Conquérants pacifiques

Chapitre 20

La Croix exaltée

Après avoir exercé son ministère pendant quelque temps à Antioche, Paul proposa à ses compagnons de travail d'entreprendre un nouveau voyage missionnaire. « Retournons visiter les frères, dit-il à Barnabas, dans toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir en quel état ils sont. »

Paul et Barnabas éprouvaient toujours un certain attendrissement pour ceux qui avaient accepté l'Évangile par leur ministère, et ils désiraient ardemment les revoir. Paul ne manqua jamais de manifester cette sollicitude à l'égard des nouveaux convertis. Même lorsqu'il se trouvait dans des champs missionnaires lointains, à de grandes distances de la scène de ses premières activités, il continuait à éprouver dans son coeur le besoin d'exhorter les chrétiens à demeurer fidèles, à achever leur « sanctification dans la crainte de Dieu » (2 Corinthiens 7:1). Il s'efforçait constamment de les aider à croître spirituellement, à fortifier leur foi et leur zèle, à se consacrer de tout coeur à Dieu et à l'avancement de son règne.

Barnabas était prêt à suivre Paul, mais il désirait que Marc les accompagnât. Paul objecta qu'il n'était pas convenable de prendre avec eux celui qui les avait abandonnés pendant leur premier voyage missionnaire pour jouir de la sécurité et du confort de son foyer, alors qu'ils avaient besoin de lui. Il insista sur le fait qu'un homme si peu énergique n'était pas qualifié pour accomplir une tâche qui demandait de la patience, de l'abnégation, du courage, de la foi et un esprit de sacrifice allant jusqu'au don de sa propre vie. Le désaccord entre Paul et Barnabas fut si grand qu'ils durent se séparer. Ce dernier resta fidèle à ses convictions, et il prit Marc avec lui. « Et Barnabas, prenant Marc avec lui, dit saint Luc, s'embarqua pour l'île de Chypre. Paul fit choix de Silas, et partit, recommandé par les frères à la grâce du Seigneur. »

Paul et Silas parcoururent la Syrie et la Cilicie, où ils encouragèrent les églises; ils se rendirent à Derbe et à Lystre dans la province de Lycaonie. C'est à Lystre que Paul avait été lapidé. Il y retourna cependant, et nous le retrouvons sur la scène où il connut ses premières tribulations. Il lui tardait de voir comment les chrétiens qu'il avait amenés à la vérité résistaient aux épreuves. Ceux-ci ne le déçurent pas, car il constata que les Lystriens restaient fermes en face de l'opposition.

À Lystre, Paul retrouva Timothée, qui avait assisté à sa lapidation. L'impression que cette scène avait produite alors sur l'esprit du jeune homme grandissait avec le temps. Si bien qu'il finissait par être convaincu qu'il devait se consacrer entièrement au ministère. Son coeur était uni à celui de Paul, et il désirait vivement collaborer avec lui lorsque l'occasion s'en présenterait.

Silas, le compagnon de travail de l'apôtre, était un serviteur de Dieu éprouvé, qui jouissait du don de l'Esprit de prophétie. Cependant, l'oeuvre qui s'offrait à eux était si vaste qu'il fallait former encore d'autres hommes pour le service. Paul vit en Timothée un disciple qui comprenait l'importance sacrée du ministère, et qui ne reculait pas devant l'idée de la souffrance ou de la persécution.

Toutefois, l'apôtre n'osa pas prendre la responsabilité de donner à Timothée – un jeune homme inexpérimenté – une formation en vue du ministère, sans être d'abord pleinement informé de ses qualités morales et de sa vie passée. C'est ainsi qu'il apprit que « des frères de Lystre et d'Icone rendaient de lui un bon témoignage ».

Le père de Timothée était Grec et sa mère Juive. On avait enseigné au jeune garçon les saintes Écritures dès sa plus tendre enfance. La religion professée par les siens était profonde et éclairée. La foi que sa mère et sa grand-mère attachaient aux oracles sacrés lui rappelait constamment les bénédictions que le Seigneur accorde à celui qui accomplit sa volonté. La Parole de Dieu servit de règle à l'éducation que ces deux saintes femmes donnèrent à Timothée. Celui-ci puisa dans les leçons ainsi inculquées une telle force spirituelle que son langage et sa conduite demeurèrent à l'abri de toutes les mauvaises influences qui l'environnaient. C'est donc l'éducation familiale qui avait contribué, avec l'aide du Seigneur, à préparer ce jeune homme à assumer les responsabilités de sa future tâche.

Paul découvrit en lui un caractère droit et ferme, et il le choisit comme compagnon de travail dans ses voyages. Celles qui avaient entouré Timothée durant son enfance et l'avaient amené à Dieu furent amplement récompensées en le voyant intimement associé au grand apôtre. Bien que très jeune encore, quand Dieu l'appela au ministère, il devait à sa première éducation des principes profondément enracinés, et se trouvait ainsi apte à collaborer avec l'apôtre. Mais les responsabilités qui lui furent confiées n'ôtèrent rien à sa modestie.

Par précaution, Paul conseilla sagement à Timothée de se faire circoncire, non pas que Dieu l'exigeât, mais afin que cette question ne soulevât pas d'objections parmi les Juifs dans le ministère du jeune disciple. Au cours de son travail, l'apôtre devait aller de ville en ville et voyager dans beaucoup de pays. Il avait souvent l'occasion de prêcher le Christ dans les synagogues et dans d'autres lieux de réunions. Si l'on avait appris que l'un de ses compagnons de travail était incirconcis, sa tâche aurait pu en souffrir, à cause des préjugés et du fanatisme des Juifs.

Paul rencontrait partout une opposition farouche. Comme il désirait apporter à ses frères juifs, ainsi qu'aux Gentils, la connaissance de l'Évangile, il cherchait avant tout, lorsque cela était compatible avec sa foi, à ôter tout prétexte à ses ennemis. Cependant, bien qu'il fit de grandes concessions aux préjugés juifs, il croyait et il enseignait que la question de la circoncision et de l'incirconcision était sans importance, que seul comptait l'Évangile du Christ.

Paul aimait Timothée, son « enfant légitime en la foi » (1 Timothée 1:2). Le grand apôtre passait de longs moments à s'entretenir avec lui des saintes Écritures, et il profitait de leurs déplacements de ville en ville pour l'instruire avec soin sur les conditions qui assureraient le succès de leur travail. Avec Silas, il cherchait à renforcer chez ce jeune homme l'impression qu'il avait déjà ressentie au sujet de la gravité et de la solennité inhérentes au ministère de l'Évangile.

Timothée sollicitait sans cesse, dans son travail, les conseils et les instructions de l'apôtre. Loin d'agir par impulsion, il apportait dans sa tâche de la réflexion et de la pondération. Il se demandait à tout moment : « Suis-je bien dans la voie du Seigneur? » Le Saint-Esprit trouva en lui un jeune homme susceptible d'être façonné et formé pour devenir un temple de la divine présence.

Les leçons de la Bible, inculquées chaque jour dans la vie, ont une influence profonde et durable sur le caractère. Timothée apprit ces leçons et les mit en pratique. Il ne possédait pas de brillants talents, mais son travail avait de la valeur parce qu'il mettait au service du Maître ceux que Dieu lui avait confiés. Sa foi solide le distinguait des autres fidèles, et lui donnait de l'influence.

Ceux qui travaillent au salut des âmes doivent parvenir à une connaissance plus profonde, plus complète, plus nette de Dieu que celle que l'on peut acquérir par un effort ordinaire. Il faut que toutes leurs forces soient engagées dans l'oeuvre du Maître. Ils sont appelés à remplir une noble et sainte vocation; s'ils gagnent des âmes comme prix de leurs efforts, qu'ils s'approchent toujours plus près de Dieu pour recevoir chaque jour la grâce et la puissance qui découlent de la source de toute bénédiction.

« Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée, dit saint Paul. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes oeuvres. » (Tite 2:11-14)

Avant de pénétrer dans un nouveau territoire, Paul et ses compagnons visitèrent les églises qui avaient été établies en Pisidie et dans les régions avoisinantes. « En passant par les villes, ils recommandaient aux frères d'observer les décisions des apôtres et des anciens de Jérusalem. Les églises se fortifiaient dans la foi, et augmentaient en nombre de jour en jour. »

L'apôtre ressentait une grande responsabilité à l'égard de ceux qui s'étaient convertis par son ministère. Il souhaitait par-dessus tout qu'ils soient fidèles, afin disait-il, que je puisse « me glorifier, au jour de Christ, de n'avoir pas couru en vain ni travaillé en vain » (Philippiens 2:16).

Les résultats de son travail le préoccupaient. Il craignait même que son propre salut ne soit compromis s'il s'acquittait mal de sa tâche, et si l'Église ne le soutenait pas dans ses efforts pour sauver les âmes. Il savait que sa prédication ne suffisait pas à elle seule pour apprendre aux fidèles à porter au monde la Parole de vie, et qu'il devait les instruire petit à petit. Ligne après ligne, précepte après précepte, en vue de l'avancement du règne de Dieu.

Un principe universel veut que lorsqu'on ne fait pas usage des dons reçus de Dieu, ceux-ci s'atrophient et finissent par disparaître. La foi qui n'est pas vécue, qui n'est pas communiquée, perd de sa puissance vivifiante, de sa vertu salutaire. Aussi l'apôtre craignait-il de faillir à sa mission qui consistait à proclamer que tout homme peut devenir parfait en Christ. L'espoir qu'il plaçait dans la vie éternelle s'affaiblissait quand il constatait chez lui une défaillance susceptible de donner à l'Église l'image de l'humain au lieu de celle du divin. Sa science, son éloquence, ses miracles, sa vision des beautés éternelles, lorsqu'il fut ravi jusqu'au troisième ciel, tout cela n'était d'aucune valeur si, par son infidélité au ministère, les âmes pour lesquelles il oeuvrait n'obtenaient pas la grâce divine. En conséquence, par ses prédications et par ses lettres, il exhortait ceux qui avaient accepté le Christ à se conduire de telle manière qu'ils soient « irréprochables et purs, des enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu d'une génération perverse et corrompue, parmi laquelle [ils brillaient] comme des flambeaux dans le monde, portant la parole de vie » (Philippiens 2:15).

Tout vrai ministre du Christ sent une lourde responsabilité en ce qui concerne l'avancement spirituel des fidèles qui lui sont confiés. Il éprouve l'immense désir de collaborer avec eux au service de Dieu, et il se rend compte que de l'accomplissement fidèle de la tâche qui lui a été assignée par le Seigneur, dépend en grande partie la prospérité de l'Église. Il recherche avec ardeur et sans relâche à inspirer aux croyants le désir de gagner des âmes au Christ, et se souvient que chaque nouveau membre ajouté à l'Église sera un instrument de plus pour accomplir le plan de la rédemption.

Après avoir rendu visite aux églises de Pisidie et de la région avoisinante, Paul et Silas, accompagnés de Timothée, traversèrent « la Phrygie et le pays de Galatie », où ils proclamèrent avec beaucoup de force la bonne nouvelle du salut.

Les habitants de la Galatie s'adonnaient à l'idolâtrie mais lorsqu'ils entendirent les apôtres, ils accueillirent avec joie le message qui leur promettait de les libérer de l'esclavage du péché. Paul et ses compagnons proclamèrent la doctrine de la justification par la foi, grâce au sacrifice expiatoire du Christ. Ils prêchaient le Christ, qui, voyant la condition désespérée de l'humanité, est venu la racheter par une vie d'obéissance à la loi de Dieu et en mourant à la place du pécheur. À la lumière de la croix, les Galates, qui n'avaient jamais connu auparavant le vrai Dieu, commencèrent à comprendre la grandeur de son amour.

Les apôtres leur enseignèrent donc les vérités fondamentales concernant « Dieu le Père et ... notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arracher du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père ». « Par la prédication de la foi », ils recevaient l'Esprit d'en haut, et devenaient « fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ » (Galates 1:3,4; 3:2,26).

Pendant son séjour en Galatie, le mode de vie de Paul était tel qu'il pouvait dire plus tard : « Soyez comme moi, ... frères, je vous en supplie » (Galates 4:12). Ses lèvres avaient été touchées par le « charbon ardent de l'autel » il lui était permis de s'élever au-dessus des contingences physiques et de prêcher le Christ comme le seul espoir des pécheurs. Ceux qui l'écoutaient se rendaient compte qu'il « avait été avec Jésus », qu'il était revêtu de la puissance divine, ce qui lui permettait d'apprécier les choses spirituelles et de renverser les forteresses de Satan. Les coeurs étaient brisés lorsqu'il parlait de l'amour de Dieu, cet amour manifesté dans le don de son Fils unique; et beaucoup posaient cette question : Que faut-il faire pour être sauvés?

Cette manière de présenter l'Évangile caractérisa le travail de l'apôtre durant tout son ministère parmi les Gentils. Il avait toujours devant les yeux la croix du Calvaire. « Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, déclarait-il dans les dernières années de sa vie; c'est Jésus-Christ le Seigneur que nous prêchons, et nous nous disons vos serviteurs à cause de Jésus. Car Dieu, qui a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres! a fait briller la lumière dans nos coeurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. » (2 Corinthiens 4:5,6)

Les messagers de Dieu qui portaient aux premiers jours de la chrétienté la bonne nouvelle du salut à un monde perdu, ne se permettaient pas de s'abandonner à des sentiments d'exaltation qui eussent pu nuire à leur présentation du Christ crucifié. Ils n'aspiraient à aucune autorité, ni a aucune prééminence. Ils se réfugiaient dans le Sauveur, exaltant le grand plan du salut et la vie du Christ, auteur et exécuteur de ce plan. Le Sauveur, « le même hier, aujourd'hui et éternellement », était le thème de leur prédication.

Si, de nos jours, ceux qui enseignent la Parole de Dieu élevaient de plus en plus haut la croix du Calvaire, leur ministère serait plus fécond; et si les pécheurs pouvaient jeter un regard sur cette croix, et avoir une claire vision du Sauveur crucifié, ils se rendraient compte de la profondeur de la compassion divine à l'égard de l'humanité.

La mort du Christ prouve l'immense amour de Dieu envers les hommes. C'est notre gage de salut. Enlever la croix au chrétien, c'est comme si l'on voulait supprimer le soleil du firmament. La croix nous rapproche du Sauveur et nous réconcilie avec lui. Avec la tendre compassion d'un père, Dieu se penche sur les souffrances que Jésus a endurées pour sauver l'humanité de la mort éternelle, et il nous accepte en son Fils bien-aimé.

Sans la croix, il n'y aurait aucune possibilité d'être uni au Père. C'est d'elle que viennent toutes nos espérances. Par elle resplendit l'amour du Sauveur. Et lorsque, devant la croix, le pécheur contemple celui qui est mort pour le sauver, il peut se livrer pleinement à la joie, car il sait que ses péchés sont pardonnés. Celui qui s'agenouille avec foi au pied de la croix est arrivé au plus haut sommet que l'homme puisse atteindre.

Par la croix, nous apprenons que le Père céleste nous aime d'un amour incommensurable. Nous ne sommes donc pas étonnés lorsque Paul s'écrie : « Loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. » (Galates 6:14)

Nous aussi, nous avons le privilège de nous glorifier de la croix et de nous abandonner entièrement à celui qui s'est donné pour nous. Alors, le visage illuminé par la lumière qui rayonne du Calvaire, nous pouvons la faire resplendir sur nos frères qui vivent dans les ténèbres.