Jésus-Christ

Chapitre 48

Qui est le plus grand?

De retour à Capernaüm, Jésus ne réintégra pas les lieux où Il avait enseigné le public, mais avec Ses disciples Il chercha un refuge dans la maison qui allait être Son domicile temporaire. Pendant le temps qui Lui restait à passer en Galilée Il voulait se consacrer à l'instruction de Ses disciples plutôt que de travailler au milieu des foules. (Ce chapitre est basé sur Matthieu 17:22-27; 18:1-20; Marc 9:30-50; Luc 9:46-48)

En route vers la Galilée, le Christ s'était efforcé à nouveau de préparer l'esprit des disciples en vue des événements qui allaient se dérouler. Il leur fit savoir qu'Il montait à Jérusalem pour y être mis à mort et ressusciter. Il ajouta une sombre prédiction : Il allait être trahi et livré à Ses ennemis. Une fois de plus, les disciples ne Le comprirent pas. Bien qu'assombris par une profonde douleur, un esprit de rivalité se faisait encore jour dans leurs coeurs. Ils se disputaient pour savoir lequel d'entre eux aurait la première place dans le royaume. Soucieux de cacher à Jésus leur querelle, au lieu de se tenir tout près de Lui comme de coutume, ils musaient en arrière, si bien qu'Il les devança à l'entrée de Capernaüm. Jésus, qui lisait leurs pensées, désirait leur prodiguer Ses conseils et Ses instructions. Mais Il préféra attendre un moment paisible où leurs coeurs fussent ouverts pour recevoir ses paroles.

Ils avaient pénétré depuis peu dans la ville quand le percepteur des impôts du temple s'approcha de Pierre avec cette question : « Votre maître ne paye-t-il pas les deux drachmes? » Ce tribut n'était pas une taxe civile, mais une contribution religieuse que chaque Juif devait payer une fois par an pour l'entretien du temple. Refuser de payer ce tribut, c'était s'exposer à être considéré comme déloyal à l'égard du temple, – ce que les rabbins jugeaient très sévèrement. L'attitude que le Sauveur avait prise à l'égard des lois rabbiniques et les violents reproches adressés aux défenseurs de la tradition fournissaient un prétexte à ceux qui l'accusaient de vouloir renverser le service du temple. Ses ennemis apercevaient enfin l'occasion de le discréditer. Ils trouvèrent un allié empressé dans le percepteur d'impôts.

La question du percepteur donnait à entendre que le Christ manquait de loyauté à l'égard du temple; Pierre ne resta pas indifférent : plein de zèle pour l'honneur de son Maître, il se hâta de répondre, sans consultation préalable avec Jésus, que le tribut serait payé.

Pierre, cependant, ne comprenait pas parfaitement l'intention de l'interrogateur. Certaines catégories de personnes étaient exemptées du paiement de ce tribut. Lorsque, au temps de Moïse, les Lévites avaient été mis à part pour le service du sanctuaire, ils n'avaient pas reçu un héritage comme les autres tribus. « Lévi n'a reçu ni part ni héritage avec ses frères; c'est l'Éternel qui est son héritage. » (Deutéronome 10:9) Au temps du Christ les prêtres et les Lévites, toujours considérés comme affectés au service du temple, n'étaient pas tenus de payer cette contribution annuelle. Les prophètes étaient aussi exempts de ce paiement. Exiger ce tribut de Jésus, c'était ne tenir aucun compte de ses droits de prophète et de docteur et le traiter comme une personne ordinaire. S'il refusait de payer le tribut Il passait pour déloyal à l'égard du temple; en revanche, s'Il le payait, Il paraissait donner raison à ceux qui Lui déniaient le titre de prophète.

Peu de temps auparavant, Pierre avait reconnu Jésus comme le Fils de Dieu; maintenant il manquait l'occasion de mettre en lumière le caractère de son Maître. Sa réponse au percepteur – Jésus paierait l'impôt – paraissait confirmer l'idée que prêtres et chefs s'efforçaient de propager au sujet de Jésus.

Sans faire la moindre allusion à ce qui venait de se passer, Jésus demanda à Pierre, après qu'il Le vit entre dans la maison : « Qu'en penses-tu, Simon? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils des tributs ou un impôt : de leurs fils ou des étrangers? » Pierre répondit : « Des étrangers. » Jésus dit alors : « Les fils en sont donc exempts. » Les habitants d'un pays sont taxés pour l'entretien de leur roi, mais les enfants du monarque sont exempts. Israël, qui faisait profession d'être le peuple de Dieu, était tenu de pourvoir à Son service; Jésus, le Fils de Dieu, n'était pas soumis à cette obligation. Si les prêtres et les Lévites étaient exemptés en raison de leur rapport avec le temple, combien plus Lui, pour qui le temple était la maison de Son Père.

Si Jésus avait payé le tribut sans une protestation, Il eût virtuellement reconnu le bien-fondé de cette réclamation et infligé un démenti à sa divinité. Mais tout en jugeant pouvoir consentir à la demande, Il lui déniait toute légitimité. En pourvoyant au paiement du tribut Il donna une preuve de Son divin caractère. Il montrait qu'Il était un avec le Père et par conséquent dispensé de l'impôt auquel étaient soumis tous les sujets du royaume.

« Va à la mer, dit-il à Pierre, jette l'hameçon et tire le premier poisson qui viendra; ouvre-lui la bouche et tu trouveras un statère. Prends-le et donne-le leur pour moi et pour toi. »

Bien que Sa divinité eût revêtu l'humanité, ce miracle manifesta Sa gloire. De toute évidence, Il était Celui qui avait déclaré par l'intermédiaire de David : « C'est à moi qu'appartiennent tous les animaux des forêts, ainsi que les bêtes des montagnes, par milliers. Je connais tous les oiseaux des montagnes et tout ce qui se meut dans les champs m'appartient. Si j'avais faim, je ne t'en dirais rien; car à moi est le monde et tout ce qu'il renferme. » (Psaume 50:10-12)

Tout en déclarant sans ambiguïté qu'il ne se sentait nullement obligé de payer le tribut, Jésus ne voulut pas discuter avec les Juifs à ce sujet; Il savait qu'ils auraient interprété à faux Ses paroles et s'en seraient servi pour L'accuser. Pour éviter un scandale, Il consentit à faire ce que l'on n'était pas en droit d'exiger de Lui. Cette leçon allait être précieuse pour les disciples. Bientôt leurs rapports avec le service du temple allaient subir un changement; en attendant, le Christ leur conseillait de ne pas se mettre sans nécessité en opposition avec l'ordre établi. Autant que possible ils devaient éviter de fournir l'occasion de présenter leur foi sous un faux jour. Sans sacrifier un seul principe de la vérité, les chrétiens doivent éviter la controverse autant que possible.

Pendant que Pierre s'était rendu au bord de la mer, seul dans la maison avec les autres disciples, le Christ les interrogea : « De quoi discutiez-vous en chemin? » La présence de Jésus et Sa question leur fit voir les choses sous un jour tout nouveau. Honteux, se sentant condamnés, ils gardèrent le silence. Jésus leur avait dit qu'Il allait mourir pour eux; leur ambition égoïste faisait un contraste douloureux avec Son amour désintéressé.

En leur annonçant Sa mise à mort et Sa résurrection, Jésus s'efforçait d'amener la conversation des disciples sur la grande épreuve qui les attendait. S'ils s'étaient montrés capables de recevoir ce qu'Il avait à leur dire, ils se seraient évité bien des amères angoisses qui allaient les amener à la limite du désespoir. Il leur eût adressé des paroles susceptibles de les consoler à l'heure de la privation et du désappointement. Malgré ce qu'Il leur avait dit touchant le sort qui Lui était destiné, dès qu'Il leur eut fait savoir qu'Il était sur le point de monter à Jérusalem, ils se reprirent à espérer que le royaume serait bientôt établi. C'est ce qui les avait poussés à se disputer pour savoir qui occuperait les premières places. Pierre étant revenu de la mer, les disciples lui firent part de la question du Sauveur et l'un d'eux s'aventura finalement à demander à Jésus : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux? »

Le Sauveur appela les disciples auprès de Lui et leur dit : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. Ces mots furent prononcés sur un ton solennel et impressionnant, mais les disciples n'étaient pas à même de comprendre. Ils ne pouvaient voir ce que le Christ discernait. Leur ignorance et leur inintelligence quant à la nature du royaume du Christ étaient la cause apparente de leur dispute. Mais en réalité il y avait une cause plus profonde. Par un exposé sur la nature du royaume, Jésus aurait pu éteindre momentanément leur querelle; mais la cause profonde aurait subsisté. Même s'ils eussent été parfaitement instruits, une question de préséance eût suffi pour ranimer leur dispute. Il s'en serait suivi un désastre pour l'Église après le départ du Christ. La lutte pour la première place provenait du même esprit qui avait provoqué le grand conflit au commencement dans le monde supérieur et rendues nécessaires la venue du Christ sur la terre et sa mort. Une vision s'offrit alors au regard de Jésus. Il vit Lucifer, le « fils de l'aurore », nanti d'une gloire qui surpassait celle de tous les anges entourant le trône, uni au Fils de Dieu par le lien le plus intime. Lucifer avait dit : « Je serai semblable au Très-Haut. » (Ésaïe 14:12-15) Ce désir de gloire avait provoqué un conflit dans les parvis célestes et avait causé le bannissement d'une foule d'anges appartenant à l'armée divine. Si Lucifer avait réellement désiré être semblable au Très-Haut, il n'aurait jamais quitté la place qui lui était réservée dans le ciel; car l'esprit du Très-Haut se manifeste par un ministère désintéressé. Lucifer convoitait la puissance de Dieu, mais non Son caractère. Il recherchait la première place pour lui-même; quiconque est animé de son esprit agira de même. Il en résultera la haine, la discorde, la guerre. Le règne appartient au plus fort. Le royaume de Satan est celui de la force; chaque individu regarde son voisin comme un obstacle à son avancement, ou un tremplin pour s'élever plus haut.

Tandis que Lucifer considérait comme un bien à ravir d'être égal à Dieu, le Christ, souverainement élevé, « s'est dépouillé lui-même, en prenant la condition d'esclave, en devenant semblable aux hommes; après s'être trouvé dans la situation d'un homme, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix » (Philippiens 2:7,8). Maintenant la croix se dressait devant lui; or ses propres disciples étaient tellement imbus d'égoïsme – le principe qui est à la base du royaume de Satan – qu'ils ne pouvaient sympathiser avec leur Seigneur ni même le comprendre quand il leur parlait des humiliations qu'Il allait subir pour eux.

Avec beaucoup de tendresse, mais non sans solennité, Jésus s'efforça d'enrayer le mal. Il montra quel est le principe qui gouverne le royaume des cieux, en quoi consiste la vraie grandeur, selon l'étalon en usage dans les cours célestes. Ceux qu'animaient l'orgueil et le désir de se distinguer étaient préoccupés de leurs propres intérêts, des récompenses escomptées, plutôt que de manifester leur reconnaissance envers Dieu pour Ses bienfaits. Aucune place pour eux dans le royaume des cieux puisqu'ils combattaient dans les rangs de Satan.

L'humilité précède la gloire. Pour occuper une place élevée aux yeux des hommes, le ciel choisit l'ouvrier qui, comme Jean-Baptiste, prend une place humble devant Dieu. Le disciple qui ressemble davantage à un enfant est l'ouvrier le mieux qualifié pour l'oeuvre de Dieu. Les intelligences célestes sont prêtes à coopérer avec celui qui cherche à sauver les âmes et non à s'élever au-dessus des autres. Quiconque ressent profondément le besoin de l'aide divine priera en vue de l'obtenir; le Saint-Esprit lui donnera sur Jésus des lueurs qui fortifieront et ennobliront son âme. En pleine communion avec le Christ, il s'en ira travailler pour ceux qui périssent dans leurs péchés. Oint en vue de sa mission, il réussira là où d'autres, plus intelligents, mieux doués, ont échoué.

Quand des hommes s'enflent d'orgueil, s'imaginant être indispensables au succès du grand plan divin, le Seigneur les fait mettre de côté. Il montre ainsi qu'Il ne compte pas sur eux. Loin d'être arrêtée par leur départ, l'oeuvre avance avec plus de puissance.

Il ne suffisait pas aux disciples d'être instruits concernant la nature du royaume. Il leur fallait un changement du coeur qui les mit en accord avec ses principes. Appelant à lui un petit enfant, Jésus le plaça au milieu d'eux et le pressant tendrement dans Ses bras Il dit : « Si vous ne changez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. » La simplicité, l'oubli de soi-même, l'amour confiant d'un petit enfant : telles sont les qualités que le ciel apprécie. Elles constituent la vraie grandeur.

Jésus montra encore à Ses disciples que Son royaume ne se distingue pas par les grandeurs humaines et le faste. Aux pieds de Jésus on ne tarde pas à oublier toutes ces choses. Riches et pauvres, savants et ignorants communient ensemble sans aucune préoccupation de caste ou de primauté. Tous se réunissent en tant qu'âmes rachetées par le sang, également conscientes de leur dépendance de celui qui les a rachetés pour Dieu.

Elle a du prix, aux yeux de Dieu, l'âme sincère, animée d'un esprit de contrition. Sans tenir compte du rang social, de la richesse, du degré d'intelligence, il appose son sceau sur les hommes devenus un avec Christ. Le Seigneur de gloire agrée ceux qui sont doux et humbles de coeur. « Tu me donnes pour bouclier ton puissant secours, dit David... et ta bonté », – devenue un élément du caractère humain, – « me rend fort » (Psaume 18:36).

« Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants, dit Jésus, me reçoit moi-même; et quiconque me reçoit, ne me reçoit pas moi-même, mais celui qui m'a envoyé. » « Ainsi parle l'Éternel : Le ciel est mon trône et la terre est mon marche-pied... Voici celui sur lequel j'abaisse mes regards; c'est celui qui est humble, qui a l'esprit contrit et qui tremble à ma parole. » (Ésaïe 66:1,2)

Les paroles du Sauveur amenèrent les disciples à se défier d'eux-mêmes. Bien que personne n'eut été visé directement dans la réponse, Jean se demanda s'il avait bien agi dans un cas particulier. Avec une humilité toute enfantine il interrogea Jésus. « Maître, dit-il, nous avons vu un homme qui chasse les démons en ton nom et qui ne nous suit pas; et nous l'en avons empêché, parce qu'il ne nous suit pas. »

En réprimandant cet homme, Jacques et Jean avaient pensé sauvegarder l'honneur de leur Seigneur; ils commençaient à se rendre compte qu'en réalité ils avaient été préoccupés surtout de défendre leur propre honneur. Ils reconnurent leur erreur et acceptèrent le reproche que leur adressa Jésus : « Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse aussitôt après parler mal de moi. » Il ne convenait pas de repousser quelqu'un qui témoignait de la sympathie pour le Christ. Il y en avait beaucoup qui avaient été fortement impressionnés par le caractère et l'oeuvre du Christ, et dont les coeurs s'ouvraient à la foi en Lui. Incapables de juger des mobiles secrets, les disciples devaient se garder de décourager de telles âmes. Quand Jésus les aurait quittés, laissant son oeuvre entre leurs mains, ils ne devaient pas s'abandonner à un esprit étroit et exclusif, mais manifester plutôt la même large sympathie qu'ils avaient vu agir en leur Maître.

Le fait que quelqu'un ne se conforme pas en tout à nos idées ou à nos opinions ne nous autorise pas à lui interdire de travailler pour Dieu. Le Christ est notre grand Maître; notre rôle ne consiste pas à juger ou à commander, mais à nous asseoir humblement aux pieds de Jésus, nous laissant instruire par Lui. Toute âme que Dieu a amenée à Lui soumettre sa volonté peut devenir un instrument susceptible de révéler l'amour du Christ qui pardonne. Combien ne devons-nous pas veiller à ne point décourager un porteur de la lumière divine, interceptant ainsi les rayons qui devraient briller dans le monde.

Faire preuve de dureté ou de froideur à l'égard d'une âme attirée au Christ, – précisément ce qu'avait fait Jean en empêchant quelqu'un d'opérer des miracles au nom du Christ, – cela pouvait avoir pour résultat de pousser cette âme dans le sentier de l'ennemi et de causer sa perte. Ceci doit être évité à tout prix, car, dit Jésus, pour celui qui provoque cette perte, « il vaudrait mieux... qu'on lui mette au cou une meule comme en tournent les ânes, et qu'on le jette dans la mer. Et il ajouta : « Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le; mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie, que d'avoir les deux pieds et d'être jeté dans la géhenne. »

Pourquoi un langage aussi énergique? Parce que « le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19:10). Les disciples auraient-ils moins d'égards pour les âmes de leurs semblables que la Majesté du ciel? Chaque âme a coûté un prix infini; détourner une âme du Christ, faire en sorte que pour elle l'amour du Sauveur, son humiliation et son agonie aient été vains, c'est un horrible péché.

« Malheur au monde à cause des occasions de chute! car il est nécessaire qu'il se produise des occasions de chute. » Que le monde, inspiré par Satan, s'oppose aux disciples du Christ et s'acharne à détruire leur foi, c'est à quoi il faut s'attendre; mais malheur à celui qui agit de même tout en se couvrant du nom du Christ. Notre Seigneur est couvert d'opprobre par ceux qui présentent Son caractère sous un faux jour, entraînant des foules dans les sentiers de l'erreur.

Toute habitude, tout procédé susceptible d'induire quelqu'un au péché devrait être abandonné, coûte que coûte, afin d'éviter de déshonorer le Christ. La bénédiction céleste ne saurait être accordée à un homme violant les principes éternels du droit. Cultiver un seul péché suffit pour dégrader le caractère et égarer d'autres personnes. Si l'on n'hésite pas à sacrifier un pied ou une main, voire un oeil, pour épargner la mort à un corps, avec combien plus de soin devrions-nous rejeter loin de nous un péché occasionnant la mort de l'âme.

Dans le service rituel on ajoutait du sel à chaque sacrifice. Ceci avait pour but d'enseigner, de même que l'encens qui était offert, que seule la justice du Christ peut rendre le service agréable à Dieu. Jésus faisait allusion à cet usage quand il disait : « Tout homme sera salé de feu. » « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres. Voulons-nous nous offrir « comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Romains 12:1)? Il nous faut recevoir le sel salutaire, la justice de notre Sauveur. On devient alors « le sel de la terre » (Matthieu 5:13) réprimant le mal parmi les hommes de la même manière que le sel préserve de la corruption. Mais si le sel a perdu sa saveur, s'il n'y a qu'une simple profession de piété sans l'amour du Christ, cela n'est utile à rien. Aucune influence salutaire n'est exercée sur le monde. Si vous voulez édifier Mon royaume avec succès, dit Jésus, vous devez recevoir Mon Esprit. Si vous désirez être une odeur de vie pour la vie, devenez participants de Ma grâce. Il n'y aura plus alors aucune rivalité, aucune recherche du propre intérêt, aucun désir d'obtenir la première place. Vous serez animés de l'amour qui ne cherche pas son profit personnel mais celui d'autrui.

Que le pécheur repentant fixe ses regards sur « l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jean 1:29); en Le contemplant il sera transformé. La crainte fera place à la joie, les doutes à l'espérance. La gratitude sera éveillée. Le coeur de pierre sera brisé. L'âme sera inondée d'amour; le Christ sera en elle une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle. Quand nous voyons Jésus, l'Homme de douleurs, connaissant la souffrance, travaillant à sauver les âmes perdues, méprisé, tourné en dérision, chassé de ville en ville jusqu'à la fin de Sa mission; quand nous Le voyons en Gethsémané, suant des grumeaux de sang, puis agonisant sur la croix, – quand nous voyons tout ceci, le moi perd ses exigences. Si nous regardons à Jésus nous aurons honte de notre froideur, de notre léthargie, de notre égoïsme. Nous consentirons à être n'importe quoi ou même rien du tout, pourvu que nous puissions servir notre Maître de tout notre coeur. Nous serons heureux de porter la croix en suivant Jésus, et d'endurer l'épreuve, l'opprobre, la persécution par amour pour lui.

« Nous qui sommes forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas, et ne pas chercher ce qui nous plaît. » (Romains 15:1) Une âme qui croit en Christ, même si sa foi est faible, si sa marche est chancelante comme celle du petit enfant, ne doit pas être sous-estimée. Tout ce qui nous donne un avantage sur d'autres, – qu'il s'agisse d'instruction, de distinction, de noblesse de caractère, de formation chrétienne, d'expérience religieuse, – nous rend débiteurs à l'égard de ceux qui sont moins favorisés; nous devons nous mettre à leur service dans toute la mesure du possible. Sommes-nous forts? Soutenons les mains des faibles. Des anges glorieux, qui sans cesse contemplent la face du Père céleste, accomplissent avec joie leur ministère en faveur des plus petits. Les âmes tremblantes, ayant de déplorables défauts de caractère, leur sont spécialement confiées. Des anges sont toujours présents là où le besoin est le plus pressant, où la bataille fait rage, où les circonstances sont le plus décourageantes. Les vrais disciples du Christ doivent apporter leur coopération à ce ministère.

Si l'un de ces petits se laisse vaincre par le mal et commet une faute contre vous, il vous appartient de le relever. N'attendez pas qu'il fasse les premiers pas vers la réconciliation. « Qu'en pensez-vous? Si un homme a cent brebis et que l'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s'est égarée? Et, s'il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il s'en réjouit plus que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. De même ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits. »

Avec un esprit de douceur, et tout en prenant « garde à toi-même, de peur que toi aussi, tu ne sois tenté » (Galates 6:1), va vers celui qui s'est égaré, et « reprends-le seul à seul ». Ne le couvre pas de honte en racontant sa faute à d'autres; ne jette pas le déshonneur sur le Christ en publiant le péché ou l'erreur de quelqu'un qui porte Son nom. Il faudra souvent dire la vérité en toute franchise à l'âme égarée pour lui faire voir son erreur et l'amener à se réformer. Mais ce n'est pas à vous de juger ou de condamner. Ne cherchez pas à vous justifier vous-mêmes. N'ayez qu'un souci : sa guérison. Pour soigner les blessures d'une âme il faut beaucoup de délicatesse, de sensibilité. Il n'y a que l'amour émanant de Celui qui a souffert au Calvaire qui puisse se montrer efficace ici. Que le frère traite son frère avec une tendre pitié, sachant qu'en cas de réussite il aura sauvé « une âme de la mort » et couvert « une multitude de péchés » (Jacques 5:20).

Il se peut que cette tentative échoue. Dans ce cas, dit Jésus, « prends avec toi une ou deux personnes ». Peut-être que ces influences réunies auront plus de succès que la première. Neutres dans l'affaire, elles peuvent se montrer impartiales, ce qui donnera plus de poids à leurs conseils.

Si la personne en faute refuse d'écouter, alors, mais alors seulement, que l'affaire soit portée devant toute l'assemblée. Que les membres de l'Église, en tant que représentants du Christ, unissent leurs prières et leurs sollicitations faites avec amour en vue de la guérison spirituelle de l'offenseur. Le Saint-Esprit fera entendre sa voix par l'entremise de ses serviteurs, invitant avec instance la personne égarée à revenir à Dieu. L'apôtre inspiré l'a dit : « Comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ : Soyez réconciliés avec Dieu » (2 Corinthiens 5:20)! Celui qui rejette cette offre rompt le lien qui l'unit au Christ et s'exclut de la communion avec l'Église. Des lors, dit Jésus, « qu'il soit pour toi comme un païen et un péager ». Qu'on ne le considère pas, cependant, comme hors d'atteinte de la miséricorde divine. Que ses frères d'hier, loin de le mépriser ou de le délaisser, le traitent avec bonté et avec compassion, comme une brebis égarée que le Christ cherche encore à ramener au bercail.

Les directives données par le Christ concernant la conduite à tenir à l'égard des égarés ne font que répéter avec plus de clarté l'enseignement donné à Israël par l'intermédiaire de Moïse : « Tu ne haïras point ton frère dans ton coeur. Tu reprendras ton prochain, afin de ne pas te charger d'un péché à cause de lui. » (Lévitique 19:17) Si je néglige de relever ceux qui sont dans l'erreur et le péché, comme le Christ m'en fait le devoir, je deviens participant de leur péché. Nous sommes tout aussi responsables des maux que nous pouvions éviter que si nous en étions les auteurs.

C'est au coupable lui-même que nous devons parler de son tort. Pas de commérage, pas de médisance à ce sujet; même après que le cas a été déféré à l'assemblée, ne nous sentons pas libres d'en parler à d'autres. Faire connaître les fautes des chrétiens, c'est présenter une pierre d'achoppement au monde incroyant; en arrêtant notre pensée sur ces choses nous ne pouvons que nous faire du tort à nous-mêmes; car nous sommes changés à l'image de ce que nous contemplons. Tout en nous efforçant de corriger les erreurs d'un frère, nous serons amenés par l'Esprit du Christ à le protéger autant que possible des critiques de ses frères et davantage encore des blâmes que pourrait lui infliger un monde incrédule. Nous sommes aussi sujets à l'erreur et avons besoin de la pitié et du pardon du Christ; soyons pour d'autres ce que nous souhaitons qu'ils soient pour nous.

« Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Vous agissez en qualité d'ambassadeurs du ciel, votre oeuvre a des conséquences éternelles.

Nous ne sommes pas laissés seuls à porter cette responsabilité. Le Christ demeure partout où Sa parole est obéie avec sincérité. Il n'assiste pas seulement aux grandes assemblées; si petit que soit le nombre des disciples réunis en Son nom, Il est présent au milieu d'eux. Il déclare « que si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander quoi que ce soit, cela leur sera donné par mon Père qui est dans les cieux. »

Jésus dit : « Mon Père qui est dans les cieux », rappelant à Ses disciples que si d'une part Il reste attaché à eux par Son humanité, participant à leurs épreuves, sympathisant avec eux dans leurs souffrances, Il est en même temps uni au trône de l'Infini par Sa divinité. Merveilleuse assurance! Les intelligences célestes agissent unies aux hommes pour sauver les âmes perdues. Et toutes les puissances du ciel combinent leurs efforts avec l'ingéniosité humaine pour attirer les âmes au Christ.