Les paraboles de Jésus

Chapitre 27

Qui est mon prochain?

Chez les Juifs, la question « Qui est mon prochain? » (Luc 10:29) provoquait souvent des discussions interminables. Ils n'étaient pas dans le doute au sujet des païens et des Samaritains. Ces derniers étaient regardés comme des étrangers. Mais comment convenait-il de faire la distinction, parmi les gens du pays, entre les différentes classes de la société? Qui donc les rabbins, les prêtres et les anciens du peuple devaient-ils considérer comme leur prochain? Ils passaient toute leur existence à se purifier par une suite ininterrompue de cérémonies, car le contact avec les masses ignorantes et insouciantes leur paraissait occasionner une souillure dont on ne pouvait se débarrasser que par des pratiques fastidieuses. Avaient-ils à regarder ces « impurs » comme leur prochain?

Le Christ va répondre à cette question par la parabole du bon Samaritain. Il montre que le prochain n'est pas simplement notre coreligionnaire, et qu'on ne le reconnaît ni à la couleur, ni à la race, ni au rang social. Le prochain, c'est toute personne qui a besoin de notre aide, toute âme qui a été blessée et meurtrie par l'adversaire. Le prochain, c'est quiconque est la propriété de Dieu.

La parabole du hon Samaritain est due à une question posée au Christ par un docteur de la loi. Tandis que le Sauveur enseignait le peuple, « un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l'éprouver: Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle? » (Luc 10:25) Ce sont les pharisiens qui avaient suggéré cette question au docteur de la loi, dans l'espoir de prendre Jésus en défaut dans ses paroles; aussi attendaient-ils impatiemment sa réponse. Mais le Sauveur évita toute controverse, et demanda la réponse à son interlocuteur lui-même : « Qu'est-il écrit dans la loi? Qu'y lis-tu? » (Luc 10:26-28) Or, les Juifs accusaient précisément Jésus de minimiser la valeur de la loi promulguée sur le mont Sinaï; mais le Christ retourna la question du salut en la portant sur le terrain de l'obéissance aux commandements de Dieu.

Le docteur de la loi répondit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée; et ton prochain comme toi-même. » « Tu as bien répondu, lui dit Jésus; fais cela, et tu vivras. » (Luc 10:26-28)

Cet homme n'était pas satisfait de la position et des actes des pharisiens. Il avait étudié les Écritures avec le désir d'en comprendre le véritable sens. C'est en toute sincérité qu'il posa cette question d'un intérêt vital pour lui : « Que dois-je faire? » Dans sa réponse à propos de la loi, il ne se soucia aucunement de toute la multitude des cérémonies et des rites, car il ne leur attribuait aucune valeur. Il reprit les deux grands principes dont dépendent la loi et les prophètes. L'approbation donnée à cette réponse plaçait le Seigneur dans une position avantageuse : les rabbins ne pouvaient le condamner, puisqu'il souscrivait aux paroles d'un interprète autorisé de la loi.

Jésus déclara : « Fais cela, et tu vivras. » Dans son enseignement, il présentait invariablement les exigences divines comme un tout, montrant qu'il n'est pas possible d'observer un commandement et d'en violer un autre, car le même principe est à la base de tous. L'obéissance à la loi entière décidera de notre destinée éternelle.

Le Christ savait que nul ne peut y parvenir par ses propres forces. Il voulait amener le docteur de la loi à une recherche plus approfondie, afin qu'il découvre la vérité. Celui-là seul qui accepte les mérites et la grâce du Sauveur est à même d'observer la loi de Dieu. La foi dans la propitiation pour le péché rend l'homme capable d'aimer Dieu de tout son coeur, et son prochain comme lui-même.

Le docteur de la loi était conscient de n'avoir gardé ni les quatre premiers commandements, ni les six derniers. Les paroles pénétrantes du Christ l'avaient convaincu de péché; mais au lieu de confesser sa transgression, il tenta d'excuser sa conduite. Au lieu de reconnaître la vérité, il s'efforça de montrer combien il est difficile d'obéir aux préceptes divins. Il espérait ainsi repousser la condamnation et se justifier en présence de la foule. La réplique du Sauveur avait montré que sa question était oiseuse, puisqu'il avait pu y répondre lui-même. Mais il posa une nouvelle question : « Qui est mon prochain? »

Une fois de plus, le Christ évita la controverse; il résolut le problème en évoquant un incident survenu récemment, encore frais dans l'esprit de ses auditeurs. « Un homme, dit-il, descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. » (Luc 10:30)

Pour se rendre de Jérusalem à Jéricho, il fallait traverser une partie du désert de Judée. La route serpentait au sein de gorges rocheuses et sauvages, infestées de brigands; elles étaient souvent le théâtre de scènes de violence. C'est là que le voyageur de la parabole avait été attaqué et dépouillé de tout ce qu'il possédait. Il gisait seul, à demi mort, le long de la route. Un prêtre qui empruntait ce chemin vit ce malheureux blessé, baignant dans son sang. Mais au lieu de se porter à son secours, il « passa outre ». Vint alors un Lévite; curieux de savoir ce qui était arrivé, ii s'arrêta pour voir le blessé. Il fut vite convaincu de son devoir, mais celui-ci n'était pas agréable. Il regrettait d'avoir pris cette direction et d'avoir rencontré ce malheureux. Il se persuada que ce n'était pas son affaire et, lui aussi, il « passa outre ».

Mais un Samaritain qui effectuait le même trajet vit le blessé et fit en sa faveur ce que les autres n'avaient pas voulu faire. Avec douceur et bonté, il porta secours au malheureux. Il « fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. » (Luc 10:33-35) Le prêtre et le Lévite faisaient l'un et l'autre profession de piété, mais le Samaritain prouva qu'il était vraiment converti. Prendre soin du blessé ne lui était pas plus agréable qu'aux deux autres voyageurs, mais il montra par ses oeuvres que ses sentiments étaient en harmonie avec ceux de Dieu.

En donnant cette leçon, le Christ présentait les principes de la loi d'une manière forte et précise. Il faisait comprendre à ses auditeurs combien ils se montraient négligents à cet égard. Ses paroles étaient si claires et si directes qu'il ne restait aucune chicane possible, aussi le docteur de la loi ne put-il rien lui objecter. Ses préjugés à l'égard du Christ se dissipèrent, mais il n'avait pas encore surmonté ses antipathies raciales au point de faire ouvertement l'éloge du Samaritain. Quand le Seigneur lui demanda : « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands? », il répondit : « C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui. » (Luc 10:36)

« Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même! » (Luc 10:37) Manifeste la même bonté envers les malheureux. Tu montreras ainsi que tu observes toute la loi.

Ce qui différenciait les Juifs des Samaritains, c'était leur croyance religieuse en ce qui concerne le vrai culte. Les pharisiens estimaient qu'il n'y avait rien de bon chez les Samaritains, aussi proféraient-ils contre eux les pires malédictions. L'antipathie entre les deux communautés était si grande que la femme samaritaine s'étonna que Jésus lui demande à boire : « Comment toi, dit-elle, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine? » Car, ajoute l'évangéliste, « les Juifs, en effet, n'ont pas de relations avec les Samaritains. » (Jean 4:9) Dans leur haine meurtrière à l'égard du Christ, les Juifs se levèrent un jour dans le temple pour le lapider. Ils ne purent mieux lui exprimer leur hostilité qu'en lui disant : « N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain, et que tu as un démon? » (Jean 8:48) Néanmoins un fait demeurait, c'est que le prêtre et le Lévite avaient négligé leur devoir. Ils avaient laissé à un Samaritain exécré le soin de porter secours à un homme de leur peuple.

Le Samaritain avait accompli le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Lévitique 19:18), démontrant ainsi qu'il était plus juste que ceux qui le méprisaient. Au péril de sa vie, il avait traité le blessé comme un frère. Ce Samaritain représente le Christ, qui manifesta à notre égard un amour incomparable. Alors que nous étions blessés et agonisants, il eut pitié de nous. Il ne passa pas outre en nous abandonnant à la mort, impuissants et désespérés. Il ne resta pas dans sa demeure sainte et heureuse, où il jouissait de l'affection des cohortes angéliques. Il eut égard à notre grande détresse; se chargeant de notre cause, il s'identifia avec l'humanité. Il mourut pour le salut de ses ennemis, et il pria pour ses bourreaux. Faisant allusion à son exemple, il dit à ses disciples : « Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres. ... Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 15:17; 13:34)

Le prêtre et le Lévite allaient au temple pour participer aux cérémonies prescrites par Dieu lui-même. C'était un privilège considérable. Ces deux hommes estimaient qu'après avoir été les objets d'une telle marque de distinction, ils se seraient abaissés en portant secours à un blessé inconnu gisant au bord du chemin. Ils laissèrent ainsi passer l'occasion que Dieu leur offrait d'être ses instruments en venant en aide à un malheureux.

Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui commettent la même erreur. Ils classent leurs devoirs en deux catégories distinctes. La première se compose de grandes choses, qui sont réglées par la loi divine; la seconde est faite de prétendus détails, dans lesquels le commandement : « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Matthieu 19:19) est méconnu. Cette catégorie de tâches est abandonnée aux caprices et dépend des inclinations et des impulsions. C'est ainsi que le caractère est faussé et la religion chrétienne, travestie.

Certains croiraient s'abaisser en s'occupant des souffrances des autres; et ils regardent avec indifférence, quand ce n'est pas avec mépris, les temples en ruine que sont tant d'âmes. D'autres méprisent les pauvres pour des raisons différentes. À leur avis, ils sont employés au service du Christ et cherchent à promouvoir une activité louable. Ils ont l'impression de réaliser une grande oeuvre et ne pensent pas devoir s'arrêter aux besoins des malheureux et des déshérités. En vertu de ce qu'ils font, ils se croient même autorisés à opprimer les pauvres, à les plonger dans la détresse, à les priver de leurs droits légitimes et à méconnaître leurs besoins réels. Cependant, ces gens-là se sentent justifiés parce que, en agissant ainsi, ils s'imaginent travailler à l'avancement de la cause du Seigneur.

Nombre de croyants laissent un frère ou un voisin se débattre au milieu de circonstances difficiles. Puisqu'ils professent être chrétiens, celui-ci peut être conduit à penser que leur froideur et leur égoïsme reflètent le caractère du Christ. Comme ces prétendus serviteurs de Dieu ne collaborent pas avec lui, l'amour divin qu'ils devraient manifester reste en grande partie caché à leurs semblables. Ainsi se perd une abondante moisson de louanges et d'actions de grâces qui auraient pu monter du coeur et des lèvres des hommes jusqu'à Dieu.

Celui-ci est privé de la gloire due à son saint nom; des âmes pour lesquelles Jésus est mort lui sont ravies -- des âmes qu'il désirait accueillir dans son royaume pour qu'elles demeurent éternellement en sa présence.

La vérité divine n'exerce que peu d'influence sur le monde, alors qu'elle aurait sur lui un ascendant considérable si nous étions des chrétiens pratiquants. Beaucoup se contentent d'une religion superficielle; mais la seule profession de foi n'a que peu de valeur. Nous pouvons nous prétendre disciples du Christ et nous rallier à toutes les vérités de la parole de Dieu : si nos actes journaliers ne sont pas en accord avec nos croyances, quel bien en retireront nos voisins? Si nous ne sommes pas des chrétiens dignes de ce nom, notre confession de foi aurait beau être aussi élevée que le ciel, elle ne pourra nous assurer la vie éternelle, pas plus qu'a nos semblables. Un hon exemple fera plus de bien au monde que toutes nos affirmations.

Aucune forme d'égoïsme ne peut servir la cause du Christ, car cette dernière se confond avec celle des pauvres et des opprimés. Le coeur des vrais disciples doit être animé de la profonde sympathie qui a caractérisé la vie de leur Maître, et d'un amour sans limites à l'égard de ceux qu'il a appréciés au point de donner sa vie pour eux. Les âmes en faveur desquelles il est mort ont du prix à ses yeux, beaucoup plus que toutes les offrandes que nous pourrions apporter à Dieu. Le Sauveur n'approuve pas ceux qui se consacrent à une oeuvre apparemment louable tout en négligeant les nécessiteux ou en frustrant l'étranger de ses droits.

La sanctification de l'âme par l'Esprit-Saint n'est pas autre chose que l'implantation de la nature du Christ dans notre humanité. La religion de l'Évangile, c'est la vie du Christ en nous -- un principe vivant et actif. C'est la grâce du Sauveur manifestée dans le caractère et produisant de bonnes oeuvres. Il est impossible de séparer les enseignements de l'Évangile de notre existence concrète. Tous les aspects de notre expérience religieuse doivent être une révélation de la vie du Christ.

Le fondement de la piété, c'est l'amour. Quelle que soit notre profession de foi, nous n'aimons pas vraiment Dieu si nous n'aimons pas nos frères d'une manière désintéressée. Mais nous n'y parviendrons pas en « essayant » d'aimer les autres. Ce qu'il nous faut, c'est l'amour de Jésus dans notre coeur. Si le moi est absorbé par lui, l'amour jaillira spontanément. Quand nous nous sentirons constamment poussés à venir en aide à notre prochain et que la lumière céleste remplira notre âme et se reflétera sur notre visage, nous serons parvenus à la perfection chrétienne.

Un coeur où le Christ a établi sa demeure ne peut être dépourvu d'amour. Si nous aimons le Père parce qu'il nous a aimés le premier, nous aimerons aussi tous ceux pour lesquels son Fils est mort. Nous ne saurions entrer en contact avec Dieu sans entrer en contact avec l'humanité, car la divinité et l'humanité se trouvent alliées en celui qui siège sur le trône de l'univers. Lorsque nous sommes en communion avec le Christ, nous sommes aussi unis à nos semblables par les chaînes d'or de l'amour. La pitié et la compassion du Sauveur se manifestent alors dans notre vie. Nous n'attendons pas que les malheureux et les nécessiteux nous soient amenés, nous n'avons pas besoin d'être exhortés à la charité. Il nous est tout aussi naturel de leur venir en aide qu'il l'était pour le Christ de se rendre de lieu en lieu en faisant du bien.

L'action du Saint-Esprit se manifeste à chaque endroit où un coeur débordant d'amour et de sympathie s'efforce d'être en bénédiction aux autres et de les édifier. Au sein du paganisme, des hommes qui n'avaient pas connaissance de la loi écrite de Dieu et n'avaient jamais entendu parler de Jésus témoignèrent de la bonté à ses serviteurs, allant jusqu'à les protéger au péril de leur vie. À travers leurs actes, une puissance divine se montrait à l'oeuvre. Le Saint-Esprit implante ainsi la grâce du Christ dans le coeur du païen, éveillant en lui des sympathies contraires à sa nature et à son éducation. La lumière « qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. » (Jean 1:9) illumine son âme, et, s'il y prend garde, elle conduira ses pas vers le royaume de Dieu.

Pour glorifier le Seigneur, il faut relever ceux qui sont tombés et consoler ceux qui sont dans la détresse. Quel que soit le coeur dans lequel il habite, Jésus se révélera toujours de la même manière. Partout où elle se manifeste, la religion du Christ fera du bien. Quel que soit le lieu où elle opère, elle produira la lumière.

Dieu ne connaît pas les distinctions de nationalité, de race ou de rang social, car il est le Créateur de l'humanité entière. Par voie de création, tous les hommes font partie de la même famille, et tous sont aussi unis par le fait de la rédemption. Jésus-Christ est venu abattre toutes les murailles de séparation; il a ouvert les différents compartiments du temple, afin que chacun accède librement auprès de Dieu. Son amour est si vaste, si complet, si profond qu'il pénètre partout. Il arrache à l'empire de Satan les pauvres âmes abusées par ses tromperies. Il les place à la portée du trône de Dieu, ce trône entouré de l'arc-en-ciel de la promesse.

En Christ, il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre. Tous sont unis par son sang précieux. (Galates 3:28; Éphésiens 2:13)

Quelle que soit la religion d'un homme, son cri de détresse ne doit pas rester sans réponse. Là où règne l'amertume à cause de divergences religieuses, on peut faire beaucoup de bien par un ministère personnel. La bienfaisance abat les préjugés et conduit les âmes vers le Seigneur.

Sympathisons avec nos semblables dans leurs tristesses, leurs difficultés, leurs souffrances. Participons aux joies et aux soucis des grands et des petits, des riches et des pauvres. Le Christ nous dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » (Matthieu 10:8) Tout autour de nous se trouvent des âmes éprouvées en quête d'un mot compatissant, d'un geste d'assistance. Des veuves ont besoin d'aide et de sympathie. Le Seigneur invite ses disciples à recueillir les orphelins comme un dépôt sacré. Ils sont trop souvent négligés. Ils peuvent être en haillons, maladroits et repoussants à bien des égards; ils n'en sont pas moins la propriété de Dieu. Ils ont été rachetés à un grand prix et sont aussi précieux que nous à ses yeux. Ils sont membres de la grande famille divine. En leur qualité d'économes du Seigneur, les chrétiens sont responsables d'eux. « Je te redemanderai son sang. », dit l'Éternel. (Ézéchiel 3:18)

Le péché est le plus grand de tous les malheurs. Il nous appartient donc de prendre les pécheurs en pitié et de leur venir en aide. Il est vrai que nous ne pouvons pas tous les atteindre de la même façon. Il en est qui savent dissimuler leur dénuement spirituel. Une parole aimable ou le rappel d'un souvenir bienfaisant peuvent leur être d'un grand secours. D'autres se trouvent dans la misère la plus noire et sont inconscients de leur dépravation. Un grand nombre sont tellement plongés dans le péché qu'ils ont perdu le sens des réalités éternelles. L'image de Dieu s'est effacée en eux, et ils ne savent même pas qu'ils ont une âme à sauver. Ils n'ont ni foi en Dieu ni confiance dans les hommes. Beaucoup ne pourront être touchés que par des actes de bonté. Commençons par les aider matériellement, en leur donnant la possibilité d'être bien nourris, propres et vêtus décemment. Devant les preuves de notre amour désintéressé, il leur sera plus facile de croire à l'amour du Christ.

Parmi ceux qui se sont égarés, plusieurs éprouvent un sentiment de honte et se rendent compte de leur folie. Ils pensent tellement à leurs fautes et à leurs erreurs que le désespoir finit par s'emparer d'eux. Il ne faut pas négliger ces personnes. Lorsqu'un nageur est obligé de remonter le courant d'une rivière, il est entraîné en arrière par la force de l'eau. Tendons-lui donc une main secourable, à l'exemple de notre Frère aîné offrant la sienne à Pierre quand il enfonçait dans les flots. Adressons-lui des paroles d'espoir, qui feront renaître en lui la confiance et l'amour.

Ton frère, spirituellement malade, a besoin de toi, comme toi tu as eu besoin de l'amour d'un frère. L'expérience de quelqu'un qui a connu les mêmes faiblesses, qui puisse sympathiser avec lui et l'aider : voilà ce qui lui serait nécessaire. La connaissance de nos propres faiblesses devrait nous permettre de soulager les autres au fort de leurs détresses. Ne passons jamais auprès d'une âme affligée sans chercher à lui faire part des consolations que nous trouvons en Dieu.

La victoire sur les instincts les plus vils de la nature humaine s'obtient par l'alliance avec Jésus et le contact personnel avec un Sauveur vivant. Parlez aux égarés de la main toute-puissante qui s'offre pour les soutenir, de la pleine humanité du Christ qui a compassion d'eux. Il ne leur suffit pas de croire à la loi et à la force, incapables d'éprouver de la pitié et d'entendre les appels désespérés. Il leur faut une chaude poignée de main et la confiance en un coeur rempli de tendresse. Rappelez-leur que Dieu se tient constamment à leurs côtés et veille sur eux avec amour. Invitez-les à penser à ce coeur paternel contristé par le péché, à la main toujours tendue de ce Père compatissant, à sa voix qui leur dit : « Celui qui me prendra pour rempart avec moi fera la paix, il fera la paix avec moi. » (Ésaïe 27:5, traduction oecuménique)

Aussitôt que vous vous serez mis à l'oeuvre, vous aurez près de vous des compagnons invisibles. Les anges du ciel se tenaient près du Samaritain quand il bandait les plaies de l'étranger. Ils sont aux côtés de tous ceux qui font la volonté de Dieu en assistant leurs semblables. Vous pouvez compter sur la collaboration du Christ lui-même. C'est lui qui restaure; dès que vous travaillerez sous sa direction, vous verrez de grands résultats.

De votre fidélité dans cette tâche dépend non seulement le bien-être de vos semblables, mais encore votre destinée éternelle. Le Christ fait tout pour attirer ceux qui consentent à s'attacher à lui, afin qu'ils soient un avec lui comme lui-même est un avec son Père. Il permet que nous entrions en contact avec la souffrance et le malheur, en vue de nous arracher à notre égoïsme. Il cherche à développer en nous les attributs de son propre caractère : La compassion, la tendresse et l'amour. En acceptant ce ministère, nous entrons à son école et nous nous y préparons pour le ciel. En le rejetant, nous repoussons ses instructions et choisissons d'être privés pour toujours de sa présence.

« Si tu observes mes ordres, déclare l'Éternel, je te donnerai libre accès parmi ceux qui sont ici. » (Zacharie 3:7), c'est-à-dire parmi les anges qui environnent son trône. En collaborant avec les êtres célestes dans leur oeuvre sur la terre, nous nous préparons à vivre en leur compagnie. Les anges du ciel, ces « esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut » (Hébreux 1:14), accueilleront celui qui n'aura pas vécu ici-bas « pour être servi, mais pour servir » (Matthieu 20:28). C'est dans cette société bienheureuse que nous comprendrons pleinement, pour notre joie éternelle, tout ce qui est inclus dans la question : « Qui est mon prochain? »