Conquérants pacifiques

Chapitre 51

Un fidèle berger

On fait peu mention, dans le livre des Actes, de l'oeuvre de l'apôtre Pierre durant ses dernières années. L'activité qu'il déploya, après l'effusion du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, le classe parmi ceux qui s'efforcèrent d'atteindre les Juifs venus à Jérusalem pour adorer Dieu à l'époque des fêtes.

Tandis que le nombre des chrétiens s'accroissait dans cette ville et dans tous les pays où s'étaient répandus les messagers de la croix, les qualités de Pierre s'avéraient, pour l'Église primitive, d'une inestimable valeur. L'influence de son témoignage relatif à Jésus de Nazareth s'étendait partout. Il assumait une double charge : il témoignait en faveur du Messie devant les incrédules, qu'il désirait ardemment convertir, et il s'occupait en même temps des chrétiens dont il affermissait la foi en Christ.

Ce ne fut qu'après avoir été amené à renoncer à lui-même et à se confier entièrement en la puissance divine que l'apôtre reçut sa mission de berger. Le Christ lui avait dit, avant son reniement : « Quand tu seras converti, affermis tes frères. » (Luc 22:32) Ces paroles étaient significatives quant à la tâche immense et efficace qui l'attendait et qu'il devrait accomplir auprès des inconvertis.

L'expérience personnelle de Pierre, expérience de péché, de souffrance et de repentir, l'avait préparé pour cette oeuvre. Tant qu'il n'avait pas conscience de sa faiblesse, il ne pouvait connaître le besoin qu'a le croyant de dépendre du Christ. Mais au milieu du tumulte des tentations, il avait mieux compris que l'homme ne peut marcher en toute sécurité qu'en se défiant complètement de lui-même et en se reposant entièrement sur le Sauveur.

Quand le Christ et ses disciples se réunirent pour la dernière fois au bord de la mer, Pierre, mis à l'épreuve par la question répétée trois fois : « M'aimes-tu? » (Jean 21:15-17), fut réintégré parmi les douze. Son oeuvre lui était assignée : il devait paître les brebis du Seigneur. Maintenant, converti et ainsi réhabilité, il ne chercherait pas seulement à sauver ceux qui étaient hors du troupeau, mais il deviendrait le pasteur des brebis.

Le Christ fait connaître à Pierre une seule condition nécessaire à son service, lorsqu'il lui pose la question : « M'aimes-tu? » C'est là, en effet, l'essentiel. Pierre eût-il possédé toutes les autres qualités, sans l'amour du Christ il ne pouvait être un fidèle berger du troupeau de Dieu. La connaissance, la bonté, l'éloquence, le zèle sont essentiels pour accomplir un bon travail, mais si son coeur est dépourvu de l'amour du Sauveur, le ministère du prédicateur est voué à l'échec.

L'amour du Christ n'est pas un sentiment passager, mais un principe vital qui doit se manifester comme une force agissant dans le coeur. Si le caractère et la conduite du pasteur sont une démonstration de la vérité qu'il enseigne, le Seigneur met le sceau de son approbation sur son travail. Unis par leur commune espérance en Christ, le berger et le troupeau ne font qu'un.

La façon dont le Christ avait traité Pierre contenait une leçon pour le disciple et pour ses frères. Bien que l'apôtre ait renié son Maître, l'amour que Jésus éprouvait pour lui n'avait jamais faibli. Lorsque Pierre enseignerait la Parole de Dieu, il devrait faire preuve envers le pécheur de patience, de sympathie, d'un esprit d'amour et de pardon. Le souvenir de sa faiblesse et de son égarement l'amènerait à se comporter, envers les brebis et les agneaux confiés à ses soins, avec la tendresse même que le Christ lui avait témoignée. Les êtres humains, adonnés eux-mêmes au mal, sont portés à agir durement avec les égarés et les faibles. Ils ne savent pas lire dans leur coeur et ne connaissent pas leurs luttes, leurs souffrances. Ils ont besoin d'apprendre la valeur de la réprimande faite avec amour, du coup qui blesse pour guérir, de l'avertissement qui apporte l'espérance.

Au cours de son ministère, Pierre veilla fidèlement sur le troupeau qui lui était confié et il se montra digne de la responsabilité dont le Seigneur l'avait chargé. Il exaltait sans cesse Jésus de Nazareth, l'espoir d'Israël, le Sauveur de l'humanité. Il imposait à sa vie personnelle la discipline du Maître. Il s'efforçait de former les chrétiens par tous les moyens en son pouvoir, en vue du service actif. Son saint exemple, son activité inlassable inspiraient à des jeunes gens d'avenir le désir de se consacrer entièrement au ministère.

À mesure que les années s'écoulaient, l'influence de l'apôtre comme chef et éducateur grandissait. Sans perdre de vue la tâche spéciale qu'il avait à remplir auprès des Juifs, il rendait son témoignage dans de nombreux pays et affermissait la foi des multitudes gagnées à l'Évangile.

Dans les dernières années de son ministère, l'Esprit inspira à Pierre d'écrire aux croyants « dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie ». Ses lettres étaient destinées à ranimer le courage, à raffermir la foi de ceux qui passaient par l'épreuve et l'affliction et à renouveler les bonnes oeuvres des fidèles qui, assaillis par de nombreuses tentations, risquaient de perdre leur confiance en Dieu. Ces lettres reflètent les sentiments de l'homme en qui abondent non seulement les souffrances du Christ, mais aussi sa consolation – de l'homme dont l'être tout entier a été transformé par la grâce et dont l'espoir en la vie éternelle est certain et inébranlable.

Le vieux serviteur de Dieu commence sa première épître en adressant à son Maître un tribut de louanges et d'actions de grâces. « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, s'exclame-t-il, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, lequel vous est réservé dans les cieux, à vous qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps! »

Cette espérance d'un héritage réservé dans la nouvelle terre réjouissait les premiers chrétiens, même dans leurs épreuves et leurs tribulations. « C'est là ce qui fait votre joie, écrivait Pierre, quoique maintenant, puisqu'il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l'épreuve de votre foi, plus précieuse que l'or périssable (qui cependant est éprouvé par le feu), ait pour résultat la louange, la gloire et l'honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra – lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant d'une joie ineffable et glorieuse, parce que vous obtiendrez le salut de vos âmes pour prix de votre foi. »

Les paroles que l'apôtre écrivait alors étaient destinées à édifier les croyants de toutes les époques; elles ont une signification toute particulière pour ceux qui vivent aux temps où « la fin de toutes choses est proche ». Les exhortations et les avertissements de Pierre sont nécessaires à toute âme qui désire maintenir sa foi « ferme jusqu'à la fin » (Hébreux 3:14).

L'apôtre cherchait à démontrer aux croyants qu'il est très important de ne pas laisser errer sa pensée sur des sujets à proscrire ou de gaspiller ses énergies à des futilités. Ceux qui ne veulent pas devenir la proie de Satan feront bien de veiller attentivement sur leur âme en évitant de lire, de voir ou d'entendre ce qui pourrait leur suggérer des pensées impures. Que leur esprit ne s'attarde pas sur n'importe quel sujet présenté par l'ennemi de toute justice.

Gardons fidèlement nos coeurs, sans quoi les ennemis de l'extérieur réveilleront ceux de l'intérieur, et nous errerons dans les ténèbres. « C'est pourquoi, écrit Pierre, ceignez les reins de votre entendement, soyez sobres, et ayez une entière espérance dans la grâce qui vous sera apportée, lorsque Jésus-Christ apparaîtra. Comme des enfants obéissants, ne vous conformez pas aux convoitises que vous aviez autrefois, quand vous étiez dans l'ignorance. Mais, puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite, selon qu'il est écrit : Vous serez saints, car je suis saint. »

« Conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre pèlerinage, sachant que ce n'est pas par des choses périssables, par de l'argent ou de l'or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères, mais par le sang précieux de Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache, prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps, à cause de vous, qui par lui croyez en Dieu, lequel l'a ressuscité des morts et lui a donné la gloire, en sorte que votre foi et votre espérance reposent sur Dieu. »

Si l'or et l'argent avaient suffi pour racheter l'humanité, combien le salut aurait été facilement acquis par celui qui a déclaré : « L'argent est à moi, et l'or est à moi » (Aggée 2:8)! Mais le pécheur ne pouvait être sauvé que par le précieux sang du Fils de Dieu. Le plan du salut était basé sur le sacrifice. L'apôtre Paul a dit : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis. » (2 Corinthiens 8:9) Le Christ s'est donné lui-même pour nous, afin de nous purifier de toute iniquité. Et, suprême grâce du salut, « le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur » (Romains 6:23).

Pierre continue son épître en ces termes : « Ayant purifié vos âmes en obéissant à la vérité pour avoir un amour fraternel sincère, aimez-vous ardemment les uns les autres, de tout votre coeur. » C'est par la Parole de Dieu – la vérité – que se manifestent l'Esprit et la puissance d'en haut. L'obéissance à cette Parole produit le fruit désiré : « un amour fraternel sincère ». Cet amour est d'origine céleste, il détermine les mobiles les plus nobles, les actes les plus désintéressés.

Lorsque la vérité devient un principe vital dans l'existence, l'âme est « régénérée, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et permanente de Dieu ». Cette nouvelle naissance est due à l'acceptation du Christ comme Parole de Dieu. Quand les paroles divines sont gravées dans le coeur par le Saint-Esprit, de nouvelles conceptions se font jour chez le chrétien et les facultés qui sommeillaient en lui le rendent désormais capable de collaborer avec le Seigneur.

Il en fut ainsi pour Pierre et ses compagnons d'oeuvre. Le Sauveur avait révélé au monde et déposé dans les coeurs la semence incorruptible. Mais la plupart des leçons précieuses du grand Maître n'avaient pas été comprises. Lorsque, après son ascension, le Saint-Esprit rappela aux disciples les enseignements du Christ, leur raison appesantie s'éveilla. La signification de ces enseignements frappa leur esprit comme une révélation soudaine, et la vérité leur apparut dans toute sa pureté. La vie du Seigneur devint la leur. Par l'entremise des hommes qu'elle désigna, la Parole rendit son témoignage, et ils proclamèrent cette grande vérité : « La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité. ... Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce. » (Jean 1:14,16)

L'apôtre exhortait donc les chrétiens à étudier la Parole de Dieu, afin que, par une bonne compréhension de celle-ci, ils puissent édifier une oeuvre solide pour l'éternité. Pierre savait que pour obtenir la victoire finale tout croyant aurait à affronter des luttes et des tribulations; mais il savait aussi que l'étude des saintes Écritures apporterait, à celui qui passerait par la tentation, des promesses qui fortifieraient son âme et raffermiraient sa foi. « Car, déclarait-il, toute chair est comme l'herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l'herbe. L'herbe sèche, et la fleur tombe; mais la parole du Seigneur demeure éternellement. Et cette parole est celle qui vous a été annoncée par l'Évangile. Rejetant donc toute malice et toute ruse, la dissimulation, l'envie et toute médisance, désirez, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez pour le salut, si vous avez goûté que le Seigneur est bon. »

La plupart des croyants auxquels Pierre adressait ses lettres vivaient au milieu des païens, et leur fidélité à la haute vocation qu'ils professaient était d'une importance vitale. L'apôtre insistait sur les privilèges qu'ils possédaient comme disciples du Christ. « Vous êtes une race élue, écrivait-il, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu, vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde.

« Bien-aimés, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs sur la terre, à vous abstenir des convoitises charnelles qui font la guerre à l'âme. Ayez au milieu des païens une bonne conduite, afin que, là même où ils vous calomnient comme si vous étiez des malfaiteurs, ils remarquent vos bonnes oeuvres, et glorifient Dieu, au jour où il les visitera. »

L'apôtre indiquait nettement l'attitude que les croyants devaient observer envers les autorités. « Soyez soumis, disait-il, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. Car c'est la volonté de Dieu qu'en pratiquant le bien vous réduisiez au silence les hommes ignorants et insensés, étant libres, sans faire de la liberté un voile qui couvre la méchanceté, mais agissant comme des serviteurs de Dieu. Honorez tout le monde; aimez les frères, craignez Dieu; honorez le roi. »

Pierre conseillait aux serviteurs de rester fidèles à leurs maîtres : « Serviteurs, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont d'un caractère difficile. Car c'est une grâce que de supporter des afflictions par motif de conscience envers Dieu, quand on souffre injustement. En effet, quelle gloire y a-t-il à supporter de mauvais traitements pour avoir commis des fautes? Mais si vous supportez la souffrance lorsque vous faites ce qui est bien, c'est une grâce devant Dieu. Et c'est à cela que vous avez été appelés, parce que Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces.

« Lui qui n'a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s'est point trouvé de fraude; lui qui, injurié, ne rendait point d'injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s'en remettait à celui qui juge justement; lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. Car vous étiez comme des brebis errantes. Mais maintenant vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes. »

L'apôtre exhortait les femmes croyantes à être chastes dans leur conduite, et réservées dans leur toilette. « Ayez, non cette parure extérieure, leur disait-il, qui consiste dans les cheveux tressés, les ornements d'or, ou les habits qu'on revêt, mais la parure intérieure et cachée dans le coeur, la pureté incorruptible d'un esprit doux et paisible, qui est d'un grand prix devant Dieu. »

La leçon de l'apôtre s'applique également aux croyants de toutes les époques. « C'est donc à leurs fruits, dit Jésus, que vous les reconnaîtrez. » (Matthieu 7:20) La parure intérieure d'un esprit doux et paisible est inestimable. La parure extérieure d'un vrai chrétien doit être toujours en harmonie avec la paix et la sainteté intérieures : « Si quelqu'un veut venir après moi, dit le Christ, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. » (Matthieu 16:24)

Le renoncement à soi-même et le sacrifice personnel doivent caractériser la vie du croyant. La preuve que les goûts ont été changés se verra sur les vêtements de tous ceux qui marchent sur le sentier tracé pour les rachetés de l'Éternel. Il faut cultiver la beauté et la désirer, mais Dieu nous demande de rechercher d'abord celle qui est impérissable. Aucun ornement extérieur ne peut se comparer à cet « esprit doux et paisible », au « fin lin, blanc, et pur » (Apocalypse 19:14) que porteront tous les saints de la nouvelle terre.

Ce vêtement les rendra ici-bas beaux et aimables; et plus tard, il sera leur insigne d'admission dans le palais du Roi des rois. Voici la promesse de Dieu : « Ils marcheront avec moi en vêtements blancs, parce qu'ils en sont dignes. » (Apocalypse 3:4)

L'apôtre, qui voyait prophétiquement les temps de périls par lesquels l'Église du Christ devrait passer, exhortait les croyants à rester fermes en face de l'épreuve et de la souffrance. « Bien-aimés, écrivait-il, ne soyez pas surpris, comme d'une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver. »

L'épreuve fait partie de l'éducation donnée à l'école du Christ; elle est destinée à purifier les croyants et à les débarrasser des scories du monde. C'est parce que Dieu prend soin de ses enfants qu'il les éprouve; car les tribulations sont les méthodes de discipline qu'il choisit, les conditions qu'il a établies pour le bien de ceux qu'il aime. Celui qui lit dans le coeur des hommes connaît leurs faiblesses mieux qu'eux-mêmes. Il voit que certains ont des compétences qui, bien orientées, pourraient servir à l'avancement de son règne. Dans sa providence, Dieu place les hommes dans des situations et des circonstances variées pour les amener à découvrir les défauts qu'ils ignoraient. Il leur donne le moyen de s'en corriger, afin d'être aptes au service chrétien.

Dieu permet souvent le creuset de l'affliction pour la purification des âmes. Il ne cesse de prendre soin de son héritage et il ne permet que ce qui peut contribuer au bien présent et éternel de ses enfants. Toutes les épreuves, toutes les tribulations qu'il leur réserve sont destinées à leur faire acquérir une piété plus profonde et à raffermir leurs forces, afin qu'ils puissent faire triompher le message de la croix. Le Seigneur veut purifier son Église, de même qu'il purifia le temple de Jérusalem au cours de son ministère terrestre.

Il fut un temps où Pierre se refusait à voir la croix dans l'oeuvre du Sauveur. Lorsque Jésus entretint ses disciples de ses souffrances et de sa mort imminente, l'apôtre s'écria : « À Dieu ne plaise, Seigneur! Cela ne t'arrivera pas. » (Matthieu 16:22) En fait, l'apôtre craignait pour lui-même; aussi répugnait-il à participer aux souffrances du Christ, et c'est ce qui le poussa à protester.

Que le sentier du Christ devait passer par l'agonie et l'humiliation, le disciple mit beaucoup de temps à l'admettre. Ce n'est qu'au creuset de l'épreuve amère qu'il allait s'en rendre compte. Son impétuosité d'autrefois s'était tempérée par le labeur et le poids des années, et il pouvait s'écrier : « Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous soyez aussi dans la joie et dans l'allégresse lorsque sa gloire apparaîtra. »

S'adressant aux anciens, au sujet de leurs responsabilités, l'apôtre écrivait : « Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. Et lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire. »

Les hommes appelés à officier comme pasteurs doivent exercer une vigilance active sur ceux que le Seigneur leur a confiés, non une vigilance despotique, mais encourageante, fortifiante et ennoblissante. Le ministère évangélique implique plus que prêcher, il exige un effort personnel et fervent. L'Église est formée de membres faibles, vacillants. Ceux-ci ont besoin d'être entourés d'efforts patients et laborieux afin d'acquérir la formation et la discipline requises pour travailler ici-bas d'une manière satisfaisante, en attendant de recevoir la couronne immortelle de la gloire dans la vie future.

Il faut des pasteurs fidèles qui ne flattent pas le peuple de Dieu, qui ne le traitent pas non plus avec dureté, mais qui lui dispensent le pain de vie. Ils doivent être animés jour après jour de la puissance transformatrice du Saint-Esprit et témoigner un amour profond et désintéressé à tous ceux dont ils ont la charge.

La tâche du berger exige beaucoup de tact, car il devra affronter dans son église l'hostilité, l'amertume, l'envie, la jalousie, et il aura besoin de l'Esprit du Christ pour y faire régner l'ordre. Il devra avertir, reprendre, censurer, non seulement du haut de la chaire, mais par un travail personnel auprès des âmes. Le pécheur trouvera peut-être à redire au message qui le concerne, et le serviteur de Dieu pourra être mal jugé et critiqué. Qu'il se souvienne alors que « la sagesse d'en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d'hypocrisie. Le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux qui recherchent la paix. » (Jacques 3:17,18)

L'oeuvre du pasteur est de « mettre en lumière quelle est la dispensation du mystère caché de tout temps en Dieu » (Éphésiens 3:9). Si le pasteur préfère le travail qui exige le moins de sacrifice, s'il se contente de prêcher et abandonne le reste à un autre, le Seigneur n'agréera pas son oeuvre. Les âmes pour lesquelles le Christ est mort se perdront, faute d'un effort personnel, entrepris avec méthode.

Le pasteur qui n'est pas disposé à faire l'effort nécessaire au bien du troupeau qui lui est confié s'est mépris sur sa vocation.

Il faut que l'oubli de soi-même caractérise l'esprit du véritable berger, qu'il perde de vue sa propre personne pour se vouer uniquement à l'oeuvre de Dieu. Par la prédication de la Parole, les visites rendues à ses fidèles, il connaît leurs besoins, leurs peines et leurs épreuves. Il partage leur détresse, réconforte leur coeur affligé, nourrit leur âme affamée et les gagne au Seigneur. Il collabore ainsi avec celui qui s'est chargé de tous leurs fardeaux. Dans cette oeuvre, il peut compter sur le secours des anges, et il est lui-même guidé par la vérité divine qui rend sage à salut.

En donnant les instructions nécessaires aux membres dirigeants de l'Église, l'apôtre énonçait quelques principes généraux que devaient suivre tous les fidèles. Il exhortait les jeunes membres du troupeau à suivre l'exemple de leurs aînés dans la pratique de l'humilité chrétienne. « De même, disait-il, vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens. Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d'humilité; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu'il vous élève au temps convenable; et déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous. Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rode comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. Résistez-lui avec une foi ferme. »

Pierre écrivait ainsi aux chrétiens à une époque d'épreuves particulières. Plusieurs disciples avaient déjà « participé aux souffrances du Sauveur », et bientôt une persécution plus effroyable encore s'abattrait sur les croyants. Ceux qui s'étaient signalés comme docteurs et chefs de l'Église ne tarderaient pas à donner leur vie pour la cause de l'Évangile. Bientôt des loups cruels s'introduiraient au milieu du troupeau et ne l'épargneraient guère. Mais cette perspective ne devait nullement décourager ceux qui avaient placé leur espoir en Christ. Par des paroles de réconfort et d'espoir, Pierre essayait de détourner la pensée des chrétiens de leurs épreuves présentes et futures, pour la fixer sur « un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir ». Et il ajoutait : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui soit la puissance aux siècles des siècles! Amen! »