Christ et sa justice

Chapitre 9

La justice de Dieu

« Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par dessus » (Matthieu 6:33).

La justice de Dieu, dit Jésus, est l’unique chose qui doit être recherchée dans la vie. La nourriture est le vêtement sont des affaires mineures en comparaison à celle-là. Dieu y pourvoira, cela va de soi, de sorte qu’il est inutile de manifester un souci et un tourment à ce sujet; mais s’assurer le royaume de Dieu et sa justice devrait être le seul but de la vie.

Dans 1 Corinthiens 1:30, on nous dit que Christ devient pour nous justice, aussi bien que sagesse; et puisque Christ est la sagesse de Dieu, et qu’en Lui habite corporellement toute la plénitude de la Divinité, il est évident que la justice dont Christ fut fait pour nous est la justice de Dieu. Voyons ce qu’est cette justice.

Dans le Psaume 119:172, le Psalmiste s’adresse ainsi au Seigneur : « Que ma langue chante ta parole! Car tous tes commandements sont justes ». Les commandements sont justice, non seulement d’une façon abstraite, mais parce qu’ils sont la justice de Dieu. Pour le comprendre, lisons Ésaïe 51:6-7 : « Levez les yeux vers le ciel, et regardez en bas sur la terre! Car les cieux s’évanouiront comme une fumée, la terre tombera en lambeaux comme un vêtement, et ses habitants périront comme des mouches; mais mon salut durera éternellement, et ma justice n’aura point de fin. Écoutez-moi, vous qui connaissez la justice, peuple, qui a ma loi dans ton coeur! Ne craignez pas l’opprobre des hommes, et ne tremblez pas devant leurs outrages. »

Qu’apprenons-nous de ceci? Que ceux qui connaissent la justice de Dieu sont ceux dans le coeur desquels demeure sa loi, et par conséquent que la loi de Dieu est la justice de Dieu.

Ceci peut encore se prouver comme suit : « Toute injustice est un péché » (1 Jean 5:17), et 1 Jean 3:4 : « Quiconque pèche transgresse la loi, et le péché est la transgression de la loi ». Le péché est la transgression de la loi, et il est aussi injustice; donc, le péché est l’injustice sont identiques. Mais si l’injustice est la transgression de la loi, la justice doit être l’obéissance à la loi. Ou, pour mettre ce raisonnement sous forme mathématique, nous avons :

Injustice = péché (1 Jean 5:17)

Transgression de la loi = péché (1 Jean 3:4)

Ainsi donc, selon l’évidence que deux choses qui sont égales à une troisième chose sont égales entre elles, nous avons :

Injustice = transgression de la loi

Ceci est une équation négative. La même chose, exprimée en termes positifs, serait :

Justice = obéissance à la loi

Or, quelle est la loi à l’obéissance de laquelle correspond la justice? et à la désobéissance de laquelle correspond le péché? C’est la loi qui dit : « Tu ne convoiteras pas »; car l’apôtre Paul nous dit que cette loi le convainquit de péché (Romains 7:7). La loi des dix commandements, donc, est la mesure de la justice de Dieu. Puisqu’elle est la loi de Dieu, et qu’elle est justice, elle doit être la justice de Dieu. Il n’y a en effet, pas d’autres justices.

Puisque la loi est la justice de Dieu — une manifestation de Son caractère — il est facile de voir que craindre Dieu et garder Ses commandements est tout le devoir de l’homme (Ecclésiaste 12:15). Que personne ne pense que son devoir sera limité, s’il se borne aux dix commandements, car ils « n’ont point de limite» (Psaume 119:96). « La loi est spirituelle » est comprend beaucoup plus que ne peut discerner un lecteur ordinaire. « Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. » (1 Corinthiens 2:14). L’extrême amplitude de la loi de Dieu peut être comprise que par ceux qui ont médité sur elle avec beaucoup de prières. Quelques textes de l’Écriture suffiront pour nous montrer un peu sa grandeur.

Dans le sermon sur la Montagne, Christ dit : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges; que celui qui dira à son frère : Racca! mérite d’être puni par le sanhédrin; et que celui qui dira : Insensé! mérite d’être puni par le feu de la géhenne; et encore : Vous avez appris qu’il a été dit que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur » (Matthieu 5:21,22,27,28).

Ceci ne veut pas dire que les commandements « Tu ne tueras point » et « Tu ne commettras point d’adultère », sont imparfaits, ni que Dieu exige maintenant un plus haut niveau de moralité des chrétiens que celui qu’il exigea de Son peuple juif. Il exige la même chose de tous les hommes, et à toutes les époques. Le Sauveur expliqua simplement ces commandements, et montra leur spiritualité. À l’accusation sous-entendue des pharisiens, qu’il ignorait et qu’il sapait la loi morale, il répliqua en disant qu’il était venu dans le but de confirmer la loi, et qu’elle ne pouvait être abolie; et alors, il exposa la vraie signification de la loi d’une façon qui les convainquit de leur ignorance et de leur désobéissance à la loi. Il montra que même un regard ou une pensée peuvent être une violation de la loi, et qu’en vérité, elle juge les pensées et les intentions du coeur.

Christ ne révéla pas une nouvelle vérité, mais il remit seulement en lumière et développa une ancienne vérité. La loi avait autant de signification quand il la proclama au Sinaï que quand il l’exposa sur cette montagne de Judée. Quand, d’une voix qui ébranla la terre, il dit: « Tu ne tueras pas », il voulait dire : Tu n’entretiendras pas de colère dans ton coeur; tu ne t’abandonneras pas à l’envie, ni à une querelle, ni à rien qui soit le moins du monde apparenté au meurtre. Tout ceci, et beaucoup plus encore, est contenu dans les mots: « Tu ne tueras point ». Et ceci fut enseigné par les paroles inspirées de l’Ancien Testament; car Salomon montra que la loi concerne les choses invisibles, aussi bien que les choses visibles, quand il écrit : « Écoutons la fin du discours : Crains Dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit tout homme. Car Dieu amènera toute oeuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal » (Ecclésiaste 12:15,16).

Voici le raisonnement: Le jugement s’exerce à l’égard de toute chose secrète; la loi de Dieu est la norme du jugement, c’est-à-dire qu’elle détermine la qualité de tout acte, qu’il soit bon ou mauvais; par conséquent, la loi de Dieu interdit le mal en pensée aussi bien qu’en acte. Donc, la conclusion de tout ceci est que les commandements de Dieu contiennent tout le devoir de l’homme.

Le premier commandement dit: « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face ». L’apôtre nous parle de certaines personnes qui « ont pour dieu leur ventre » (Philippiens 3:19). Mais la gloutonnerie est l’intempérance sont des suicides; donc, nous voyons que le premier commandement s’étend jusqu’au sixième. Ceci n’est pas tout, car Paul nous dit aussi que la convoitise est une idolâtrie (Colossiens 3:5). Le dixième commandement ne peut pas être violé sans violer le premier et le deuxième. En d’autres termes, le dixième commandement coïncide avec le premier, et nous voyons que le décalogue est un cercle dont la circonférence est aussi vaste que l’univers, et qui contient le devoir moral de toutes les créatures. Bref, il est la mesure de la justice de Dieu, qui demeure éternellement.

La justesse de l’affirmation que « les observateurs de la loi seront justifiés » est évidente. Justifier signifie rendre juste, ou montrer que quelqu’un est juste. Or, il est évident qu’une obéissance parfaite à une loi parfaitement juste ferait de quelqu’un une personne juste. C’était le dessein de Dieu qu’une telle obéissance à la loi soit observée par toutes Ses créatures; et c’est ainsi que la loi fut instituée en vue de la vie (Romains 7:10).

Mais pour que quelqu’un soit reconnu comme observateur de la loi, il serait nécessaire qu’il ait observé la loi dans sa plus parfaite intégralité, à tous les instants de sa vie. S’il avait manqué à cela, on ne pourrait pas dire de lui qu’il a observé la loi. Il ne pourrait pas être un observateur de la loi s’il l’avait observée seulement en partie. Par conséquent, c’est un fait attristant que dans toute la race humaine, il n’y a pas d’observateur de la loi, car tous, Juifs et Gentils sont « sous l’empire du péché »; comme il est écrit : « Il n’y a point de juste, pas même un seul; nul n’est intelligent, nul ne cherche Dieu; tous sont égarés, tous sont pervertis; il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul » (Romains 3:10-12). La loi parle à tous ceux qui sont à l’intérieur de sa sphère; et dans le monde entier, il n’y a personne qui puisse ouvrir la bouche pour se justifier de l’accusation de péché que la loi porte contre lui. « Afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu » (verset 19), « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (verset 23).

Par conséquent, quoique les observateurs de la loi soient justifiés, il est également évident qu’aucun homme « ne sera justifié devant lui par les oeuvres de la loi, puisque c’est par la loi que vient la connaissance du péché » (verset 20). La loi étant « saine et juste et bonne », ne peut pas justifier un pécheur. En d’autres termes, une loi juste ne peut déclarer qu’une personne qui la viole est innocente. Une loi qui justifierait un homme mauvais serait une loi mauvaise. La loi ne doit pas être insultée, parce qu’elle ne peut pas justifier les pécheurs. Au contraire, elle doit être louée à cause de cela. Le fait que la loi ne déclarera pas que les pécheurs sont justes — qu’elle ne dira pas que les hommes l’ont observée, alors qu’ils l’ont violée — est une preuve suffisante qu’elle est bonne. Les hommes applaudissent un juge terrestre incorruptible, celui qui ne peut être acheté, et qui ne déclarera pas innocent un homme coupable. En conséquence, ils devraient exalter la loi de Dieu, qui ne portera pas de faux témoignage. Elle est la perfection de la justice, et par conséquent, elle est obligée de reconnaître ce fait attristant que personne de la race d’Adam n’a satisfait à ses exigences.

En outre, le fait d’observer la loi est simplement le devoir de l’homme, et montre que quand il a échoué sur un seul point, il ne pourra jamais se rattraper. Les exigences de chaque précepte de la loi sont si vastes — la loi entière est si spirituelle qu’un ange ne pourrait pas manifester plus qu’une simple obéissance. Bien plus, la loi est la justice de Dieu — une transcription de Son caractère — et puisque Son caractère ne peut pas être différent de ce qu’il est, il en résulte que même Dieu en personne ne peut pas avoir plus de qualités que toutes celles exigées par Sa loi. Il ne peut pas être meilleur qu’Il n’est, et la loi manifeste ce qu’Il est. Quel espoir y a-t-il donc que celui qui a échoué même au sujet d’un seul précepte puisse ajouter un surplus suffisant de bonté pour compléter la mesure? Celui qui tente de faire cela fixe devant lui l’impossible tâche d’être meilleur que ce que Dieu exige, oui, et même meilleur que Dieu Lui-même!

Mais ce n’est pas seulement sur un seul détail que les hommes ont failli. Ils ont échoué sur tous les points : « Tous sont égarés, tous sont pervertis; il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul » (Romains 3:12). De plus, il est impossible pour l’homme déchu, avec sa puissance diminuée, de faire même un seul acte qui soit à la mesure de la règle parfaite. Cette question ne demande pas de preuve supplémentaire que celle de réaffirmer le fait que la loi est la mesure de la justice de Dieu. Sûrement il n’y a personne d’assez présomptueux pour prétendre qu’un acte de sa vie a été ou pouvait être aussi bon que si le Seigneur Lui-même l’avait accompli. Chacun doit dire avec le Psalmiste: « Ma bonté ne s’élève pas jusqu’à Toi » (Psaume 16:2).

Ce fait est contenu dans des affirmations positives de l’Écriture. Christ, « qui n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme, car il savait Lui-même ce qui était dans l’homme » (Jean 2:25), dit : « Car c’est du dedans, c’est du coeur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres, les vols, les cupidités, les méchancetés, la fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l’orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans, et souillent l’homme » (Marc 7:21-23). En d’autres termes, il est plus facile de faire le mal que de faire le bien, et les choses qu’une personne fait naturellement sont mauvaises. Le mal habite en nous, et il est une partie de notre être. Aussi l’apôtre dit: « Car l’affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas. Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu » (Romains 8:7,8). « Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez » (Galates 5:17). Puisque le mal est une partie de la nature même de l’homme, hérité par chaque individu d’une longue lignée d’ancêtres pêcheurs, il est très évident que, quelle que soit la justice qui émane de lui, elle ne peut consister qu’en « des vêtements souillés » (Ésaïe 64:6) comparés à la robe immaculée de la justice de Dieu.

L’impossibilité d’accomplir des actes bons provenant d’un coeur pécheur est illustrée avec force par le Sauveur : « Car chaque arbre se connaît à son fruit. On ne cueille pas des figues sur des épines, et l’on ne vendange pas des raisins sur des ronces. L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor de son coeur, et le méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor; car c’est de l’abondance du coeur que la bouche parle » (Luc 6:44,45). Ceci veut dire qu’un homme pour faire le bien doit d’abord devenir bon. Par conséquent, les actes accomplis par une personne pécheresse ne peuvent la rendre juste, mais au contraire, venant d’un coeur mauvais, ils sont mauvais, et augmentent la somme de son iniquité. Le mal seul peut venir d’un coeur mauvais, et le mal multiplié ne peut produire un seul acte bon; il est donc inutile pour une personne mauvaise de penser devenir juste par ses propres efforts. Elle doit d’abord être rendue juste avant de pouvoir faire le bien qui est exigé d’elle, et qu’elle voudrait faire.

Donc, la situation est la suivante: La loi de Dieu est la justice parfaite, et la parfaite conformité à la loi est exigée de tous ceux qui veulent entrer dans le royaume des cieux.

Mais la loi n’a pas une parcelle de justice à accorder à aucun homme, car tous sont des pécheurs, et sont incapables de se conformer à ses exigences. Peu importe l’application ou le zèle avec lequel un homme agit, rien de ce qu’il peut faire n’atteindra la pleine mesure des exigences de la loi. Elle est trop haute pour qu’il puisse l’atteindre; il ne peut pas obtenir la justice au moyen de la loi. Par les actes de la loi, aucune chair ne sera justifiée à Ses yeux: Quelle condition déplorable! Nous devons posséder la justice de la loi ou bien nous ne pouvons entrer au ciel, et cependant la loi ne détient pas de justice pour aucun de nous. Elle ne procurera pas, à nos plus persistants et énergiques efforts, la plus petite portion de cette sainteté sans laquelle personne ne peut voir le Seigneur.

Qui donc, alors, peut être sauvé? Peut-il alors y avoir une personne juste? Oui, car la Bible en parle souvent. Elle parle de Lot comme de « cet homme juste » et elle dit: « le juste prospérera, car il jouira du fruit de ses oeuvres » (Ésaïe 3:10); cela indique qu’il y aura des êtres justes qui recevront la récompense; et la Bible déclare nettement qu’il y aura une nation juste à la fin. « En ce jour-là, on chantera ce cantique dans le pays de Juda: Nous avons une ville forte; Il nous donne le salut pour murailles et pour remparts. Ouvrez les portes, laissez entrer la nation juste et fidèle » (Ésaïe 26:1,2 ). David dit : « Ta loi est la vérité » (Psaume 119:142). Elle n’est pas seulement la vérité, mais elle est la somme de toute vérité; par conséquent, la nation qui observe la vérité sera une nation qui garde la loi de Dieu. Tels seront ceux qui font Sa volonté, et ils entreront dans le royaume des cieux (Matthieu 7:21).