Éducation

Chapitre 7

Vies d’hommes de Dieu

Le fruit du juste est un arbre de vie (Proverbes 11:30).

L’histoire sainte nous offre de nombreux exemples de ce qu’engendre une éducation authentique. Elle nous propose pour modèles plusieurs hommes dont le caractère s’est forgé selon la ligne divine; des hommes dont la vie fut une bénédiction pour leur entourage, des hommes qui étaient de véritables représentants de Dieu sur terre. Parmi eux, Joseph et Daniel, puissants hommes d’État; Moïse, le plus sage des législateurs; Élisée, un des plus fidèles réformateurs; et Paul, qui, si l’on excepte Celui qui parla comme jamais homme n’a parlé, fut le maître le plus célèbre que le monde ait connu.

Au début de leur vie, au moment précis où ils quittaient l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte, Joseph et Daniel furent arrachés à leur famille, à leur patrie, et emmenés, captifs, vers des terres païennes. Joseph surtout fut soumis à toutes sortes de tentations, de celles qui accompagnent les revers de fortune. Dans la maison de son père, c’était un enfant tendrement aimé; chez Potiphar, il fut esclave, puis confident et ami; ensuite homme d’affaires, instruit par l’étude, la réflexion, le contact avec les hommes; après cela, dans les prisons de Pharaon, injustement condamné, sans espoir de jamais pouvoir se disculper, ni d’être, à plus forte raison, libéré; enfin, appelé, dans un moment de crise aiguë, à la tête de la nation. Qu’est-ce qui lui permit, dans toutes ces circonstances, de garder toute son intégrité?

Personne ne peut, sans risque, occuper une position élevée. Comme la tempête laisse intacte la fleur de la vallée et déracine l’arbre au sommet de la montagne, ainsi les tentations féroces n’effleurent même pas les petits de ce monde et accablent ceux qui se tiennent aux premières places, dans le succès et la gloire. Mais Joseph résista à la prospérité comme à l’adversité. Sa fidélité fut la même dans le palais des Pharaons que dans sa cellule de prisonnier.

Enfant, Joseph avait appris à aimer et à respecter Dieu. Bien souvent, sous la tente paternelle, au creux des nuits syriennes, il avait entendu raconter la vision nocturne de Béthel: celle de l’échelle qui reliait la terre au ciel, des anges qui montaient et descendaient, et de Celui qui, du haut de son trône, s’était révélé à Jacob. Il avait entendu raconter la lutte près du Jabbok, et comment Jacob, renonçant à des fautes qui lui étaient chères, avait été vainqueur et avait reçu le titre de prince de Dieu.

Berger paissant les troupeaux de son père, Joseph avait vécu une vie simple et pure, qui avait contribué à son épanouissement physique et mental. S’approchant de Dieu à travers la nature et l’étude des vérités de base que son père lui avait transmises comme un dépôt sacré, il avait acquis un caractère fort et des principes solides.

Puis vint l’épreuve; et pendant ce terrible voyage qui l’emmenait, loin de son foyer de Canaan, vers l’esclavage qui devait être son lot en Égypte, alors qu’il regardait une dernière fois les collines qui cachaient les tentes sous lesquelles s’abritait sa famille, Joseph se souvint du Dieu de son père. Il se remémora les leçons de son enfance, et il résolut au fond de lui-même de se montrer fidèle—d’agir toujours en parfait sujet du roi des cieux.

Étranger et esclave, plongé dans un milieu où régnaient le vice, les tromperies d’un culte païen, culte rendu plus séduisant encore par la richesse, la culture, le luxe royaux, Joseph fut inébranlable. Il avait appris à être fidèle à son devoir. La fidélité, dans quelque situation que ce soit, de la plus humble à la plus glorieuse, prépare au service suprême.

Lorsqu’il fut appelé à la cour de Pharaon, l’Égypte était la plus grande des nations. La civilisation, les arts, les sciences y étaient incomparables. Pendant une période d’extrême difficulté, de grand danger, Joseph dut administrer les affaires du royaume; et il le fit d’une façon telle qu’il gagna la confiance du roi et du peuple. Pharaon « lui donna la place de seigneur sur sa maison et de maître de tout ce qu’il possédait, pour contraindre à son gré ses ministres, et rendre sages ses anciens » (Psaumes 105:21, 22).

Le secret de la vie de Joseph, la parole de Dieu nous le livre. Jacob, lorsqu’il bénit ses enfants, prononça sur son fils bien-aimé ces mots empreints d’une puissance et d’une beauté divines:

Joseph est le rejeton d’un arbre fertile,
Le rejeton d’un arbre fertile près d’une source;
Les branches s’élèvent au-dessus de la muraille.
Ils l’ont provoqué, ils ont tiré.
Les archers étaient ses adversaires.
Mais son arc est demeuré égal à lui-même,
Ses mains ont été fortifiées
Par les mains du Puissant de Jacob:
Il est ainsi devenu le berger, le rocher d’Israël.
Par le Dieu de ton père, qui sera ton secours;
Avec le Tout-Puissant, qui te bénira,
Des bénédictions du haut des cieux,
Des bénédictions du fond de l’abîme...
Les bénédictions de ton père l’emportent
Sur les bénédictions de ceux qui m’ont conçu,
Jusqu’à l’extrémité des collines étendues;
Qu’elles soient sur la tête de Joseph,
Sur le sommet de la tête du prince de ses frères!
(Genèse 49:22-26)
Sa fidélité à Dieu, sa foi en lui, l’Invisible, étaient l’ancre de Joseph. C’était sa force.
« Ses mains ont été fortifiées
Par les mains du Puissant de Jacob. »

Daniel, ambassadeur de Dieu

À Babylone, Daniel et ses compagnons furent apparemment plus favorisés par le sort dans leur jeunesse que ne l’avait été Joseph au cours des premières années de sa vie en Égypte; cependant, leurs caractères furent mis à l’épreuve presque aussi rigoureusement. Enlevés à la relative simplicité de leurs maisons de Judée, ces jeunes gens de sang royal furent transportés dans une ville splendide, à la cour d’un roi des plus illustres; ils furent choisis et destinés au service du roi. Dans cette cour somptueuse et corrompue, les tentations étaient fortes. Les adorateurs de Jéhovah étaient prisonniers à Babylone; les vases de la maison de Dieu avaient été déposés dans le temple des idoles babyloniennes; le roi d’Israël lui-même était entre les mains des Babyloniens; tout cela, clamaient les vainqueurs, prouvait assez que leur religion et leurs mœurs étaient bien supérieures à celles des Hébreux. C’est dans ces circonstances, au milieu des humiliations qu’Israël s’était attirées en s’écartant des commandements divins, que Dieu administra à Babylone la preuve éclatante de sa toute-puissance, de la sainteté de sa loi, et des résultats de l’obéissance; il fit cette démonstration de la seule manière convenable, par l’intermédiaire de ceux qui lui étaient fidèles.

Daniel et ses compagnons, à l’aube de leur carrière, subirent une épreuve décisive. L’ordre de les nourrir avec les mets de la table royale était l’expression de la faveur du roi et de l’intérêt qu’il leur portait. Mais une partie de cette nourriture avait été consacrée aux idoles, et si les jeunes gens acceptaient la faveur royale, on considérerait qu’ils se joignaient au culte rendu aux faux dieux. Leur fidélité à Jéhovah le leur interdisait. Ils ne s’aventurèrent pas plus à exposer leur épanouissement physique, intellectuel et spirituel aux effets débilitants du luxe et de la débauche.

Daniel et ses compagnons avaient été fidèlement instruits dans les principes de la parole divine. Ils avaient appris à faire passer les besoins spirituels avant les besoins terrestres, à rechercher le bien authentique. Ils en reçurent la récompense. Leurs habitudes de tempérance, le sentiment qu’ils avaient d’être des représentants de Dieu, les aidèrent à développer au mieux les ressources de leur corps, de leur intelligence, de leur âme. Lorsque, au bout des années de formation, les candidats subirent l’examen final qui leur permettait d’accéder aux places d’honneur de l’État, « il ne s’en trouva aucun comme Daniel, Hanania, Michaël et Azaria » (Daniel 1:19).

La cour de Babylone réunissait des représentants de tous les pays, des hommes aux talents exceptionnels, aux qualités nombreuses, dotés d’une immense culture. Cependant aucun d’eux n’égalait les prisonniers hébreux. Ceux-ci, que ce fût sur le plan de la force et de la beauté, sur celui de la vigueur intellectuelle et des connaissances littéraires, étaient incomparables. « Sur tous les sujets qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence, et sur lesquels le roi les interrogeait il les trouvait dix fois supérieurs à tous les magiciens et astrologues qui étaient dans tout son royaume. » (Daniel 1:20)

D’une fidélité à Dieu que rien n’ébranlait, d’une maîtrise de soi sans faille, Daniel, par sa dignité et par la considération qu’il témoignait aux autres, gagna très vite « la faveur et la grâce » de l’officier païen auquel il fut confié. Et il garda toujours ces qualités. Rapidement, il devint premier ministre. Plusieurs rois se succédèrent, l’empire s’effondra, un royaume rival s’établit; sa sagesse, sa perspicacité, sa délicatesse, sa courtoisie, sa bonté naturelle, jointes au respect qu’il avait de ses principes, étaient telles que ses ennemis eux-mêmes étaient contraints de reconnaître qu’ils ne pouvaient « trouver aucune occasion (de l’accuser), ni aucune erreur, parce qu’il était fidèle » (Daniel 6:5).

Daniel était si bien attaché à Dieu de toute la force de sa confiance que le don de l’Esprit lui fut accordé. Les hommes l’honoraient en lui confiant les responsabilités et les secrets du royaume, et Dieu l’honorait en faisant de lui son ambassadeur et en lui dévoilant les mystères de l’avenir. Les rois païens, au contact de ce représentant du ciel, durent confesser le Dieu de Daniel. « En vérité, déclara Nebucadnetsar, votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des rois, et il révèle les mystères. » (Daniel 2:47) Et Darius, lorsqu’il fit sa proclamation « à tous les peuples, aux nations, aux hommes de toutes langues qui habitaient sur toute la terre », exalta « le Dieu de Daniel »: Car il est le Dieu vivant
Et il subsiste à jamais!
Son royaume ne sera jamais détruit...
C’est lui qui sauve et délivre,
Qui opère des signes et des prodiges
Dans les cieux et sur la terre.
(Daniel 6:27, 28)

Des hommes loyaux et intègres

Par leur sagesse et leur justice, par la pureté et la générosité dont témoignait leur vie quotidienne, par leur dévouement aux intérêts d’un peuple qui, lui, était idolâtre, Joseph et Daniel se montrèrent fidèles aux principes éducatifs de leur enfance, fidèles à celui qu’ils représentaient. L’un comme l’autre, en Égypte ou à Babylone, furent honorés par la nation qu’ils servaient; à travers eux, un peuple païen et du même coup tous les peuples qui étaient en contact avec lui purent apprécier la bonté et la bienveillance de Dieu, l’amour du Christ.

Quel destin que celui de ces nobles Hébreux! Lorsqu’ils quittèrent le pays de leur enfance, ils n’imaginaient certes pas le sort qui serait le leur. Mais, fidèles et résolus, ils s’en remirent à Dieu pour qu’il les dirige et atteigne, à travers eux, son but.

Or Dieu désire que les formidables vérités qui furent révélées à travers ces deux hommes soient également révélées à travers la jeunesse et les enfants d’aujourd’hui. L’histoire de Joseph et de Daniel nous offre un exemple de ce qu’il veut faire pour ceux qui mettent en lui leur confiance et cherchent de tout leur cœur à accomplir sa volonté.

Ce dont le monde a le plus besoin, c’est d’hommes, non pas des hommes qu’on achète et qui se vendent, mais d’hommes profondément loyaux et intègres, des hommes qui ne craignent pas d’appeler le péché par son nom, des hommes dont la conscience soit aussi fidèle à son devoir que la boussole l’est au pôle, des hommes qui défendraient la justice et la vérité même si l’univers s’écroulait.

Ce n’est pas le hasard qui forge le caractère de tels hommes; ce n’est pas non plus une grâce particulière, des dons spéciaux accordés par la Providence. Un noble caractère est le fruit d’une discipline personnelle, de la soumission de la nature inférieure à la nature supérieure—c’est le moi qui se donne tout entier au service de l’amour de Dieu et des hommes.

Les jeunes doivent se pénétrer de l’idée que leurs talents ne sont pas leur propriété. Force, temps, intelligence sont des trésors qui leur ont été confiés. Ils appartiennent à Dieu, et chaque jeune devrait décider d’en user de son mieux. Chacun est une branche dont Dieu espère qu’elle portera des fruits; un administrateur dont le capital doit augmenter; une lumière pour éclairer la nuit du monde.

Chaque jeune, chaque enfant, a une œuvre à accomplir pour l’honneur de Dieu, et pour ennoblir l’humanité.

Élisée, le serviteur fidèle dans les petites choses

Les années de jeunesse du prophète Élisée se déroulèrent dans le calme de la campagne, sous la direction de Dieu et de la nature, dans la discipline d’un travail utile. Dans un temps d’apostasie presque universelle, la maison de son père était de celles qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal. Dans cette maison, Dieu était honoré, et la fidélité au devoir était une règle de vie quotidienne.

Fils d’un riche fermier, Élisée prit part aux activités de son père. Il avait des aptitudes de meneur d’hommes, mais il apprit cependant à s’acquitter des tâches les plus ordinaires. Pour diriger avec sagesse, il devait d’abord savoir obéir. C’est en étant fidèle dans les petites choses qu’il se préparait à des responsabilités plus grandes.

Aimable et doux, Élisée n’en était pas moins énergique et ferme. Il aimait et respectait Dieu, et dans l’humble routine du labeur quotidien, il aiguisait sa volonté, affinait la noblesse de son caractère, en grandissant dans la grâce et la connaissance divines. En travaillant avec son père aux tâches domestiques, il apprenait à travailler avec Dieu.

L’appel prophétique lui fut adressé alors qu’il labourait un champ avec les serviteurs de son père. Lorsque Élie, cherchant, sous l’inspiration divine, un successeur, jeta son manteau sur les épaules d’Élisée, le jeune homme comprit cet appel et y répondit. Il « suivit Élie, et fut à son service » (1 Rois 19:21). Au début, le travail requis n’était pas exaltant: des tâches toutes banales encore attendaient Elisée. Il nous est dit qu’il versait de l’eau sur les mains d’Élie, son maître. Serviteur attaché à la personne du prophète, il continuait à être fidèle dans les petites choses et, avec une résolution chaque jour plus grande, se consacrait à la mission que Dieu lui avait confiée.

Dès le début de son appel, sa décision avait été mise à l’épreuve. Comme il s’apprêtait à suivre Élie, le prophète lui avait ordonné de retourner chez lui. Élisée devait calculer la dépense—accepterait-il ou repousserait-il l’appel? Mais il comprit combien cette occasion était précieuse. Pour rien au monde il n’aurait renoncé à devenir un messager de Dieu, ni n’aurait négligé ce qu’il considérait comme un privilège: travailler avec un serviteur du Seigneur.

Le temps passa; l’enlèvement d’Élie était proche; Élisée, lui, était prêt à succéder au prophète. Et à nouveau, sa foi et sa détermination furent éprouvées. Il accompagnait Élie dans ses visites, tout en sachant ce qui devait bientôt se produire; à chaque instant, son maître l’invitait à le quitter: « Tu vas rester ici, car l’Éternel m’envoie jusqu’à Béthel ». Mais en guidant la charrue, Élisée avait appris à ne pas abandonner, à ne pas se décourager, et maintenant qu’il s’était engagé dans d’autres responsabilités, il ne s’en détournerait pas. Chaque fois qu’Élie lui proposait de le quitter, il répondait: « L’Éternel est vivant et ton âme est vivante! je ne t’abandonnerai pas. » (2 Rois 2:2)

« Ils poursuivirent tous deux leur chemin, [...] eux deux s’arrêtèrent au bord du Jourdain. Alors Élie prit son manteau, le roula et en frappa les eaux, qui se partagèrent çà et là, et ils passèrent tous deux à sec. Lorsqu’ils eurent passé, Élie dit à Élisée: Demande ce que tu veux que je fasse pour toi, avant que je sois enlevé d’avec toi. Élisée répondit: Qu’il y ait sur moi, je te prie, une double part de ton esprit! Élie dit: Tu me demandes une chose difficile. Mais si tu me vois pendant que je serai enlevé d’auprès de toi, cela t’arrivera ainsi; sinon, cela n’arrivera pas.

» Comme ils continuaient à marcher en parlant, voici qu’un char de feu et que des chevaux de feu les séparèrent l’un de l’autre. Alors Élie monta au ciel dans un tourbillon. Élisée regardait et criait: Mon père! Mon père! Char d’Israël et sa cavalerie! Puis il ne le vit plus. Saisissant alors ses vêtements, il les déchira en deux morceaux et ramassa le manteau qu’Élie avait laissé tomber. Puis il retourna et s’arrêta au bord du Jourdain; il prit le manteau qu’Élie avait laissé tomber, il en frappa les eaux et dit: Où est l’Éternel, le Dieu d’Élie? Lui aussi, il frappa les eaux qui se partagèrent çà et là. Élisée passa.

» Les fils des prophètes qui étaient vis-à-vis à Jéricho le virent et dirent: L’esprit d’Élie repose sur Élisée! Ils allèrent à sa rencontre et se prosternèrent contre terre devant lui. » (2 Rois 2:6-15)

Désormais Élisée remplaçait Élie. Celui qui avait été fidèle dans les moindres choses se montra fidèle aussi dans les grandes.

Élie, l’homme puissant, avait été entre les mains de Dieu un instrument pour abattre des maux immenses. L’idolâtrie à laquelle le peuple avait succombé, entraîné par Achab et la reine païenne Jézabel, avait été renversée. Les prophètes de Baal avaient été tués. Le peuple d’Israël tout entier avait été bouleversé et beaucoup recommençaient à adorer Dieu. Il fallait que le successeur d’Élie soit un homme patient et prudent, pour mener Israël dans des chemins sûrs. C’est à cela que s’était préparé Élisée, en confiant à Dieu sa propre éducation.

Cette leçon est pour chacun de nous. Personne ne peut savoir quel est le dessein de Dieu lorsqu’il nous propose une discipline; mais tous nous pouvons être sûrs que la fidélité dans les petites choses démontre l’aptitude à assumer de plus grandes responsabilités. Chaque action de notre vie révèle notre caractère et seul celui qui se montre dans les petites tâches « un ouvrier qui n’a pas à rougir » (2 Timothée 2:15) se verra confier par Dieu l’honneur de plus hautes charges.

Moïse ou la puissance de la foi

Moïse était plus jeune que Joseph et Daniel lorsqu’il fut soustrait à la protection attentive de son foyer; et pourtant les forces qui avaient façonné leurs vies avaient déjà marqué la sienne de leur empreinte. Il ne passa que douze ans dans sa famille juive; mais pendant ces années furent solidement posées les bases de sa grandeur, et c’est quelqu’un que nous connaissons à peine qui y contribua.

Yokébed était une femme, une esclave. Sa condition était humble, son fardeau, lourd. Mais jamais le monde ne reçut de plus grande bénédiction à travers une femme qu’à travers elle, si l’on excepte Marie de Nazareth. Sachant que son fils serait bientôt enlevé à ses soins, remis à des gens ignorants de Dieu, elle chercha avec d’autant plus de ferveur à attacher son âme au Seigneur. Elle s’efforça d’enraciner dans son cœur l’amour de Dieu et la fidélité à son service. Elle y travailla fidèlement: par la suite, aucune influence ne put entraîner Moïse à renier les principes de vérité que sa mère lui avait enseignés de toutes ses forces, par sa vie même.

Le fils de Yokébed quitta l’humble demeure de Gosen pour entrer dans le palais des pharaons, où la fille du roi l’accueillit comme un enfant bien-aimé. Dans les écoles d’Égypte, Moïse reçut l’instruction civile et militaire la meilleure possible. Très attachant, imposant, cultivé, d’allure princière, chef militaire renommé, il devint la fierté de la nation. Le roi d’Égypte était également prêtre; et Moïse, qui refusait de participer au culte païen, était néanmoins initié à tous les mystères de la religion égyptienne. À cette époque l’Égypte était toujours la nation la plus puissante, et sa civilisation était des plus raffinées; Moïse, héritier présomptif du trône, devait recevoir les honneurs les plus grands du monde. Mais il y avait pour lui une voie plus noble. Pour l’honneur de Dieu et la délivrance de son peuple opprimé, Moïse sacrifia les honneurs de l’Égypte. Alors, d’une façon toute particulière, Dieu entreprit de le former.

Car Moïse n’était pas prêt encore pour la tâche qui lui incombait. Il devait apprendre à dépendre de Dieu. Il avait mal compris l’intention divine, et espérait délivrer Israël par la force. Pour y parvenir, il risqua tout, et échoua. Vaincu, déçu, il s’enfuit et s’exila en terre étrangère.

Dans les déserts de Madian, Moïse passa quarante années à garder les moutons. En apparence, sa mission était remise à tout jamais; en fait, il se préparait à l’accomplir. C’est dans la maîtrise de soi qu’il trouverait la sagesse nécessaire pour diriger une foule ignorante et indisciplinée. En gardant les moutons et les jeunes agneaux, il devait acquérir l’expérience qui ferait de lui le berger fidèle et patient d’Israël. Pour représenter Dieu, il devait se mettre à son école.

En Égypte, il avait été soumis à toutes sortes d’influences—l’affection de sa mère adoptive, sa propre position de petit-fils du roi, le luxe et le vice aux mille attraits, une religion idolâtre, mais d’un mysticisme raffiné et subtil—qui avaient marqué son esprit et son caractère. Mais dans le dépouillement du désert, tout s’effaça.

Dans la solitude des montagnes majestueuses, Moïse était seul devant Dieu. Partout s’inscrivait le nom du Créateur. Moïse sentait qu’il était en sa présence, à l’ombre de sa toute-puissance. Là, il ne pouvait plus avoir l’illusion de se suffire à lui-même. En présence de l’être infini, il mesurait combien l’homme est faible, impuissant, aveugle.

C’est là qu’il prit conscience de la réalité de la présence divine, une conscience qui ne le quitta pas, de toute sa longue vie épuisante et lourde de responsabilités. Non seulement il entrevit, dans le lointain, le Christ fait chair, mais il le vit accompagnant les armées d’Israël dans tous leurs voyages. Ainsi, même incompris et diffamé, accablé de reproches et d’insultes, face au danger et à la mort, « il tint ferme, comme voyant celui qui est invisible » (Hébreux 11:27).

Moïse faisait plus que penser à Dieu: il le voyait. Il avait sans cesse devant lui la vision de Dieu, il gardait toujours les yeux sur sa face.

La foi de Moïse n’était pas incertaine; elle se fortifiait de chaque réalité. Il croyait, il reconnaissait que Dieu dirigeait sa vie personnelle, dans les moindres détails. Pour avoir la force de résister à la tentation, il se confiait à lui.

Il voulait accomplir de son mieux la tâche qui lui avait été attribuée, et il se mettait entièrement sous la dépendance de Dieu. Il sentait qu’il avait besoin de l’aide divine, la demandait, la saisissait par la foi, et, assuré de recevoir une force de vie, allait de l’avant.

C’est ainsi que grandit l’expérience de Moïse, pendant ces quarante années passées au désert. La sagesse infinie ne jugea pas ces années trop longues ni le prix d’un tel enrichissement trop élevé.

Les enseignements, l’éducation donnés là influencèrent non seulement l’histoire d’Israël, mais tout ce qui a, depuis ce jour, contribué au progrès de l’humanité. Le plus grand éloge décerné à Moïse est ce témoignage de l’Esprit: « Il ne s’est plus levé en Israël de prophète comme Moïse, que l’Éternel connaissait face à face. » (Deutéronome 34:10)

Paul ou le service dans la joie

À la foi et à l’expérience des disciples de Galilée qui avaient suivi Jésus s’ajoutèrent, pour annoncer l’Évangile, l’énergie ardente et la puissante intelligence d’un rabbin de Jérusalem. Citoyen romain, né dans une ville païenne; juif non seulement par son origine, mais par toute son éducation, par l’amour qu’il portait à sa patrie, par sa foi religieuse; élève des plus éminents rabbins à Jérusalem, instruit dans la tradition et les lois de ses pères, Paul de Tarse partageait au plus haut degré l’orgueil et les préjugés de sa nation. Jeune encore, il devint un membre estimé du sanhédrin. On voyait en lui un homme plein d’avenir, défenseur zélé de la foi des anciens.

Dans les écoles de théologie de Judée, la parole de Dieu avait été délaissée au profit des spéculations humaines; les interprétations et les traditions rabbiniques l’avaient dépouillée de sa force. Le désir de puissance, de domination, un attachement jaloux à certains privilèges, le fanatisme et un orgueil méprisant servaient aux maîtres de règles.

Les rabbins se glorifiaient de leur supériorité personnelle, non seulement sur les autres peuples, mais encore sur la foule de leurs concitoyens. Ils haïssaient farouchement leurs oppresseurs romains et caressaient l’espoir que leur nation recouvrerait par les armes son indépendance. Aussi détestaient-ils et mettaient-ils à mort les disciples de Jésus, dont le message de paix s’opposait aux projets nés de leur ambition. Paul était un de leurs représentants les plus acharnés et les plus impitoyables.

Dans les écoles militaires d’Égypte, Moïse avait appris à suivre la loi de la force, et cette loi avait eu une telle emprise sur lui qu’il lui fallut quarante années de silence et de communion avec Dieu et la nature pour se préparer à diriger Israël selon une règle d’amour. Paul devait apprendre la même leçon.

Aux portes de Damas, la vision de Jésus crucifié bouleversa sa vie. Le persécuteur devint disciple, le maître devint élève. Les jours de ténèbres et de solitude passés à Damas pesèrent comme des années d’expérience. Sous la direction du Christ, Paul étudia l’Ancien Testament, qu’il gardait précieusement en mémoire. À lui aussi la solitude au sein de la nature servit d’école. Il partit pour le désert d’Arabie et là, s’adonna à l’étude des Écritures, s’instruisit auprès de Dieu. Il vida son âme de tous les préjugés, de toutes les traditions qui avaient façonné sa vie, pour la remplir à la source de vérité.

Dès lors, sa vie fut guidée par le seul principe du don de soi, par le ministère de l’amour. « Je me dois, disait-il, aux Grecs et aux Barbares, aux savants et aux ignorants. » « L’amour du Christ nous étreint. » (Romains 1:14; 2 Corinthiens 5:14)

Paul, le plus grand des maîtres de cette terre, assuma les tâches humbles aussi bien que les responsabilités élevées. Il reconnaissait l’utilité du travail des mains comme du travail de l’esprit, et il vivait lui-même du produit de son artisanat. Prêchant chaque jour dans les grandes villes, il continuait d’exercer son métier de faiseur de tentes. « Ces mains, dit-il en quittant les anciens d’Éphèse, ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. » (Actes des Apôtres 20:34)

Il possédait de grandes qualités intellectuelles et sa vie témoigne d’une sagesse rare. Des principes de première importance, que les plus grands esprits de son époque ignoraient, sont proclamés dans son enseignement et illustrés par sa vie. Il avait cette extrême sagesse qui affine la perspicacité, ouvre le cœur, met l’homme en contact avec d’autres hommes et lui permet d’éveiller ce qu’il y a en eux de meilleur et de les inciter à vivre noblement.

Écoutez ce qu’il dit aux païens de Lystre, lorsqu’il veut les tourner vers Dieu tel qu’il se révèle dans la nature, Dieu source de tout bien, qui donne « du ciel les pluies et les saisons fertiles, en [nous] comblant de nourriture et de bonheur dans le cœur » (Actes des Apôtres 14:17).

Voyez-le dans la prison de Philippes: de son corps douloureux s’élève, dans le silence de la nuit, un chant de louange. Le tremblement de terre ouvre les portes de la prison, et la voix de Paul retentit de nouveau, pour réconforter le geôlier païen: « Ne te fais aucun mal, nous sommes tous ici. » (Actes des Apôtres 16:28) Chaque prisonnier est là en effet, retenu par la présence d’un seul compagnon de peine. Et le geôlier, convaincu de la valeur de cette foi qui soutient Paul, demande où est le chemin du salut et, avec toute sa famille, se joint à la troupe persécutée des disciples du Christ.

Voyez Paul à Athènes devant l’Aréopage, répondant à la science par la science, à la logique par la logique, à la philosophie par la philosophie. Remarquez comment, avec la délicatesse née de l’amour divin, il présente Jéhovah comme le « Dieu inconnu » que ses auditeurs ont adoré dans leur ignorance; citant l’un de leurs poètes, il le dépeint comme un père dont ils sont les enfants. Écoutez-le, à cette époque où règnent les castes, où les droits de l’homme en tant que tel sont méconnus, affirmer la fraternité humaine, déclarer que Dieu « a fait que toutes les nations humaines, issues d’un seul (homme) habitent sur toute la face de la terre ». Puis montrer comment, dans ses contacts avec les hommes, Dieu a toujours manifesté sa grâce et sa miséricorde. « Il a déterminé les temps fixés pour eux et les bornes de leur demeure, afin qu’ils cherchent Dieu pour le trouver si possible, en tâtonnant. Or il n’est pas loin de chacun de nous. » (Actes des Apôtres 17:23, 26, 27)

Écoutez-le, à la cour de Festus, lorsque le roi Agrippa, convaincu de la vérité de l’Évangile, s’écrie: « Encore un peu, tu vas me persuader de devenir chrétien! » Avec quelle courtoisie il répond, montrant ses chaînes: « Plaise à Dieu que non seulement toi, mais encore tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui, vous deveniez tels que je suis, moi, à l’exception de ces chaînes! » (Actes des Apôtres 26:28, 29)

Telle fut sa vie... « Souvent en voyage, (exposé) aux dangers des fleuves, aux dangers des brigands, aux dangers de la part de mes compatriotes, aux dangers de la part des païens, aux dangers de la ville, aux dangers du désert, aux dangers de la mer, aux dangers parmi les faux frères, au travail et à la peine; souvent dans les veilles, dans la faim et dans la soif; souvent dans les jeûnes, dans le froid et le dénuement. » (2 Corinthiens 11:26, 27)

« Insultés, nous bénissons; persécutés, nous supportons; calomniés, nous consolons; ... [nous sommes regardés] comme attristés, et nous sommes toujours joyeux; comme pauvres, et nous enrichissons plusieurs; comme n’ayant rien, et nous possédons tout. » (1 Corinthiens 4:12, 13; 2 Corinthiens 6:10)

C’est dans le service que Paul trouva sa joie; et à la fin de sa vie, lorsqu’il pesa ses luttes et ses victoires, il put dire: « J’ai combattu le bon combat » (2 Timothée 4:7).

À Moïse s’offraient le palais et le trône des Pharaons; mais les plaisirs coupables qui entraînent l’homme à oublier Dieu régnaient dans les cours royales, et Moïse leur préféra « les biens durables et la justice » (Proverbes 8:18). Au lieu de s’attacher à la grandeur de l’Égypte, il abandonna sa vie au dessein divin. Au lieu de légiférer pour l’Égypte, il fit connaître au monde ces règles qui sont la sauvegarde du foyer et de la société, la pierre angulaire sur laquelle s’élèvent les nations—ces règles que les plus grands hommes considèrent aujourd’hui comme la base de ce qu’il y a de meilleur dans les gouvernements terrestres.

La grandeur de l’Égypte n’est plus que poussière. Sa puissance, le raffinement de sa civilisation ont passé. Mais l’œuvre de Moïse ne périra jamais. Les grands principes de droiture qu’il a passé sa vie à poser sont éternels.

La vie de labeur, de responsabilités pesantes que connut Moïse fut illuminée par la présence de celui qui « se signale entre dix mille », dont toute la personne est « désirable » (Cantique des cantiques 5:10, 16). Avec le Christ dans la longue marche au désert, avec le Christ sur la montagne de la transfiguration, avec le Christ dans les cours célestes: sa vie fut une vie bénie et une source de bénédictions sur la terre, elle fut honorée dans le ciel.

De même Paul, dans ses nombreuses peines, fut soutenu par la puissance de la présence divine. « Je puis tout par celui qui me fortifie. » « Qui nous séparera de l’amour de Christ? La tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou le dénuement, ou le péril, ou l’épée? [...] Dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en haut, ni ceux d’en bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur. » (Philippiens 4:13; Romains 8:35, 37-39).

Cependant Paul espérait une joie en récompense de ses peines—cette joie même pour laquelle le Christ souffrit la croix et méprisa l’humiliation—, la joie de voir un jour le fruit de son travail. « Qui donc est en effet notre espérance, notre joie, notre couronne de gloire? écrivait-il aux chrétiens de Thessalonique. N’est-ce pas vous aussi, devant notre Seigneur Jésus, à son avènement? Oui, vous êtes notre gloire et notre joie. » (1 Thessaloniciens 2:19, 20).

Qui peut mesurer les résultats de l’œuvre de Paul en faveur de notre monde? De toutes les influences salutaires qui adoucissent la souffrance, soulagent le chagrin, refrènent le mal, élèvent la vie au-dessus de l’égoïsme et de la chair, l’animent de l’espoir de l’immortalité, combien sont dues à l’action de Paul et de ses compagnons, qui, de l’Asie aux rives de l’Europe, proclamèrent l’Évangile du Fils de Dieu, dans des voyages alors à peine remarqués?

Cela valait-il la peine d’avoir été l’instrument de Dieu pour déverser ses bénédictions sur le monde? Et cela vaudra-t-il la peine de contempler, pendant l’éternité, le résultat de son travail?