L'esprit de la papauté

Chapitre 1

L'histoire de la papauté

Il serait impossible de nier que l'histoire tout entière de la Papauté s'est toujours placée sous le signe de l'égoïsme absolu et de l'exaltation de soi. Quant au christianisme, il se situe totalement à l'opposé de ce principe, en proposant le renoncement à soi-même comme ligne de conduite.

Un passage de l'Écriture résume parfaitement cette pensée en indiquant comment son Chef, Jésus-Christ a lui-même pratiqué ce renoncement.

Philippiens 2:5-8
« Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix. »

Différentes traductions rapportent ainsi la pensée centrale de ce texte:
« N'a point considéré son égalité avec Dieu comme une proie à arracher. »
« Ne pensait pas que cette chose doive être désirée avec ferveur. »
« Ne la regardait pas comme une chose à saisir. »
« Ne médita pas son usurpation. »
« Ne cherchait pas à la conserver avec empressement. »

Deux choses sont à considérer dans ces affirmations. Tout d'abord: l'égalité de Jésus avec son Père (de nature divine et éternelle comme Lui). Deuxièmement: cette égalité avec Dieu ne l'a jamais poussé à s'emparer du gouvernement de l'Univers. Donc, Il ne fut pas un usurpateur. (Celui qui s'empare de force d'un gouvernement est un usurpateur.)

Dans ce texte, le chrétien est exhorté à posséder le même esprit que Christ. Mais ce ne fut jamais le cas de la Papauté. Dans sa façon d'agir depuis le temps des apôtres, elle a pris précisément le contre-pied absolu d'une telle attitude. Paul écrivait « Le mystère de l'iniquité agit déjà » (1 Thessaloniciens 2:7). Aucune manoeuvre, si rusée soit-elle, ne fut laissée de côté pour atteindre le but: s'attribuer l'égalité avec Dieu. Chaque pas effectué allait dans ce sens; c'était le prix à saisir, avec violence s'il le fallait; il fallait conquérir et conserver cette position d'égalité avec Dieu.

Toute l'histoire de la Papauté pourrait se résumer dans cette lutte constante. Durant vingt siècles — et cela malgré la période de la blessure mortelle — le but fut toujours le même.

Cela est d'un intérêt suffisant pour en chercher l'origine. La clé de ce problème se trouve dans le texte de Philippiens que nous avons cité. Cet « esprit que nous devons avoir en nous et qui était en Jésus-Christ » est l'expression de la pensée de Dieu. Jésus-Christ est la révélation du dessein éternel de Dieu (Éphésiens 3:11). Il est le reflet de sa gloire et l'image de Sa personne (Hébreux 1:3). « Toutes choses ont été créées en lui, les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, les trônes, les dominations, les autorités. Tout a été créé pour lui et par lui. » (Colossiens 1:16). « Ses activités remontent aux temps anciens, aux jours de l'éternité » (Michée 5:2).

Bien d'autres textes encore attestent la supériorité de Celui qui s'est humilié en se faisant homme. Aucune prétention n'aurait été déplacée de sa part. Mais ce ne fut pas l'objet prioritaire de son intérêt. Celui-ci s'est concentré sur le rachat d'une humanité perdue; et pour ce faire, Il accepta de descendre jusqu'à la mort ignominieuse de la croix... De droit divin et éternel, il était Un avec Dieu.

Il estima cependant que la manifestation et la préservation de son droit ne devaient pas être conservées avec empressement. Il n'avait pas à défendre devant quiconque des prérogatives qui lui appartenaient depuis l'éternité.

Il y avait cependant quelqu'un d'autre qui convoitait le droit qui lui appartenait par nature. Cette personne voulait usurper l'égalité avec Dieu et se trouvait, par cela même rivale de Jésus-Christ. Il faut que nous découvrions qui veut s'emparer de ce droit et nous comprendrons alors le drame décrit dans les Écritures et le secret de la Papauté.

Nous pouvons le trouver, car il est entièrement décrit ainsi que sa tentative d'usurpation.

« Astre brillant, fils de l'aurore... Chérubin protecteur aux ailes déployées, plein de sagesse, parfait en beauté... Intègre dans toutes tes voies depuis le jour où tu fus créé jusqu'à celui où l'iniquité fut trouvée chez toi. Par la multitude de tes iniquités et l'injustice de ton commerce... Tu as profané tes sanctuaires. Je fais sortir du milieu de toi un feu qui te dévore, je te réduis en cendres sur la terre, aux yeux de tous ceux qui te regardent... Tu es réduit au néant et tu ne seras plus à jamais. » (Esaïe 14 et Ézéchiel 28).

Il est important de savoir ce que sont les chérubins et quel est leur rôle. Dans le sanctuaire dressé dans le désert, il y avait deux lieux: le lieu saint et le lieu très saint. Sur le rideau intérieur, fermant le haut de ces pièces, se trouvaient élégamment tissés des chérubins. Le voile qui séparait le lieu saint du lieu très saint était également orné de chérubins. Dans le lieu très saint se trouvait l'arche de l'alliance recouverte d'or, à l’intérieur de laquelle reposaient les tables de la loi, les dix commandements. Et au-dessus, se trouvaient les chérubins de chaque côté du couvercle, le propitiatoire, couvrant celui-ci de leur ombre. C'était le siège de la miséricorde. Ces deux chérubins se faisaient face et regardaient vers le propitiatoire et la loi. C'était entre les deux chérubins que se manifestait la Sainte schékinah, nuée de la gloire de Dieu qui illuminait jusqu'au-delà du sanctuaire (Voir Exode 25:10,11,16-22).

Lorsque le temple de Jérusalem fut construit pour remplacer le tabernacle, tous les murs intérieurs et les faces intérieures des portes furent ornés d'images de chérubins, de palmiers et de fleurs ouvertes. Puis toutes les sculptures et la face interne du sanctuaire furent recouvertes d'or et garnies de pierres précieuses. De plus, deux chérubins furent sculptés d'une hauteur de dix coudées chacun et dont les ailes mesuraient dix coudées. L'arche du Témoignage qui avait été dans le tabernacle fut amenée dans le temple et déposée dans le lieu très saint. Et les deux chérubins qui surplombaient le couvercle furent également placés dans le lieu très saint sur le propitiatoire, leurs ailes extérieures rejoignant les murs du lieu très saint tandis que les ailes intérieures leur couvraient le corps. (1 Rois 6:21-35; 2 Chroniques 3:3-14; 5:1-10)

Le tabernacle et le temple ainsi aménagés n'étaient que l'ombre des choses célestes... par l'intermédiaire de David, Salomon reçut des directives pour le guider dans la construction et l'aménagement du Temple. Les chapitres 1 et 10 d'Ézéchiel rapportent les visions montrant au prophète la gloire du trône céleste et de Celui qui y est assis. Il décrit en particulier quatre chérubins ayant chacun quatre visages et quatre ailes. Deux des ailes de chacun étaient déployées au-dessus du trône. Sur le côté des chérubins, reliées avec eux se trouvaient quatre roues vivantes, d'une hauteur effrayante, remplies d'yeux tout autour et au-dessus du firmament qui les surplombait était l'image d'un trône ayant l'apparence de la pierre de saphir. Et il y avait comme une figure d'homme entourée d'une lumière éclatante. C'était la gloire de Dieu, paraissant surmontée d'un arc dans la nue, comme dans le ciel après la pluie. Telle était la gloire des chérubins. (Comparez avec Exode 24:10 et Apocalypse 4:2-6.).