La Foi Vivante

Chapitre 14

UN FORMALISME MORT - I

A. T. Jones

Israël dans son incroyance, privé de la justice qui vient de la foi et à cause de cela ne comprenant pas le grand sacrifice accompli par le Père céleste, a cherché la justice par la vertu du sacrifice lui-même et grâce au mérite de l'offrande du sacrifice.
 
C'est ainsi que toute forme de service fut pervertie, ainsi que tout ce que Dieu pouvait avoir prescrit comme moyens d'expression d'une foi vivante et qui ne pouvait avoir de signification réelle si ce n'est par la présence vivante de la puissance de Christ lui-même dans la vie. Et non seulement cela, mais ne trouvant en aucune de ces prescriptions ni dans leur ensemble la paix et le contentement d'une justice accomplie, ils ajoutèrent à ces choses que le Seigneur avait prescrites dans un autre but mais qu'ils avaient détournées vers des buts de leur propre invention -- ils y ajoutèrent dix mille traditions, exigences, distinctions compliquées de leur propre cru et tout cela, dans le vain espoir de parvenir à la justice. Car les rabbis enseignaient ce qui était en fait un aveu de désespoir, que « si, ne serait-ce qu'une personne, pouvait seulement, pendant un seul jour, observer toute la loi sans en excepter un point -- et même, si seulement une seule personne parvenait à observer cet unique point de la loi qui concerne les règles du Sabbat, alors les tourments d'Israël prendraient fin et le Messie viendrait enfin. » (Ferrar, Life and work of St Paul p. 37). Quelle description meilleure pourrait-on donner d'un formalisme mort? Et pourtant, malgré tout ce manque conscient dans leur vie, il y avait encore assez de prétendu mérite pour les porter à se considérer comme tellement meilleurs que les autres, que tous les autres n'étaient en comparaison que comme des chiens.
 
Il n'en est pas ainsi pour ceux qui sont comptés comme justes par le Seigneur à partir d'une foi vivante et librement consentie. Car lorsque le Seigneur compte un homme pour juste, il est en effet juste devant Dieu et par le fait même il est séparé de toutes les personnes du monde. Mais non en raison de quelque excellence propre, ni du mérite de quoi que ce soit. C'est entièrement dû à l'excellence du Seigneur et de ce que LUI a fait. Et l'homme pour qui cela est fait sait que, en lui-même, il n'est pas meilleur que n'importe qui d'autre; bien plutôt, à la lumière de la justice de Dieu qui lui est accordée gratuitement, lui, avec l'humilité de la vraie foi, regarde spontanément les autres comme étant au-dessus de lui-même [ Philippiens 2.3 ].
 
S'attribuer ainsi un grand mérite pour ce qu'on a fait soi-même, se considérer comme supérieur à tous les autres à cause de ses mérites, cela ne pouvait que conduire les hommes à l'absolue satisfaction de soi-même du pharisaïsme. Ils se mettaient tellement au-dessus de tout le monde qu'il n'y avait pas de base de comparaison possible. Prêcher comme une vérité de Dieu que Dieu ne fait pas acception de personne leur parut tout à fait subversif et ruineux.
 
Et pendant ce temps, qu'en était-il de la vie qu'ils menaient? Ce n'était qu'une vie d'injustice et d'oppression, de malice et d'envie, de discorde et de rivalité, de médisance et de cafardage, d'hypocrisie et de mesquinerie; ils se vantaient d'honorer profondément la loi et en violant celle-ci ils déshonoraient Dieu; leur coeur était plein de meurtres et leur bouche hurlait à la mort, ils réclamaient le sang d'un de leurs frères, mais ils ne pouvaient franchir le seuil du tribunal romain afin de ne pas se souiller. » [ Jean 18.28 ].
 
Incroyablement méticuleux sur le Sabbat, ils passaient la journée entière en espionnage perfide et conspirations criminelles. Ce que Dieu pensait et pense toujours de telles manières de se conduire, on le voit clairement pour notre propos actuel dans deux brefs passages de l'Écriture : « Je hais, je méprise vos fêtes, Je ne puis sentir vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, Je n'y prends aucun plaisir; Et les veaux engraissés que vous sacrifiez en actions de grâce, Je ne les regarde pas. Éloigne de moi le bruit de tes cantiques, je n'écoute pas le son de tes luths. Mais que la droiture soit comme un courant d'eau et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. » [ Amos 5.21-24 ].
 
Et à Juda vers la même époque, il dit la même chose en ces termes : « Écoutez la parole de l'Éternel, chefs de Sodome! Prête l'oreille à la loi de notre Dieu, peuple de Gomorrhe! Qu'ai-je à faire de la multitude de vos sacrifices? Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux; je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs. Quand vous venez vous présenter devant moi, qui vous demande de souiller mes parvis? Cessez d'apporter de vaines offrandes; j'ai en horreur l'encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes; elles me sont à charge. Je suis las de les supporter. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous les yeux; quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas. Vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l'opprimé; faites droit à l'orphelin, défendez la veuve. Venez et plaidons! dit l'Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s'ils sont rouge comme la pourpre, ils deviendront comme la laine. » [ Ésaïe 1.10-18 ].
 
C'est le Seigneur lui-même qui avait prescrit ces fêtes et ces assemblées solennelles, ces holocaustes, ces offrandes et ces actions de grâce, mais maintenant il dit qu'Il les hait et ne les acceptera plus. Leurs beaux hymnes, chantés par des choeurs exercés, accompagnés par des instruments et dont ils faisaient parade, tout cela qu'ils tenaient pour de la très belle musique, Il le traite de bruit et veut qu'on l'éloigne de Lui. Il n'avait jamais prescrit de jours de fêtes, d'assemblées solennelles, de sacrifices, d'offrandes, ni de chants dans un but tel que celui pour lequel on s'en servait. Il avait prescrit tout cela comme moyens pour l'expression digne d'une foi vive par laquelle le Seigneur lui-même habiterait dans le coeur et accomplirait la justice dans la vie, de telle sorte qu'avec droiture ils puissent faire droit à l'orphelin et défendre la veuve et de telle sorte que la droiture soit comme un courant d'eau et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit.
 
Des hymnes chantés avec la pompe et l'intonation à la mode d'un spectacle mondain ne sont que du bruit alors que l'expression toute simple « NOTRE PÈRE » émanant d'un coeur bouleversé par la puissance d'une foi vive et véritable, prononcée avec sincérité par des lèvres humaines est de la musique entendue par l'oreille inclinée du Père céleste et elle apporte à l'âme des bénédictions divines en abondance.
 
C'est à cela et à cela seul qu'il avait destiné ces choses et jamais on aurait dû s'en servir avec la vaine prétention qu'un formalisme mort pourrait répondre en toute justice de l'iniquité d'un coeur sensuel. Rien hormis l'effacement des péchés par le sang de l'Agneau de Dieu et la purification du coeur par une foi vive, rien d'autre que cela ne pourrait rendre ces choses acceptables à Celui qui les a prescrites.