Conquérants pacifiques

Chapitre 45

Lettres de Rome

Dès les débuts de sa conversion, l'apôtre Paul fut favorisé par certaines circonstances qui lui firent comprendre ce que Dieu demandait des disciples de Jésus. « Ravi jusqu'au troisième ciel », « dans le paradis, ... il entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer ». Il reconnaissait que « des visions et des révélations » lui avaient été données de la part du Seigneur. Sa connaissance des principes de l'Évangile n'était pas inférieure à celle des « apôtres par excellence » (2 Corinthiens 12:2,4,1,11). Il avait une nette compréhension de « la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur » de « l'amour de Christ, qui surpasse toute connaissance » (Éphésiens 3:18,19).

Paul ne pouvait pas dire tout ce qui lui était apparu en vision, car certains de ses auditeurs auraient risqué de mal interpréter ses paroles. Mais ce qui lui fut révélé lui permit de travailler comme un chef et un maître avisé et de rédiger ultérieurement les épîtres qu'il fit parvenir aux églises. L'impression qu'il ressentait, lorsqu'il avait une vision, le suivait partout et lui permettait de donner une image exacte de ce que devait être le caractère chrétien. Par sa parole et ses écrits, il répandait un message qui a apporté depuis lors aide et force à l'Église de Dieu. Ce message expose nettement aux croyants de nos jours les dangers qui les menacent et les fausses doctrines qu'ils doivent affronter.

Ce que l'apôtre désirait pour tous ceux à qui il adressait des conseils et des reproches, c'est qu'ils ne soient plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine », mais qu'ils parviennent « à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ ». Il exhortait les disciples de Jésus dans les communautés de la Gentilité à ne plus « marcher comme les païens, qui marchent selon la vanité de leurs pensées. Ils ont l'intelligence obscurcie, leur disait-il, ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l'ignorance qui est en eux, à cause de l'endurcissement de leur coeur. » Ils devaient se conduire « avec circonspection, non comme des insensés, mais comme des sages; rachetez le temps, ajoutait-il, car les jours sont mauvais » (Éphésiens 4:14,13,17,18; 5:15,16). Il encourageait les chrétiens à attendre le jour où le Christ, qui « a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle », la présenterait « glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible » (Éphésiens 5:25,27).

Ces paroles, écrites avec une force qui n'émanait pas d'un homme mais de Dieu, contiennent des leçons qui devraient être étudiées par tous et souvent répétées pour notre bien. Dans les épîtres de Paul, la piété pratique est mise en relief, les principes qui devraient être appliqués par toutes les églises sont énoncés et le chemin qui conduit à la vie éternelle est clairement tracé.

Dans sa lettre aux Colossiens, écrite de sa prison de Rome « aux saints et fidèles frères en Christ », l'apôtre mentionne la joie qu'il éprouve au sujet de la fidélité qu'Épaphras lui a signalée chez ces croyants. Il écrivait à ce sujet : « Épaphras... nous a appris de quelle charité l'Esprit vous anime. C'est pour cela, continue-t-il, que nous aussi, depuis le jour où nous en avons été informés, nous ne cessons de prier Dieu pour vous, et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d'une manière digne du Seigneur et lui être entièrement agréables, portant des fruits en toutes sortes de bonnes oeuvres et croissant par la connaissance de Dieu, fortifiés à tous égards par sa puissance glorieuse, en sorte que vous soyez toujours et avec joie persévérants et patients. »

C'est ainsi que Paul formule son désir pour l'église de Colosses. Quel bel idéal placé devant les disciples du Christ. Ces paroles expriment les merveilleuses possibilités de la vie chrétienne; elles nous disent clairement qu'il ne saurait y avoir de limites aux bénédictions que les enfants de Dieu peuvent recevoir. Ils croîtront sans cesse dans la connaissance de Dieu; leur vie spirituelle se développera; ils recevront constamment de nouvelles forces et graviront de nouvelles hauteurs, jusqu'à ce que, par sa puissance glorieuse, ils soient rendus « capables d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière ».

L'apôtre glorifiait le Christ par qui Dieu a créé « toutes choses » et racheté les hommes. Il déclarait que la main qui soutient les mondes dans l'espace et préside à leur ordre harmonieux et universel, est la même qui fut clouée pour les pécheurs sur la croix du Calvaire. « En [Christ], écrivait-il, ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. ... Et vous, qui étiez autrefois étrangers et ennemis par vos pensées et par vos mauvaises oeuvres, il vous a maintenant réconciliés par sa mort dans le corps de sa chair, pour vous faire paraître devant lui saints, irrépréhensibles et sans reproche. »

Le Fils de Dieu s'est abaissé pour élever ceux qui sont tombés. Pour eux, il a quitté les demeures célestes, les « quatre-vingt-dix-neuf » qui l'aimaient, afin de venir ici-bas pour être « blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités » (Ésaïe 53:5). Il a été rendu en toutes choses semblable à ses frères, il s'est fait chair comme nous. Il a appris à souffrir de la soif, de la faim, de la fatigue. Comme tous les hommes, il réparait ses forces par la nourriture et le sommeil. Étranger et voyageur sur la terre, il était dans le monde, mais il n'était pas du monde. Il fut tenté comme nous le sommes quotidiennement et, cependant, sa vie fut exempte de péché. Tendre, compatissant, compréhensif, toujours attentionné pour les autres, il reflétait le caractère de Dieu. « La Parole a été faite chair, dit saint Jean, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité. » (Jean 1:14)

Vivant au milieu des pratiques et des influences du paganisme, les Colossiens risquaient de s'éloigner de la simplicité de l'Évangile. Paul les mettait en garde contre ce danger et les exhortait à suivre le Christ comme seul guide infaillible. « Je veux, en effet, que vous sachiez, leur disait-il, combien est grand le combat que je soutiens pour vous, et pour ceux qui sont à Laodicée, et pour tous ceux qui n'ont pas vu mon visage en la chair, afin qu'ils aient le coeur rempli de consolation, qu'ils soient unis dans la charité, et enrichis d'une pleine intelligence pour connaître le mystère de Dieu, savoir Christ, mystère dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science. Je dis cela afin que personne ne vous trompe par des discours séduisants. ... Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui, étant enracinés et fondés en lui, et affermis par la foi, d'après les instructions qui vous ont été données, et abondez en actions de grâces. Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s'appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur Christ. Car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. Vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité. »

Le Christ avait prédit que des imposteurs viendraient, que par eux l'iniquité serait « accrue », et que « la charité du plus grand nombre se refroidirait » (Matthieu 24:12). Il avait mis en garde ses disciples contre le danger qui menacerait ainsi les églises et qui serait plus néfaste que les persécutions de ses ennemis. Maintes fois, Paul a signalé aux croyants le mal que feraient ces faux docteurs. Qu'ils se prémunissent contre ce péril, plus que contre tout autre; car en recevant de faux docteurs, ils ouvriraient la porte aux erreurs par lesquelles Satan affaiblirait leur spiritualité et ruinerait la confiance des nouveaux convertis dans la foi évangélique.

Le Sauveur est la pierre de touche qui permet d'éprouver les doctrines présentées par ces faux docteurs. Les disciples doivent rejeter tout ce qui ne s'harmonise pas avec ses enseignements. Jésus-Christ crucifié pour le péché, ressuscité des morts, monté au ciel, voilà la science du salut qu'ils doivent connaître et prêcher.

Les avertissements de la Parole de Dieu, au sujet des dangers qui menacent l'Église, nous sont aussi particulièrement adressés aujourd'hui. Alors qu'aux temps apostoliques, les imposteurs s'efforçaient par la tradition et la philosophie de détruire la foi dans les saintes Écritures, de nos jours, par la « haute critique », l'évolutionnisme, le spiritisme, la théosophie, le panthéisme, l'ennemi de toute justice cherche à égarer les âmes. Pour beaucoup de gens, la Bible est une lampe sans huile, parce qu'ils suivent les sentiers d'une foi spéculative, source de confusion et d'erreurs. En disséquant, en faisant des conjectures et en prétendant reconstruire, la haute critique détruit la foi dans l'inspiration de la Bible. C'est frustrer la Parole de Dieu de son pouvoir de diriger, d'élever, d'inspirer les vies humaines que de professer de telles théories.

Le spiritisme enseigne aux multitudes que le désir est la loi suprême, que licence signifie liberté et que l'homme n'a de comptes à rendre qu'à lui-même.

Le disciple du Christ entendra les « discours séduisants » contre lesquels l'apôtre met en garde les croyants de Colosses. Il aura affaire aux interprétations spiritualistes des Écritures, mais il ne les acceptera pas. Il fera entendre clairement les vérités éternelles de la Parole. Les yeux fixés sur le Christ, il ira de l'avant sur le chemin que le Sauveur a tracé, rejetant toute idée qui n'est pas en harmonie avec son enseignement. Le sujet de sa contemplation et de ses méditations sera la vérité de Dieu. Il considérera la Bible comme la voix d'en haut s'adressant directement à lui. Ainsi, il trouvera la divine sagesse.

La connaissance de Dieu, révélée en Christ, est celle que doivent posséder tous ceux qui veulent être sauvés. C'est elle qui transforme le caractère; en effet, lorsqu'elle pénètre dans la vie, elle recrée l'âme à l'image du Christ. Dieu invite ses enfants à accepter cette connaissance, auprès de laquelle toutes les autres ne sont que vanité et néant.

Dans toutes les générations, comme dans tous les pays, la vraie base de la formation du caractère repose sur les principes de la Parole de Dieu. Faire ce que le Seigneur ordonne, voilà la seule règle de conduite à suivre, celle qui demeure infaillible. « Le témoignage de l'Éternel est véritable. » « Celui qui se conduit ainsi ne chancelle jamais. » (Psaumes 19:8; 15:5) C'est avec la sainte Écriture que les apôtres réfutaient les fausses théories de leur époque; ils affirmaient : « Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé. » (1 Corinthiens 3:11)

Au moment de leur conversion et de leur baptême, les Colossiens s'étaient engagés à rejeter les croyances et les pratiques qui jusqu'alors faisaient partie de leur vie, et à demeurer fidèles au Christ. Dans son épître, Paul leur rappelle leurs promesses et les supplie de ne pas oublier que, pour tenir leurs engagements, ils doivent lutter sans relâche contre les forces du mal qui tentent de les dominer. « Si donc vous êtes ressuscités avec Christ, leur disait-il, cherchez les choses d'en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu. Affectionnez-vous aux choses d'en haut, et non à celles qui sont sur la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. » « Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » (2 Corinthiens 5:17)

Par la puissance du Christ, les pécheurs ont brisé les chaînes de leurs habitudes coupables ils ont renoncé à leur égoïsme. Le profane est devenu respectueux; l'ivrogne, tempérant; le débauché, vertueux. Les âmes qui portaient l'empreinte de Satan ont été transformées à l'image divine. Ce changement est, par lui-même, le miracle des miracles. Opéré par la Parole, il représente un de ses plus profonds mystères. Il nous est impossible de le comprendre. Nous pouvons seulement croire, comme le déclare l'Écriture, que le Christ est devenu en nous l'espérance de la gloire ».

Quand l'Esprit de Dieu dirige la pensée et le coeur de l'homme converti, un nouveau chant s'élève de son âme; car il se rend compte que Dieu a accompli la promesse qu'il lui avait faite, que sa transgression a été pardonnée et son péché purifié. Il a manifesté sa repentance envers Dieu pour la violation de la loi, ainsi que sa foi envers le Christ, mort pour la justification du pécheur : « Étant donc justifié par la foi », il a « la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Romains 5:1).

Mais si cette expérience est celle du chrétien, ce n'est pas une raison pour qu'il se croise les bras, satisfait de ce qui a été accompli pour lui. Celui qui a résolu d'entrer dans le royaume des cieux s'apercevra bientôt que toutes les forces, toutes les passions de sa nature irrégénérée, soutenues par les puissances du royaume des ténèbres, sont liguées contre lui. Chaque jour, il doit renouveler sa consécration au Maître, chaque jour, combattre contre le mal. Ses vieilles habitudes, ses tendances héréditaires au péché se coaliseront pour le dominer; il devra toujours être en garde contre ses adversaires et lutter avec les armes du Christ pour triompher. Paul écrivait : « Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre, l'impudicité, l'impureté, les passions, les mauvais désirs... Mais maintenant, à toutes ces choses, à la colère, à l'animosité, à la méchanceté, à la calomnie, aux paroles déshonnêtes qui pourraient sortir de votre bouche. ... Ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et, si l'un a sujet de se plaindre de l'autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. Mais par-dessus toutes ces choses revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix de Christ, à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps, règne dans vos coeurs. Et soyez reconnaissants. »

L'épître aux Colossiens est remplie de leçons de la plus haute valeur pour tous ceux qui sont au service du Christ – leçons qui montrent la sincérité et la noblesse des intentions dont doivent faire preuve ceux qui représentent dignement le Sauveur.

Il faut que le chrétien renonce à tout ce qui pourrait l'empêcher de poursuivre sa marche ascendante, à tout ce qui le ferait dévier de son étroit sentier, qu'il fasse preuve dans sa vie quotidienne de miséricorde, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience, d'amour pour le Christ.

Nous avons grand besoin d'une vie plus pure, plus noble, plus élevée. Nous pensons trop au monde et pas assez au royaume des cieux.

Dans les efforts qu'il tente pour atteindre l'idéal divin, le chrétien ne doit pas se laisser aller au désespoir, car la perfection morale et spirituelle par la grâce et la puissance du Christ est promise à tous. Jésus est la source de la puissance et la fontaine de la vie. Il nous attire à sa Parole et nous offre des feuilles de l'arbre de vie pour panser nos âmes blessées par le péché. Il nous conduit au trône de Dieu et place sur nos lèvres une prière grâce à laquelle nous entrons en étroite communion avec lui. Pour nous il met en oeuvre les forces toutes-puissantes du ciel, et à chaque pas nous sommes mis en contact avec son pouvoir vivifiant.

Le Seigneur ne fixe pas de limites à ceux qui désirent être « remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle ». Par la prière, la vigilance et la croissance dans la connaissance de Dieu, ils sont « fortifiés à tous égards par sa puissance glorieuse ». C'est ainsi qu'ils peuvent travailler pour leur prochain. Le Sauveur désire que des hommes purifiés et sanctifiés agissent comme ses collaborateurs. Pour cet immense privilège, remercions celui qui nous a « rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière, qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour ».

L'épître aux Philippiens, comme celle aux Colossiens, fut écrite pendant que Paul était en captivité à Rome. L'église de Philippes avait envoyé des dons à l'apôtre par les soins d'Épaphrodite, au sujet duquel Paul disait : « Mon frère, ... mon compagnon d'oeuvre et de combat, par qui vous m'avez fait parvenir de quoi pourvoir à mes besoins. » Pendant son séjour à Rome, Épaphrodite fut malade et « tout près de la mort; mais Dieu a eu pitié de lui, et non seulement de lui, écrivait Paul, mais aussi de moi, afin que je n'eusse pas tristesse sur tristesse ». Lorsqu'ils apprirent la maladie d'Épaphrodite, les Philippiens éprouvèrent une telle inquiétude que celui-ci décida de retourner les voir. « Il désirait vous voir tous, écrivait Paul, et il était fort en peine de ce que vous aviez appris sa maladie. ... Je l'ai donc envoyé avec d'autant plus d'empressement, afin que vous vous réjouissiez de le revoir, et que je sois moi-même moins triste. Recevez-le donc dans le Seigneur avec une joie entière, et honorez de tels hommes. Car c'est pour l'oeuvre de Christ qu'il a été près de la mort, ayant exposé sa vie afin de suppléer à votre absence dans le service que vous me rendiez. »

Par Épaphrodite, Paul envoyait aux Philippiens une lettre de remerciement pour les dons qu'ils lui avaient fait parvenir. De toutes les églises, ce fut celle de Philippes qui se montra la plus généreuse envers l'apôtre. « Vous le savez vous-mêmes, Philippiens, disait Paul dans sa lettre, au commencement de la prédication de l'Évangile, lorsque je partis de la Macédoine, aucune église n'entra en compte avec moi pour ce qu'elle donnait et recevait; vous fûtes les seuls à le faire, car vous m'envoyâtes déjà à Thessalonique, et à deux reprises, de quoi pourvoir à mes besoins. Ce n'est pas que je recherche les dons; mais je recherche le fruit qui abonde pour votre compte. J'ai tout reçu, et je suis dans l'abondance; j'ai été comblé de biens, en recevant par Épaphrodite ce qui vient de vous comme un parfum de bonne odeur, un sacrifice que Dieu accepte, et qui lui est agréable. »

« Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ! Je rends grâces à mon Dieu de tout le souvenir que je garde de vous, ne cessant, dans toutes mes prières pour vous tous, de manifester ma joie au sujet de la part que vous prenez à l'Évangile, depuis le premier jour jusqu'à maintenant. Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous cette bonne oeuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus-Christ. Il est juste que je pense ainsi de vous tous, parce que je vous porte dans mon coeur, soit dans mes liens, soit dans la défense et la confirmation de l'Évangile, vous qui tous participez à la même grâce que moi. Car Dieu m'est témoin que je vous chéris tous. ... Et ce que je demande dans mes prières, c'est que votre amour augmente de plus en plus en connaissance et en pleine intelligence pour le discernement des choses les meilleures, afin que vous soyez purs et irréprochables pour le jour de Christ, remplis du fruit de justice qui est par Jésus-Christ, à la gloire et à la louange de Dieu. »

La grâce de Dieu soutenait Paul dans ses liens; elle lui permettait de se réjouir dans la souffrance. Il écrivait aux Philippiens, avec une foi et une assurance admirables, que sa captivité avait contribué à l'avancement du règne de Dieu. Il déclarait : « Je veux que vous sachiez, frères, que ce qui m'est arrivé à plutôt contribué aux progrès de l'Évangile. En effet, dans tout le prétoire et partout ailleurs, nul n'ignore que c'est pour Christ que je suis dans les liens, et la plupart des frères dans le Seigneur, encouragés par mes liens, ont plus d'assurance pour annoncer sans crainte la parole. »

L'épreuve de Paul est pour nous riche d'enseignements; elle nous montre comment Dieu agit. Le Seigneur peut faire éclater la victoire dans ce qui ne nous semble être qu'échecs et déboires. Nous sommes tentés d'oublier Dieu, de regarder aux choses visibles, au lieu de regarder avec les yeux de la foi aux choses invisibles. Lorsque le malheur et la calamité fondent sur nous, nous sommes prêts à accuser Dieu de nous délaisser ou de nous traiter avec cruauté. S'il juge bon de se passer de nos services dans certains domaines, nous nous lamentons, sans penser qu'il peut ainsi travailler pour notre bien. Nous avons besoin d'apprendre que l'épreuve fait partie du vaste dessein de Dieu, et que, sous la verge de l'affliction, le chrétien est parfois plus utile au Maître que lorsqu'il travaille activement à son service.

Paul invitait les Philippiens à suivre l'exemple du Christ, qui, « existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix ».

« Ainsi, mes bien-aimés, continuait-il, comme vous avez toujours obéi, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme en ma présence, mais bien plus encore maintenant que je suis absent; car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. Faites toutes choses sans murmures ni hésitations, afin que vous soyez irréprochables et purs, des enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu d'une génération perverse et corrompue, parmi laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde, portant la parole de vie; et je pourrai me glorifier, au jour de Christ, de n'avoir pas couru en vain ni travaillé en vain. »

Ces paroles furent écrites pour soutenir tous ceux qui luttent. Paul indique quel est le niveau de la perfection, et il montre comment l'atteindre : « Travaillez à votre salut, dit-il, ... car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. »

L'oeuvre du salut est une oeuvre d'association, de coopération. Il y a collaboration entre Dieu et le pécheur repentant; celle-ci est indispensable pour la formation des vrais principes qui constituent un caractère. Nous devons lutter sans trêve pour dominer les obstacles qui nous empêchent de parvenir à la perfection. Mais nous dépendons absolument de Dieu pour réussir.

Les efforts humains ne suffisent pas en eux-mêmes. Sans le secours de la puissance divine, ils ne servent de rien. Dieu et l'homme doivent agir de concert. Il faut que la résistance à la tentation vienne de l'homme, qui puisera ses forces en Dieu. D'une part se trouvent la sagesse infinie, la compassion, la puissance; d'autre part, la faiblesse, la nature pécheresse, l'impuissance totale.

Dieu désire que nous ayons de l'empire sur nous-mêmes. Mais il ne peut nous aider sans notre propre consentement, ou sans notre collaboration. L'Esprit divin agit par les forces et les facultés données à l'homme. Par nous-mêmes, nous sommes incapables de mettre nos intentions, nos désirs, nos inclinations en harmonie avec la volonté de Dieu; mais si nous y consentons, le Sauveur accomplira ceci pour nous : Nous renverserons les raisonnements et toute hauteur qui s'élève contre la connaissance de Dieu, et nous amènerons toute pensée captive à l'obéissance de Christ. (Voir 2 Corinthiens 10:5)

Celui qui veut acquérir un caractère énergique et bien équilibré, devenir un chrétien pondéré, doit s'abandonner totalement entre les mains du Christ et se dévouer pour lui, car le Rédempteur n'acceptera jamais un service partagé. Il doit apprendre, quotidiennement, ce que veut dire renoncer à soi-même, étudier les saintes Écritures, en pénétrer le sens, obéir à ses préceptes. Ainsi pourra-t-il atteindre la perfection chrétienne.

Jour après jour, Dieu collaborera avec l'homme pour perfectionner son caractère, afin qu'il soit en mesure d'affronter l'épreuve finale. Jour après jour, le croyant montrera par une expérience éloquente faite devant le monde et les anges ce que l'Évangile peut accomplir pour des êtres déchus. « Je ne pense pas l'avoir saisi; mais je fais une chose, écrit Paul : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. »

Paul s'adonnait à maintes tâches. Depuis le jour où il avait obéi au Sauveur, sa vie était absorbée par une activité débordante. Il allait de ville en ville, de pays en pays, prêchant le Christ crucifié, gagnant des âmes à l'Évangile, édifiant des églises. Il prenait soin constamment de ces communautés et leur envoyait de nombreuses lettres pour les instruire. Parfois, il exerçait son métier afin de pourvoir à ses besoins. Mais dans toutes ces activités, il ne perdait jamais de vue son but suprême : remporter le prix de la vocation céleste, rester fidèle à celui qui, à la porte de Damas, s'était révélé à lui. Rien ne pouvait l'en distraire. Exalter la croix du Calvaire était le mobile qui l'absorbait tout entier et inspirait ses paroles et ses actes.

L'objectif élevé qui incitait Paul à aller de l'avant, en dépit des tribulations et des vicissitudes, devrait déterminer tout serviteur de Dieu à se consacrer entièrement à son service. La terre et ses attraits se présenteront à lui pour essayer de détourner son attention du Sauveur, mais il s'élancera pourtant vers le but qui lui est proposé. Il montrera au monde, aux hommes et aux anges que le bonheur de voir la face de Dieu vaut la peine de faire tous les sacrifices que demande la réalisation de cette espérance.

Bien qu'il fût prisonnier, Paul n'était pas découragé. C'est plutôt un accent de triomphe qui retentit à travers toutes les lettres qu'il écrivit de Rome aux églises : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur, disait-il aux Philippiens; je le répète, réjouissez-vous. ... Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ. Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l'approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l'objet de vos pensées. ... Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ. ... Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit! »