Jésus-Christ

Chapitre 14

Nous avons trouvé le Messie

Jean-Baptiste prêchait et baptisait à Bethabara [lieu aussi appelé Béthanie] au-delà du Jourdain, non loin de l'endroit où Dieu avait arrêté les eaux du fleuve pour permettre le passage d'Israël. À quelque distance, la forteresse de Jéricho avait été renversée par les armées célestes. Le souvenir de ces événements donnait un intérêt saisissant au message du Baptiste. N'allait-il pas manifester à nouveau sa puissance pour délivrer Israël, Celui qui avait opéré de si grandes choses dans le passé? Cette pensée agitait les coeurs de la multitude s'assemblant, jour après jour, au bord du Jourdain. (Ce chapitre est basé sur Jean 1:19-51)

La prédication de Jean eut de tels effets sur la nation qu'elle attira l'attention des autorités religieuses. Le danger d'une insurrection faisait considérer avec suspicion, par les Romains, les rassemblements populaires; tout ce qui paraissait annoncer un soulèvement du peuple excitait l'inquiétude des maîtres de la nation juive. Jean n'avait pas sollicité du sanhédrin l'autorisation d'accomplir son oeuvre; il blâmait également les chefs et le peuple, les pharisiens et les sadducéens. Néanmoins le peuple le suivait avec ardeur. On s'intéressait de plus en plus à son oeuvre. Bien qu'il n'eût pas recours au sanhédrin, celui-ci le considérait comme étant sous sa juridiction, en qualité de docteur exerçant un ministère public.

Cet organisme, généralement présidé par le souverain sacrificateur, était composé de membres choisis au sein du sacerdoce et parmi les principaux anciens et docteurs de la nation. Hommes d'âge mûr, versés dans la religion et l'histoire du judaïsme, et possédant une culture générale, sans tare physique, ils devaient tous être mariés et avoir des enfants, ce qui faisait présumer d'eux plus d'humanité et de sagesse. Ils se réunissaient dans une salle contiguë au temple de Jérusalem. À l'époque de l'indépendance juive, le sanhédrin constituait la cour suprême de la nation, jouissant d'une autorité civile aussi bien qu'ecclésiastique. Subordonné actuellement aux gouverneurs romains, il continuait pourtant d'exercer une grande influence dans les affaires civiles et religieuses.

Le sanhédrin ne pouvait différer d'établir une enquête au sujet de l'oeuvre de Jean. Quelques-uns se rappelaient la révélation accordée à Zacharie dans le temple et la prophétie du père désignant son fils comme l'avant-coureur du Messie. On avait, dans une grande mesure, perdu ces choses de vue pendant les tumultes et les changements qui s'étaient produits au cours des trente dernières années. Mais elles furent rappelées à l'esprit par l'agitation que provoquait le ministère de Jean.

Depuis longtemps Israël n'avait pas eu de prophète; depuis longtemps on n'avait pas vu de réforme semblable à celle à laquelle on assistait. L'appel à confesser les péchés paraissait nouveau et faisait sensation. Bien des chefs s'abstenaient d'aller entendre les exhortations et les reproches de Jean, de crainte d'être amenés à dévoiler les secrets de leur vie. Jean annonçait le Messie d'une manière précise. On savait bien que les soixante-dix semaines de la prophétie de Daniel, aboutissant à l'avènement du Messie, étaient presque écoulées; et l'impatience d'entrer dans cette ère de gloire nationale, généralement attendue, se faisait sentir. L'enthousiasme populaire allait bientôt obliger le sanhédrin de sanctionner ou de rejeter l'oeuvre de Jean. L'influence de ce conseil sur le peuple allait diminuant. Il s'agissait de savoir comment il pourrait maintenir sa position. Pour arriver à une conclusion, on envoya au Jourdain une députation de prêtres et de lévites afin de conférer avec le nouveau docteur.

Une nombreuse assemblée écoutait les paroles de Jean lorsque les délégués s'approchèrent. Avec un air d'autorité destiné à impressionner le peuple, et à en imposer au prophète, les orgueilleux rabbins s'avancèrent. Saisie de respect, pour ne pas dire de crainte, la foule s'écarta pour leur livrer passage. Ces grands hommes, richement vêtus, fiers de leur rang et de leur pouvoir, se tenaient devant le prophète du désert.

- Toi, qui es-tu? demandèrent-ils. Devinant leur pensée, Jean répondit : « Moi, je ne suis pas le Christ. »

- Quoi donc?... Es-tu Élie?

- Je ne le suis pas.

- Es-tu le prophète?

- Non.

- Qui es-tu afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés; que dis-tu de toi-même?...

- Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Ésaïe.

Jean faisait allusion à la magnifique prophétie d'Ésaïe : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au coeur de Jérusalem et annoncez-lui que son temps d'épreuve a pris fin; que son iniquité est pardonnée... Une voix crie : Frayez dans le désert un chemin pour l'Éternel! Nivelez dans la plaine aride une route pour notre Dieu! Toute vallée sera comblée; toute montagne et toute colline seront abaissées; les hauteurs se changeront en plaines et les crêtes escarpées en vallons. Alors la gloire de l'Éternel sera manifestée et toutes les créatures, ensemble, en verront l'éclat. » (Ésaïe 40:1-5)

Autrefois, quand un roi voyageait à travers des régions peu fréquentées, des hommes étaient envoyés au-devant du chariot royal pour niveler les aspérités du terrain et combler les fossés, afin que le roi pût poursuivre sa route en sûreté et sans obstacle. Cette coutume sert d'image au prophète pour illustrer l'oeuvre de l'Évangile. Toute vallée sera comblée; toute montagne et toute colline seront abaissées. Quand l'Esprit de Dieu touche une âme de son merveilleux pouvoir vivifiant, l'orgueil humain en est abaissé. Les plaisirs du monde, la position et le pouvoir perdent toute valeur. « Les raisonnements et toute hauteur qui s'élève contre la connaissance de Dieu » (2 Corinthiens 10:5) sont renversés; « toute pensée est amenée captive à l'obéissance au Christ ». L'humilité et l'amour qui se sacrifie, généralement si peu appréciés des hommes, se redressent alors et prennent toute leur valeur. Telle est l'oeuvre de l'Évangile, dont le message de Jean constituait une partie.

Les rabbins continuèrent leur interrogatoire : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n'es pas le Christ, ni Élie, ni le prophète? » Les mots « le prophète faisaient allusion à Moïse. Les Juifs s'attendaient à ce que Moïse fût ressuscité d'entre les morts et enlevé au ciel. Ils ignoraient qu'il avait déjà été ressuscité. Quand le Baptiste commença son ministère, beaucoup pensèrent que c'était peut-être lui qui était le prophète Moïse ressuscité d'entre les morts; car il paraissait connaître à fond les prophéties et l'histoire d'Israël.

On pensait aussi qu'Élie apparaîtrait personnellement avant l'avènement du Messie. C'est en opposition avec cette attente que Jean nia d'être Élie; mais ses paroles avaient une signification plus profonde. Jésus devait dire plus tard, à propos de Jean : « Si vous voulez l'admettre, c'est lui qui est l'Élie qui devait venir. » (Matthieu 11.14) Jean est venu avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour accomplir une oeuvre semblable à la sienne. Cette oeuvre aurait trouvé son accomplissement chez eux si les Juifs l'avaient reçu. Mais ils n'acceptèrent pas son message. Ils ne le reconnurent pas comme Élie. Aussi ne put-il accomplir pour eux la mission dont il était chargé.

Parmi ceux qui, rassemblés au Jourdain, avaient assisté au baptême de Jésus, il y en eut peu à qui le signe donné fut rendu sensible. Au cours des mois qui avaient précédé, beaucoup avaient refusé l'appel à la repentance que leur offrait le ministère du Baptiste. De cette manière ils endurcirent leurs coeurs et obscurcirent leur entendement. Aussi ne perçurent-ils pas le témoignage que le ciel rendit à Jésus au moment de son baptême. Leurs yeux ne s'étaient jamais tournés avec foi vers celui qui est invisible; aussi ne purent-ils contempler la gloire de Dieu; leurs oreilles qui n'avaient jamais écouté sa voix ne purent entendre les paroles du témoignage. Il en est de même aujourd'hui. Souvent la présence du Christ et le ministère des anges se manifestent dans des assemblées, mais nombreux sont ceux qui ne s'en aperçoivent pas. Ils ne voient rien d'extraordinaire. Mais la présence du Sauveur est révélée à quelques-uns. La paix et la joie animent leurs coeurs. Ils sont réconfortés, encouragés et bénis.

Les députés de Jérusalem avaient demandé à Jean : « Pourquoi donc baptises-tu? Ils attendaient sa réponse. Soudain, tandis que son regard parcourait la foule, son oeil s'alluma, son visage resplendit, tout son être fut secoué par une vive émotion. La main tendue, il s'écria : « Moi, je baptise d'eau; au milieu de vous, il en est un que vous ne connaissez pas et qui vient après moi; je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. » (Jean 1.27)

Ce message clair et sans équivoque devait être rapporté au sanhédrin. Les paroles de Jean ne pouvaient s'appliquer qu'à celui qui avait été promis depuis longtemps. Le Messie était parmi eux! Prêtres et anciens regardèrent autour d'eux, étonnés, espérant découvrir celui dont Jean avait parlé. Mais on ne pouvait le distinguer dans la foule.

Quand, lors du baptême de Jésus, Jean l'eut désigné comme l'Agneau de Dieu, une nouvelle lumière se répandit sur l'oeuvre du Messie. Ces paroles d'Ésaïe revinrent à l'esprit du prophète : « Comme l'agneau qu'on mène à la boucherie. » (Ésaïe 53.7) Au cours des semaines qui suivirent, Jean s'appliqua de nouveau à l'étude des prophéties et à l'enseignement contenu dans le service des sacrifices. Il ne distinguait pas bien entre les deux phases de l'oeuvre du Christ – souffrant pour aboutir au sacrifice, puis revenant comme un roi conquérant – mais il comprit que Sa venue avait une signification profonde qui échappait aux prêtres et au peuple. Voyant Jésus parmi la foule, revenu du désert, il espéra qu'il donnerait au peuple quelque signe attestant son vrai caractère. Il attendait avec impatience une déclaration du Sauveur touchant sa mission; mais il n'y eut ni déclaration ni signe. Jésus ne fit aucune réponse à l'annonce du Baptiste, se contentant de se mêler aux disciples de Jean, sans donner aucune preuve extérieure de son oeuvre particulière et sans rien faire qui pût attirer l'attention sur lui.

Le jour suivant Jean voit Jésus venir à lui. La lumière de la gloire de Dieu enveloppe le prophète, qui étend sa main, en disant : « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. C'est celui dont j'ai dit : Après moi vient un homme qui m'a précédé... et moi, je ne le connaissais pas, mais, afin qu'il soit manifesté à Israël, je suis venu baptiser d'eau... J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui; et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise d'Esprit Saint. Et moi, j'ai vu et j'ai rendu témoignage que c'est lui le Fils de Dieu. » (Jean 1.29-34)

Était-ce le Christ? Le peuple considérait avec crainte et saisissement celui qui venait d'être désigné comme étant le Fils de Dieu. Les paroles de Jean avaient produit une émotion profonde. Il avait parlé au nom de Dieu. On l'avait écouté, jour après jour, reprenant les péchés, et l'on s'était, de plus en plus, convaincu qu'il était un envoyé du ciel. Mais qui était celui-ci, que Jean-Baptiste déclarait plus grand que lui-même? Rien dans son apparence ne dénotait son rang. Il avait, vêtu comme les pauvres gens, toutes les apparences d'un homme ordinaire.

Quelques-uns, au milieu de la foule, avaient vu la gloire divine et entendu la voix de Dieu, à l'occasion du baptême du Christ. Mais, depuis lors, l'apparence du Sauveur avait beaucoup changé. On l'avait vu, à son baptême, transfiguré par la lumière du ciel; aujourd'hui, pâle, épuisé, amaigri, il n'était reconnu que par le prophète Jean.

En le considérant de plus près, le peuple vit un visage où la compassion divine s'unissait au sentiment de la force. Son regard, ses traits exprimaient l'humilité, ainsi qu'un amour indicible. Une atmosphère d'influence spirituelle paraissait l'entourer. Aimable, sans prétention dans ses manières, il donnait cependant l'impression d'une puissance cachée, et pourtant visible. Était-ce vraiment celui qu'Israël avait si longtemps attendu?

Jésus est venu dans la pauvreté et l'humiliation afin d'être pour nous un exemple en même temps qu'un Rédempteur. Comment eût-il pu enseigner l'humilité s'Il était venu entouré de pompes royales? Comment eût-Il pu présenter des vérités aussi tranchantes que celles contenues dans le sermon sur la montagne? Où serait l'espoir des petits si Jésus était venu vivre en roi parmi les hommes?

Aux yeux des foules, toutefois, il paraissait impossible que celui que Jean leur avait désigné pût réaliser leurs hautes ambitions. C'est pourquoi beaucoup furent déçus et restèrent perplexes.

Prêtres et rabbins attendaient de Jésus la promesse d'un prompt rétablissement du royaume d'Israël : elle ne vint pas. Ils attendaient avec anxiété un tel roi, et ils l'eussent reçu. Ils n'étaient pas prêts à accueillir celui qui cherchait à établir dans leurs coeurs un royaume de justice et de paix.

Le lendemain, Jean, ayant à côté de lui deux de ses disciples, reconnut de nouveau Jésus dans la foule. Une fois de plus la lumière de l'Invisible éclaira le visage du prophète, qui s'écria : « Voici l'Agneau de Dieu! » Ces paroles, sans qu'ils les comprissent pleinement, firent tressaillir le coeur des disciples. Qu'était-ce que ce titre donné par Jean : l'Agneau de Dieu? À ce sujet Jean me s'était pas expliqué.

Ils laissèrent Jean, et se mirent à la recherche de Jésus. L'un était André, le frère de Simon; l'autre était Jean l'évangéliste. Ils devinrent les premiers disciples du Christ. Poussés par une force irrésistible, ils suivirent Jésus, désireux de s'entretenir avec lui, et cependant craintifs et silencieux, comme perdus dans la méditation de cette pensée qui les débordait : Est-ce vraiment le Messie?

Jésus savait qu'il était suivi par les disciples. Ils étaient les prémices de son ministère, et quelle joie pour le coeur du divin Maître, de voir ces âmes répondre à l'appel de sa grâce! Se retournant, il leur dit : « Que cherchez-vous? » Il les laissait libres de s'éloigner ou d'exprimer leur désir.

Ils n'avaient qu'un but à ce moment-là. Une présence remplissait leurs pensées. Ils s'écrièrent : « Rabbi, où demeures-tu? » Une courte entrevue, le long du chemin, ne pouvait leur offrir ce qu'ils désiraient. Ils voulaient être seuls avec Jésus, se placer à ses pieds, et recueillir ses paroles.

« Il leur dit : Venez et vous verrez. Ils allèrent et virent où il demeurait; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. »

Si Jean et André avaient eu l'esprit incrédule des prêtres et des anciens, ils ne se seraient pas placés, comme des élèves, aux pieds de Jésus. Prenant l'attitude de juges, ils auraient soumis ses paroles à une critique sévère. Beaucoup ferment ainsi la porte aux plus précieuses occasions. Ces premiers disciples avaient répondu à l'appel que le Saint-Esprit leur avait adressé par la prédication de Jean-Baptiste. Maintenant ils reconnaissaient la voix du Maître céleste. Les paroles de Jésus leur paraissaient pleines de fraîcheur, de vérité et de beauté. Une lumière divine éclairait pour eux les enseignements contenus dans l'Ancien Testament. Les divers aspects des thèmes de la vérité recevaient une nouvelle lumière.

La contrition, la foi et l'amour rendent l'homme apte à recevoir la sagesse du ciel. La foi qui est agissante par la charité est la clé de la connaissance; quiconque aime « connaît Dieu » (1 Jean 4:7).

Le disciple Jean était un homme aux affections profondes, ardent et contemplatif à la fois. Il avait commencé à discerner la gloire du Christ, non pas la gloire extérieure et la puissance mondaine qu'on lui avait appris à espérer, mais « une gloire comme celle du Fils unique venu du Père, pleine de grâce et de vérité » (Jean 1.14). Il restait absorbé dans la contemplation de ce thème merveilleux.

André, désireux de communiquer la joie qui remplissait son coeur, courut à la recherche de son frère Simon, et cria : « Nous avons trouvé le Messie. » Simon n'attendit pas une seconde invitation. Il avait, lui aussi, entendu la prédication de Jean-Baptiste, et il s'empressa auprès du Sauveur. Les yeux du Christ se posèrent sur lui, lisant son caractère et l'histoire de sa vie. Sa nature impulsive, son coeur aimant, son ambition, sa confiance en lui-même, sa chute et sa repentance, ses travaux et son martyre, le Sauveur lut tout cela, et il dit : « Tu es Simon, fils de Jean; tu seras appelé Céphas, ce qui se traduit : Pierre. »

Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il trouva Philippe. Jésus lui dit : « Suis-moi. » Philippe obéit à cet ordre et entra aussitôt au service du Christ.

Philippe appela Nathanaël. Ce dernier avait été présent au milieu de la foule au moment où le Baptiste avait désigné Jésus comme l'Agneau de Dieu. En considérant Jésus, il éprouva quelque désappointement. Pouvait-il être le Messie, cet homme qui portait les marques du travail et de la pauvreté? Néanmoins Nathanaël ne pouvait se décider à rejeter Jésus; le message de Jean avait déjà conquis son coeur.

Lorsque Nathanaël reçut l'invitation de Philippe, il était seul dans un bosquet tranquille, méditant sur ce que Jean avait dit et sur les prophéties relatives au Messie. Il demandait à Dieu de lui faire savoir si celui que Jean avait annoncé était vraiment le Libérateur, et le Saint-Esprit lui communiqua l'assurance que Dieu avait visité son peuple en lui suscitant un Sauveur. Philippe savait que son ami était occupé à sonder les prophéties; il découvrit sa retraite alors qu'il priait sous son figuier. Souvent, ainsi cachés par le feuillage, ils avaient prié ensemble dans cet endroit écarté.

Nathanaël vit une réponse directe à sa prière dans le message : « Nous avons trouvé celui dont il est question dans la loi de Moïse et dans les prophètes. » Mais la foi de Philippe était encore chancelante, comme on peut le voir par les paroles qu'il ajoute : « Jésus de Nazareth, le fils de Joseph. » Ces paroles réveillèrent les préventions de Nathanaël. Il protesta : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? »

Philippe n'entama pas de controverse. Il lui dit : « Viens et vois. » Jésus vit venir à lui Nathanaël et dit de lui : « Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n'y a pas de fraude. » Surpris, Nathanaël s'écria : « D'où me connais-tu? Jésus lui répondit : Avant que Philippe t'ait appelé, quand tu étais sous le figuier, je t'avais vu. »

Cela suffit. L'Esprit divin qui avait rendu témoignage à Nathanaël, pendant sa prière solitaire sous le figuier, lui parlait maintenant par Jésus. Alors qu'il doutait encore, dominé malgré tout par le préjugé, Nathanaël était venu au Christ, animé d'un désir sincère de connaître la vérité; maintenant son désir était exaucé. Sa foi dépassa bientôt celle de celui qui l'avait amené à Jésus. Il dit en effet : « Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu, c'est toi le roi d'Israël. »

Si Nathanaël avait pris les rabbins pour guides, il n'eût jamais trouvé Jésus. C'est parce qu'il voulut voir et juger par lui-même qu'il devint un disciple. Aujourd'hui beaucoup de personnes sont retenues loin du bien par quelque parti pris. Il en serait tout autrement si elles voulaient venir et voir.

On ne peut parvenir à la connaissance de la vérité aussi longtemps qu'on se fie à une autorité humaine. À l'exemple de Nathanaël, nous devons étudier la Parole de Dieu pour nous-mêmes, et prier en vue d'obtenir l'illumination du Saint-Esprit. Il nous apercevra dans le lieu secret de la prière, celui qui vit Nathanaël sous le figuier. Des anges sont envoyés du monde de la lumière auprès de ceux qui cherchent, humblement, les directions divines.

Les premières bases de la fondation de l'Église chrétienne furent jetées par l'appel de Jean, d'André, de Philippe et de Nathanaël. Jean donna deux de ses disciples au Christ. L'un de ceux-ci, André, amena son frère au Sauveur. Ensuite Philippe fut invité, et à son tour il se mit à la recherche de Nathanaël. Ceci devrait nous montrer combien il est nécessaire que nous fassions des efforts personnels pour attirer d'une manière directe nos parents, nos amis, nos voisins. Il en est qui, pendant toute leur vie, ont fait profession de connaître le Christ, et qui cependant n'ont jamais tenté un effort personnel pour amener qui que ce soit au Sauveur. Ils laissent ce travail entièrement à la charge du prédicateur. Mais ce dernier ne peut, quelles que soient ses capacités, accomplir seul la tâche que Dieu a confiée à tous les membres de l'église.

Ils sont nombreux ceux qui ont besoin des services de coeurs chrétiens et aimants. Beaucoup de ceux qui ont été précipités dans la ruine, auraient été sauvés, si leurs voisins, des hommes et des femmes ordinaires, avaient tenté quelque effort personnel en leur faveur. Bien des personnes attendent qu'on s'adresse à elles, personnellement. Dans notre propre famille, dans le voisinage, dans la ville où nous habitons, nous avons un travail à accomplir, en tant que missionnaires du Christ. Si nous sommes vraiment chrétiens, ce travail fera nos délices. Dès qu'un être est converti, un désir naît dans son coeur : celui de faire connaître l'Ami précieux qu'il a trouvé en Jésus. Il ne peut renfermer en lui-même la vérité salutaire et sanctifiante.

Toutes les âmes qui sont consacrées à Dieu deviendront des moyens de transmettre la lumière. Dieu se sert d'elles pour communiquer à d'autres les richesses de sa grâce. Cette promesse les concerne : « Je les comblerai de bénédictions, elles et les régions voisines de ma colline sainte. Je ferai tomber la pluie à la saison favorable ce sera une pluie de bénédictions. » (Ézéchiel 34.26)

Philippe dit à Nathanaël : « Viens et vois. » Il ne lui demanda pas d'accepter le témoignage d'autrui, mais de contempler lui-même le Christ. Depuis que Jésus est monté au ciel, ses disciples le représentent parmi les hommes; et l'un des moyens les plus efficaces pour lui gagner des âmes consiste en une vie quotidienne qui illustre son caractère. Notre influence dépend moins de ce que nous disons que de ce que nous sommes. On peut combattre nos arguments et défier notre logique, on peut résister à nos appels, mais une vie d'amour désintéressé est un argument irréfutable. Une vie conséquente, caractérisée par la douceur du Christ, est une puissance en ce monde.

L'enseignement du Christ était l'expression d'une conviction bien enracinée, fondée sur l'expérience; ceux qui apprennent de lui deviennent des maîtres selon l'ordre divin. La Parole de Dieu, prononcée par quelqu'un qui est sanctifié par elle, possède une force vivifiante qui attire à elle les auditeurs et leur apporte la conviction qu'il y a là une vivante réalité. Quand quelqu'un aime la vérité qu'il a reçue, il le manifeste par le ton de sa voix et des attitudes persuasives. Il fait connaître ce qu'il a entendu et vu, ce que ses mains ont touché concernant la parole de vie, afin que d'autres communient avec lui grâce à la connaissance du Christ. Son témoignage, sortant de lèvres purifiées par le charbon ardent de l'autel, fait l'effet de la vérité sur un coeur réceptif et opère la sanctification du caractère.

Il recevra une bénédiction, celui qui cherche à communiquer la lumière à d'autres. « L'âme bienfaisante sera rassasiée et celui qui arrose sera lui-même arrosé. » (Proverbes 11:25) Dieu pourrait atteindre Son but en sauvant les pécheurs sans notre concours; mais si nous voulons former un caractère semblable à celui du Christ, nous devons participer à son oeuvre. Si nous voulons participer à sa joie – la joie que procure la vue des âmes rachetées par son sacrifice – il nous faut prendre part à ses efforts salutaires.

Les paroles par lesquelles Nathanaël donna la première expression à sa foi, paroles si ardentes et sincères, furent une douce musique aux oreilles de Jésus, qui lui répondit : « Parce que je t'ai dit que je t'avais vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses que celles-ci! » Le Sauveur considérait avec joie l'oeuvre qui lui était réservée : prêcher la bonne nouvelle aux débonnaires, panser les coeurs brisés, et publier la liberté à ceux que Satan retenait captifs. Il ajouta, songeant aux précieuses bénédictions qu'il apportait aux hommes : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme. »

Jésus disait ainsi : Sur les rives du Jourdain les cieux se sont ouverts, et l'Esprit est descendu sur moi sous la forme d'une colombe, signe indiquant que je suis le Fils de Dieu. Votre foi sera vivifiée si vous croyez en moi. Vous verrez alors les cieux ouverts pour toujours. C'est moi qui vous les ai ouverts. Les anges de Dieu montent, portant au Père céleste les prières des âmes qui sont dans la détresse ou dans le besoin; ils descendent apportant aux enfants des hommes la bénédiction et l'espoir, le courage, le secours et la vie.

Les anges de Dieu vont continuellement de la terre au ciel et du ciel à la terre. Par leur ministère la puissance de Dieu accomplit les miracles du Christ, en faveur des affligés et des souffrants. Par leur ministère, tout bienfait nous vient, en Christ, de la part de Dieu. En assumant l'humanité, le Sauveur associe ses propres intérêts à ceux des fils et des filles déchus d'Adam, en même temps que par sa divinité il saisit le trône de Dieu. Ainsi le Christ est le moyen qui met en communication les hommes avec Dieu, et Dieu avec les hommes.