Éducation

Chapitre 5

L’éducation d’Israël

L’Éternel seul le conduisait. Il l’entourait, il en prenait soin, Il le gardait comme la prunelle de son œil. (Deutéronome 32:12, 10).

Le système éducatif conçu en Eden reposait sur la famille. Adam était « le fils de Dieu » (Luc 3:28) et c’était le Très-Haut lui-même qui dispensait l’instruction à ses enfants. Il y avait là dans le sens le plus complet de l’expression une école de famille.

Dans le plan divin d’éducation tel qu’il fut adapté à la condition humaine après la chute, le Christ représente le Père; c’est lui le maillon qui relie les hommes à Dieu; c’est lui le grand éducateur du genre humain. Et à son tour, il demande aux hommes, aux femmes, de le représenter: la famille devait être école, les parents éducateurs.

L’éducation au sein de la famille prévalut au temps des patriarches. C’est dans ces écoles familiales que, grâce à Dieu, les conditions les plus favorables au développement du caractère étaient rassemblées. Ceux qui se laissaient diriger par Dieu suivaient le mode de vie qu’il avait établi au commencement de toutes choses. Ceux qui s’éloignaient de lui s’étaient bâti des villes, et, s’y rassemblant, s’enorgueillissaient de la magnificence, du luxe et du vice qui font des villes d’aujourd’hui la gloire du monde et sa malédiction. Les hommes qui gardaient les principes divins vivaient dans les champs et sur les collines. Ils cultivaient le sol, paissaient les troupeaux, et dans cette vie libre, indépendante, dure, mais propice à l’étude et à la réflexion, ils s’instruisaient auprès de Dieu et instruisaient leurs enfants de ses œuvres et de ses voies.

Voilà la méthode d’éducation que Dieu désirait donner à Israël. Mais, à la sortie d’Égypte, bien peu d’Israélites étaient prêts à œuvrer avec lui à la formation de leurs enfants. Les parents eux-mêmes avaient besoin d’être instruits et disciplinés. Victimes d’un esclavage qui avait toujours été leur part, ils étaient ignorants, frustes, avilis même. Leur connaissance de Dieu était mince, et bien petite leur foi en lui. Leur esprit avait été obscurci par de faux enseignements, et corrompu par un long contact avec le paganisme. Dieu désirait élever leur niveau moral, et cherchait pour cela à se faire connaître à eux.

L’Éternel, tout au long de la longue errance des Israélites dans le désert, lorsqu’ils allaient çà et là, qu’ils étaient exposés à la faim, à la soif, à la fatigue, menacés par des ennemis, par des païens, et qu’il veillait lui-même sur eux, tentait de fortifier leur foi en leur faisant connaître la puissance qui agissait sans cesse pour leur bien. Après leur avoir enseigné à s’en remettre à son amour, à sa puissance, il voulait leur offrir pour modèle, à travers sa loi, le caractère qu’il souhaitait leur voir atteindre, par sa grâce.

Qu’elles étaient précieuses les leçons que reçut Israël au pied du Sinaï! Ce fut une période de préparation toute particulière pour l’entrée en Canaan. Là, le projet divin trouvait un cadre favorable. Au sommet du Sinaï, étendant son ombre sur les tentes déployées dans la plaine, s’était posée la colonne de nuée qui avait guidé les enfants d’Israël durant leur voyage. La nuit, la colonne de feu les assurait de la protection divine; et lorsqu’ils dormaient, le pain du ciel descendait, doucement, sur le camp. De tous côtés les montagnes énormes, déchiquetées, se dressaient dans leur solennelle magnificence, parlaient de gloire et d’éternité. Là, l’homme se sentait faible et ignorant devant Celui qui « a pesé les montagnes au crochet, et les collines à la balance » (Ésaïe 40:12). Là, en manifestant sa majesté, Dieu cherchait à ce qu’Israël s’imprégnât de la sainteté de son caractère et de ses commandements, et sentît les dimensions du péché.

Mais le peuple était lent à comprendre. Habitués comme ils l’avaient été en Égypte à côtoyer des images palpables de la divinité, sous les formes les plus viles, les enfants d’Israël concevaient bien difficilement l’existence et le caractère de l’Être invisible. Par compassion envers leur faiblesse, Dieu leur accorda un signe de sa présence. « Ils me feront un sanctuaire, dit-il, et je demeurerai au milieu d’eux. » (Exode 25:8)

Lors de la construction du sanctuaire, maison de l’Éternel, Moïse reçut des instructions précises pour que tout fût conforme au modèle céleste. Dieu l’appela sur la montagne et lui révéla ce modèle, à la ressemblance duquel furent faits le tabernacle et tout ce qui s’y rapportait.

De même, Dieu révéla à Israël, le peuple au milieu duquel il désirait habiter, son caractère glorieux. Il lui en offrit un modèle sur la montagne, lorsqu’il donna la loi du haut du Sinaï: il passa alors devant Moïse et proclama: « L’Éternel, l’Éternel, Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité. » (Exode 34:6)

Mais les enfants d’Israël étaient incapables d’accéder par leurs propres forces à ce caractère idéal. La révélation faite au Sinaï pouvait seulement les convaincre de leur misère et de leur impuissance. Les sacrifices pratiqués dans l’enceinte du sanctuaire leur réservaient une autre leçon: celle du pardon des fautes, et du pouvoir qu’a tout homme, à travers le Sauveur, de choisir l’obéissance qui mène à la vie.

C’est à travers le Christ que devait s’accomplir le plan de Dieu, dont le tabernacle était un symbole—cet ouvrage magnifique, aux parois d’or étincelant qui reflétaient, dans des lumières d’arc-en-ciel, les rideaux brodés de chérubins; pénétré des senteurs d’encens, avec ses prêtres vêtus de blanc immaculé; et, dans le profond mystère du lieu très saint, au-dessus du propitiatoire, entre les anges courbés en adoration, la gloire du Dieu très saint. Le Seigneur désirait que son peuple pût lire, dans chaque détail, son intention pour l’âme humaine. Bien plus tard, l’apôtre Paul, parlant sous la direction du Saint-Esprit, soulignait cette même intention: « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira; car le temple de Dieu est saint, et c’est ce que vous êtes. » (1 Corinthiens 3:16, 17)

Grands étaient le privilège, l’honneur accordés à Israël de construire le sanctuaire; grande aussi était sa responsabilité. Un édifice incomparable, dont la construction requérait le matériel le plus coûteux, les talents les plus fins, allait être élevé dans le désert, par un peuple à peine sorti de l’esclavage! Cela semblait pourtant impossible! Mais l’architecte était là; il s’était engagé à collaborer avec les ouvriers.

« L’Éternel parla à Moïse et dit: Vois: j’ai appelé par son nom Betsaleel, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda. Je l’ai rempli de l’Esprit de Dieu, de sagesse, d’intelligence et de compétence pour toutes sortes d’ouvrages [...] Je lui ai donné pour aide Oholiab, fils d’Ahisamak, de la tribu de Dan. J’ai mis de la sagesse dans le cœur de tous les gens habiles, pour qu’ils fassent tout ce que je t’ai ordonné. » (Exode 31:1-3, 6).

Quelle extraordinaire école technique que celle du Christ et de ses anges, dans le désert!

Tous devaient participer à la construction du sanctuaire, et de ses accessoires. Il y avait là de quoi faire travailler esprits et mains. Il fallait toutes sortes de matériaux, et chacun était invité à prendre part à la tâche, pour autant que son cœur l’y poussait.

C’est ainsi qu’en travaillant, qu’en donnant, les enfants d’Israël apprirent à collaborer avec Dieu, et les uns avec les autres. D’autre part, ils devaient bâtir ensemble un autre édifice, spirituel celui-là: le temple de Dieu en eux-mêmes.

Depuis leur départ d’Égypte, ils avaient reçu des leçons qui les avaient formés et disciplinés. D’ailleurs, avant même qu’il quitte l’Égypte, le peuple avait été réparti en groupes, dirigé par des chefs; il s’agissait là d’une organisation temporaire, qui fut achevée au Sinaï. L’ordre dont témoignait avec tant d’évidence chaque ouvrage de Dieu se retrouvait là, dans l’organisation des Hébreux. Dieu était le centre de toute autorité et de tout pouvoir. Moïse, qui le représentait, devait veiller en son nom à l’application des lois. Puis venait le Conseil des soixante-dix, ensuite les prêtres et les princes, au-dessous d’eux les « chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dix » (Nombres 11:16; Deutéronome 1:15), et, enfin, les officiers destinés à des tâches particulières. Le camp était distribué dans un ordre précis: au centre, le tabernacle, demeure de l’Éternel; autour, les tentes des prêtres et des lévites. Plus loin se répartissaient celles de chaque tribu, chacune sous sa bannière.

Des règlements d’hygiène minutieux furent mis en vigueur, prescrits non seulement parce qu’ils étaient nécessaires à la santé, mais parce qu’ils étaient surtout la condition pour que le Dieu Saint demeurât parmi le peuple. Par mandat divin, Moïse déclara: « L’Éternel, ton Dieu, marche au milieu de ton camp pour te protéger [...]; ton camp sera donc saint. » (Deutéronome 23:14)

Aucune des façons de vivre des enfants d’Israël n’échappait à l’éducation divine. Tout ce qui concernait leur bien-être était l’objet de la sollicitude de Dieu et intéressait sa loi. Il cherchait leur plus grand bien, ne serait-ce que lorsqu’il les nourrissait. La manne qu’il leur accordait dans le désert était de qualité telle qu’elle devait fortifier leur corps, leur intelligence, leur esprit. Quoique tant d’entre eux se soient insurgés contre cette alimentation restreinte, rêvant de retourner aux jours où, disaient-ils, « nous étions assis près des marmites de viande, [...] nous mangions du pain à satiété » (Exode 16:3), le choix de Dieu éclatait d’une sagesse indéniable: malgré les épreuves d’une vie rude, personne, dans aucune tribu, n’était faible.

Tout au long des marches des Hébreux, l’arche renfermant les tables de la loi divine montra le chemin. Lorsque la colonne de nuée descendait, ils savaient qu’ils devaient s’arrêter là pour installer leur campement. Tant que la nuée demeurait au-dessus du tabernacle, ils demeuraient dans le camp. Lorsqu’elle s’élevait, ils reprenaient leur marche. L’arrêt aussi bien que le départ étaient ponctués d’une invocation solennelle. « Quand l’arche partait, Moïse disait: Lève-toi, Éternel! et que tes ennemis soient dispersés! [...] Et quand on la reposait, il disait: Reviens, Éternel, aux myriades des milliers d’Israël. » (Nombres 10:35, 36)

Tandis que le peuple cheminait dans le désert, le chant contribua à imprimer dans l’esprit de chacun de nombreuses et précieuses leçons. Lorsqu’elle avait été délivrée de l’armée de Pharaon, la foule d’Israël avait uni ses voix en un chant de triomphe. Bien loin dans le désert, et jusqu’à la mer avait résonné le joyeux refrain, les montagnes avaient retenti de louanges: « Chantez à l’Éternel, car il a montré sa souveraineté » (Exode 15:21). Et pendant le voyage, ce chant était souvent repris, pour réjouir les cœurs et vivifier la foi des pèlerins. Les commandements donnés au Sinaï, qui contenaient les promesses de la grâce de Dieu et rappelaient tout ce qu’il avait fait pour délivrer son peuple, étaient, à la demande divine, chantés, avec accompagnement d’instruments; ainsi les enfants d’Israël allaient, au rythme de leurs voix unies pour louer Dieu.

Alors leurs pensées se détachaient des soucis et des difficultés du chemin, leur esprit agité, impatient, s’apaisait; les principes de vérité s’ancraient dans leur mémoire et leur foi se fortifiait. Chanter ensemble leur apprenait à agir en ordre et en harmonie, et chacun se rapprochait par là du Seigneur et des autres.

Moïse déclara, à propos de la façon dont Dieu dirigea le peuple d’Israël pendant les quarante années de l’errance dans le désert: « L’Éternel, ton Dieu, t’éduque comme un homme éduque son fils [...] afin de t’humilier et de t’éprouver, pour reconnaître ce qu’il y avait dans ton cœur et si tu observais ses commandements, oui ou non. » (Deutéronome 8:5, 2)

« Il l’a trouvé dans un pays désert, dans un chaos hurlant et aride; il l’entourait, il en prenait soin, il le gardait comme la prunelle de son œil, pareil à l’aigle qui éveille sa nichée, voltige sur ses petits, déploie ses ailes, les prend, les porte sur ses plumes. L’Éternel seul le conduisait. Et il n’y avait avec lui aucun dieu étranger. » (Deutéronome 32:10-12)

« Car il se souvint de sa parole sainte et d’Abraham, son serviteur. Il fit sortir son peuple dans l’allégresse, ses élus au milieu des acclamations. Il leur donna les terres des nations, et du travail des peuples, ils possédèrent (le fruit), afin d’observer ses prescriptions et de garder ses lois. » (Psaumes 105:42-45)

Dieu accorda à Israël tous les moyens, tous les privilèges qui lui permettraient de faire honneur à son nom et d’être une bénédiction pour les nations voisines. Si les Israélites marchaient dans le chemin de l’obéissance, il leur promettait de leur donner « sur toutes les nations qu’il a créées la supériorité en gloire, en renom et en magnificence ». « Tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Éternel est invoqué sur toi, et ils te craindront. » « Les peuples, qui entendront parler de toutes ces prescriptions [...] diront: Cette grande nation ne peut être qu’un peuple sage et intelligent! » (Deutéronome 26:19; 28:10; 4:6)

Les lois données à Israël contenaient des directives très précises à propos de l’éducation. Sur le Sinaï, Dieu s’était révélé à Moïse « compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité » (Exode 34:6). Ces principes, formulés dans sa loi, devaient être enseignés aux enfants par les pères et les mères en Israël, eux auxquels Moïse déclara, sous l’inspiration divine: « Ces paroles que je te donne aujourd’hui seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes fils et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. » (Deutéronome 6:6, 7)

Ce n’est pas en théorie qu’il fallait enseigner cela. Ceux qui veulent transmettre la vérité doivent en mettre en pratique les principes. C’est uniquement en faisant transparaître dans leur vie le caractère de Dieu, sa droiture, sa noblesse et sa générosité qu’ils peuvent avoir de l’influence sur les autres.

La véritable éducation ne consiste pas à enseigner de force un esprit qui n’est ni préparé ni ouvert. Il faut d’abord éveiller les facultés intellectuelles, susciter l’intérêt. La méthode divine d’enseignement y pourvoyait. Lui qui créa l’esprit et en établit les lois peut en assurer un développement harmonieux. Dans le foyer comme dans le sanctuaire, dans les choses de la nature comme dans celles de l’art, dans le travail comme dans les fêtes, dans les constructions sacrées et les pierres commémoratives, par d’innombrables moyens, rites et symboles, les leçons que Dieu dispensait à Israël mettaient en lumière ses principes et entretenaient le souvenir de ses œuvres merveilleuses. Aussi, lorsque se posait une question, la réponse qui y était donnée se gravait dans les cœurs et les esprits.

Chaque détail de l’éducation du peuple élu nous montre, de façon éclatante, qu’une vie centrée sur Dieu est une vie de plénitude. Dieu offre de quoi satisfaire tous les besoins qu’il inspire; il cherche à développer chacune des facultés qu’il a créées en l’homme.

Artisan de toute beauté, lui-même admirateur du beau, le Créateur prit soin d’éveiller et de satisfaire en ses enfants l’amour de la beauté. Il leur accorda également tout ce qui permet la vie en société, les relations bienveillantes et dévouées qui savent si bien entretenir la solidarité, éclairer et adoucir la vie.

Les fêtes d’Israël étaient un moyen éducatif d’importance. Dans la vie quotidienne, la famille tenait à la fois le rôle d’école et d’église, les parents montraient la voie à suivre aussi bien dans le domaine profane que religieux. Mais trois fois par an, à des époques précises, les enfants d’Israël se retrouvaient lors de grandes rencontres au cours desquelles ils rendaient ensemble leur culte à Dieu. C’est à Silo d’abord, à Jérusalem ensuite, que ces rassemblements avaient lieu. Seuls les pères et les fils étaient tenus d’y participer; mais personne ne souhaitait s’en priver, et toute la maisonnée, dans la mesure du possible, y prenait part; avec elle, bénéficiant de son hospitalité, l’étranger, le lévite, et le pauvre.

Le voyage à Jérusalem, à la façon simple des patriarches, dans la grâce du printemps, l’éclat de l’été, ou la plénitude de l’automne, avait un charme immense. Chargés de dons de remerciements, ils allaient, l’homme aux cheveux blancs et le jeune enfant, rencontrer Dieu dans sa sainte demeure. En chemin, on racontait une fois encore aux enfants les expériences passées, les histoires que tous aimaient tant, les vieillards aussi bien que les jeunes. On chantait les cantiques qui avaient adouci la longue marche dans le désert. On chantait les commandements de Dieu, qui se gravaient ainsi pour toujours dans la mémoire de nombreux enfants, de nombreux jeunes gens, sous l’influence bénie de la nature, dans ce climat d’amitié.

À Jérusalem, les cérémonies pascales—la réunion de nuit avec les hommes aux reins ceints, sandales aux pieds, bâton à la main; le repas pris en hâte, l’agneau, le pain sans levain et les herbes amères; enfin, dans le silence solennel, le récit de l’histoire du sang répandu, de l’ange porteur de mort et de la longue marche loin du pays de servitude—ne pouvaient que frapper l’imagination et émouvoir les cœurs.

La Fête des Tabernacles, ou fête des moissons, avec ses offrandes de fruits et de récoltes, ses cabanes de feuillage construites pour une semaine, les réunions, les cérémonies solennelles du souvenir, la généreuse hospitalité offerte aux ouvriers de Dieu—les Lévites chargés du service du sanctuaire—et à ses enfants, l’étranger et le pauvre, tournait tous les esprits vers celui qui avait « couronné l’année de ses biens », et dont « les sentiers ruisselaient de sève », et les faisait déborder de reconnaissance.

Les Israélites pieux consacraient à ces fêtes religieuses un mois entier chaque année. C’était là des moments libres de tout souci et de tout travail, et presque entièrement voués à l’éducation.

En distribuant à son peuple l’héritage, Dieu voulait lui enseigner, et enseigner, à travers lui, aux générations à venir, des principes justes concernant le droit de propriété de la terre. La terre de Canaan fut répartie entre tous les Israélites, excepté les Lévites, puisqu’ils étaient ministres du sanctuaire. Quoique chacun fût libre, pour un temps, de disposer de sa terre, personne ne pouvait vendre définitivement l’héritage de ses enfants. Celui qui vendait son domaine avait la possibilité de le racheter n’importe quand; les dettes étaient remises tous les sept ans, et tous les cinquante ans, lors de l’année du jubilé, chaque terre revenait à son propriétaire d’origine. Ainsi chaque famille était assurée de son avoir et l’on évitait aussi bien une trop grande richesse que trop de pauvreté.

Grâce à ce partage de la terre, Dieu assurait à son peuple, comme il l’avait fait aux habitants de l’Eden, l’ouvrage le plus favorable à son épanouissement—la charge des plantes et des animaux. Il avait prévu aussi, pour instruire ses enfants, l’arrêt des travaux agricoles une année sur sept: la terre restait alors en jachère et ce que les champs produisaient d’eux-mêmes était abandonné aux pauvres. Les Israélites avaient alors la possibilité de se livrer davantage à l’étude, aux relations sociales, à l’adoration, à la bienfaisance, si souvent délaissées à cause des soucis et des travaux quotidiens.

Si les principes divins concernant la répartition des biens étaient mis en pratique aujourd’hui à travers le monde, comme la condition humaine serait différente! Le respect de ces principes aurait permis d’éviter les terribles maux qui, au fil des âges, naquirent de l’oppression qu’exercent les riches sur les pauvres et de la haine que les pauvres portent aux riches. Ces règles s’opposeraient probablement à l’amoncellement de grandes richesses, à l’ignorance et à l’avilissement de dizaines de milliers d’hommes dont l’exploitation sert à bâtir ces fortunes colossales. Elles aideraient à apporter une solution pacifique aux problèmes, à l’anarchie, aux carnages qui menacent de submerger le monde.

La consécration à Dieu d’une dîme de tous les revenus, du verger ou des moissons, des troupeaux, ou encore du travail de l’intelligence ou des mains, la consécration d’une seconde dîme pour soulager les pauvres et pour d’autres œuvres de bienfaisance permettaient aux enfants d’Israël de garder vivace à l’esprit la vérité première que tout appartient à Dieu, et qu’ils avaient là la possibilité extraordinaire de transmettre les bénédictions divines. Une telle éducation voulait tuer tout égoïsme desséchant et épanouir des caractères nobles et généreux.

Connaître Dieu, communier avec lui dans l’étude et le travail, se forger un caractère à l’image du sien, étaient la source, le moyen et le but de l’éducation d’Israël—cette éducation que Dieu avait donnée aux parents pour qu’ils en fassent à leur tour bénéficier leurs enfants.