Conquérants pacifiques

Chapitre 16

L'Évangile à Antioche

Après que les disciples eurent été chassés de Jérusalem par la persécution, l'Évangile se répandit rapidement dans les régions voisines de la Palestine. Plusieurs petites communautés de croyants se formèrent dans les centres importants. Quelques-uns des disciples « allèrent jusqu'en Phénicie, dans l'île de Chypre et à Antioche, annonçant la parole ». Leurs efforts se limitaient en général aux Hébreux et aux Hellénistes qui formaient alors de grandes colonies dans presque toutes les villes du monde.

Parmi les endroits où l'Évangile fut accueilli favorablement se trouvait Antioche, alors métropole de la Syrie. L'activité commerciale qui régnait dans cette cité populeuse y faisait affluer des gens de toutes nationalités. De plus, Antioche était recherchée par les amateurs de plaisir comme séjour d'agrément, à cause de son climat salubre, de ses environs pittoresques, de sa prospérité, de sa vie intellectuelle et de ses moeurs raffinées. Aux jours apostoliques, elle était devenue une ville de luxure et de licence.

L'Évangile fut prêché publiquement à Antioche par certains disciples de Chypre et de Cyrène « qui annoncèrent la bonne nouvelle du Seigneur Jésus. La main du Seigneur était avec eux », et leurs efforts laborieux furent couronnés de succès. « Un grand nombre de personnes crurent et se convertirent au Seigneur. »

« Le bruit en parvint aux oreilles des membres de l'Église de Jérusalem, et ils envoyèrent Barnabas jusqu'à Antioche. » Dans le nouveau champ de travail qui s'offrait à lui, Barnabas put constater qu'une oeuvre avait déjà été accomplie par la grâce divine. « Il s'en réjouit, et il les [tous les croyants] exhorta à rester d'un coeur ferme attachés au Seigneur. »

Le travail de Barnabas à Antioche fut richement béni, et de nouveaux convertis étaient ajoutés aux chrétiens de cette ville. Tandis que l'oeuvre se développait ainsi, Barnabas se rendit compte qu'il avait besoin d'une aide compétente pour faire avancer le règne de Dieu, et il partit pour Tarse afin d'y chercher Paul qui, après son départ de Jérusalem, travaillait depuis quelque temps « dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie ... annonçant maintenant la foi, qu'il s'efforçait alors de détruire » (Galates 1:21,23). Barnabas réussit à le trouver et à le persuader de venir à Antioche pour le seconder dans son ministère.

Dans cette cité populeuse, Paul trouva un excellent champ de travail. Sa culture, sa sagesse et son zèle exercèrent une profonde influence sur les habitants et les visiteurs de cette ville intellectuelle. Il répondait tout à fait à ce qu'en attendait Barnabas. Ainsi, pendant une année, les deux disciples travaillèrent en commun avec foi, apportant à de nombreuses personnes la connaissance du salut par Jésus de Nazareth, Rédempteur du monde.

C'est à Antioche qu'on donna pour la première fois aux disciples le nom de chrétiens. On les appela ainsi parce que le Christ était le thème principal de leur prédication, de leur enseignement, de leur conversation. Ils faisaient sans cesse le récit des événements survenus pendant son ministère terrestre, alors que les disciples jouissaient de sa présence personnelle. Ils insistaient sur son enseignement, sur ses guérisons miraculeuses. Les lèvres tremblantes d'émotion, les yeux remplis de larmes, ils parlaient de son agonie dans le jardin de Gethsémané, de la trahison dont il avait été victime, de son jugement, de sa condamnation, de la patience et de l'humilité avec lesquelles il avait supporté les outrages et les tortures infligées par ses ennemis et du pardon que, dans sa grâce infinie, il avait demandé à Dieu pour ses persécuteurs. La résurrection du Christ, son ascension, son oeuvre dans le ciel en tant que médiateur au service de l'homme pécheur, étaient les thèmes principaux sur lesquels les disciples insistaient particulièrement. Les païens pouvaient bien les surnommer chrétiens, puisqu'ils prêchaient le Christ et que, par lui, ils adressaient leurs prières au Père.

Mais c'est Dieu qui, en réalité, décerna aux disciples le nom de chrétiens. Ce nom royal est donné à tous ceux qui s'unissent au Christ. C'est au sujet de ce nom que Jacques écrivit plus tard : « Et vous, vous avez déshonoré le pauvre! Les riches ne vous oppriment-ils pas et ne vous traînent-ils pas devant les tribunaux? Ne sont-ils pas ceux qui blasphèment le beau nom invoqué sur vous? (Jacques 2:6,7, Bible à la colombe) Et Pierre déclara : « Si quelqu'un souffre comme chrétien, qu'il n'en ait point honte, et que plutôt il glorifie Dieu à cause de ce nom », et : « Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, parce que l'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu, repose sur vous. » (1 Pierre 4:16,14)

Les chrétiens d'Antioche comprirent que le Seigneur désirait agir dans leurs vies, « car c'est Dieu, dit saint Paul, qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2:13). Comme ils vivaient au milieu de gens qui semblaient attacher bien peu d'importance aux choses éternelles, ils s'efforcèrent d'attirer l'attention des hommes au coeur sincère sur l'éternité et de rendre un bon témoignage en faveur de celui qu'ils aimaient et qu'ils suivaient. Dans leur humble ministère, ils apprirent à compter sur la puissance du Saint-Esprit, afin de rendre plus efficace la parole éternelle. Ainsi, dans leurs différents modes de vie, ils rendaient journellement témoignage de leur foi en Christ.

L'exemple des disciples du Sauveur à Antioche devrait inspirer, aujourd'hui, tous les chrétiens qui habitent les grandes villes. Dieu désire que des hommes consacrés et capables soient envoyés dans les centres importants pour y annoncer l'Évangile. Il désire, de même, que les chrétiens qui vivent dans ces villes emploient leurs talents à gagner des âmes. De riches bénédictions sont réservées à tous ceux qui s'abandonnent entièrement au Seigneur. Par suite des efforts tentés pour gagner les âmes à Jésus, ces serviteurs de Dieu entreront en relation avec beaucoup de personnes disposées à répondre favorablement à des appels personnels adressés avec tact qui n'auraient jamais pu être atteintes par aucune autre méthode.

De nos jours, la cause de Dieu a besoin de représentants zélés des vérités bibliques. Les pasteurs ne suffisent pas pour accomplir la tâche réclamée par les grands centres urbains. Le Seigneur adresse un appel, non seulement aux prédicateurs, mais aussi aux médecins, aux infirmières, aux représentants-évangélistes et aux laïques consacrés possédant des dons divers pour évangéliser les villes.

Le temps fuit rapidement, et le travail abonde. Tous les moyens doivent être mis en oeuvre pour tirer le meilleur parti possible des occasions qui se présentent à nous.

Les travaux de Paul à Antioche, avec la collaboration de Barnabas, fortifièrent en lui la conviction que Dieu l'avait appelé pour accomplir une tâche spéciale dans le monde païen. Au moment de sa conversion, le Seigneur avait déclaré qu'il devait être apôtre des Gentils, « afin, lui avait-il dit, que tu leur ouvres les yeux, pour qu'ils passent des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu, pour qu'ils reçoivent, par la foi en moi, le pardon des péchés et l'héritage avec les sanctifiés » (Actes 26:18). L'ange qui était apparu à Ananias avait dit de Paul : « Cet homme est un instrument que j'ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d'Israël. » (Actes 9:15) Et l'apôtre lui-même, au cours de son ministère, alors qu'il priait dans le temple, avait reçu la visite d'un ange qui lui avait dit : « Va, je t'enverrai au loin vers les nations. » (Actes 22:21)

Ainsi, le Seigneur ordonnait-il à Paul d'entrer dans le vaste champ missionnaire de la Gentilité. Afin de le préparer à cette tâche immense et ardue, il lui révéla dans une vision la splendeur de la gloire céleste. Il était réservé à l'apôtre de faire connaître « le mystère caché pendant des siècles » (Romains 16:25), « le mystère de sa volonté » (Éphésiens 1:9). « Ce mystère n'a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l'Esprit aux saints apôtres et prophètes de Christ. Ce mystère, c'est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même promesse en Jésus-Christ par l'Évangile, dont j'ai été fait ministre selon le don de la grâce de Dieu, qui m'a été accordée par l'efficacité de sa puissance. À moi, qui suis le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d'annoncer aux païens les richesses incompréhensibles de Christ, et de mettre en lumière quelle est la dispensation du mystère caché de tout temps en Dieu qui a créé toutes choses, afin que les dominations et les autorités dans les lieux célestes connaissent aujourd'hui par l'Église la sagesse infiniment variée de Dieu, selon le dessein éternel qu'il a mis à exécution par Jésus-Christ notre Seigneur » (Éphésiens 3:5-11).

Dieu bénit abondamment le travail de Paul et de Barnabas pendant l'année qu'ils passèrent avec les chrétiens d'Antioche, mais ni l'un ni l'autre n'avaient encore été consacrés au ministère évangélique. Maintenant l'heure était venue où Dieu allait leur conférer une tâche missionnaire difficile, qu'ils étaient appelés à exécuter avec le secours de l'Église.

« Il y avait dans l'Église d'Antioche, nous apprend saint Luc, des prophètes et des docteurs : Barnabas, Siméon appelé Niger, Lucius de Cyrène, Manahen ... et Saul. Pendant qu'ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit: Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l'oeuvre à laquelle je les ai appelés. » Avant d'être envoyés comme missionnaires dans les pays païens, ces apôtres furent donc solennellement consacrés à Dieu par le jeûne, la prière et l'imposition des mains. Ils reçurent ainsi l'autorité de l'Église, non seulement pour enseigner la vérité, mais pour administrer le baptême et organiser des communautés, étant investis du plein pouvoir ecclésiastique.

L'Église entrait, à ce moment-là, dans une ère importante. La proclamation de l'Évangile aux Gentils allait être poursuivie avec ardeur, et il devait en résulter une riche moisson d'âmes. Les apôtres, qui avaient été choisis pour diriger cette oeuvre, seraient exposés à la suspicion, aux préjugés, à la jalousie. Leur enseignement, portant sur la suppression du mur de séparation (Éphésiens 3:5-14; 2:14), qui avait longtemps existé entre les Juifs et les Gentils, les ferait naturellement accuser d'hérésie, et leur autorité comme ministres de l'Évangile serait mise en doute par de nombreux chrétiens zélés, venus du judaïsme. Mais Dieu avait prévu les difficultés auxquelles allaient se heurter les apôtres. Afin que leur travail fût au-dessus de tout reproche, l'Église, instruite par une révélation, les mit solennellement à part pour l'accomplissement de leur tâche. La consécration était la reconnaissance publique de leur mission divine, mission qui consistait à porter aux Gentils la bonne nouvelle de l'Évangile.

Paul et Barnabas avaient déjà reçu de Dieu lui-même leur mission. La cérémonie de l'imposition des mains ne leur conférait donc pas une bénédiction nouvelle, ou une capacité particulière. C'était une forme reconnue pour indiquer que quelqu'un était destiné à un ministère défini, et la confirmation de l'autorité de celui qui allait occuper ce ministère. Le sceau de l'Église était ainsi placé sur l'oeuvre du Seigneur.

Cette cérémonie revêtait une signification toute particulière aux yeux des Juifs. Lorsqu'un père bénissait ses enfants, il plaçait solennellement ses mains sur leurs têtes. Lorsqu'un animal était consacré pour le sacrifice, la main de celui qui était investi de l'autorité de prêtre était placée sur la tête de la victime. Et quand les pasteurs de l'église d'Antioche imposèrent les mains à Paul et à Barnabas, ils demandèrent à Dieu de placer sa bénédiction sur les apôtres qu'il avait choisis, dans l'accomplissement de la tâche qui leur était confiée.

Plus tard, on abusa de la cérémonie de l'imposition des mains. Une importance regrettable fut attachée à cet acte qui semblait conférer ipso-facto, à celui qui en était l'objet, les qualités nécessaires à l'oeuvre du ministère. Mais dans la consécration de ces deux apôtres, rien n'indique qu'une vertu quelconque leur fut accordée par le simple fait de l'imposition des mains. On signale seulement leur consécration et l'importance que cet acte représentait pour leur future tâche.

Les circonstances dans lesquelles Paul et Barnabas furent mis à part pour une oeuvre particulière, et cela par l'intermédiaire du Saint-Esprit, montrent clairement que le Seigneur agit dans son Église par les serviteurs qu'il a choisis. Des années auparavant, lorsque les intentions divines lui furent révélées par le Sauveur lui-même, l'apôtre fut immédiatement mis en contact avec des membres de l'église de Damas. L'église d'Antioche ne tarda pas non plus à être mise au courant de l'expérience personnelle du pharisien converti. Et maintenant que cette mission divine allait se préciser davantage, le Saint-Esprit, rendant à nouveau témoignage de Paul comme étant un instrument choisi pour porter l'Évangile aux Gentils, confia à cette église le soin de le consacrer au saint ministère, ainsi que Barnabas, son compagnon de service. Tandis que les conducteurs spirituels de l'église d'Antioche « servaient le Seigneur dans leur ministère et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit: Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l'oeuvre à laquelle je les ai appelés. »

Dieu a fait de son Église un instrument par lequel il communique sa volonté aux hommes. Il ne permet pas que l'un de ses serviteurs fasse une expérience indépendante ou contraire à celle de l'Église elle-même. Il ne donne pas non plus à un homme en particulier la connaissance de ses desseins pour toute l'Église, tandis qu'il laisse entièrement cette dernière, qui est le corps du Christ, dans une ignorance totale. Dans sa providence, il met étroitement en rapport ses serviteurs avec son Église, afin qu'ils aient moins de confiance en eux-mêmes, et se fient davantage aux hommes que Dieu dirige pour l'avancement de son règne.

Il y a toujours eu dans l'Église des membres portés à agir avec un esprit d'indépendance. Ils semblent incapables de comprendre que celui-ci conduit souvent l'homme à avoir une trop grande confiance en lui-même, à se fier à son propre jugement plutôt qu'à celui de ses frères et, en particulier, de ceux que Dieu a appelés pour remplir une tâche importante. Le Seigneur a investi son Église d'une autorité particulière, que personne n'a le droit de déprécier, car ce serait déprécier la voix de Dieu.

Ceux qui sont portés à considérer comme infaillible leur propre jugement, courent un grave danger. Satan s'efforce alors de les séparer des hommes de Dieu, véritables porte-lumière, par lesquels le Seigneur agit pour édifier et développer son oeuvre ici-bas. Dédaigner ou mépriser ceux qui sont chargés de diriger l'Église, c'est rejeter les moyens qu'il a donnés pour aider, encourager et fortifier son peuple.

Si un homme méprise ceux que le Seigneur a choisis pour accomplir son oeuvre, s'il croit qu'il ne recevra la lumière que de Dieu seul, il s'expose à être le jouet de Satan.

Dans sa sagesse, le Seigneur a prévenu ce danger en établissant des liens étroits entre les croyants; le chrétien doit être uni au chrétien et la cohésion doit régner dans l'Église. C'est ainsi que l'humain coopérera avec le divin. Chaque moyen employé par Dieu, pour son oeuvre, sera contrôlé par le Saint-Esprit. Tous les chrétiens seront unis pour agir avec méthode et sous une direction éclairée, afin d'apporter au monde la bonne nouvelle du salut.

Paul considéra sa consécration au ministère comme devant inaugurer une nouvelle époque de sa vie. C'est de ce moment-là qu'il fera dater son apostolat dans l'Église chrétienne.

Tandis que la lumière de l'Évangile brillait avec éclat à Antioche, une oeuvre importante était poursuivie à Jérusalem par les apôtres. Chaque année, à l'époque des fêtes, des Juifs venus de tous les pays se rendaient au temple de Jérusalem pour adorer. Quelques-uns de ces pèlerins étaient des croyants sincères qui étudiaient attentivement les prophéties. Ils attendaient avec impatience la venue du Messie promis. Or, tandis que ces étrangers affluaient à Jérusalem, les apôtres prêchaient le Christ avec un courage sans défaillance, n'ignorant pas que leur prédication mettait leur vie en péril. L'Esprit de Dieu plaça son sceau sur leur oeuvre; il y eut beaucoup de conversions. Les nouveaux prosélytes, en retournant chez eux, dans les diverses parties du monde, répandirent la semence de la vérité dans toutes les nations et toutes les classes de la société.

Parmi les apôtres qui prirent part à ce travail, on distingue Pierre, Jacques et Jean, qui avaient la ferme assurance d'être choisis par Dieu pour prêcher le Christ à leurs compatriotes. Ils travaillèrent avec fidélité et sagesse, rendant témoignage des choses qu'ils avaient vues et entendues. Ils faisaient appel à « la parole prophétique » (2 Pierre 1:19) afin « que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus » que les Juifs ont « crucifié » (Actes 2:36) ».