Jésus-Christ

Chapitre 53

Le départ définitif de la Galilée

Vers la fin de son ministère, le Christ introduisit un changement dans sa méthode de travail. (Ce chapitre est basé sur Luc 9:51-56; 10:1-24) Jusqu'ici Il S'était efforcé d'éviter l'agitation et la publicité, se dérobant aux hommages du peuple, et passant rapidement d'un endroit à un autre quand l'enthousiasme populaire qu'Il suscitait devenait irrésistible. À plusieurs reprises Il avait défendu qu'on Le proclamât le Christ.

Lors de la fête des tabernacles Il avait effectué avec rapidité et en secret Son voyage à Jérusalem. À Ses frères qui insistaient pour qu'Il Se présentât publiquement en qualité de Messie, Il avait répondu : « Le moment n'est pas encore venu pour moi. » (Jean 7:6) Il s'était rendu à Jérusalem sans être observé, et Il était entré dans la ville sans être annoncé et sans recevoir les honneurs de la foule. Il n'en fut pas ainsi lors de son dernier voyage. Il avait quitté momentanément Jérusalem en raison de la malice des prêtres et des rabbins. Maintenant Il Se met en devoir d'y revenir en faisant un détour, sans Se cacher, et Il fait annoncer Son arrivée. Allant au-devant de Son grand sacrifice, Il Lui convenait de provoquer l'attention du peuple.

« Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut, de même, que le Fils de l'homme soit élevé. » (Jean 3:14) Tous les regards d'Israël avaient été dirigés sur le serpent élevé comme symbole de leur guérison : de la même manière tous les yeux doivent se fixer sur le Christ, la victime qui, par Son sacrifice, procurera le salut au monde perdu.

C'était une fausse conception de l'oeuvre du Messie, ainsi qu'un manque de foi au caractère divin de Jésus, qui avaient poussé Ses frères à insister auprès de Lui pour qu'Il se présentât au public, à l'occasion de la fête des tabernacles. Pour des motifs semblables, les disciples, se rappelant Ses paroles au sujet de ce qui allait Lui arriver et connaissant la haine mortelle dont étaient animés les conducteurs religieux, auraient bien voulu pouvoir dissuader leur Maître de Se rendre à Jérusalem.

Pour le Christ c'est une tâche difficile que de s'avancer en dépit des craintes, du désappointement et de l'incrédulité de Ses disciples bien-aimés. Il lui est dur de les conduire vers l'angoisse et le désespoir qui les attendent à Jérusalem. Et Satan est là pour assiéger le Fils de l'homme de ses tentations. Pourquoi va-t-Il maintenant à Jérusalem, au-devant d'une mort certaine? Tout autour de Lui des âmes ont faim du pain de vie; des âmes souffrantes attendent une parole de guérison. À peine a-t-il commencé l'oeuvre de l'Évangile de Sa grâce. Il est encore dans la pleine vigueur de l'âge. Pourquoi ne S'avancerait-il pas dans les vastes champs du monde, apportant les paroles de sa grâce, et Sa puissance de guérison? Pourquoi ne s'accorderait-il pas la joie de donner la lumière et le bonheur à des millions d'êtres croupissant dans les ténèbres et la souffrance? Pourquoi laisserait-Il le soin de recueillir la moisson à des disciples de foi si débile, de compréhension si étroite et dont l'action est si lente? Pourquoi affronterait-Il la mort alors que Son oeuvre se trouve encore dans l'enfance? L'ennemi qui s'est attaqué au Christ, dans le désert, renouvelle aujourd'hui ses tentations les plus fortes et les plus subtiles. Si Jésus cède, un instant seulement, si, pour se sauver Lui-même, Il modifie Son attitude, les instruments de Satan triomphent et le monde est perdu.

Mais Jésus a pris « la ferme résolution de se rendre à Jérusalem ». La seule loi de Sa vie c'est la volonté de Son Père. Déjà, lors de Sa visite au temple, alors qu'Il n'était qu'un enfant, Il avait dit à Marie : « Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père? » À Cana, lorsque Marie Lui a demandé de manifester Sa puissance miraculeuse, Il a répondu : « Mon heure n'est pas encore venue. » (Luc 2:49; Jean 2:4) Les mêmes paroles Lui ont servi de réponse quand Ses frères l'ont supplié de Se rendre à la fête. Dans le grand plan divin une heure a été fixée où Il doit S'offrir pour les péchés des hommes : cette heure est sur le point de sonner. Il ne va pas défaillir. Il tourne Ses pas vers Jérusalem où, depuis longtemps, Ses ennemis trament contre Sa vie; Il va maintenant la leur abandonner et Il Se dirige hardiment vers la persécution, le reniement, la condamnation et la mort.

« Il envoya devant lui des messagers. » Ceux-ci « se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains » pour Lui préparer un logement. Mais on refusa de le recevoir parce qu'Il était en route vers Jérusalem. À cause de ce voyage, les Samaritains avaient l'impression que le Christ accordait la préférence aux Juifs, objet de leur haine la plus intense. Ils l'auraient accueilli joyeusement s'Il était venu rétablir le temple et le culte sur le mont Garizim; comme Il se rendait à Jérusalem, ils ne voulurent pas Lui accorder l'hospitalité. Ils étaient loin de penser qu'ils rejetaient le meilleur don du ciel. Jésus invitait les hommes à Le recevoir; Il leur demandait même des faveurs, et cela en vue de S'approcher d'eux pour leur dispenser Ses plus riches bénédictions. En échange de la moindre faveur reçue, Il accordait la grâce la plus précieuse. Mais le préjugé et l'étroitesse des Samaritains leur firent perdre tout cela.

Jacques et Jean, les messagers du Christ, furent très blessés par cette injure faite à leur Seigneur. Le voir si maltraité par les Samaritains alors qu'Il voulait bien les honorer de Sa présence, les remplit d'indignation. Récemment, sur la montagne de la transfiguration, ils avaient vu leur Maître glorifié par Dieu et honoré par Moïse et par Élie. Le manque d'égards dont les Samaritains s'étaient rendus coupables méritait, pensaient-ils, un châtiment signalé.

Ils rapportèrent au Christ les paroles de ces gens, et Lui dirent qu'on avait refusé de Le loger même pour une nuit. Ils pensaient qu'un tort grave Lui avait été fait et ils dirent, en regardant au loin dans la direction du mont Carmel, où Élie avait égorgé les faux prophètes : « Seigneur, veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel et de les consumer? » Ils constatèrent avec surprise que leurs paroles peinaient Jésus, et leur étonnement fut encore plus grand en entendant ce reproche : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l'homme est venu non pour perdre les âmes, mais pour les sauver. » (Luc 9:56 version synodale)

Le Christ s'en alla dans un autre village. Il n'appartenait pas à Sa mission de contraindre les hommes à Le recevoir. C'est Satan, et ce sont les hommes animés de son esprit, qui s'efforcent de violenter les consciences. Sous prétexte de zèle pour la justice, des hommes associés à de mauvais anges font souffrir leurs semblables pour les convertir à leurs idées religieuses; le Christ, lui, ne cesse de faire preuve de miséricorde, s'efforçant constamment de gagner les âmes par la manifestation de Son amour. Il ne peut tolérer aucun rival dans une âme, Il ne peut se contenter d'un service partiel; mais Il n'accepte qu'un service volontaire, le libre abandon d'un coeur pressé par l'amour. Notre empressement à nuire à ceux qui n'aiment pas notre oeuvre ou qui agissent contrairement à nos idées montre que nous sommes remplis de l'esprit de Satan.

Tout être humain appartient à Dieu, corps, âme et esprit. Le Christ est mort pour racheter tous les hommes. Rien ne contriste Dieu davantage que de voir des hommes qui, poussés par le fanatisme religieux, font souffrir ceux dont le Sauveur a payé la rançon par son sang.

« Jésus se mit en route pour se rendre aux confins de la Judée et de l'autre côté du Jourdain. Les foules s'assemblèrent de nouveau près de lui, et selon sa coutume, une fois de plus il les enseignait. » (Marc 10:1)

C'est en Pérée, une province qui se trouvait de l'autre côté du Jourdain par rapport à la Judée, que Jésus passa une grande partie des derniers mois de Son ministère. Là les foules se pressaient autour de Lui, comme cela avait eu lieu, en Galilée, au début de Son ministère et beaucoup de Ses premiers enseignements y furent répétés.

Comme il avait envoyé les douze apôtres, « Le Seigneur en désigna encore soixante-dix autres et les envoya devant lui, deux à deux, dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller. » Pendant quelque temps ces disciples s'étaient formés auprès de Lui, en vue de leur oeuvre. Alors que les douze accomplissaient une mission de leur côté, d'autres disciples accompagnaient Jésus dans Sa tournée en Galilée. Ils s'étaient ainsi trouvés intimement associés à Lui, et placés sous Sa direction personnelle. Maintenant ces nombreux disciples devaient, à leur tour, aller en mission de leur côté. Les soixante-dix reçurent les mêmes instructions qu'avaient reçues les douze, à l'exception toutefois de la défense d'entrer dans les villes des païens ou des Samaritains. Les Samaritains venaient de repousser le Christ, mais cela n'avait pas altéré Son amour pour eux. Quand les soixante-dix s'en allèrent, en Son nom, ils commencèrent par visiter les villes de la Samarie.

La visite du Sauveur en Samarie, et, plus tard, l'éloge du bon Samaritain ainsi que la joie reconnaissante du lépreux Samaritain qui, seul parmi les dix, était revenu pour exprimer au Christ sa gratitude : tout cela revêtait une profonde signification aux yeux des disciples. Cette leçon se grava profondément dans leurs coeurs. Dans l'ordre qu'il leur donna immédiatement avant Son ascension, Jésus mentionna la Samarie avec Jérusalem et La Judée comme étant les lieux où ils devaient d'abord prêcher l'Évangile. Son enseignement les avait préparés à se conformer à cet ordre. Et quand ils se rendirent en Samarie, au nom de leur Maître, ils trouvèrent une population prête à les recevoir. Les paroles d'éloges du Christ et ses oeuvres de miséricorde en faveur d'hommes appartenant à leur nation, étaient parvenues aux oreilles des Samaritains. Ils virent qu'Il n'avait que des pensées d'amour à leur égard, malgré la manière rude dont ils L'avaient traité, et leurs coeurs furent gagnés. Après Son ascension, ils accueillirent favorablement les messagers du Sauveur, et les disciples purent recueillir une précieuse moisson parmi ceux qui avaient été autrefois leurs plus grands ennemis. « Il ne brisera pas le roseau froissé et il n'étouffera pas le lumignon qui va s'éteindre. Il fera régner la justice en toute vérité. » « Et les nations espéreront en son nom. » (Ésaïe 42:3; Matthieu 12:21)

En envoyant les soixante-dix, Jésus leur recommanda, comme Il L'avait recommandé aux douze, de ne pas s'imposer là où on ne les recevrait pas volontiers. « Dans quelque ville que vous entriez, et où l'on ne vous recevra pas, allez sur ses places et dites : Nous secouons contre vous la poussière même de votre ville, qui s'est attachée à nos pieds; sachez pourtant que le royaume de Dieu est proche. » Ceci avait pour but, non pas de manifester du ressentiment pour une blessure d'amour-propre, mais de montrer combien c'est chose grave de refuser le message du Seigneur ou Ses messagers. Rejeter les serviteurs du Seigneur c'est rejeter le Christ lui-même.

Jésus ajouta : « Je vous dis qu'en ce jour, pour Sodome il y aura moins de rigueur que pour cette ville-là. » Puis Sa pensée alla vers les villes galiléennes où Il avait exercé une si grande partie de Son ministère. Il s'écria avec les accents d'une douleur sincère : « Malheur à toi, Chorazin! malheur à toi Bethsaïda! car, si les miracles faits au milieu de vous l'avaient été à Tyr et à Sidon, il y a longtemps qu'elles se seraient repenties, avec le sac et la cendre. C'est pourquoi, lors du jugement, pour Tyr et pour Sidon il y aura moins de rigueur que pour vous. Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel? Tu seras abaissée jusqu'au séjour des morts. »

Les plus riches bénédictions du ciel avaient été généreusement offertes à ces villes des bords de la mer de Galilée. Jour après jour, le Prince de la vie était allé et venu parmi les habitants. La gloire de Dieu, que des prophètes et des rois avaient souhaité voir, avait brillé sur des foules qui se pressaient sur les pas du Sauveur. Cependant le don du ciel fut refusé.

Faisant montre d'une prudence extrême, les rabbins avaient mis en garde contre les nouvelles doctrines enseignées par le nouveau docteur, qui, disaient-ils, étaient contraires à l'enseignement des pères. Au lieu de chercher à comprendre la Parole de Dieu pour soi-même, on donnait crédit à ce qu'enseignaient les prêtres et les pharisiens. On accordait aux prêtres et aux chefs l'honneur dû à Dieu, et l'on rejetait la vérité pour se conformer à leurs traditions. Plusieurs avaient reçu une impression favorable; bien que presque persuadés ils n'agirent pas selon leurs convictions et ne prirent pas position pour le Christ. Satan offrit ses tentations et ce qui était lumineux finit par sembler ténébreux. Ainsi plusieurs repoussèrent la vérité qui eût pu sauver leur âme.

Le Témoin fidèle dit : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. » (Apocalypse 3:20) Chaque réprimande, chaque exhortation, chaque avertissement contenu dans la Parole de Dieu ou donné par Ses messagers équivaut à un coup frappé à la porte du coeur. C'est la voix de Jésus sollicitant l'entrée. On est de moins en moins disposé à ouvrir à mesure que l'on résiste à ces appels. L'influence du Saint-Esprit, méconnue aujourd'hui, sera moins forte demain. Le coeur, devenu moins sensible, tombe dans une inconscience dangereuse qui fait sous-estimer la brièveté de la vie et l'approche de l'éternité. Si nous sommes condamnés au jour du jugement, ce ne sera pas pour avoir été dans l'erreur, mais pour avoir négligé les occasions d'apprendre à connaître la vérité que le ciel nous a offertes.

Comme les apôtres, les soixante-dix avaient été doués de facultés surnaturelles destinées à servir de sceau à leur mission. Une fois leur oeuvre achevée, ils revinrent avec joie, en disant : « Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton nom. » Jésus répondit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair. »

Les scènes du passé et de l'avenir défilèrent devant l'esprit de Jésus. Il vit Lucifer expulsé, pour la première fois, des lieux célestes. Il regarda en avant, vers sa propre agonie qui allait dévoiler, aux yeux de tous les mondes, le caractère du séducteur. Il entendit le cri : « Tout est accompli. » (Jean 19:30) annonçant que la rédemption d'une race perdue était définitivement rendue certaine et que le ciel était pour toujours à l'abri des accusations, des tromperies et des entreprises de Satan.

Par-delà la croix du Calvaire, par-delà l'agonie et l'opprobre, Jésus regarda en avant vers le grand jour final où le prince de la puissance de l'air sera détruit sur la terre qu'il a souillée de sa rébellion. Il vit l'oeuvre du mal arriver à son terme et la paix de Dieu remplir les cieux et la terre.

Dès ce moment les disciples du Christ devaient considérer Satan comme un ennemi vaincu. Sur la croix, Jésus allait remporter pour eux la victoire; son désir était qu'ils considérassent cette victoire comme la leur. « Voici, dit-il, je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions et sur toute la puissance de l'ennemi; et rien ne pourra vous nuire. »

La toute-puissance du Saint-Esprit est le refuge de toute âme repentante. Le Christ ne permettra pas qu'une seule âme, implorant Sa protection dans un esprit de repentance et de foi, tombe au pouvoir de l'ennemi. Le Sauveur se tient à ses côtés lorsqu'elle est tentée et éprouvée. Avec lui il ne peut y avoir ni échec, ni perte, ni impossibilité, ni défaite; nous pouvons tout par celui qui nous fortifie. Quand surviennent des tentations et des épreuves, n'essayez pas de tout arranger vous-mêmes, mais regardez à Jésus, votre assistant.

Il y a des chrétiens qui se préoccupent et qui parlent beaucoup trop de la puissance de Satan. Ils pensent à leur adversaire, prient à son sujet, parlent de lui, si bien que celui-ci finit par grandir démesurément dans leur imagination. Il est vrai que Satan est un être puissant; mais, grâce à Dieu, nous avons un Sauveur qui a chassé le malin du ciel. Satan se plaît à nous voir exagérer sa puissance. Pourquoi ne parlerions-nous pas plutôt de Jésus? Pourquoi n'exalterions-nous pas plutôt Sa puissance et Son amour?

L'arc-en-ciel de la promesse qui entoure le trône divin est un témoignage impérissable du fait que « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. » (Jean 3:16) Il atteste aux yeux de l'univers que Dieu n'abandonnera pas Son peuple en lutte avec le mal. Il nous assure force et protection aussi longtemps que ce trône lui-même demeure.

Jésus ajouta : « Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux. Ne vous réjouissez pas de la puissance que vous possédez, de crainte de perdre le sentiment de votre dépendance à l'égard de Dieu. Mettez-vous en garde contre un esprit de propre suffisance, qui vous ferait travailler avec vos propres forces plutôt que dans l'esprit et la puissance de votre Maître. Le moi est toujours prêt à s'attribuer le mérite du succès. Quand le moi est flatté et élevé, on néglige de montrer à d'autres que Dieu est tout en tous. L'apôtre Paul disait : « Quand je suis faible, c'est alors que je suis fort. » (2 Corinthiens 12:10) Le sentiment de notre faiblesse nous apprend à compter sur une puissance qui ne réside pas en nous-mêmes. Rien n'a, sur nos coeurs, une emprise plus grande qu'un sentiment constant de notre responsabilité à l'égard de Dieu. Rien n'exerce une influence plus profonde sur les mobiles de notre conduite que l'assurance du pardon offert par l'amour du Christ. Il nous faut entrer en contact avec Dieu, pour que nous soyons pénétrés de son Saint-Esprit, qui nous rendra capables de prendre contact avec nos semblables. Réjouissez-vous donc de ce que, par le Christ, vous êtes entrés en relations avec Dieu, et vous êtes devenus membres de la famille céleste. Aussi longtemps que vous regarderez en haut, vous aurez constamment le sentiment de la faiblesse de l'humanité. Moins vous chérirez le moi, mieux vous comprendrez l'excellence de votre Sauveur. Plus vous vous approcherez de la source de la lumière et de la puissance, plus vous serez illuminés, et plus vous serez à même d'accomplir de grandes choses pour Dieu. Réjouissez-vous de ce que vous êtes un avec Dieu, un avec le Christ, et avec la famille céleste tout entière.

Tandis que les soixante-dix disciples écoutaient les paroles du Christ, le Saint-Esprit présentait avec force, à leur esprit, les réalités vivantes, et gravait la vérité sur les tables de leurs coeurs. Quoique entourés de la foule, ils se sentaient seuls avec Dieu.

Voyant qu'ils avaient saisi l'esprit de son enseignement, « Jésus tressaillit de joie par le Saint-Esprit et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de les avoir révélées aux enfants. Oui, Père, parce que tel a été ton dessein bienveillant. Tout m'a été remis par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils, si ce n'est le Père, ni qui est le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

Les hommes que le monde honore, prétendus grands et sages, malgré toute la sagesse dont ils se vantent, n'ont pas compris le caractère du Christ. Ils l'ont jugé sur Son apparence extérieure, d'après l'état d'abaissement qui résultait de Son incarnation. C'est à de simples pêcheurs et péagers que fut donné de voir l'Invisible. Il est vrai que les disciples n'ont pas compris tout ce que Jésus voulait leur révéler; cependant peu à peu leurs esprits furent éclairés, à mesure qu'ils se soumirent plus complètement à la puissance du Saint-Esprit. Ils comprirent que le Dieu puissant, revêtu de notre humanité, se tenait au milieu d'eux. C'était pour Jésus un sujet de joie de constater que cette connaissance, refusée aux sages et aux prudents de ce monde, était révélée à ces hommes humbles. Souvent, alors qu'Il leur exposait les Écritures de l'Ancien Testament et en faisait l'application à Sa personne et à Son oeuvre d'expiation, Son Esprit les avait éveillés et transportés dans une atmosphère céleste. Ils comprenaient les vérités spirituelles dont les prophètes avaient parlé mieux que les auteurs eux-mêmes. Désormais ils liraient les Écritures de l'Ancien Testament non comme des doctrines émanant des scribes et des pharisiens, non comme de simples déclarations de sages morts depuis longtemps, mais comme une nouvelle révélation divine. Ils le contemplaient comme celui « que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il sera en vous » (Jean 14:17).

Le seul moyen de s'approprier plus parfaitement la vérité, c'est de conserver un coeur tendre et soumis à l'Esprit du Christ. Il faut vider l'âme de la vanité et de l'orgueil, pour que le Christ soit intronisé. La science humaine est trop bornée pour comprendre l'expiation. Le plan de la rédemption a une portée trop vaste pour être expliqué par la philosophie. Il restera toujours un mystère inaccessible aux raisonnements les plus profonds. La science du salut ne peut être expliquée, mais on peut la connaître par expérience. Celui-là seul qui voit son propre état de péché peut apprécier le Sauveur à Sa juste valeur.

Les leçons les plus instructives furent données par le Christ, tandis qu'Il Se rendait lentement de la Galilée vers Jérusalem. Les habitants de la Pérée, comme ceux de la Galilée, étant moins dominés par le fanatisme juif que les habitants de la Judée, les enseignements de Jésus trouvaient un écho dans les coeurs. On écoutait Ses paroles avec empressement.

Plusieurs des paraboles du Christ furent dites pendant ces derniers mois de Son ministère. Comme les prêtres et les rabbins le poursuivaient avec une haine croissante, Il voilait Ses avertissements sous des symboles. On ne pouvait se tromper sur Ses enseignements, et néanmoins on ne pouvait rien trouver dans Ses paroles qui fournit un motif d'accusation contre Lui. Dans la parabole du pharisien et du péager, La prière orgueilleuse : « Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes. » offrait un contraste frappant avec la supplication du pécheur repentant : « Sois apaisé envers moi, pécheur. » (Luc 18:11,13) C'est ainsi que le Christ stigmatisait l'hypocrisie des Juifs. Sous les images du figuier stérile et du grand souper, Il annonçait le jugement qui allait frapper la nation impénitente. Ceux qui avaient rejeté avec mépris l'invitation à la fête évangélique entendaient ces paroles d'avertissement : « Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon repas. » (Luc 14:24)

Des instructions de la plus haute valeur avaient été données aux disciples. La parabole de la veuve importune et celle de l'ami demandant à emprunter du pain, au milieu de la nuit, venaient renforcer ces paroles : « Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira. » (Luc 11:9) Souvent leur foi chancelante serait affermie par le souvenir de ces paroles du Christ : « Et Dieu ne ferait-il point justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tarderait-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. » (Luc 18:7,8)

Le Christ répéta la magnifique parabole de la brebis égarée et Il développa Son enseignement en parlant de la pièce d'argent perdue et de l'enfant prodigue. Les disciples n'étaient pas encore à même, à ce moment-là, d'apprécier pleinement Ses leçons; mais quand, après l'effusion du Saint-Esprit, ils assistèrent à l'entrée des Gentils dans l'Église, et virent la colère des Juifs envieux, ils purent mieux comprendre l'enseignement de l'enfant prodigue et s'associer à la joie du Christ exprimée par ces paroles : « Mais il fallait bien se réjouir et s'égayer, parce que ton frère que voilà était mort, et qu'il est revenu à la vie; parce qu'il était perdu, et qu'il est retrouvé. » (Luc 15:32,24) Et quand, au nom de leur Maître, ils affrontèrent l'opprobre, la pauvreté et la persécution, souvent ils affermirent leurs coeurs en se répétant les recommandations qu'il leur avait données au cours de ce dernier voyage : « Sois sans crainte, petit troupeau; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume. Vendez ce que vous possédez, et donnez-le en aumônes. Faites-vous des bourses qui ne s'usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, où il n'y a pas de voleur qui approche, ni de mite qui détruise. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur. » (Luc 12:32-34)