Éducation

Chapitre 6

Les écoles de prophètes

Ils se sont tenus à tes pieds, il est ton porte-parole (Deutéronome 33:3).

Partout où, en Israël, le plan divin d'éducation fut réalisé, les résultats obtenus rendaient gloire à son auteur. Mais, dans de nombreuses maisonnées, le programme céleste n'était pas observé, et rares étaient les caractères qui se formaient selon ses directives.

Le plan de Dieu n'était suivi ni complètement ni parfaitement. Par leur manque de confiance à l'égard des instructions divines, leur mépris pour elles, les Israélites se précipitaient dans des tentations auxquelles peu d'entre eux étaient capables de résister. Lorsqu'ils s'installèrent en Canaan, "ils ne détruisirent pas les peuples que l'Eternel leur avait indiqués. Ils se mêlèrent avec les nations, et ils apprirent (à imiter) leurs œuvres. Ils rendirent un culte à leurs idoles, qui furent pour eux un piège." (Psaumes 106:34-36) "Leur cœur n'était pas fermement à lui (Dieu), et ils n'étaient pas fidèles à son alliance. Mais lui, qui est compatissant, faisait l'expiation de la faute et ne détruisait pas; il multipliait (les occasions) de retenir sa colère. [...] Il se souvenait qu'ils n'étaient que chair; un souffle qui s'en va et qui ne revient pas." (Psaumes 78:37-39) Les pères et les mères en Israël devenaient indifférents à leurs devoirs envers Dieu, indifférents à leurs devoirs envers leurs enfants. A cause de l'infidélité qui régnait à la maison, des influences idolâtres qui venaient de l'extérieur, nombreux étaient les jeunes Hébreux qui recevaient une éducation bien éloignée de celle que Dieu avait prévue pour eux. C'était aux mœurs païennes qu'ils se conformaient.

Pour parer à ce mal grandissant, pour aider les parents dans leur tâche éducative, Dieu suscita d'autres moyens. De tout temps on avait salué les prophètes comme des maîtres envoyés par Dieu. Le prophète, dans le sens le plus élevé du mot, est celui qui parle sous l'inspiration divine, qui transmet au peuple les messages qu'il a lui-même reçus de Dieu. Mais ce terme désignait aussi ceux qui, sans être aussi directement inspirés, étaient appelés à enseigner au peuple les œuvres et les voies du Seigneur. Pour former ces maîtres, Samuel organisa, selon l'ordre divin, les écoles de prophètes.

Ces écoles devaient faire obstacle à la propagation de la corruption, assurer l'équilibre intellectuel et spirituel des jeunes, et favoriser le développement de la nation en lui donnant des chefs et des guides compétents, qui agiraient dans le respect de Dieu. Dans ce but, Samuel rassembla des jeunes gens pieux, intelligents et studieux. On les appelait "fils des prophètes". Tandis qu'ils étudiaient la parole et les œuvres divines, la puissance vivifiante de Dieu stimulait leur esprit et leur âme, et ils recevaient la sagesse d'en haut. Les maîtres ne se contentaient pas de connaître la vérité divine, mais ils vivaient eux-mêmes en communion avec Dieu, et avaient reçu une part toute particulière de son Esprit. Leur savoir et leur piété leur attiraient le respect et la confiance du peuple. Au temps de Samuel, deux écoles de ce type existaient-l'une à Rama, résidence du prophète, l'autre à Kirjath-Jearim. Par la suite, d'autres furent fondées.

Les élèves de ces écoles pourvoyaient à leur propre subsistance par leur travail, soit en cultivant le sol, soit en s'adonnant à quelque autre travail manuel. En Israël, personne ne trouvait cela surprenant ni dégradant; au contraire, on considérait comme une faute de laisser grandir un enfant dans l'ignorance d'un travail utile. Tous les jeunes, que leurs parents fussent pauvres ou riches, apprenaient un métier. Même s'ils étaient destinés à assurer une charge sacrée, on jugeait essentiel qu'ils connaissent les aspects pratiques de la vie, pour être plus efficaces. Et beaucoup de maîtres subvenaient à leurs propres besoins en travaillant de leurs mains.

À l'école comme à la maison, l'enseignement était essentiellement oral; mais les jeunes apprenaient aussi à lire les textes hébreux, et les rouleaux de parchemin de l'Ancien Testament étaient à leur disposition. Les principaux sujets d'étude de ces écoles étaient la loi de Dieu, avec l'enseignement dispensé à Moïse, l'histoire sainte, la musique sacrée et la poésie. L'histoire sainte témoignait de l'action de l'Eternel. Les vérités de base, que voulaient révéler les images des cérémonies du sanctuaire, étaient étudiées, et par la foi, on arrivait à saisir l'élément central du système: l'Agneau de Dieu qui ôterait le péché du monde. La plus grande piété régnait. Les élèves n'apprenaient pas seulement qu'ils devaient prier, mais comment prier, comment s'approcher de leur Créateur, lui faire confiance, comprendre les enseignements de son Esprit et y obéir. Du trésor divin surgissaient, par l'intermédiaire de l'intelligence sanctifiée, des choses anciennes et des choses nouvelles, et l'Esprit de Dieu se révélait à travers la prophétie et le chant sacré.

Il apparaît que ces écoles étaient un des moyens les plus efficaces pour encourager cette droiture qui "élève une nation" (Proverbes 14:34). Elles contribuèrent très largement à jeter les bases de cette extraordinaire prospérité qui marqua les règnes de David et de Salomon.

Les principes enseignés dans les écoles de prophètes étaient ceux qui formèrent le caractère de David et dirigèrent sa vie. C'est la parole de Dieu qui l'instruisait. "Par tes statuts, disait-il, je deviens intelligent [...] J'incline mon cœur à pratiquer tes prescriptions." (Psaumes 119:104-112) C'est pour cela que le Seigneur, lorsqu'il appela David, tout jeune encore, à régner, dit qu'il était "un homme selon [son] cœur" (Actes des Apôtres 13:22).

Nous pouvons également admirer, au début de la vie de Salomon, les résultats de la méthode d'éducation divine. Salomon jeune homme fit le même choix que David. Plutôt que de demander à Dieu des richesses terrestres, il préféra lui demander un cœur sage et intelligent. Et le Seigneur lui accorda non seulement ce qu'il désirait, mais aussi ce qu'il ne recherchait pas: la fortune et l'honneur. La puissance de son intelligence, l'étendue de ses connaissances, la gloire de son règne devinrent un sujet d'émerveillement pour le monde.

Sous les règnes de David et de Salomon, Israël atteignit le sommet de sa grandeur. La promesse faite à Abraham, répétée à Moïse, était tenue: "Si vous observez bien tous ces commandements que je vous donne et si vous les mettez en pratique, pour aimer l'Eternel, votre Dieu, pour marcher dans toutes ses voies et pour vous attacher à lui, l'Eternel dépossédera devant vous toutes ces nations, et vous prendrez possession de nations plus grandes et plus puissantes que vous. Tout lieu que foulera la plante de votre pied sera à vous: votre frontière s'étendra du désert au Liban, et du fleuve de l'Euphrate jusqu'à la mer occidentale. Nul ne tiendra contre vous." (Deutéronome 11:22-25)

Mais au cœur de l'abondance se tapit le danger. Le péché que David commit dans son âge mûr, quoiqu'il s'en fût sincèrement repenti et qu'il en eût été rigoureusement puni, encouragea le peuple à transgresser les commandements de Dieu. Et la vie de Salomon, passée une aube si prometteuse, fut assombrie par l'apostasie. Le désir d'accroître sa puissance politique et sa gloire poussa le roi d'Israël à s'allier aux nations païennes. L'argent de Tarsis, l'or d'Ophir, il les obtint, mais au prix de l'honnêteté, en transgressant les devoirs sacrés. Sa foi fut ébranlée par ses relations avec des idolâtres, ses mariages avec des femmes païennes. C'est ainsi que les barrières dressées par Dieu pour le salut de son peuple furent renversées; Salomon lui-même se livra au culte des idoles. Sur le sommet du mont des Oliviers, face au temple de Jéhovah, se dressèrent d'immenses statues et des autels destinés à rendre hommage aux divinités païennes. En trahissant son allégeance à Dieu, Salomon perdit le contrôle de lui-même. Son discernement s'émoussa. La conscience, la délicatesse qui avaient marqué le début de son règne disparurent. L'orgueil, l'ambition, la prodigalité, la faiblesse, engendrèrent la cruauté et l'exaction. Lui, le souverain juste, compatissant, respectueux de Dieu, devint tyrannique, despotique. Lui qui, lors de la dédicace du temple, avait prié pour que son peuple se donne à Dieu sans partage, le détournait maintenant de Dieu. Salomon se déshonorait, déshonorait Israël, déshonorait Dieu.

La nation, dont il avait été la fierté, marcha sur ses pas. Plus tard le roi se repentit, mais le mal qu'il avait semé portait ses fruits. La formation que Dieu avait choisie pour les enfants d'Israël devait les amener à être différents, dans leurs modes de vie, des autres peuples. Ces différences, qui auraient dû être ressenties comme un privilège et une bénédiction, leur pesaient lourdement. La simplicité et la retenue indispensables à un développement en profondeur, ils cherchèrent à les remplacer par le luxe et la mollesse des païens. Leur ambition? être comme toutes les nations (1 Samuel 8:5). Le plan d'éducation divin fut repoussé, la souveraineté de Dieu rejetée.

C'est ainsi qu'Israël commença sa chute: en rejetant les voies de Dieu, en suivant les voies des hommes. C'est ainsi que se poursuivit son déclin, jusqu'à ce que le peuple juif devînt la proie de ces mêmes nations qu'il avait voulu copier.

La nation d'Israël ne sut pas accepter les bienfaits que Dieu souhaitait lui accorder. Elle ne comprit pas l'objectif divin, et ne participa nullement à sa réalisation. Mais bien que des individus, des peuples, puissent ainsi s'écarter de lui, Dieu garde, pour ceux qui s'en remettent à lui, la même voie. "Tout ce que Dieu fait dure à toujours." (Ecclésiaste 3:14).

Quoique sa puissance se manifeste, à travers les âges, de différentes façons, à divers degrés, selon les besoins des hommes, l'œuvre de Dieu est la même en tout temps. Le Maître est semblable à lui-même. Son caractère et son plan sont immuables. En lui "il n'y a ni changement, ni ombre de variation" (Jacques 1:17).

C'est pour nous, pour notre instruction, que furent enregistrées les expériences d'Israël. "Cela leur est arrivé à titre d'exemple et fut écrit pour nous avertir, nous pour qui la fin des siècles est arrivée." (1 Corinthiens 10:11) Pour nous, comme pour l'Israël de jadis, la réussite de notre éducation dépend de la fidélité avec laquelle nous suivons le plan du Créateur. Si nous adhérons aux principes de la parole de Dieu, nous recevrons des bénédictions aussi grandes qu'auraient pu en recevoir les Hébreux.