordée au Fils de Dieu, leur dit-il, est un acte d’injustice envers moi et envers toute l’armée du ciel. Je ne me soumettrai pas davantage à cette usurpation de mes droits et des leurs. Jamais plus, ajouta-t-il, je ne reconnaîtrai la suprématie du Fils. J’ai décidé de réclamer l’honneur qui doit m’être dévolu, et de prendre sous mes ordres tous ceux qui voudront être mes disciples. Je leur promets un gouvernement nouveau et meilleur, qui garantira à chacun la liberté. Un grand nombre d’anges annoncèrent leur détermination de le prendre pour chef. Flatté de la faveur avec laquelle ses avances étaient reçues, Lucifer se prit à espérer que tous les anges passeraient de son côté et qu’il deviendrait l’égal de Dieu.

Encore une fois, les anges fidèles le conjurent, lui et ses sympathisants, de se soumettre à Dieu. Ils leur représentent le résultat inévitable de leur refus. Celui qui vous a créés, disent-ils, peut arrêter votre entreprise et punir sévèrement votre faction séditieuse. Nul ange ne peut combattre la loi de Dieu avec succès; elle est aussi sacrée que lui-même. A tous, ils donnent le conseil de faire la sourde oreille aux raisonnements séducteurs de Lucifer, et ils adjurent ce dernier et ses partisans de se rendre immédiatement en la présence de Dieu pour lui confesser leur erreur d’avoir mis en doute sa sagesse et son autorité.

Beaucoup de dissidents furent disposés à renoncer à leur défection et à recouvrer la faveur de Dieu et de son Fils. Mais Satan avait une autre ruse en réserve. Il déclara que ceux qui s’étaient joints à lui étaient allés trop loin. Connaissant la loi divine, il savait qu’il n’y avait plus de pardon pour eux, et que ceux qui se soumettraient à l’autorité du ciel seraient destitués. Quant à moi, continua-t-il, je suis déterminé à ne jamais plus m’incliner devant l’autorité du Vice-Roi. La seule chose qu’il nous reste à faire, à vous et à moi, c’est de revendiquer notre liberté; c’est de nous emparer par la force des droits qu’on ne nous accorde pas de bon gré.

En ce qui concernait Satan lui-même, il était exact qu’il était allé trop loin pour revenir en arrière. Il n’en était pas de même de ceux qui s’étaient laissé aveugler par ses sophismes. Les conseils et les prières des anges loyaux leur ouvraient une porte de salut. S’ils en avaient accepté l’offre, ils auraient pu s’arracher aux pièges de Satan. Mais l’orgueil, l’affection qu’ils portaient à leur chef et le désir de jouir de libertés illimitées l’emportèrent, et les tendres appels de la miséricorde divine furent définitivement rejetés.

Dieu avait permis à Satan de mener son entreprise jusqu’au moment où la révolte s’était manifestée en plein jour. Chérubin honoré de l’onction sacrée, objet de très grands honneurs, passionnément aimé des êtres célestes, Lucifer exerçait sur ceux-ci une influence considérable. Pour que la vraie nature et la tendance de son projet pussent être reconnues de tous, il fallait que ses plans arrivassent à maturité. Le gouvernement de Dieu renfermait non seulement les habitants du ciel, mais ceux de tous les mondes créés, que Lucifer espérait entraîner, eux aussi, comme les anges, dans sa révolte. Il avait mené sa campagne avec une habileté et une puissance de séduction extraordinaires, recourant tour à tour au sophisme et au mensonge. Se couvrant d’un voile d’hypocrisie, et accomplissant tous ses gestes dans le mystère, il avait fermé le chemin à celui qui aurait voulu le dévoiler sous son vrai jour. Avant le plein épanouissement de son complot, il était impossible d’en démasquer la laideur, d’y voir une révolte ou même d’imaginer où elle allait aboutir. Les bons anges eux-mêmes ne décelaient pas son vrai caractère ni les conséquences de son œuvre.

Aussi, dès le début, Lucifer avait-il gagné du terrain. Il avait opéré de façon à rester en dehors du débat. Il mettait ses propres agissements au compte des anges, et accusait d’indifférence aux intérêts des êtres célestes ceux qu’il ne pouvait amener complètement à son bord. Il obscurcissait, par des arguments subtils, tous les desseins de Dieu. Ce qui était élémentaire devenait mystérieux. Par d’habiles perversions, il semait le doute sur les plus simples déclarations de l’Éternel. Et sa haute position, qui l’associait étroitement au gouvernement divin, donnait d’autant plus de poids à ses affirmations.

Satan, par la flatterie et la fraude, avait falsifié la parole de Dieu et dénaturé ses méthodes de gouvernement. Il avait prétendu qu’en imposant des lois aux anges, Dieu était injuste, et qu’en exigeant de ses créatures soumission et obéissance, il n’avait en vue que son exaltation personnelle; tandis que, pour lui, son but était de procurer le bonheur de l’univers. En revanche, Dieu ne pouvait employer que des moyens conformes à la vérité et à la justice. Pour démontrer devant les habitants du ciel et de tous les mondes que son gouvernement est juste et sa loi parfaite, pour que chacun vît clairement le vrai caractère et le but réel de l’usurpateur, il était nécessaire que ses prétentions impies eussent le temps de se démolir elles-mêmes par leurs lamentables conséquences. Le séducteur devait être démasqué devant l’univers tout entier.

La discorde qu’il avait déchaînée dans le ciel et tout le mal qui en était résulté étaient, selon Satan, attribuables à l’administration divine. Son but, à lui, avait été d’amender les statuts du Très-Haut. En conséquence, Dieu lui permit de démontrer la valeur de ses prétentions et les effets des changements qu’il proposait d’apporter aux lois du ciel.

En vertu d’une sagesse infinie, Lucifer fut chassé du ciel et non pas détruit. Dieu ne pouvant accepter qu’une obéissance dictée par l’amour, la fidélité de ses créatures doit reposer sur la conviction de sa justice et de sa bonté. Or, si la destruction de Satan avait eu lieu alors, les habitants du ciel et des mondes — ne comprenant pas encore la nature et les conséquences du péché — n’eussent pas été à même de discerner la justice divine. Si l’ange rebelle avait été immédiatement exclu du nombre des vivants, beaucoup d’êtres auraient servi Dieu par crainte plutôt que par amour. L’influence du séducteur n’eût pas complètement disparu; son esprit de rébellion n’eût pas été totalement extirpé. Pour le bien de l’univers entier à travers les âges infinis, il fallait qu’il pût développer plus entièrement ses principes. Ainsi, tous les êtres créés verraient ses attaques contre l’administration céleste sous leur vrai jour. Les attributs divins de justice et de miséricorde, comme l’immutabilité de la loi de Dieu, ne pourraient plus jamais être mis en doute.

La révolte de Satan devait servir de leçon à l’univers durant tous les âges futurs, et constituer un témoignage perpétuel contre la nature du péché et de ses effroyables résultats. Dieu a voulu que les effets de la politique de Satan sur les hommes et les anges démontrassent à quoi aboutit le rejet de son autorité. Il a voulu témoigner que le bonheur de toutes les créatures issues de sa puissance créatrice est inséparable de l’existence de son gouvernement. Ainsi l’histoire de cette aventure effroyable sera une sauvegarde perpétuelle destinée à préserver tous les êtres saints de la séduction du péché et de ses douloureuses conséquences.

Celui qui règne dans les cieux voit la fin dès le commencement. Devant lui les mystères du passé et de l’avenir sont comme un livre ouvert. Par delà les souffrances, les ténèbres et les ruines accumulées par le péché, il contemple l’épanouissement de son grand œuvre d’amour. Si « la nuée et l’obscurité l’environnent, la justice et le droit sont [néanmoins] la base de son trône » (Psaumes 97:2). Et voilà ce que comprendront un jour, fidèles ou infidèles, tous les habitants de l’univers.

... Son œuvre est parfaite,
Car tous ses desseins sont justes.
C’est un Dieu fidèle et sans iniquité;
Il est juste et droit.
(Deutéronome 32:4 - Voir, plus loin, le (chapitre 29): « Satan et la loi de Dieu »)