Jésus-Christ

Chapitre 10

Une voix dans le désert

Le précurseur du Christ s'éleva parmi les fidèles d'Israël qui avaient longuement attendu la venue du Messie. (Ce chapitre est base sur Luc 1.5-23, 57-80; 3.1-18; Matthieu 3.1-12; Marc 1.1-8) Le vieux prêtre Zacharie et sa femme Élisabeth étaient tous deux « justes devant Dieu ». Dans leur vie tranquille et sainte, la lumière de la foi brillait comme une étoile parmi les ténèbres de cet âge corrompu. Ce couple pieux reçut la promesse d'un fils, qui devait marcher « devant le Seigneur, pour préparer ses voies ».

Zacharie habitait dans « les montagnes de la Judée », mais il était monté à Jérusalem pour officier dans le temple pendant une semaine, un service exigé deux fois par an des prêtres de chaque classe. « Or, pendant son service sacerdotal devant Dieu, selon le tour de sa classe, il fut désigné par le sort, suivant la règle du sacerdoce, pour entrer dans le temple du Seigneur et pour y offrir le parfum. »

Il se tenait devant l'autel d'or dans le lieu saint du sanctuaire. Un nuage d'encens montait vers Dieu avec les prières d'Israël. Soudain il eut le sentiment d'une présence divine. Un ange du Seigneur se tenait « debout » à droite de l'autel des parfums ». Cette position de l'ange indiquait des intentions favorables, mais Zacharie ne s'en rendit pas compte. Pendant bien des années Zacharie avait fait de la venue du Rédempteur l'objet de ses prières; le ciel envoyait maintenant un messager pour lui annoncer que ses prières allaient être exaucées; mais il ne pouvait croire à une si grande grâce de la part de Dieu. Il était tout craintif et se sentait condamné.

Ces paroles vinrent le rassurer : « Sois sans crainte, Zacharie; car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jean. Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance. Car il sera grand devant le Seigneur : il ne boira ni vin, ni boisson enivrante, il sera rempli de l'Esprit-Saint... et ramènera beaucoup des fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu. Il marchera devant lui avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener le coeur des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, et pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé. Zacharie dit à l'ange : À quoi reconnaîtrai-je cela? Car je suis vieux, et ma femme est d'un âge avancé. »

Zacharie savait qu'un enfant avait été accordé à Abraham dans un âge avancé parce qu'il avait cru que celui qui avait fait la promesse était fidèle. Mais pour l'instant le vieux prêtre arrêta sa pensée sur la faiblesse de l'humanité. Il oublia que Dieu est capable d'accomplir ce qu'il a promis. Quel contraste entre cette incrédulité et la douce foi enfantine de Marie, la jeune fille de Nazareth, qui à l'annonce étonnante de l'ange avait répondu : « Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole. » (Luc 1.38)

La naissance du fils de Zacharie, ainsi que celle du fils d'Abraham et celle du fils de Marie, renferment une grande vérité spirituelle, que nous sommes lents à apprendre et prompts à oublier. Par nous-mêmes nous sommes incapables de faire aucun bien; mais ce que nous ne pouvons faire, la puissance de Dieu l'accomplira en toute âme soumise et croyante. C'est par la foi que fut donné l'enfant de la promesse. C'est également par la foi que la vie spirituelle est engendrée, et que nous sommes rendus capables d'accomplir des oeuvres de justice.

En réponse à la question de Zacharie l'ange dit : « Moi, je suis Gabriel, celui qui se tient devant Dieu; j'ai été envoyé pour te parler et t'annoncer cette bonne nouvelle. » Cinq cents ans auparavant, Gabriel avait fait connaître à Daniel la période prophétique devant s'étendre jusqu'à la venue du Christ. Sachant que cette période était près d'expirer, Zacharie s'était senti pressé de prier en vue de l'avènement du Messie. Maintenant le même messager qui avait apporté l'oracle à Daniel venait annoncer l'accomplissement.

Les paroles de l'ange : « Je suis Gabriel, celui qui se tient devant Dieu », montrent qu'il occupe une haute position d'honneur dans les parvis célestes. Un jour qu'il s'était présenté à Daniel porteur d'un message, il avait dit : « Il n'y a personne qui me soutienne contre les chefs ennemis, sinon Micaël [le Christ], votre propre chef. » (Daniel 10.21) C'est à Gabriel que faisait allusion le Sauveur quand il disait, dans l'Apocalypse, « qu'il a fait connaître » Sa révélation « par l'envoi de son ange à son serviteur Jean » (Apocalypse 1.1). Et cet ange déclara à Jean : « Je suis ton compagnon de service, et celui de tes frères les prophètes. » (Apocalypse 22.9) Magnifique pensée : c'est l'ange qui suit immédiatement le Fils de Dieu, quant au rang, qui a été choisi pour découvrir aux hommes pécheurs les desseins de Dieu.

Pour avoir exprimé un doute concernant les paroles de l'ange, Zacharie allait demeurer muet jusqu'à l'accomplissement. « Voici, dit l'ange, tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au jour où cela se produira, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps. « Le prêtre officiant dans ce service était tenu de prier pour demander le pardon des péchés publics et nationaux, et pour la venue du Messie; quand Zacharie essaya de le faire il ne put prononcer un seul mot.

Sorti pour bénir le peuple, « il se mit à leur faire des signes, et demeurait muet ». L'attente s'était prolongée, et l'on commençait à craindre qu'il eût été frappé par un jugement divin. Mais lorsqu'il sortit du lieu saint, son visage rayonnait d'une gloire divine « et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le temple ». Zacharie leur fit savoir ce qu'il avait vu et entendu. Puis, « lorsque ses jours de service furent achevés, il retourna chez lui ».

Sitôt que fut né l'enfant promis, la langue du père fut déliée, « il parlait et bénissait Dieu. La crainte saisit tous les habitants d'alentour, et, dans toutes les montagnes de la Judée, on s'entretenait de tous ces événements. Tous ceux qui en entendaient parler les prirent à coeur et dirent : Que sera donc ce petit enfant? » Tout ceci avait pour but d'appeler l'attention sur la venue du Messie que Jean avait la mission de préparer. Le Saint-Esprit reposa sur Zacharie et lui inspira ces magnifiques paroles par lesquelles il retraça à l'avance la mission de son fils :

« Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut;
Car tu marcheras devant le Seigneur pour préparer ses voies,
Pour donner à son peuple la connaissance du salut par le pardon de ses péchés,
Grâce à l'ardente compassion de notre Dieu.
C'est par elle que le soleil levant nous visitera d'en haut
Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort,
Et pour diriger nos pas dans le chemin de la paix. »
« Or le petit enfant grandissait et se fortifiait en esprit. Il demeurait dans les déserts, jusqu'au jour où il se présenta devant Israël. » L'ange avait dit, en annonçant la naissance de Jean : « Il sera grand devant le Seigneur : il ne boira ni vin, ni boisson enivrante, il sera rempli de l'Esprit-Saint. » Le fils de Zacharie avait été appelé à une oeuvre importante, la plus importante que Dieu ait jamais confiée à des hommes. Pour accomplir cette oeuvre, la coopération du Seigneur lui sera nécessaire. Et l'Esprit de Dieu ne l'abandonnera pas si les instructions de l'ange sont suivies.

Jean, messager de Jéhovah, apporte aux hommes la lumière divine. Par lui les pensées prennent une nouvelle direction. Il montre la sainteté des exigences divines et le besoin d'une justice parfaite venant de Dieu. Un tel messager doit être saint. L'Esprit de Dieu doit habiter en lui comme en un temple. L'accomplissement de cette mission demande une constitution physique normale et une grande vigueur mentale et spirituelle. Il faut donc qu'il sache dominer ses appétits et ses passions, et soit tellement maître de lui-même que les circonstances environnantes le laissent aussi ferme que les rochers et les montagnes du désert.

Au temps de Jean-Baptiste on était généralement avide de richesses et l'on aimait le luxe et l'ostentation. Les plaisirs sensuels, les festoiements et la boisson produisaient les maladies physiques et la dégénérescence, obscurcissant les perceptions spirituelles, diminuant la sensibilité au péché. Jean devait se présenter comme un réformateur. Sa vie d'abstinent et son vêtement simple devaient condamner les excès du temps. D'où les directions communiquées aux parents de Jean – une leçon de tempérance donnée par l'ange venu du trône des cieux.

Au cours de l'enfance et de la jeunesse le caractère est très impressionnable. C'est alors qu'il faut acquérir la maîtrise de soi-même. Au coin du feu et à la table familiale s'exercent des influences dont les résultats ont une durée éternelle. Bien plus que les dons naturels, les habitudes contractées dans les premières années décident si un homme sera victorieux ou vaincu dans la bataille de la vie. Le jeune âge est le temps des semailles. Il détermine la nature de la moisson pour la vie présente et pour la vie à venir.

En qualité de prophète, Jean devait « ramener le coeur des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes » afin de « préparer au Seigneur un peuple bien disposé ». Tout en préparant la voie devant le premier avènement du Christ, il représentait ceux à qui incombe la tâche de préparer un peuple pour la seconde venue de notre Seigneur. Le monde s'abandonne à la recherche de soi-même. Les erreurs et les fables abondent. Satan multiplie ses pièges pour détruire les âmes. Tous ceux qui désirent achever leur sanctification dans la crainte de Dieu doivent apprendre des leçons de tempérance et de maîtrise de soi-même. Les appétits et les passions doivent être assujettis aux plus nobles facultés de l'esprit. L'auto-discipline est indispensable pour obtenir une force mentale et un discernement spirituel permettant de comprendre et de mettre en pratique les vérités sacrées de la Parole de Dieu. Telle est la raison pour laquelle la tempérance trouve sa place dans l'oeuvre de préparation en vue de la seconde venue du Christ.

Selon l'ordre naturel des choses, le fils de Zacharie aurait dû être préparé pour le sacerdoce. Mais l'instruction reçue dans les écoles rabbiniques l'eût disqualifié pour l'oeuvre qui l'attendait. Dieu ne l'envoya pas auprès des professeurs de théologie pour y apprendre à interpréter les Écritures. Il l'appela au désert afin qu'il y connût la nature et le Dieu de la nature.

Il élut domicile dans une région solitaire, parmi des collines stériles, des ravins sauvages, des grottes rocheuses. Par sa propre décision, il préféra aux plaisirs et aux luxes de la vie la sévère discipline du désert. Les choses qui l'entouraient favorisaient des habitudes de simplicité et de renoncement. Sans être troublé par les rumeurs du monde, il pouvait étudier les leçons de la nature, de la révélation, de la Providence. Les paroles adressées à Zacharie par l'ange avaient souvent été répétées a Jean par ses parents pieux. Sa mission lui avait été présentée dès son jeune âge, et il avait accepté ce saint dépôt. La solitude du désert lui permettait de s'évader loin de cette société où régnaient la suspicion, l'incrédulité, l'impureté. Il se défiait de ses propres moyens pour résister à la tentation, et fuyait le contact du péché par crainte de perdre le sens de son caractère excessivement péchant.

Consacré à Dieu dès sa naissance, en qualité de Nazaréen, Jean restera fidèle à son voeu, toute sa vie. Comme les anciens prophètes, il porte un vêtement de poils de chameau retenu par une ceinture de cuir. Il se nourrit de sauterelles et du miel sauvage qu'il trouve au désert, et boit l'eau pure descendant des collines.

La vie de Jean ne se passait pas, cependant, dans l'oisiveté, dans un sombre ascétisme, dans un isolement égoïste. De temps en temps il sortait pour se mêler à la foule; il observait attentivement ce qui se passait dans le monde. De sa tranquille retraite il surveillait la marche des événements. Éclairé par l'Esprit divin, il étudiait le caractère des hommes, pour voir comment il pourrait atteindre les coeurs avec le message du ciel. Le fardeau de sa mission pesait sur lui. Dans la solitude, par la méditation et la prière, il équipait son âme en vue de l'oeuvre qui l'attendait.

Bien que séparé du monde, il subit les assauts du tentateur. Autant qu'il est en lui, cependant, il ferme toutes les issues par lesquelles Satan pourrait entrer. Sa claire perception des choses spirituelles, son caractère ferme et décidé, et l'aide du Saint-Esprit lui font reconnaître l'approche de Satan et lui permettent de résister à son pouvoir.

Jean a fait du désert son école et son sanctuaire. Comme Moïse sur les montagnes de Madian, il jouit de la présence de Dieu et voit les preuves de sa puissance.

Il ne lui était pas donné d'habiter, comme le grand conducteur d'Israël, dans la solennelle majesté des solitudes montagneuses; mais devant lui, au-delà du Jourdain, se dressaient les hauteurs de Moab, qui lui parlaient de celui qui a affermi les montagnes et les a revêtues de force. Le sombre et redoutable aspect de la nature désertique où il avait établi sa demeure offrait une peinture fidèle des conditions d'Israël. La vigne fertile du Seigneur était devenue une terre désolée. Mais au-dessus du désert les cieux apparaissaient lumineux et magnifiques. Les nuages qui s'assemblaient, chargés de tempêtes, étaient ornés de l'arc-en-ciel de la promesse. De même, au-dessus de la dégradation d'Israël resplendissait la gloire promise du règne messianique. Les nuages de la colère étaient accompagnés de l'arc-en-ciel de l'alliance de grâce.

Seul, dans le silence de la nuit, Jean lit la promesse par laquelle Dieu a annoncé à Abraham une postérité aussi nombreuse que les étoiles. Quand l'aurore se lève sur les montagnes de Moab, il pense à celui qui est comparé à « la splendeur du matin, au lever du soleil », à « un matin sans nuages » (2 Samuel 23.4). Sous l'éclat du soleil de midi il admire la splendeur de sa manifestation, quand « la gloire de l'Éternel sera manifestée et toutes les créatures, ensemble, en verront l'éclat » (Ésaïe 40.5). Saisi de crainte et cependant débordant de joie, il lit dans les rouleaux prophétiques, les révélations de la venue du Messie la postérité promise écrasant la tête du serpent; le Pacificateur paraissant avant l'extinction de la lignée de David. Maintenant le temps était arrivé. Un gouverneur romain siégeait dans le palais sur le mont Sion. Selon des déclarations certaines du Seigneur, le Christ était déjà né.

Jour et nuit Jean étudie, dans le livre d'Ésaïe, les portraits inspirés de la gloire du Messie le rejeton de la racine d'Isaï; le Roi de justice destiné à faire « droit aux humbles de la terre »; à être « un abri contre le vent et un refuge contre l'orage..., comme l'ombre d'un grand rocher dans un pays désolé ». Grâce à lui Sion ne serait plus nommée « la délaissée », ni sa terre « la dévastée »; mais on l'appellerait : « celle en qui j'ai mis mon plaisir »; et sa terre : « l'épouse » (Ésaïe 11.4; 32.2; 62.4). Le coeur du solitaire exilé est inondé d'une glorieuse vision.

Il contemple le Roi dans sa beauté, et il en oublie le moi. La majesté de la sainteté lui fait sentir son incapacité et son indignité. Il est prêt à partir en qualité de messager du ciel, ne redoutant rien d'humain parce qu'il aperçoit le divin. Il peut rester debout, sans crainte, en présence des monarques de la terre, parce qu'il s'est prosterné devant le Roi des rois.

Jean ne comprenait pas parfaitement la nature du royaume messianique. Il s'attendait à ce qu'Israël fût délivré de ses ennemis nationaux; mais la venue d'un Roi de justice, et l'établissement d'Israël en tant que nation sainte, voilà quel était le grand objet de son espérance. Il pensait que de cette manière s'accomplirait la prophétie donnée lors de sa naissance.

« Ainsi... se souvient-il de sa sainte alliance. ... Ainsi nous accorde-t-il, après avoir été délivrés de la main de nos ennemis, de pouvoir sans crainte lui rendre un culte dans la sainteté et la justice, en sa présence, tout au long de nos jours. »

Voyant son peuple trompé, satisfait de lui-même, endormi dans ses péchés, il désirait l'éveiller à une vie plus sainte. Le message dont il avait été chargé par Dieu se proposait de le tirer de sa léthargie et de lui communiquer un saint tremblement à la vue de sa grande méchanceté. Avant que la semence de la vérité pût se loger, le sol des coeurs devait être labouré. On ne chercherait la guérison auprès de Jésus qu'après avoir aperçu le danger provoqué par les blessures du péché.

Ce n'est pas pour flatter le pécheur que Dieu envoie ses messagers. Il ne délivre pas un message de paix susceptible de bercer les âmes non sanctifiées dans une fatale sécurité. Il fait peser de lourds fardeaux sur la conscience des malfaiteurs et transperce l'âme avec les flèches de la conviction. Par le ministère des anges les redoutables jugements de Dieu lui sont présentés afin de lui donner un sens aigu de son besoin et de lui arracher le cri : « Que dois-je faire pour être sauvé? » Alors la même main qui l'avait humilié jusque dans la poussière relève le pénitent. La voix qui s'était élevée avec vigueur contre le péché, qui avait jeté la confusion sur l'orgueil et l'ambition, demande avec une tendre sympathie : « Que veux-tu que je fasse pour toi? »

Quand le ministère de Jean commença, la nation se trouvait dans un état d'excitation et de mécontentement frisant la révolution. Archélaüs déposé, la Judée fut placée sous le contrôle direct de Rome. La tyrannie exercée par les gouverneurs romains, leurs exactions, leurs efforts renouvelés pour introduire des symboles et des usages païens, allumèrent la révolte qui fut étouffée dans le sang de milliers de héros israélites. Tout ceci rendait plus intense la haine nationale contre Rome et faisait désirer plus ardemment d'être délivré de son pouvoir.

Au milieu des querelles et des luttes, on entend une voix au désert, une voix éclatante et sévère, mais pleine d'espoir : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche! » Une puissance nouvelle, étrange, remue le peuple. Des prophètes ont annoncé la venue du Christ comme un événement éloigné; maintenant, on annonce qu'il est tout proche. L'aspect original de Jean fait penser aux anciens voyants. Par ses manières et ses vêtements il rappelle le prophète Élie. C'est d'ailleurs dans l'esprit et avec la puissance d'Élie qu'il stigmatise la corruption nationale et flagelle les péchés dominants. Ses paroles sont claires, directes, convaincantes. On le prend parfois pour un prophète ressuscité des morts. Toute la nation est en effervescence. Des foules accourent au désert.

Jean annonce la venue du Messie, invitant le peuple à la repentance. Il baptise dans les eaux du Jourdain; c'est là une image de la purification des péchés : autant dire que ceux qui prétendaient être le peuple choisi de Dieu étaient souillés par le péché, et que seule une purification du coeur et de la vie pouvait assurer une part au royaume du Messie.

Chefs et rabbins, soldats, publicains et paysans accouraient pour entendre le prophète. En un premier moment l'avertissement solennel de Dieu jeta l'alarme dans les esprits. Nombreux furent ceux qui se repentirent et furent baptisés. Des personnes de tout rang se soumettaient aux exigences du Baptiste dans l'espoir de participer au royaume annoncé.

Beaucoup de scribes et pharisiens venaient confesser leurs péchés et demander le baptême. Ils s'étaient fait passer pour meilleurs que les autres hommes et avaient entretenu une haute opinion de leur piété au sein du peuple; maintenant les secrets de leurs vies coupables étaient dévoilés. Mais le Saint-Esprit fit comprendre à Jean que plusieurs de ces hommes n'avaient pas une réelle conviction du péché. Ils étaient opportunistes. Ils pensaient que l'amitié du prophète leur assurerait la faveur du Prince qui allait venir. En recevant le baptême des mains de ce jeune instructeur populaire, ils comptaient accroître leur influence auprès du peuple.

Jean les reçut avec ces paroles mordantes : « Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir? Produisez donc du fruit digne de la repentance. Et n'imaginez pas pouvoir dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père; car je vous déclare que de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham. »

Dieu s'était engagé à être toujours favorable à Israël; les Juifs ont mal interprété cette promesse : « Ainsi parle l'Éternel, qui a créé le soleil pour donner de la lumière pendant le jour, qui a imposé ses lois à la lune et aux étoiles afin qu'elles brillent pendant la nuit; qui soulève les flots de la mer et les fait mugir, lui qui s'appelle l'Éternel des armées : Si jamais ces lois-là venaient à être anéanties pour moi, dit l'Éternel, alors seulement la race d'Israël pourrait cesser pour toujours de former à mes yeux une nation. Ainsi parle l'Éternel : Jamais, là-haut, les cieux ne pourront être mesurés, jamais ici-bas les fondements de la terre ne pourront être sondés; jamais, non plus, je ne rejetterai la race entière des enfants d'Israël à cause de tout le mal qu'ils ont fait, dit l'Éternel. » (Jérémie 31.35-37) Les Juifs pensaient que leur descendance naturelle d'Abraham leur donnait le droit de revendiquer cette promesse. Ils oubliaient les conditions posées par Dieu même. La promesse avait été précédée de ces paroles : « Je mettrai ma loi au dedans d'eux et je l'écrirai dans leur coeur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple... Car je pardonnerai leur iniquité et je ne me souviendrai plus de leur péché. » (Jérémie 31.33-34)

À un peuple qui a sa loi écrite dans les coeurs la faveur de Dieu est assurée. Ce peuple est étroitement uni à lui. Mais les Juifs s'étaient séparés de Dieu. Leurs péchés avaient attiré sur eux ses jugements. C'est pour cela qu'ils subissaient la domination d'une nation païenne. Leurs esprits étaient obscurcis par la transgression. Parce que Dieu leur avait été très favorable dans le passé, ils pensaient pouvoir excuser leurs péchés. Ils se flattaient d'être meilleurs que les autres hommes et de mériter les bénédictions divines.

Ces choses ont été écrites « pour nous avertir, nous pour qui la fin des siècles est arrivée ». (1 Corinthiens 10.11) Combien souvent nous nous méprenons sur les bénédictions divines, nous imaginant que ce sont nos mérites qui nous gagnent la faveur de Dieu. Aussi Dieu ne peut faire pour nous ce qu'il désire. Ses dons sont employés pour notre propre satisfaction et ne servent qu'à endurcir nos coeurs dans l'incrédulité et le péché.

Jean déclara aux instructeurs d'Israël que leur orgueil, leur égoïsme, leur cruauté attestaient qu'ils étaient une race de vipères, une vraie malédiction pour le peuple, et non pas les enfants d'Abraham, le juste et obéissant. Compte tenu des lumières reçues de Dieu, ils étaient même pires que les païens auxquels ils se croyaient si supérieurs. Ils avaient oublié le rocher d'où ils avaient été taillés, la carrière d'où ils avaient été tirés. Dieu n'avait pas besoin d'eux pour réaliser son dessein. Tout comme il avait appelé Abraham à sortir d'un milieu païen, il pouvait en appeler d'autres à son service. Des coeurs qui paraissaient aussi privés de vie que les pierres du désert pouvaient, grâce à l'action de l'Esprit, être vivifiés et rendus capables d'accomplir sa volonté et de bénéficier de sa promesse.

Le prophète ajoutait : « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit est coupé et jeté au feu. » Ce qui fait la valeur de l'arbre, ce n'est pas le nom qu'il porte, mais le fruit qu'il produit. Si le fruit est sans valeur, le nom ne saurait sauver l'arbre de la destruction. Jean dit aux Juifs que leur position devant Dieu dépendait de leur caractère et de leur vie. Une simple profession de foi est inutile. On n'est pas son peuple si la vie et le caractère ne sont pas en harmonie avec la loi de Dieu.

Ces paroles, qui sondaient les coeurs, amenaient la conviction chez les auditeurs. Ils s'adressaient à lui, lui demandant : « Que ferons-nous donc? » Sa réponse était : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » De plus, il mettait les publicains en garde contre l'injustice, les soldats contre la violence.

Il disait que tous les sujets du royaume du Christ sont appelés à donner des preuves de foi et de repentance. La bonté, l'honnêteté et la fidélité doivent se manifester dans leur vie. Ils doivent secourir les nécessiteux et apporter leurs offrandes à Dieu. Ils doivent protéger les gens sans défense, et donner un exemple de vertu et de compassion. C'est de cette manière que les disciples du Christ montreront la puissance transformatrice du Saint-Esprit. La justice, la miséricorde et l'amour de Dieu apparaîtront dans leur vie quotidienne. Sans cela ils ne seront que de la paille destinée à être jetée au feu.

« Moi, disait Jean, je vous baptise d'eau en vue de la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne mérite pas de porter ses sandales. Lui vous baptisera d'Esprit Saint et de feu. » (Matthieu 3:11) Le prophète Ésaïe avait annoncé que le Seigneur purifierait son peuple de ses iniquités, « en y faisant passer un souffle de justice, un vent de destruction ». Cette parole du Seigneur s'adressait à Israël : « Je laisserai de nouveau tomber ma main sur toi; je refondrai tes scories comme avec de la potasse et je te rendrai pure de tout alliage. » (Ésaïe 4.4; 1.25) Où que se rencontre le péché, « notre Dieu est aussi un feu dévorant » (Hébreux 12.29). Chez tous ceux qui se soumettent à son action, l'Esprit de Dieu consume le péché. Mais si un homme se cramponne à son péché, il finit par s'identifier avec lui. Alors la gloire de Dieu qui détruit le péché doit aussi détruire le pécheur. Après la nuit où il avait lutté avec l'ange, Jacob s'écria : « J'ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauvée. » (Genèse 32.30) Jacob s'était rendu coupable d'un grand péché dans sa conduite à l'égard d'Ésaü; mais il s'était repenti. Sa transgression avait été pardonnée, son péché lavé; c'est pourquoi il pouvait supporter la présence de Dieu. Mais chaque fois que des hommes se présentèrent devant Dieu tout en chérissant volontairement le mal, ils ont été détruits. Lors du second avènement du Christ les méchants seront consumés « par le souffle de sa bouche » et anéantis « par l'éclat de son avènement ». (2 Thessaloniciens 2.8) La lumière de la gloire de Dieu, source de vie pour les justes, détruira les méchants. À l'époque de Jean-Baptiste, le Christ était sur le point de paraître afin de révéler le caractère de Dieu. Sa seule présence suffirait à montrer aux hommes leurs péchés. Ceux-là seuls qui seraient disposés à se laisser nettoyer du péché pourraient entrer en communion avec lui. Seuls les coeurs purs pourront subsister en sa présence.

Tel fut le message que le Baptiste apporta à Israël de la part de Dieu. Plusieurs prêtèrent attention à ses instructions. Plusieurs, sacrifiant tout, obéirent. Des foules suivirent le nouveau maître de lieu en lieu, et quelques-uns mêmes espérèrent trouver en lui le Messie. Mais alors que Jean voyait ses auditeurs s'attacher à sa personne, il ne perdait pas une occasion de diriger leur foi vers celui qui allait venir.