Les paraboles de Jésus

Chapitre 13

Deux adorateurs

Jésus prononça la parabole du pharisien et du publicain « en vue de certaines personnes se persuadant qu'elles étaient justes, et ne faisant aucun cas des autres ». Le pharisien monte au temple pour adorer, non parce qu'il se sent pécheur et qu'il a besoin de pardon, mais parce qu'il se croit juste et espère s'attirer de la considération. Il envisage son culte comme un acte méritoire qui le valorisera devant Dieu et donnera aux gens qui l'observent une haute opinion de sa piété. Il compte gagner l'estime à la fois de Dieu et des hommes. Son adoration est motivée par l'intérêt personnel.

Cet homme est rempli de lui-même et le montre dans son attitude, sa démarche et jusque dans ses prières. À l'écart des autres, il semble dire : « Ne m'approchez pas, car je suis saint! » (Ésaïe 65:5) Il se tient debout et prie « en lui-même ». Satisfait de sa propre personne, il pense que le Seigneur et les hommes le regardent avec la même complaisance.

« Ô Dieu, je te rends grâces, dit-il, de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain. » (Luc 18:11) Il ne juge pas son caractère d'après celui de Dieu, mais d'après celui des êtres humains, détournant sa pensée du ciel pour la reporter sur ses semblables. C'est là le secret de son contentement.

Il aime à parler de ses bonnes oeuvres : « Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. » (Luc 18:12) Sa religion ne touche pas l'âme. Il ne cherche pas à conformer son caractère à celui de Dieu, son coeur n'est pas débordant d'amour et de miséricorde. Il se contente des formes extérieures de la religion. Sa justice lui est propre, elle est le fruit de ses bonnes oeuvres; il l'évalue d'après un étalon purement humain.

Or, quiconque vit en propre juste méprisera ses semblables. De même que le pharisien se juge d'après les autres, il juge les autres d'après lui-même. C'est à leur justice qu'il mesure la sienne, et plus il les voit mauvais, meilleur il se trouve par le fait du contraste. Sa propre justice le pousse à accuser les autres et à les condamner comme transgresseurs de la loi de Dieu. Il manifeste ainsi l'esprit de Satan, l'accusateur des frères. Avec de tels sentiments, il lui est impossible d'entrer en communion avec le Seigneur. Il s'en retourne chez lui, privé de la bénédiction divine.

Le publicain s'était rendu au temple avec d'autres adorateurs, mais il ne tarda pas à se retirer à l'écart, se jugeant indigne de participer à leur culte. Se tenant à distance, il « n'osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine » (Luc 18:13), dans l'amertume de son âme et la conviction de son indignité. Conscient d'avoir offensé Dieu, il se sentait pécheur et souillé. Il ne pouvait même pas s'attendre à la compassion de ceux qui l'entouraient, car ils le regardaient avec mépris. Il savait qu'il n'avait aucun mérite à faire valoir devant le Seigneur, aussi s'écriait-il dans son désespoir : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. » Il ne se comparait pas aux autres. Seul en la présence de Dieu, accablé par le sentiment de sa culpabilité, il n'avait qu'un seul désir : recevoir le pardon et la paix; il ne comptait que sur la miséricorde du ciel. Et il fut béni : « Je vous le dis, déclara le Christ, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l'autre. » (Luc 18:13,14)

Le pharisien et le publicain représentent deux classes d'adorateurs. Leurs ancêtres sont les deux fils qui naquirent à nos premiers parents : Caïn et Abel. Caïn se croyait juste et ne se présenta devant Dieu qu'avec une offrande d'actions de grâces, sans confesser ses péchés et sans reconnaître son besoin de miséricorde. Abel, au contraire, se présenta avec le sang qui symbolisait l'Agneau de Dieu. Il se considérait comme pécheur et se sentait perdu. Son seul espoir était l'amour immérité de Dieu. Le Seigneur accepta son offrande, mais il rejeta celle de Caïn. La première condition pour être reçus de Dieu, c'est le sentiment de notre dénuement. La confession de notre misère et de notre péché. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! » (Matthieu 5:3)

L'expérience de l'apôtre Pierre renferme une leçon qui s'applique à ces deux catégories de personnes. Au début, quand il fut choisi pour être disciple, il se croyait fort. De même que le pharisien, il ne se voyait pas « comme le reste des hommes ». Lorsque Jésus, avant d'être trahi, eut déclaré à ses disciples : « Vous serez tous scandalisés », Pierre, sûr de lui, répliqua : « Quand tous seraient scandalisés, je ne serai pas scandalisé. » (Marc 14:27,29) Il n'avait aucune conscience du danger qu'il courait. Il se laissait abuser par la confiance qu'il avait en ses propres forces. Il se croyait capable de repousser la tentation. Mais au moment de l'épreuve, quelques heures plus tard, il renia son Maître avec imprécations.

Lorsque le chant du coq vint lui rappeler les paroles du Christ, Pierre, surpris et écoeuré de son acte, se tourna et regarda son Maître. Au même moment, Jésus posa sur son disciple un regard où se lisaient à la fois la tristesse, la compassion et l'amour. Se voyant alors tel qu'il était, Pierre s'éloigna et pleura amèrement. Ce regard du Sauveur lui avait brisé le coeur. Pierre était arrivé à un tournant de son expérience religieuse. Il se repentit profondément de son péché. Dans sa contrition, il ressemblait au publicain et, comme ce dernier, il trouva miséricorde. Le regard de Jésus lui donnait la certitude du pardon.

Sa propre suffisance avait disparu, et il ne se hasarda jamais plus à des déclarations aussi présomptueuses.

Après sa résurrection, le Christ le mit à l'épreuve par trois fois : « Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ne m'aiment ceux-ci? » Pierre ne s'éleva plus au-dessus de ses frères. Il s'en remit alors à celui qui, seul, pouvait lire en son coeur : « Seigneur, tu sais toutes choses, dit-il, tu sais que je t'aime. » (Jean 21:15-17)

Il fut alors investi de sa mission, plus grande et plus délicate que celle qu'il avait reçue jusque-là. Le Christ le chargea de paître les brebis et les agneaux. En lui confiant ainsi la charge des âmes pour lesquelles il avait offert sa propre vie, le Sauveur lui donna le plus beau témoignage de confiance, le gage le plus sûr de sa réhabilitation. Le disciple fougueux, propre juste, orgueilleux était devenu un homme contrit et soumis. Dès lors, il suivit son Maître sur la voie du renoncement et du sacrifice. Ayant participé à ses souffrances, Pierre aura le privilège de partager sa gloire quand le Christ sera assis sur son trône.

Le mal qui fit tomber Pierre et priva le pharisien de la communion avec Dieu cause aujourd'hui encore la ruine de milliers de personnes. Rien n'est plus offensant pour Dieu, plus dangereux pour l'âme humaine que l'orgueil et la propre suffisance. De tous les péchés, c'est assurément le plus difficile à vaincre.

La chute de Pierre ne fut pas instantanée, mais graduelle. Sa présomption l'amena à se croire sauvé et, petit à petit, à renier son Maître. Nous ne devons jamais nous fier à nous-mêmes ni penser que nous sommes à l'abri de la tentation tant que nous sommes ici-bas. Ceux qui acceptent le Sauveur, si sincère que soit leur conversion, ne devraient jamais apprendre à se dire ou à se croire sauvés. C'est une affirmation propre à égarer. Chacun devrait s'efforcer de cultiver l'espérance et la foi; mais alors même que nous nous donnons à Jésus et que nous avons l'assurance d'être acceptés de lui, nous ne sommes pas encore à l'abri de la tentation. La parole de Dieu nous dit : « Plusieurs seront purifiés, blanchis et épurés. » (Daniel 12:10) Celui-là seul qui surmontera l'épreuve recevra la couronne de vie.

Ceux qui se convertissent et qui disent dans leur premier élan de foi : « Je suis sauvé », courent le risque de mettre leur confiance en eux-mêmes. Ils perdent de vue leur propre faiblesse et leur besoin constant de la force divine. Ils ne sont pas préparés à lutter contre les stratagèmes de Satan et, devant la tentation, plusieurs, comme Pierre, tombent dans le gouffre.

Voici l'avertissement qui nous est adressé : « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber! » (1 Corinthiens 10:12) Nous défier de nous-mêmes et ne dépendre que du Christ, voilà notre unique sécurité.

Pierre avait besoin de connaître ses défauts et de sentir combien la grâce et la puissance du Christ lui étaient nécessaires. Le Seigneur pouvait, non pas lui épargner l'épreuve, mais le préserver de la défaite. Si Pierre avait pris garde à l'avertissement du Maître, il aurait veillé, prié et marché avec crainte et tremblement, de peur de trébucher; il aurait reçu le secours divin et Satan n'aurait pas eu la victoire.

La chute de Pierre fut causée par la confiance qu'il avait en lui, et c'est par la repentance et l'humiliation qu'il se releva. Son expérience constitue un encouragement pour chaque pécheur repentant. Malgré sa faute si grave, il ne fut pas abandonné à son sort. Les paroles du Christ restaient inscrites en son âme : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. » (Luc 22:32) Alors qu'il était en proie au plus cuisant remords, le souvenir de cette prière et le regard compatissant du Sauveur lui rendirent l'espoir. Après sa résurrection, le Christ se souvint de son apôtre et, par un ange, confia ce message aux femmes : « Allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : c'est là que vous le verrez. » (Marc 16:7) La repentance de Pierre fut acceptée par le Sauveur qui pardonne les péchés.

La même compassion qui permit à l'apôtre d'être sauvé s'étend à toute âme qui a succombé à la tentation. Tous les efforts de Satan ont pour but de faire tomber l'homme dans le péché, puis il le laisse impuissant et tremblant, le faisant douter du pardon. Mais pourquoi craindrions-nous, quand le Seigneur a dit : « À moins qu'on ne me prenne pour refuge, qu'on ne fasse la paix avec moi » (Ésaïe 27:5) ? Tout a été préparé pour la guérison de nos infirmités. Tout nous encourage à venir au Christ.

Le Sauveur a offert son corps brisé pour racheter l'héritage de Dieu et donner à l'homme une possibilité de salut. « C'est aussi pour cela qu'il peut sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. » (Hébreux 7:25) Par sa vie sans péché, son obéissance, sa mort sur la croix du Calvaire, le Christ a intercédé pour l'humanité déchue; et maintenant, ce n'est pas comme un simple suppliant qu'il plaide pour nous, mais comme un conquérant qui réclame les fruits de sa victoire. Son offrande est parfaite et, en tant qu'avocat, il exécute le mandat qui lui a été confié, tenant devant Dieu l'encensoir débordant de ses mérites, des prières, des confessions et des actions de grâces de son peuple. Remplies du parfum de sa justice, celles-ci montent vers Dieu comme une agréable odeur. L'offrande est agréée et le pardon couvre toutes les transgressions.

Le Christ s'est engagé à être notre substitut et notre garant, et il ne néglige personne. Celui qui n'a pas supporté que les êtres humains soient exposés à la ruine éternelle sans accepter la mort pour leur salut jettera un regard compatissant sur tout homme conscient de son incapacité à se sauver lui-même. Il relèvera quiconque le suppliera dans sa détresse. Par son expiation, il nous a donné accès à une source intarissable de puissance morale, aussi ne manquera-t-il pas d'utiliser cette puissance en notre faveur. Nous pouvons déposer à ses pieds nos péchés et nos peines, car il nous aime. Son regard et ses paroles nous invitent à la confiance. Il modèlera nos caractères pour les rendre conformes à sa volonté.

La coalition des puissances sataniques ne peut rien contre celui qui se jette avec confiance dans les bras de Jésus. « Il donne de la force à celui qui est fatigué, et il augmente la vigueur de celui qui tombe en défaillance. » (Ésaïe 40:29)

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » (1 Jean 1:9) Le Seigneur dit : « Reconnais seulement ton iniquité, reconnais que tu as été infidèle à l'Éternel, ton Dieu. » (Jérémie 3:13) « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. » (Ézéchiel 36:25)

Mais pour trouver le pardon et la paix, il faut se connaître soi-même, et cette connaissance doit produire la repentance. Le pharisien n'était nullement convaincu de péché. Le Saint-Esprit ne pouvait pas opérer en lui. Son âme était revêtue d'une armure de propre justice que ne pouvaient percer les flèches dirigées par la main des anges. Seul celui qui se reconnaît pécheur peut être sauvé. Le Christ est venu sur la terre « pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés. » (Luc 4:18) « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. » (Luc 5:31) Nous devons donc nous rendre compte de notre condition réelle pour désirer l'aide du Seigneur. Il faut avoir conscience du danger que l'on court pour s'enfuir vers un lieu de refuge. Celui qui ne ressent pas la douleur que lui causent ses blessures n'éprouvera pas le besoin d'en être guéri.

Voici ce que déclare le Seigneur : « Parce que tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n'ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, et des vêtements blancs, afin que tu sois vêtu et que la honte de ta nudité ne paraisse pas, et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies. » (Apocalypse 3:17,18) L'or éprouvé par le feu, c'est la foi qui est agissante par la charité. Elle seule nous mettra en harmonie avec Dieu. Nous pouvons être actifs, accomplir bien des oeuvres, mais sans l'amour qui animait le coeur du Sauveur, nous ne ferons jamais partie de la famille céleste.

Nul ne peut, par lui-même, prendre conscience de ses erreurs. « Le coeur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître? » (Jérémie 17:9) Les lèvres peuvent exprimer une misère spirituelle que le coeur n'est pas disposé à avouer. Tout en disant à Dieu que nous sommes de pauvres pécheurs, nous pouvons nous enorgueillir de notre humilité et exalter notre justice. Seule la contemplation du Christ nous permettra de nous voir tels que nous sommes. C'est parce que nous ne connaissons pas notre Sauveur que nous nous laissons griser par le sentiment de notre valeur personnelle. Sa pureté et sa perfection nous révèlent notre faiblesse, notre misère, nos défauts. Nous nous sentons alors perdus, sans espérance, recouverts de nos vêtements de propres justes, comme les autres pécheurs. Nous découvrons ainsi que le salut n'est pas offert en fonction de notre sainteté, mais par un effet de la grâce infinie de Dieu.

La prière du publicain fut exaucée parce qu'elle exprimait un sentiment de complète dépendance par rapport au Tout-Puissant. Pour cet homme, le moi n'était que honte. Il doit en être ainsi de tous ceux qui recherchent Dieu. Par la foi ― cette foi qui renonce à s'appuyer sur soi-même ― le suppliant doit s'en remettre à celui dont la puissance est infinie.

Aucune pratique extérieure ne peut remplacer une foi simple et une entière abnégation. Mais n'oublions pas que nul ne peut se dépouiller du moi si ce n'est par Jésus-Christ. C'est pourquoi le croyant dira : « Seigneur, prends mon coeur, car je ne puis te le donner. Il t'appartient. Garde-le pur, car j'en suis incapable. Sauve-moi en dépit de moi-même, de ce moi faible et si peu conforme à ton image. Modèle-moi, façonne-moi, élève-moi dans une atmosphère pure et sainte où les puissants courants de ton amour pourront atteindre mon âme. »

L'abnégation ne doit pas seulement marquer les débuts de la vie chrétienne, mais caractériser toutes les étapes de notre progression vers le ciel. Nos bonnes oeuvres dépendent toutes d'une puissance qui est extérieure à nous-mêmes. C'est pourquoi il faut que notre coeur, brisé, contrit et humilié, soupire sans cesse après Dieu et fasse monter vers lui une confession sincère. Renoncer constamment au moi et dépendre uniquement du Christ, telle est notre seule sauvegarde.

Plus nous nous approcherons de Jésus et plus nous distinguerons la pureté de son caractère, mieux nous saisirons l'extrême gravité du péché et moins nous serons enclins à l'orgueil. Ceux que le ciel reconnaît comme saints sont les derniers à faire parade de leur bonté. L'apôtre Pierre devint un fidèle serviteur du Christ, il reçut une grande mesure de puissance et de lumière divines. Il prit une part active à l'édification de l'Église, mais il n'oublia jamais la terrible expérience de son humiliation. Son péché était pardonné, cependant il savait très bien que seule la grâce du Christ pouvait le faire triompher de la faiblesse de caractère qui avait causé sa chute. Il ne trouvait en lui aucun motif de se glorifier.

Aucun des apôtres ou des prophètes n'a jamais prétendu être sans péché. Des hommes qui ont vécu très près de Dieu, des hommes qui auraient sacrifié leur vie plutôt que de commettre sciemment un acte coupable, des hommes que Dieu avait honorés de sa lumière et de sa puissance ont confessé leur nature pécheresse. Ils n'ont pas placé leur confiance dans la chair, ne se sont réclamés d'aucune justice qui leur fût propre, mais ils ont mis toute leur confiance en celle du Christ. Ainsi en sera-t-il de tous ceux qui contemplent le Sauveur.

À mesure que nous avançons dans l'expérience chrétienne, notre repentance s'approfondit. Le Seigneur dit à ceux qu'il a pardonnés, à ceux qu'il reconnaît comme son peuple : « Alors vous vous souviendrez de votre conduite qui était mauvaise, et de vos actions qui n'étaient pas bonnes; vous vous prendrez vous-mêmes en dégoût. » (Ézéchiel 36:31) Et encore : « J'établirai mon alliance avec toi, et tu sauras que je suis l'Éternel, afin que tu te souviennes du passé et que tu rougisses, afin que tu n'ouvres plus la bouche et que tu sois confuse, quand je te pardonnerai tout ce que tu as fait, dit le Seigneur, l'Éternel. » (Ézéchiel 16:62,63) Alors nous n'ouvrirons plus les lèvres pour nous glorifier et nous saurons que seuls les mérites du Christ sont suffisants. Nous confesserons avec l'apôtre : « Ce qui est bon, je le sais, n'habite pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair. » (Romains 7:18) « Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde! » (Galates 6:14)

Voici le commandement qui s'harmonise avec cette expérience : « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme en ma présence, mais bien plus encore maintenant que je suis absent; car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » (Philippiens 2:12,13) Vous ne devez pas craindre que les promesses de Dieu restent vaines, que sa patience se lasse et que ses compassions vous fassent défaut. Craignez plutôt que votre volonté ne soit pas soumise à celle du Christ, et que votre vie ne soit dirigée par vos traits de caractère, héréditaires ou acquis. « C'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » Craignez que le moi ne s'interpose entre votre âme et le Maître, et que votre volonté ne ruine le dessein de Dieu à votre égard. Enfin, ne vous fiez pas à vos propres forces; gardez-vous de retirer votre main de celle du Christ et de suivre le sentier de la vie loin de sa présence.

Il faut barrer la route à l'orgueil et à la propre justice; c'est pourquoi nous devons éviter de prodiguer ou de recevoir des flatteries ou des louanges. Flatter est l'oeuvre de Satan. Il excelle aussi bien dans cet art que dans celui de l'accusation. C'est ainsi qu'il cherche à perdre les âmes. Les personnes qui prodiguent des louanges à leurs semblables font le jeu de l'ennemi. Puissent ceux qui travaillent pour le Christ se détourner de ce danger! Que le moi soit renié. Jésus seul doit être exalté. Que tous les yeux soient dirigés vers « celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang » (Apocalypse 1:5), et que vers lui monte la louange de tous les coeurs.

Une vie où domine la crainte de Dieu ne sera pas une vie de tristesse et de chagrin. C'est l'absence du Christ qui donne au visage une expression d'abattement et qui réduit notre vie à un long chemin de larmes. Ceux qui sont remplis du sentiment de leur valeur et qui cultivent l'amour du moi ne ressentent pas le besoin d'une communion vivante et personnelle avec le Christ. Le coeur qui ne s'est pas brisé sur le Rocher divin se complait dans sa propre suffisance. Les hommes veulent une religion qui les glorifie et ils préfèrent prendre un chemin suffisamment large pour ne pas devoir renoncer à leur moi. Leur égoïsme, leur amour de la popularité et des louanges les éloignent du Sauveur. Or, sans lui, la vie n'est que tristesse et chagrin. Mais quand le Christ remplit une âme, il est une source de joie. Pour tous ceux qui le reçoivent, la joie est la note dominante de la parole de Dieu.

« Car ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint : j'habite dans les lieux élevés et dans la sainteté; mais je suis avec l'homme contrit et humilié, afin de ranimer les esprits humiliés, afin de ranimer les coeurs contrits. » (Ésaïe 57:15)

C'est alors qu'il était caché dans le creux du rocher que Moïse contempla la gloire de Dieu. Lorsque nous nous réfugierons en Christ, le Rocher brisé, il nous couvrira de ses mains percées et nous entendrons ce qu'il a dit à ses serviteurs. Dieu se révèle à nous, comme à Moïse, « miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, qui conserve son amour jusqu'à mille générations, qui pardonne l'iniquité, la rébellion et le péché. » (Exode 34:6,7)

L'oeuvre de la rédemption entraîne des conséquences qu'il nous est difficile de concevoir. « Ce sont des choses que l'oeil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont point montées au coeur de l'homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. » (1 Corinthiens 2:9) Quand le pécheur, attiré par la puissance du Christ, s'approche de la croix et se prosterne devant elle, il se produit une nouvelle création. Il reçoit un coeur nouveau, il devient une nouvelle créature en Jésus-Christ. La sainteté n'exige rien de plus. C'est Dieu lui-même qui justifie « celui qui a la foi en Jésus ». « Et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » (Romains 3:26; 8:30) Si grandes que soient la bonté et la dégradation dans lesquelles le péché nous a plongés, plus grands encore seront les honneurs et l'élévation que nous réserve l'amour rédempteur. Ceux qui s'efforcent de se conformer au modèle divin recevront une mesure des trésors du ciel et une puissance qui les élèveront même au-dessus des anges qui n'ont pas connu le péché.

« Ainsi parle l'Éternel, le rédempteur, le Saint d'Israël, à celui qu'on méprise, qui est en horreur au peuple, à l'esclave des puissants : des rois le verront, et ils se lèveront, des princes, et ils se prosterneront, à cause de l'Éternel, qui est fidèle, du Saint d'Israël, qui t'a choisi. » (Ésaïe 49:7)

« Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. » (Matthieu 23:12)