L'esprit de la papauté

Chapitre 2

Quel fut le processus d'éloignement puis d'opposition à Dieu?

La position des chérubins était intimement liée au trône de Dieu. Ils sont constamment à proximité de l'arche du témoignage qui contient la loi de Dieu. Ils font partie de la base du trône de Dieu. Puisque le sanctuaire terrestre a été construit en imitation du sanctuaire céleste, il est certain que le lieu le plus sacré se trouve celui où se manifeste la gloire de Dieu, entre les chérubins, au-dessus de l'arche recouverte par le propitiatoire ou « siège de la miséricorde ». On conçoit alors facilement qu'une défection émanant de l'un des êtres commis à une fonction aussi sacrée soit des plus graves. Elle a un retentissement proportionné avec la nature même de cette fonction et de tous les privilèges qui s'y rapportent. Ces derniers ne peuvent être comparés avec ceux d'une fonction subalterne. Souvenons-nous de ce verset de l'Écriture si important pour notre vie quotidienne: « la justice et l'équité sont à la base de son trône » (Psaumes 97:2).

L'esprit de prophétie affirme que nous ne pouvons réellement ni comprendre ni expliquer l'origine du mal. L'expliquer serait le justifier. Mais nous pouvons discerner le cheminement qu'il a suivi depuis le coeur de l'une des créatures les plus proches de Dieu. « Parfaite en beauté et en sagesse, marchant dans les pierres de feu, les ailes déployées ». Tant de splendeur et de perfection éclataient chez Lucifer qu'il se prit à se regarder lui-même, oubliant qu'il tenait tout cela uniquement de la bonté de son Créateur; mais qu'il n'avait rien de tout cela en lui-même ou par sa propre vertu.

Aujourd'hui, combien d'hommes comprennent que chacun de nous dépend de Dieu à chaque instant, pour chaque battement de coeur, pour l'exercice de chaque capacité spirituelle, morale ou physique. « Ton coeur est devenu arrogant à cause de ta beauté; tu as corrompu ta sagesse par ta splendeur. » (Esaïe 28:17). Ses perfections étaient si grandes qu'il en vint à estimer que sa place, si élevée soit-elle, ne correspondait pas à ses capacités. C'était une place trop limitée, trop étroite pour lui. Il en vint à ambitionner davantage, un rôle plus élevé. Mais, en fait, il n'y avait plus personne au-dessus de lui, entre lui et Dieu. La seule élévation possible qui se présentait était de devenir « l'égal de Dieu ». Il se donnait tout le crédit de ce qu'il était oubliant que ce n'était qu'un don de Dieu par Jésus-Christ. Il désirait une existence qui lui soit propre, non dépendante. Il s'estimait capable de rivaliser avec Dieu, si on lui laissait le champ libre.

Séduit par un faux raisonnement, il corrompit sa sagesse, entraînée par une évaluation basée sur des apparences et non sur des réalités profondes. Ses conceptions devinrent confuses, car il les faisait toujours passer par le biais de son ambition personnelle. Cependant, rien ne lui indiquait que Dieu partageât son opinion sur lui-même. Il en conclut que quelqu'un s'interposait à ce partage du pouvoir divin; ce ne pouvait être que Jésus-Christ qui pénétrait les desseins de Dieu, partageant pleinement sa nature, ses buts et son caractère. Jésus-Christ était celui qui constituait l'obstacle à une démonstration, face aux êtres célestes, de ses grandes capacités. Il se sentait éclipsé par lui dans l'adoration des anges. Il fallait donc le supplanter, l'écarter afin de pouvoir « monter sur la montagne de Dieu ». « Je m'assiérai sur la montagne de l'assemblée, à l'extrémité du septentrion. » (Esaïe 14:13). Le septentrion signifie un endroit particulier où la Majesté des cieux siège dans la montagne de Sa Sainteté. Utiliser ce terme revenait à dire qu'il voulait vraiment s'empaler de la première place, unique en son genre, attribuée à la Divinité seule. Mais comme cette réalisation ne lui était pas donnée, il devait la prendre de force, par tous les moyens. Il ne fit désormais que méditer comment il pourrait parvenir à ses fins. Il voulait bouleverser l'ordre ancien des choses; il en venait à jauger toute chose selon ses nouvelles vues. Étant intérieurement séparé de Dieu, même si ce n'était pas encore vraiment visible, les ténèbres s'emparaient de son esprit et il ne voyait qu'au travers d'une lumière faussée... Tous ses raisonnements furent de sa propre production et non de celle de L'Esprit de Dieu en lui.

Cependant, rien ne lui indiquait que Dieu pensait de lui comme il le faisait lui-même. Dieu ne lui offrait aucune occasion de faire valoir d'autres possibilités différentes que celles qui avaient été siennes jusqu'alors. Il s'imagina être digne d'être invité à prendre une place de puissance qui aurait permis à ses idées nouvelles de se concrétiser. En somme, il ne voulait rien moins que changer la forme du gouvernement de Dieu. Il aurait aimé présenter cela comme un progrès, une innovation profitable à tous. Il se proposait de « réformer » le gouvernement de Dieu.

Mais pour cela, il aurait fallu changer la loi de Dieu et comme sa loi est l'expression de son caractère, ni Sa loi ni Son caractère ne peuvent changer, car Dieu est le même, hier, aujourd'hui, éternellement et il n'y a chez Lui ni ombre de changement ni variation. Le gouvernement de Dieu fondé sur la vérité, la justice, le jugement ne peut être abandonné si ce n'est pour donner place à un gouvernement basé sur des principes opposés: l'AMBITION ÉGOÏSTE ET LE MOI. Ces derniers principes entraîneraient, comme il est évident de le concevoir, l'effondrement de l'Univers lui-même.

Pour nous qui vivons à la fin des six millénaires d'existence de notre terre, il est devenu plus qu'évident qu'une tyrannie basée sur la FORCE et non sur l'AMOUR ne peut mener qu'à la souffrance et à la mort... Il n'y avait pas de situation intermédiaire: l'un de ces deux principes devait régir l'Univers et celui que Lucifer proposait amènerait le chaos et l'anarchie. Si un gouvernement doit être changé à la demande du premier individu mécontent et ambitieux alors il n'y a plus de gouvernement.

C'était non seulement le bonheur de l’univers qui était en jeu, mais aussi l'existence du trône de Dieu. Par contre, si le trône de Dieu doit subsister, il faut alors que la rébellion disparaisse.

Il est probable que Lucifer n'avait pas prévu ces extrémités dès le début. Il n'avait pas compris le dessein éternel de Dieu en Jésus-Christ. Il s'imaginait travailler dans l'intérêt de tous, amenant une plus grande liberté de choix à chaque être créé. Sa séparation d’avec Dieu le rendait incapable de comprendre l'aboutissement de ses actions.