Conquérants pacifiques

Chapitre 7

Un avertissement contre l'hypocrisie

Comme les disciples proclamaient à Jérusalem les vérités de l'Évangile, le Seigneur bénit abondamment leur témoignage, et une multitude crut. Un bon nombre de ces premiers chrétiens furent aussitôt séparés de leur famille et de leurs amis par le zèle fanatique des Juifs. Il fallut alors leur assurer le gîte et le couvert.

L'Écriture déclare : « Il n'y avait parmi eux aucun indigent », et elle nous rapporte comment on paraît à leurs besoins. Ceux qui, parmi les croyants, possédaient de l'argent et des biens, les sacrifiaient joyeusement pour faire face aux nécessités de l'heure. Ils vendaient leurs maisons et leurs champs, en apportaient le prix, qu'ils déposaient aux pieds des apôtres, « et l'on faisait des distributions à chacun selon qu'il en avait besoin ».

Ces libéralités de la part des croyants résultaient de l'effusion de l'Esprit. Les néophytes « n'étaient qu'un coeur et qu'une âme ». Un intérêt commun les dirigeait : le succès du mandat qui leur était confié; et la cupidité ne trouvait aucune place dans leur vie. L'amour de leurs frères et de la cause qu'ils avaient épousée était plus grand que celui de l'argent et des biens matériels. Leurs oeuvres attestaient que le salut des âmes avait pour eux une bien plus grande valeur que toutes les richesses terrestres.

Il en sera toujours ainsi lorsque l'Esprit de Dieu prendra possession d'une vie. Ceux dont le coeur est rempli de l'amour du Christ suivront l'exemple du Sauveur qui se fit pauvre par amour pour nous, afin que, par sa pauvreté nous soyons enrichis. L'argent, le temps, la réputation, tous ces dons reçus de la main divine, ils les regarderont seulement comme un moyen de contribuer à l'avancement du règne de Dieu. Il en était ainsi dans l'Église primitive. Lorsque dans l'Église de nos jours on verra, animés de la puissance de l'Esprit, les membres détourner leurs affections des choses de la terre, et accepter de faire des sacrifices pour que leurs semblables aient la possibilité d'entendre prêcher l'Évangile, les vérités qu'ils proclameront auront une puissante influence sur leurs auditeurs.

L'exemple de générosité manifesté par les croyants offre un contraste frappant avec la conduite d'Ananias et de Saphira dont l'expérience, rapportée par la plume inspirée, a laissé une sombre tache dans l'histoire de l'Église primitive. Ces soi-disant disciples avaient partagé avec d'autres le privilège d'entendre l'Évangile prêché par les apôtres. Ils étaient dans la congrégation lorsque, après que les disciples eurent prié, « le lieu où ils étaient assemblés trembla [et qu'] ils furent tous remplis du Saint-Esprit » (Actes 4:31). Une profonde conviction s'était alors emparée de tous ceux qui étaient présents; sous l'influence du Saint-Esprit, Ananias et Saphira avaient fait la promesse d'offrir au Seigneur le produit de la vente d'une certaine propriété.

Plus tard, ils contristèrent le Saint-Esprit en cédant à un sentiment de cupidité. Ils commencèrent à regretter leur promesse, et ils perdirent bientôt la douce influence de la bénédiction qui avait réchauffé leurs coeurs, en souhaitant se montrer généreux pour la cause du Christ. Ils pensèrent qu'ils s'étaient trop hâtés dans leur décision et qu'ils devaient la considérer à nouveau. Ils discutèrent encore sur ce sujet et décidèrent de ne pas tenir leurs promesses. Ils se rendaient compte, cependant, que ceux qui vendaient leurs biens pour suffire aux besoins de leurs frères indigents étaient tenus en haute estime par les croyants. Honteux alors de laisser voir qu'ils regrettaient dans leur âme égoïste ce qu'ils avaient solennellement consacré à Dieu, ils décidèrent délibérément de vendre leur propriété, et ils prétendirent en apporter tout le produit au fonds commun; mais en réalité ils voulaient en garder une grande partie pour eux. Ainsi, ils s'assureraient leur subsistance sur la caisse commune, tout en gagnant la grande estime des frères.

Mais Dieu hait l'hypocrisie et le mensonge. Ananias et Saphira pratiquaient la fraude dans leur conduite envers Dieu. Ils mentaient au Saint-Esprit, et leur péché fut frappé d'un prompt et terrible châtiment. Quand Ananias apporta son offrande, Pierre lui dit : « Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton coeur, au point que tu mentes au Saint-Esprit, et que tu aies retenu une partie du prix du champ? S'il n'eût pas été vendu, ne te restait-il pas? Et, après qu'il a été vendu, le prix n'était-il pas à ta disposition? Comment as-tu pu mettre en ton coeur un pareil dessein? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. Ananias, entendant ces paroles, tomba et expira. Une grande crainte saisit tous les auditeurs. »

« S'il n'eût pas été vendu, ne te restait-il pas? » avait demandé Pierre. Aucune influence n'avait pesé sur la décision d'Ananias pour le pousser à sacrifier ses biens à l'intérêt général. Il avait agi de son propre gré. Mais en essayant de tromper les disciples, il avait menti au Tout-Puissant.

« Environ trois heures plus tard, sa femme entra, sans savoir ce qui était arrivé. Pierre lui adressa la parole : Dis-moi, est-ce à un tel prix que vous avez vendu le champ? Oui, répondit-elle, c'est à ce prix-là. Alors Pierre lui dit : Comment vous êtes-vous accordés pour tenter l'Esprit du Seigneur? Voici, ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t'emporteront. Au même instant, elle tomba aux pieds de l'apôtre, et expira. Les jeunes gens, étant entrés, la trouvèrent morte; ils l'emportèrent, et l'ensevelirent auprès de son mari. Une grande crainte s'empara de toute l'assemblée et de tous ceux qui apprirent ces choses. »

La sagesse infinie jugea que cette manifestation éclatante de la colère de Dieu était nécessaire pour empêcher la jeune Église de se corrompre. Les croyants augmentaient rapidement. L'Église aurait été en danger si, parmi les convertis, il s'était trouvé des hommes et des femmes qui, tout en professant servir Dieu, adoraient Mamon. Le jugement d'Ananias et de Saphira prouvait que les hommes ne peuvent tromper Dieu, qu'il découvre les péchés du coeur et qu'on ne doit pas se moquer de lui. Il était destiné à mettre en garde les fidèles contre le mensonge et l'hypocrisie, et à les empêcher de commettre un vol envers Dieu.

Cet exemple de la réprobation divine envers la cupidité, le mensonge et l'hypocrisie était comme un signal d'alarme, non seulement pour l'Église primitive, mais pour toutes les générations à venir. Au départ, Ananias et Saphira avaient cultivé la convoitise dans leur coeur. Le désir de garder pour eux une partie de ce qu'ils avaient promis au Seigneur les conduisit à la fraude et à l'hypocrisie.

Dieu a fait dépendre la proclamation de l'Évangile du travail et des dons de son peuple. Les offrandes volontaires et la dîme constituent les réserves de son oeuvre. Il réclame aux hommes une certaine partie des revenus qu'il leur confie, à savoir, le dixième. Il laisse chacun libre de s'engager à donner davantage s'il le désire. Mais lorsque le coeur est touché par l'influence de son Esprit, et qu'on a fait le voeu de lui offrir une certaine somme, on n'a plus aucun droit sur cet argent. Les hommes se considèrent comme liés par des promesses de ce genre, mais n'est-on pas lié davantage lorsqu'elles sont faites au Seigneur? Les promesses faites devant le tribunal de la conscience seraient-elles moins sacrées que les engagements écrits par les hommes?

Quand la lumière divine resplendit dans un coeur, avec une puissance et une clarté exceptionnelles, l'égoïsme habituel du coeur humain relâche son emprise, et alors naît une disposition à donner pour la cause de Dieu. Mais nul ne doit penser qu'il est possible de tenir ses engagements sans protestation de la part de Satan. Celui-ci voit avec déplaisir le royaume du Rédempteur s'établir ici-bas. Il suggère aux hommes que les promesses faites au Seigneur sont vraiment excessives, qu'elles peuvent les paralyser dans leurs entreprises ou dans l'entretien des leurs.

C'est Dieu qui permet à l'homme d'acquérir des biens. Il les lui accorde afin qu'il puisse être généreux pour l'avancement de son règne. Il envoie la pluie et le beau temps, fait prospérer la végétation, accorde la santé et donne la faculté de s'enrichir. Tout ce que nous possédons provient de sa main généreuse. En retour, il aimerait qu'hommes et femmes manifestent leur reconnaissance en lui restituant une partie de leurs biens sous formes de dîmes et d'offrandes : offrandes d'actions de grâce, offrandes volontaires, offrandes de repentir. Si les dons affluaient au trésor du Seigneur, selon ce plan établi par lui – un dixième de tous les revenus, plus les offrandes volontaires – il y aurait abondance d'argent pour l'avancement de son règne.

Mais les hommes se sont endurcis par l'égoïsme, et, comme Ananias et Saphira, ils sont tentés de retenir une partie de leurs revenus tout en prétendant répondre aux exigences divines. Il en est beaucoup qui dépensent sans compter pour leur propre satisfaction, qui ne recherchent que leurs plaisirs, et satisfont leurs goûts, tandis qu'ils apportent au Seigneur, presque à contrecoeur, une offrande insignifiante. Ils oublient qu'un jour Dieu demandera un compte précis de la manière dont ils ont géré ses biens, et qu'il n'acceptera pas plus l'aumône qu'ils déposent dans le trésor du Seigneur, qu'il accepta l'offrande d'Ananias et de Saphira.

Par le châtiment sévère infligé à ces chrétiens parjures, Dieu veut nous apprendre la profondeur de son mépris et de son aversion pour l'hypocrisie et la duplicité. En affirmant avoir tout donné, Ananias et Saphira avaient menti au Saint-Esprit, et, finalement, ils perdirent cette vie et celle qui est à venir. Le même Dieu qui punit ces chrétiens coupables condamne aujourd'hui toute fausseté. Les lèvres menteuses lui sont en abomination. Il déclare que dans la cité sainte « il n'entrera rien de souillé, ni personne qui se livre à l'abomination et au mensonge » (Apocalypse 21:27). Que l'amour de la vérité ait en nous des racines profondes! Qu'il ne fasse qu'un avec notre vie! Jouer avec la vérité, dissimuler pour arriver à des fins égoïstes, c'est vouloir le naufrage de la foi. « Tenez donc ferme, dit saint Paul; ayez à vos reins la vérité pour ceinture. » (Éphésiens 6:14) Celui qui ne dit pas la vérité vend son âme à un vil prix. Ses mensonges peuvent lui paraître utiles pour les besoins immédiats, il peut s'imaginer faire une affaire en se procurant un avantage qu'il n'aurait pu acquérir par une transaction honnête, mais il arrive un moment où il n'a confiance en personne. Imposteur lui-même, comment se fierait-il à la parole d'autrui?

Dans le cas d'Ananias et de Saphira, le péché de fraude contre Dieu fut rapidement puni. Le même péché s'est souvent renouvelé dans l'histoire de l'Église, et, à notre époque, nombreux sont ceux qui le commettent encore. Il se peut qu'il ne soit pas accompagné d'une manifestation visible du déplaisir de Dieu, mais il n'en est pas moins haïssable à ses yeux aujourd'hui que du temps des apôtres. L'avertissement a été donné; Dieu a clairement manifesté son horreur pour ce péché, et tous ceux qui s'adonnent à l'hypocrisie et à la cupidité peuvent être assurés qu'ils sont en train de perdre leur âme.