Le Foyer Chrétien

Chapitre 86

La vie dans la maison du Père

L’Éden doit être restauré—Longtemps encore après que l’homme en ait été chassé, le jardin d’Éden demeura sur la terre. La race déchue fut autorisée à contempler le berceau de son innocence; seuls des anges gardiens en fermaient l’entrée. C’est à la porte du Paradis que se révélait la gloire de Dieu et c’est là qu’Adam et ses fils venaient l’adorer et renouveler leurs vœux d’obéissance à la loi qu’ils avaient transgressée, ce qui avait provoqué leur exil. Quand la marée de l’iniquité déferla sur le monde, que la méchanceté des hommes provoqua leur destruction par un déluge d’eau, la main qui avait planté le jardin d’Éden le retira de la terre. Mais, lors du rétablissement final, quand il y aura « de nouveaux cieux et une nouvelle terre », il sera rétabli et plus glorieusement orné qu’au début.

Alors, ceux qui auront gardé les commandements de Dieu jouiront d’une vigueur immortelle sous les ombrages de l’arbre de vie; à travers l’éternité, les habitants des mondes immaculés admireront dans l’Éden restauré un modèle de l’œuvre parfaite de la création divine, alors qu’elle était vierge encore de la souillure du péché, une image de ce que toute la terre serait devenue si l’homme avait collaboré au glorieux plan du Créateur.

Le vaste plan de la rédemption aura pour conséquence de réintégrer notre monde dans la faveur divine. Tout ce qui a été ruiné par le péché sera restauré. Non seulement l’homme sera racheté, mais avec lui notre terre, qui deviendra la demeure éternelle des élus. En vain, Satan aura lutté six mille ans pour en conserver la possession. Le but initial de Dieu sera atteint. « Les saints du Très-Haut recevront le royaume, et ils possèderont le royaume éternellement, aux siècles des siècles. »

« La rédemption de ceux que Dieu s’est acquis. »—Le premier dessein de Dieu en créant la terre se trouve réalisé dans le fait qu’elle devient l’habitation éternelle des rachetés. « Les justes hériteront la terre, et y demeureront pour toujours. » Il est venu le temps après lequel les saints hommes ont soupiré depuis que l’épée flamboyante a barré l’entrée du jardin d’Éden au premier couple—le temps fixé pour « la rédemption de ceux que Dieu s’est acquis ». La terre qui avait été confiée à l’homme comme son royaume, livrée par lui entre les mains de Satan et si longtemps dominée par ce puissant ennemi, a été reconquise grâce au vaste plan du salut.

Tout ce qui a été perdu par la faute du premier Adam sera rétabli par le second Adam. Le prophète Michée déclare: « Et toi, tour du troupeau, colline de la fille de Sion, à toi viendra, à toi arrivera l’ancienne domination. » De son côté, Paul fait allusion à la future « rédemption de ceux que Dieu s’est acquis ».

Dieu a créé la terre pour en faire la demeure d’êtres saints et heureux. Ce but sera atteint lorsque, renouvelée par la puissance divine et libérée du péché et de l’affliction, elle deviendra le séjour éternel des rachetés.

Adam réintégré dans le paradis originel—Après qu’Adam eut été expulsé d’Éden, sa vie sur la terre fut abreuvée de tristesse. Chaque feuille fanée, chaque victime des sacrifices, chaque altération dans la nature naguère si belle, chaque imperfection morale lui rappelait son péché. Il avait éprouvé de cuisants remords à la vue des progrès et des débordements de l’iniquité. Ses avertissements s’étaient heurtés à des accusations et à d’amers reproches. Humblement, patiemment, durant près d’un millénaire, il avait supporté la conséquence de sa transgression. Sincèrement repentant de son péché, il s’était confié dans les mérites du Sauveur promis, et s’était endormi avec l’espérance de la résurrection. Grâce au Fils de Dieu, qui a racheté l’homme de son péché et de sa chute, et grâce à son œuvre de propitiation, Adam peut maintenant réintégrer son premier domaine.

Ému et rayonnant de joie, il reconnaît les arbres qui faisaient autrefois ses délices, et dont il avait cueilli les fruits aux jours de son innocence et de sa félicité. Il voit les ceps qu’il a lui-même taillés et les fleurs qu’il aimait autrefois cultiver. La réalité de la scène le saisit; il retrouve l’Éden restauré plus beau encore qu’au jour où il en a été banni. Le Sauveur le conduit vers l’arbre de vie, cueille de son fruit glorieux, et l’invite à en manger. Regardant autour de lui, Adam voit réunie dans le Paradis de Dieu la multitude de ses enfants rachetés. Il dépose alors sa couronne éclatante aux pieds de son Rédempteur et se jette dans ses bras. Saisissant ensuite sa harpe d’or, il fait résonner les voûtes du ciel de ce chant: « Digne, digne, digne est l’agneau qui a été immolé, et qui est revenu à la vie! » La multitude se joint à son cantique, et tous, jetant leurs couronnes aux pieds du Rédempteur, se prosternent pour l’adorer.

Les anges qui ont pleuré à la chute d’Adam assistent à cette scène. Pleins de joie lorsque, au jour de sa résurrection, Jésus était monté au ciel ouvrant ainsi la porte de la tombe à tous ceux qui croiraient en lui, ils voient maintenant l’œuvre de la rédemption consommée, et s’unissent au cantique de louange.

Des demeures préparées pour les pèlerins terrestres—La crainte de matérialiser à l’excès l’héritage futur en a incité beaucoup à trop spiritualiser les vérités particulières qui nous invitent à fixer nos regards sur notre future demeure. Le Christ a promis à ses disciples qu’il s’en allait pour leur préparer une place dans la maison du Père. Ceux qui acceptent les enseignements de la Parole de Dieu ne seront pas laissés dans l’ignorance au sujet des demeures célestes. ... Le langage humain est incapable de décrire la récompense des justes. Ceux-là seuls qui la verront la connaîtront vraiment. Aucun esprit limité ne peut concevoir la gloire du paradis de Dieu.

Dans les Écritures, l’héritage des élus est appelé « une patrie ». Le divin Berger y conduit son troupeau aux sources des eaux vives. L’arbre de vie y donne son fruit chaque mois, et ses feuilles sont utilisées par les nations. Des ruisseaux intarissables d’une eau claire comme le cristal sont bordés d’arbres verdoyants qui jettent leur ombre sur les sentiers préparés pour les rachetés de l’Éternel. Là, d’immenses plaines s’arrondissent en collines gracieuses et les montagnes de Dieu dressent leurs cîmes altières. C’est dans ces vallées paisibles et le long de ces cours d’eau vive que le peuple de Dieu, longtemps étranger et voyageur, trouvera enfin un foyer.

Il y a des demeures pour les pèlerins que nous sommes; des robes de justice, des couronnes de gloire et des palmes de victoire. Tout ce qui nous a troublés dans la volonté de Dieu à l’égard du monde deviendra clair, ainsi que les choses difficiles à comprendre. Les mystères de la grâce nous seront dévoilés. Là où nos esprits bornés ne voyaient que confusion et promesses non réalisées, nous découvrirons une harmonie merveilleuse. Nous reconnaîtrons alors que c’est l’Amour infini qui a ordonné les épreuves les plus pénibles de notre existence. Lorsque nous prendrons conscience de la tendre sollicitude de celui qui fait tout concourir à notre bien, nous serons remplis d’une joie ineffable et glorieuse. ...

Nous approchons de la patrie céleste. Celui qui nous a aimés au point de mourir à notre place nous a préparé une cité. La nouvelle Jérusalem est notre hâvre de paix. Il n’y aura plus de tristesse dans la cité de Dieu, plus de cris de douleur, plus de chants funèbres sur nos espérances évanouies ou nos affections ensevelies. Bientôt les vêtements de servitude seront échangés contre l’habit de noce. Bientôt nous assisterons au couronnement de notre Roi. Ceux dont la vie aura été cachée avec le Christ en Dieu, qui auront combattu le bon combat de la foi, resplendiront de la gloire du Rédempteur dans le royaume de Dieu.

Les privilèges réservés aux rachetés—Le ciel est un endroit délicieux. Je languis d’y être, afin de contempler mon Sauveur adorable qui donna sa vie pour moi, et d’être transformée à son image glorieuse. Oh! si le langage pouvait décrire la gloire du monde futur! J’ai soif de l’eau vive du fleuve dont les courants réjouissent la cité de Dieu.

Le Seigneur m’a donné une vision des autres mondes. Des ailes me furent données, et un ange me conduisit dans un lieu brillant et glorieux. L’herbe était d’un vert vif, et les oiseaux chantaient une douce mélodie. Les habitants étaient de toutes statures: nobles, majestueux et beaux. Ils portaient l’empreinte de Jésus, et leurs visages exprimaient par une sainte joie la liberté et le bonheur qui régnaient dans ce lieu. Je demandai à l’un d’entre eux pourquoi ils étaient tellement plus beaux que ceux qui étaient sur la terre. Il me répondit: « Nous avons suivi strictement les commandements de Dieu, nous n’avons pas désobéi comme les habitants de la terre. » Je suppliai l’ange qui m’accompagnait de me laisser là tant je redoutais de revenir dans ce monde de ténèbres. Il me répondit: « Tu dois retourner sur la terre, mais, si tu es fidèle, toi et les 144000, vous aurez le privilège de visiter tous les mondes et de contempler les œuvres de Dieu. »

La famille céleste et la famille terrestre enfin réunies—Là, les rachetés « connaîtront comme ils ont été connus ». L’amour et la sympathie que le Seigneur a implantés dans nos cœurs trouveront leur expression la plus légitime et la plus douce. Une pure communion avec des êtres saints; une vie sociale harmonieuse avec les anges et les bienheureux de tous les siècles, qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l’agneau; des liens sacrés unissant « la famille » qui est « dans les cieux » à celle qui est « sur la terre »—voilà ce qui constituera la félicité des rachetés.

Les rachetés n’auront d’autre loi que celle du ciel. Ils formeront une famille heureuse et unie; ils seront revêtus de louanges et d’actions de grâces. Alors retentiront les saintes mélodies des étoiles du matin et tous les fils de Dieu feront éclater leurs cris de joie, tandis que Dieu et le Christ proclameront ensemble: « Il n’y aura plus ni péché, ni mort. »

Le spectacle de cette joie céleste [l’ascension du Christ] nous renvoie, à nous qui sommes sur la terre, l’écho de ces admirables paroles du Christ: « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » La famille du ciel et celle de la terre n’en font qu’une. C’est pour nous que le Seigneur est monté au ciel, et c’est pour nous qu’il vit. « C’est pour cela aussi qu’il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. »

Une promesse différée, mais certaine—Nous avons longtemps attendu le retour de notre Sauveur. Mais la promesse n’en est pas moins certaine. Bientôt nous entrerons dans le pays promis. Là, Jésus nous conduira sur les rives du fleuve d’eau vive jaillissant du trône de Dieu et il nous expliquera les épreuves mystérieuses qu’il a dû nous imposer sur terre pour perfectionner nos caractères. Là, dans une vision parfaite, nous admirerons les beautés de l’Éden restauré. Déposant aux pieds du Rédempteur les couronnes qu’il avait placées sur nos fronts et faisant vibrer nos harpes d’or, nous remplirons les cieux des louanges adressées à Celui qui est assis sur le trône.

Que tout ce qui est beau dans notre foyer terrestre évoque les rivières cristallines et les plaines verdoyantes, les arbres aux feuillages ondoyants et les fontaines vivifiantes, la cité lumineuse et les chanteurs vêtus de robes blanches—ce monde de beauté qu’aucun artiste ne saurait dépeindre, qu’aucune langue ne saurait décrire. « Ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. »