Le Foyer Chrétien

Chapitre 79

Nécessité des loisirs

Vues extrêmes au sujet des loisirs—Il est des gens à l’imagination malade pour lesquels la religion est un tyran qui les gouverne avec une verge de fer. Ils se lamentent constamment sur leur dépravation et gémissent sur quelque péché imaginaire. Il n’y a pas d’amour dans leurs cœurs. Ils arborent toujours une mine renfrognée et sont choqués par le rire innocent d’un enfant ou de quelque autre personne. Ils considèrent toute récréation et tout amusement comme un péché; ils pensent que l’on doit affecter sans cesse une expression aussi austère et rigide que la leur. C’est là un extrême. L’autre extrême consiste à croire que l’esprit doit être constamment prêt à inventer de nouveaux divertissements afin de conserver la santé. On prend ainsi l’habitude de se trouver dans un état de continuelle excitation et on se sent mal à l’aise dès qu’on en est privé. Les vrais principes du christianisme procurent à tous une source de bonheur dont on ne peut mesurer ni la hauteur, ni la profondeur, ni la longueur, ni la largeur.

Stimuler l’esprit et vivifier le corps—S’ils se proposent d’employer leurs forces physiques et mentales pour la gloire de Dieu, les chrétiens ont le droit et le devoir de stimuler leur esprit et de fortifier leur corps par de saines récréations. Nos distractions ne devraient pas dégénérer en scènes de gaieté folle, qui tournent finalement à la bêtise. Nous pouvons les concevoir d’une manière telle qu’elles élèvent ceux qui y prennent part, leur fassent du bien, et qu’elles nous qualifient tous pour un meilleur accomplissement des devoirs qui nous incombent en tant que chrétiens.

Il m’a été montré que les observateurs du sabbat travaillaient trop dur sans s’accorder ni détente ni repos. Le délassement est nécessaire à ceux qui travaillent manuellement et plus encore à ceux dont les activités sont purement intellectuelles. Imposer à nos esprits un effort constant et intensif, même sur des sujets religieux, n’est utile ni pour notre salut, ni pour la gloire de Dieu.

L’environnement de la maison et de l’école jouent un grand rôle en ce qui concerne la récréation. Dans le choix d’une demeure ou d’un lieu pour établir une école, on devrait en tenir compte. Ceux pour qui le bien-être mental et physique est plus important que l’argent, les exigences et les coutumes de la société, devraient rechercher pour leurs enfants les bienfaits de la nature, les enseignements et les distractions qu’elle nous offre.

Apprendre à se détendre pour avoir une meilleure efficience dans le travail—Le temps passé en exercices physiques n’est pas perdu. ... Il est indispensable de faire travailler chacun de nos organes et de développer chacune de nos facultés si l’on veut fournir un meilleur travail. Si le cerveau est constamment mis à contribution tandis que les autres fonctions restent inactives, il en résulte une perte de force physique et mentale. L’organisme est privé de tonus, l’esprit perd de sa vigueur, et il en résulte une agressivité morbide.

Il faut veiller avec soin à la régularité des heures de sommeil et de travail. Nous devons nous réserver des instants de repos, des moments de loisir et de méditation. ... Les principes de la tempérance ont une bien plus grande portée qu’on ne le pense généralement.

Les étudiants ont besoin de détente—Ceux qui poursuivent des études devraient pouvoir se détendre. L’esprit ne doit pas rester constamment fixé sur un sujet bien précis, sinon, le délicat mécanisme mental s’en trouvera affecté. Le corps, tout comme l’esprit, doit prendre de l’exercice.

Sans doute ces récréations, ainsi que le temps accordé à la culture physique, interromperont quelquefois le rythme habituel du travail scolaire, mais cette coupure n’aura pas de conséquences fâcheuses. Au contraire, elle permettra aux jeunes de reprendre des forces physiques et mentales, de développer en eux l’oubli de soi, et liera davantage, par les intérêts communs et l’amitié, le maître et ses élèves. C’est ainsi que l’énergie débordante de la jeunesse, qui est souvent pour eux une source de danger, sera dérivée d’une façon utile. Quand l’esprit est occupé par des sujets dignes d’attention, il est bien mieux protégé du mal que par toutes les barrières possibles du règlement et de la discipline.

Des employés de bureau qui ont besoin de quelques jours de détente—J’ai vu que bien peu de gens sont conscients du travail fidèle et fatigant accompli par ceux qui portent la responsabilité des travaux de bureau. Jour après jour et semaine après semaine, ils sont confinés à l’intérieur, tandis que leur esprit est soumis à une tension nerveuse qui mine leur santé et diminue leur vitalité. Ces frères courent le danger de s’effondrer d’un jour à l’autre. Ils ne sont pas immortels et, à moins d’un changement de leur part, ils risquent fort de s’épuiser à la tâche et d’être perdus pour l’œuvre.

Les frères A. B. et C. ont d’appréciables talents. Aussi nous ne pouvons pas leur permettre de rester enfermés et de se ruiner la santé par un travail incessant. ...

Ils n’ont guère eu de repos si ce n’est celui qu’il leur a fallu prendre par suite d’une forte fièvre ou d’une maladie. Ils devraient se distraire fréquemment, consacrer souvent une journée entière à se délasser avec leur famille, presque toujours privée de leur présence. Bien sûr, tous ne peuvent pas cesser le travail au même moment; mais ils devraient organiser leur emploi du temps de telle sorte qu’une ou deux personnes puissent partir en congé et se faire remplacer par d’autres, qui pourront ensuite obtenir à leur tour quelque repos.

J’ai vu que les frères A. B. et C. devraient considérer comme un devoir sacré de prendre soin de la santé que Dieu leur a donnée. Il ne leur demande pas maintenant d’être des martyrs pour sa cause. Ils n’obtiendront aucune récompense pour ce sacrifice, car Dieu désire qu’ils vivent.

Recherchez des distractions saines et enrichissantes—Il y a des manières de se distraire qui sont grandement profitables à la fois pour le corps et pour l’esprit. Un esprit éclairé et plein de discernement trouvera de nombreux moyens de se divertir et de se délasser, de façon à la fois saine et instructive. La récréation au grand air, la contemplation des œuvres de Dieu dans la nature sont du plus haut intérêt.

Je crois que, lorsque nous cherchons à nous délasser physiquement et intellectuellement, Dieu nous demande, à tout moment, d’utiliser au mieux nos facultés. Il nous est possible de nous réunir comme aujourd’hui, en faisant tout pour la gloire de Dieu; nous pouvons et devons nous récréer de manière à être ensuite à même de nous acquitter le mieux possible de nos devoirs, et d’influencer le plus favorablement les personnes de notre entourage. C’est particulièrement vrai pour la présente occasion qui devrait être un grand encouragement pour nous tous. Nous pouvons rentrer chez nous plus dispos de corps et d’esprit, et nous remettre à l’œuvre avec un espoir et un courage renouvelés.

L’appel de Dieu s’adresse à la jeunesse—« Mon fils, donne-moi ton cœur; je le garderai pur; je satisferai ses aspirations en lui offrant le vrai bonheur. » Dieu aime à rendre la jeunesse heureuse; c’est pourquoi il voudrait que les jeunes lui abandonnent leur cœur afin qu’il puisse maintenir la vigueur et l’équilibre de toutes les facultés qu’il leur a données. La vie qu’ils possèdent leur vient de Dieu. C’est lui qui fait battre leur cœur, qui donne de la force à chacune de leurs facultés. Une récréation pure ne saurait dévaloriser l’un ou l’autre des dons de Dieu.